• #27 : Agnès Sorel (1420 ou 1422 - 1450)

    #27 : Agnès Sorel (1422 - 1450)

     

     

    La Vierge allaitante de Jean Fouquet est l'un des plus célèbres portraits de la favorite royale (1454 - 1456) qui prête ses traits à la Vierge Marie. 

    Agnès Sorel est née au XVème siècle, probablement dans les années 1420 et elle est surtout connue pour avoir été la favorite du roi Charles VII. Elle le sera durant cinq années de 1444 à 1449 et donnera quatre enfants au roi.
    Agnès Sorel serait née à Fromenteau (commune de Yzeures-sur-Creuse), en Touraine ou bien en Picardie, à Coudun plus précisément, une localité qui se trouve près de Compiègne, d'où était originaire son père, Jean Soreau ou Sorel, seigneur de Coudun. Sa mère, Catherine de Maignelais était châtelaine de Verneuil-en-Bourbonnais.
    Agnès était la seule fille au milieu d'une fratrie composée de quatre garçons : Charles, André, Jean et Louis. Certains membres de sa famille ne sont pas inconnus puisqu'Agnès Sorel, une fois devenue favorite du roi, assura leur promotion. Il s'agit par exemple de Geoffroy Sorel, qui fut promu évêque ou de Jean de Maignelais, promu capitaine de Creil.
    En Picardie, Agnès reçut une éducation soignée. En effet, dès son plus jeune âge, on la prépara à devenir demoiselle de compagnie d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile et épouse du roi René d'Anjou, tenant une cour très raffinée. Cette charge était pourtant peu convoitée car ne concédant que peu d'avantages matériels : en effet, Agnès ne recevait que dix lives par an. Des femmes bien nées ou recommandées, comme Catherine de Serocourt, pouvaient recevoir une somme plus importante.
    Alors qu'elle se trouve à la cour angevine, la jeunesse et la beauté d'Agnès Sorel la font remarquer par le roi de France, Charles VII, de vingt ans son aîné. Pierre de Brézé, qui a remarqué que son roi n'est pas indifférent aux charmes de la belle, lui présente donc celle qui sera regardée bientôt comme la plus
    jolie femme du royaume. Très rapidement, en 1444, Agnès Sorel passe du rang de demoiselle d'honneur d'Isabelle de Lorraine à celui de première dame -officieuse- du royaume. Officiellement, elle est demoiselle de la maison de la reine Marie d'Anjou, mais a aussi le statut officiel de favorite royale, ce qui
    est une nouveauté : les rois de France, jusque là avaient eu des maîtresse mais ces dernières devaient se contenter de rester dans l'ombre. D'ailleurs, les autres maîtresse qu'a pu avoir Charles VII n'ont jamais eu l'importance d'Agnès Sorel. Peu à peu, c'est Agnès qui prend de l'importance et son aura rejette la reine, déjà discrète et pieuse, dans l'ombre. Agnès dicte une nouvelle mode : elle abandonne les voiles et les guimpes, invente le décolleté épaules nues (« aux ouvertures de par-devant par lesquelles on voit les tétons» dit Jean Jouvenel), de vertigineuses pyramides surmontent ses coiffures et ses robes sont parfois additionnées de longues traînes qui peuvent aller jusqu'à huit mètres de long ! Pour prendre soin de sa beauté, elle utilise des produits cosmétiques pourtant violemment décriés par l'Eglise : elle utilise des crèmes et des onguents pour la peau, use de fards et de rouge à lèvres produit avec des pétales de coquelicots écrasés. Elle est, en plus, couverte de somptueux cadeaux par son royal amant. Charles VII lui offrira notamment le tout premier diamant taillé connu à ce jour.
    Néanmoins, la relation d'Agnès Sorel avec le roi Charles VII est mal vue, notamment par le fils du roi, le futur Louis XI, qui considère que cette liaison est un affront fait à sa mère, la reine Marie. Une discorte s'ensuivra d'ailleurs entre le père et le fils et Charles VII devra éloigner son fils de la Cour. Après la naissance des enfants d'Agnès et Charles, des moralistes tels Thomas Basin ou Jean Jouvenel des Ursins écrivent que la jolie Agnès est responsable du réveil sensuel du roi Charles VII et ils jugent sévèrement sa liberté de mœurs et l'accusent de faire du roi chaste jusqu'ici un homme débauché et entièrement
    soumis à sa maîtresse. La favorite garde néanmoins une influence non négligeable sur le roi, réussit à imposer ses amis à la Cour et reçoit de Charles VII les fiefs de Beauté-sur-Marne, Vernon, Issoudun, Roquesezière et lui offre le domaine de Loches où elle fera bâtir le château surplombant la ville. Ce n'est peut-être qu'une légende mais ne raconte-t-on pas qu'un jour, Agnès dit au roi qu'on lui avait prédit qu'elle serait la maîtresse d'un grand roi et qu'elle lui demandait la permission de se rendre en Angleterre puisque le souverain de ce pays était bien plus grand que Charles, incapable de reprendre son royaume à ses ennemis son royaume. « Sire, aurait-elle dit, c’est lui sans doute que regarde la prédiction, puisque vous allez perdre votre couronne, et que bientôt Henri va la réunir à la sienne. » En piquant l'orgueil de son amant, Agnès l'aurait ainsi poussé à reprendre les armes et à s'emparer des dernières terres françaises encore sous domination anglaise comme la Normandie, qui sera définitivement reprise en 1449. Même si cette anecdote est certainement fausse, elle illustre assez bien l'influence qu'Agnès pouvait avoir sur le roi et qui ne fait pas de doutes aux yeux de ses contemporains. Les historiens et chroniqueurs de la fin du Moyen Âge puis de la Renaissance faisant naître Agnès vers 1410 et débuter sa liaison avec le roi vers 1433 font d'elle la continuatrice de Jeanne d'Arc, le soutien de Charles VII le tirant de son indolence et le poussant dans le combat contre les Anglais.
    La relation avec le roi est bien sûr aussi charnelle et portera ses fruits. Du roi, elle aura quatre enfants : Marie de Valois (parfois appelée à tort Marguerite), Charlotte de Valois, Jeanne de France et l'enfant de Jumièges, une fille née prématurément, qui serait morte en bas âge et dont on ne connaît pas le nom. Charlotte de Valois sera, plus tard, la mère de Louis de Brézé, connu pour avoir été l'époux de la belle Diane de Poitiers, une autre célèbre favorite royale. Surprise par son époux avec son amant, elle sera assassinée par lui. 
    Agnès Sorel meurt en février 1450 au Mesnil-sous-Jumièges, près de Rouen, où elle vient d'être installée par le roi dans le Manoir de la Vigne. Prise soudainement d'un flux de ventre, elle s'éteint en quelques heures seulement, non sans recommandé son âme à Dieu et à la Vierge. Elle lègue aussi tous ses biens à la collégiale de Loches afin que des messes soient dites pour le repos de son âme. Cette mort rapide et brutale fit dire qu'elle n'était pas naturelle mais actuellement, aucune preuve ne permet de dire avec certitude qu'Agnès Sorel est morte empoisonnée. On accusera même Jacques Coeur, dont elle avait été l'amie et qui était son exécuteur testamentaire de lui avoir administré le poison mais de ce chef d'accusation il sera lavé lors de son procès. On considère encore que Louis XI, son ennemi depuis toujours, aurait pu également être son meurtrier. Toujours est-il que l'on a retrouvé dans les restes d'Agnès des doses très élevées de mercure, substance extrêmement toxique mais souvent utilisée à l'époque comme traitement thérapeutique notamment contre les parasites intestinaux (et l'on sait qu'Agnès Sorel souffrait d'ascaridiose, une parasitose dûe à un ver, Ascaris), ou lors des accouchements longs et difficiles.
    Agnès a-t-elle été empoisonnée involontairement, après avoir ingéré une dose trop importante de mercrure ? Cette erreur de dosage est-elle préméditée ou non par son médecin Robert Poitevin ? A-t-elle tenté de se suicider ? On dit qu'en 1450, alors qu'elle était enceinte pour la quatrième fois de Charles
    VII, la disgrâce la guettait et qu'elle était moins bien en cours. D'ailleurs, trois mois après sa mort, sa cousine Antoinette de Maignelais devient la maîtresse du roi. Le mystère reste entier.
    Si certains ne la pleurent pas, le roi Charles VII est éploré par la perte de sa maîtresse et commande deux imposants tombeaux. L'un se trouve à Jumièges et contient son coeur, l'autre se trouve à la collégiale de Loches, qui est certainement le plus connu. D'une grande élégance, il est composé d'un gisant el
    albâtre représentant Agnès entourée d'anges et deux deux agneaux couchés à ses pieds. Le socle est de marbre noir et on peut y lire, en lettres gothiques : « Cy gist noble damoyselle Agnès Seurelle en son vivant dame de Beaulté, de Roquesserière, d'Issouldun et de Vernon-sur-Seine piteuse envers toutes les gens et qui largement donnoit de ses biens aux eglyses et aux pauvres laquelle trespassa le IXe jour de février l'an de grâce MCCCCXLIX, priies Dieu pour lame delle. Amen. »

     

    Le superbe tombeau de marbre et d'albâtre de la favorite est encore visible dans la collégiale Saint-Ours de Loches

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus : 

    Agnès Sorel : la première favorite, Françoise Kermina. Biographie. 
    Le Grand Cœur, Jean-Christophe Rufin. Roman. 
    - Charles VII, Philippe Contamine. Biographie
    -« Qui a tué la Dame de Beauté ? Étude scientifique des restes d'Agnès Sorel (1422-1450) », Philippe Charlier. Article dans la revue Histoire des Sciences médicales, n°3. 
    - La Dame de Beauté, Jeanne Bourin. Roman. 

     


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