• #28 : Il y'a 250 ans, le mariage de Louis-Auguste dauphin de France et Marie-Antoinette

    #28 : Il y'a 250 ans, le mariage de Louis-Auguste dauphin de France et Marie-Antoinette

    Feu d'artifice fatal lors du mariage du futur Louis XVI et de ... 

    Feu d'artifice lors du mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin Louis-Auguste (mai 1770)

     

    Au printemps 1770, l'Europe est en fête : en effet, la France et l'Autriche célèbrent l'union de leurs enfants, entérinant la toute nouvelle alliance entre ces deux puissances ennemies depuis plusieurs siècles.
    Du 19 avril au 16 mai 1770, des fêtes sont données à Vienne comme à Paris ou à Versailles et la petite Antoine, quatorze ans et demi, dont le nom a été francisé en Marie-Antoinette quitte la cour de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, pour celle de Versailles.

    * Le renversement des alliances

    Le mariage du dauphin de France, Louis, avec une archiduchesse autrichienne ne va pas de soi. La seule reine de France autrichienne a vécu au XVIème siècle : il s'agit d'Elisabeth d'Autriche (1554 - 1592), épouse de Charles IX. Après la mort du roi, elle rentra en Autriche et la fille qu'elle avait eue du roi, Marie-Elisabeth de France, mourut à l'âge de six ans. Elisabeth reste aujourd'hui largement méconnue en France et, pourrait-on dire, oubliée. 
    L'Autriche et la France sont des puissances ennemies depuis longtemps et cette inimitié remonte notamment aux rivalités qui opposèrent les Valois aux très puissants Habsbourg.
    Mais au XVIIIème siècle, c'est la tendance inverse qui s'amorce et décide du sort des futurs Louis XVI et Marie-Antoinette : en 1756 a lieu la Révolution diplomatique aussi appelée le renversement des alliances. Ces alliances de longue date, qui se voient tout naturellement entérinées au moment de la guerre de succession d'Autriche sont finalement brusquement modifiées à la veille de la guerre de Sept Ans (1756 - 1763). Ainsi, l'alliance entre la France et la Prusse contre la Grande-Bretagne et l'Autriche devient l'alliance de la France et de l'Autriche contre la Grande-Bretagne et la Prusse.
    Ce coup de force diplomatique est l'oeuvre du chancelier Kaunitz, qui fut ambassadeur en France de 1750 à 1753. Marie-Thérèse prend l'initiative, en août 1755, de contacter Louis XV par l'intermédiaire de sa favorite, Madame de Pompadour, même si l'impératrice n'est pas sans savoir les réticences que cette nouvelle alliance engendre chez les ministres français. Les négociations, d'abord tenues secrètes puis associant certains ministres tels Machault d'Arnouville, Moreau de Séchelles ou encore Saint-Florentin aboutissent à la signature d'un premier traité franco-autrichien, le 1er mai 1756. Un an plus tard, en pleine guerre de Sept ans, un traité offensif est signé après l'invasion de la Saxe, alliée de l'Autriche, par la Prusse de Frédéric II.

    Le mariage entre l'une des filles de Marie-Thérèse et le dauphin de France est envisagée dès 1766. La France est sortie très affaiblie de la guerre de Sept ans perdant une grande partie de ses colonies au profit de la Grande-Bretagne. Ce mariage permettrait de consolider l'alliance autrichienne. Louis XV se montre favorable à ce projet et, dès le mois de mai 1766, l'ambassadeur d'Autriche à Paris écrit à Marie-Thérèse qu'elle peut de ce moment regarder comme décidé et assuré le mariage du dauphin avec Marie-Antoinette.
    Seulement la mère du dauphin se montre réticente à ce mariage et fait suspendre le projet, dans le but avoué de tenir la cour de Vienne entre la crainte et l'espérance. Marie-Josèphe de Saxe meurt cependant le 13 mars 1767 et le projet est remis sur table.

    14 mai 1770: Marie-Antoinette à Compiègne

    Marie-Antoinette rencontre la famille royale à Compiègne, le 14 mai

     

    * De longues négociations qui aboutissent à un mariage

    Les négociations durent plusieurs années et, au printemps 1770, c'est une petite archiduchesse à peine adolescente, formée en hâte par ses précepteurs effarés de ses lacunes (à dix ans, elle peine à lire et écrire l'allemand et ne pratique que très peu l'italien et le français, deux langues utilisées au sein de la famille impériale( qui quitte pour toujours l'Autriche après son mariage par procuration célébré à Vienne le 19 avril 1770, en l'église des Capucins.
    Marie-Thérèse a eu de nombreux enfants qu'elle considère comme des pions politiques à installer dans les différentes cours d'Europe. Évidemment ils n'ont pas voix au chapitre et ne peuvent choisir leurs époux ou épouses : seule l'archiduchesse Marie-Christine, une soeur aînée de Marie-Antoinette se verra autorisée à se marier selon son cœur. Marie-Amélie épousera le duc de Parme et Marie-Caroline le roi de Naples, toutes deux contre le gré. Le mariage de la benjamine avec le dauphin de France est vu comme étant le plus prestigieux.

    Après les cérémonies viennoises Marie-Antoinette part vers sa nouvelle patrie. Le convoi de la future petite dauphine atteint Strasbourg le 7 mai. Ce n'est pas moins de 57 voitures qui composent le cortège et véhiculent le 132 personnes de sa suite. Au milieu du Rhin, sur l'île aux Epis, un pavillon a été dressé, matérialisant la frontière entre la France et l'Autriche. Marie-Antoinette y entre du côté autrichien accompagnée par l'ambassadeur autrichien, Starhemberg, qui la remet à la comtesse de Noailles, sa première dame d'honneur. Comme le veut la tradition, la jeune fille entre en archiduchesse dans le pavillon, vêtue à l'autrichienne. On la dépouille de tous ses vêtements pour la rhabiller à la française, cette fois. Quittant le pavillon, elle est devenue la Dauphine de France et doit dire adieu à sa suite autrichienne. On dit qu'au moment de la quitter, la jeune fille a fondu en larmes. Sa détresse sauve cependant son petit chien, Pek, destiné à retourner lui aussi en Autriche : on l'autorise finalement à le conserver près d'elle.
    Sa peur et son chagrin surmontés, c'est une jeune fille sereine qui arrive à Compiègne où, le 14 mai, elle est accueillie par la famille royale. Louis XV est séduit immédiatement par la légèreté de cette petit princesse qui se jette à ses genoux en l'appelant Papa. Son futur époux, un grand garçon de quinze ans, timide et un peu gauche reste cependant paralysé devant elle et l'embrasse prudemment sur la joue. D'ailleurs il ne lui adressera plus la parole jusqu'à leur retour à Versailles ! Il notera d'ailleurs dans son carnet un bref « Entrevue avec Madame la Dauphine » somme toute assez lapidaire.
    Pendant ce temps Marie-Antoinette fait la conquête des courtisans qui vantent sa fraîcheur et sa grâce même si Louis XV regrette qu'elle n'ait pas plus de gorge.

    Au matin du 16 mai, un soleil printanier brille sur Versailles où se pressent près de six mille privilégiés venus assister aux noces du Dauphin. À 13 heures, Louis et Marie-Antoinette quittent le grand appartement du roi. Derrière eux viennent les princes du sang entourés de leurs officiers ainsi que les jeunes frères du Dauphin, les comtes de Provence et d'Artois. Entouré de ses filles, Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie, non mariées, Louis XV fait ensuite son apparition. Les princesses du sang ferment la marche.

    Le mariage a lieu dans la chapelle royale de Versailles où officie Mgr de La Roche-Aymon, archevêque de Reims et grand aumônier de France. Celui-ci s'apprête à transformer le mariage par procuration de Vienne en une union véritable et consacrée, sur le sol de France. Les deux jeunes mariés, engoncés dans de lourdes tenues d'apparat faites de brocart et constellées de résilles d'or et pierres précieuses s'avancent vers l'autel en se tenant la main. On note la mine peu réjouie du Dauphin particulièrement mal à l'aise. Au contraire la petite autrichienne dans sa robe à paniers de brocart blanc semble rayonner et si sa beauté n'est pas parfaite (on a noté sa lèvre un peu forte, héritage des Habsbourg, son front un peu trop bombé et l'ovale de son visage un peu long) elle séduit avec son teint lumineux, ses beaux yeux bleus et ses cheveux blond vénitien. Le roi lui-même, grand connaisseur et amateur de femmes dira : « Elle est incomparable » !
    La cérémonie, longue et solennelle, se termine par l'échange des anneaux. Le Dauphin glisse ensuite entre les mains de sa jeune femme treize pièces d'or, symbolisant la prospérité de leur futur foyer. Ensuite les deux jeunes gens doivent signer l'acte de mariage juste après le roi. Jusque là, madame de Brandeis, gouvernante de Marie-Antoinette, traçait au crayon les lettres sur lesquelles l'adolescente devait repasser. La signature au bas de son acte de mariage se termine par un gros pâté d'encre tandis qu'on voit nettement son hésitation au moment de tracer les dernières lettres de son prénom francisé : son premier élan a été de signer Antoine, nom qu'on lui donnait à la cour de sa mère. Certains voient dans cette signature manquée un mauvais présage.
    Cependant, l'heure est à la fête ! Dans le parc de Versailles, les fontainiers se démènent pour donner le spectacle des grandes eaux, et les Parisiens venus en masse attendant avec impatience les feux d'artifices prévus à la tombée de la nuit. Hélas un violent orage se déclare en soirée et noir illuminations et fusées.
    La fête se poursuit dans le palais où brillent des milliers de bougies et chandelles. Des tables de jeu sont installées dans la Galerie des Glaces où la Dauphine s'initie au lansquenet. Elle brille des mille feux des diamants offerts le matin même par le roi, en plus de la cassette de sa défunte belle-mère, Marie-Josèphe de Saxe. D'autres cadeaux somptueux notamment un précieux cabinet conçu par Bélanger les accompagnent.

    Illustration.

     

    La grande Marie-Thérèse d'Autriche (1717 - 1780), mère d'une large famille (15 enfants) : il se servira de sa progéniture et notamment de ses filles, comme de pions politiques, les plaçant dans toutes les cours d'Europe pour servir sa politique...

    Le banquet des noces est présidé par Louis XV, sous les ors du théâtre en bois doré achevé en hâte, quelques jours auparavant par l'architecte Ange-Jacques Gabriel. La famille royale y dîne sous les yeux de la cour. La Dauphine mange à peine des innombrables plats de poissons, viandes, volailles et autres entremets qui leur sont présentés. Le Dauphin au contraire, s'empiffre. Attentif, Louis XV lui conseille de ne pas trop se charger l'estomac pour cette nuit s'attirant cette candide réponse du Dauphin : Pourquoi ? Je dors toujours mieux quand j'ai bien soupé !
    Conduits ensuite vers la chambre nuptiale par leur suite, les deux jeunes mariés se plient au cérémonial du coucher. L'archevêque de Reims vient en personne bénir leur lit. Le roi tend lui-même sa chemise à son petit-fils tandis que l'honneur de remettre celle de la Dauphine est destiné à la duchesse de Chartres, princesse du sang ayant le rang le plus élevé. Les rideaux du lit sont tirés et les deux suites se retirent...
    On sait que le mariage des futurs Louis XVI et Marie-Antoinette ne sera pas consommé avant plusieurs années. Cette nuit-là, Louis s'est contenté de souhaiter une bonne nuit à sa femme avant de se tourner et de s'endormir bientôt. Le lendemain, Louis écrit un laconique : « Rien » dans son journal intime. Vrai ou non, cela reflète bien comment le futur Louis XVI a vécu sa journée de mariage...

    A Paris, les festivités battent aussi leur plein pour le mariage du Dauphin. Des festivités qui se termineront tragiquement et seront vues, rétrospectivement, comme un mauvais présage concernant l'union de Louis XVI et Marie-Antoinette. Le 30 mai, la municipalité de Paris a décrété un jour chômé et un feu d'artifice tiré sur la place Louis XV est promis aux Parisiens. Il faut alors s'imaginer un Paris aux rues sales, tortueuses, étroites et dangereuses. La rue Royale, qui conduit à la place est alors en travaux, jonchée de trous et autres ornières, dans laquelle se massent bientôt carrosses et gens à pieds, venus assister au feu d'artifice. Le spectacle se déroule correctement jusqu'à ce que le bouquet final, tiré trop tôt, n'embrase l'estrade depuis laquelle il est tiré : faite de stucs et toiles peintes, cette dernière prend feu en quelques minutes. Un mouvement de foule se crée et reflue vers la rue Royale dans laquelle s'engagent des carrosses et deux voitures-pompes venues en sens inverse pour éteindre l'incendie. La foule se trouve piégée, des gens trébuchent sur des poutres et sont piétinés, certains chutent dans les tranchées ouvertes dans la chaussée. La fête se transforme en chaos et le duc de Crouÿ qui y assistait, fera dans ses mémoires un récit circonstancié de la tragédie, décrivant des scènes d'horreur. La Dauphine, venue de Versailles pour assister à la fête, doit rebrousser chemin à l'annonce du drame qui se joue à Paris. Profondément choqué, le couple décidera d'aider financièrement le peuple de Paris après cet horrible événement dont Louis et Marie-Antoinette se sentent un peu coupables. Les festivités du mariage, commencée dans la liesse, se terminent dans la tristesse. 


    Le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin ne commence donc pas sous les meilleurs auspices et, dans le privé, et le jeune couple met du temps à s'apprivoiser : le mariage ne sera consommé qu'en 1777, probablement après une visite de Joseph II, frère aîné de la reine dépêché sur place par Marie-Thérèse, particulièrement inquiète, craignant notamment la répudiation de sa fille.
    Finalement, le jeune Louis XVI s'attachera profondément à sa femme une fois leur mariage consommé et on ne lui connait pas de maîtresses, chose rare pour un Bourbon ! Et cet attachement tardif se concrétisera tragiquement dans le soutien sans faille de la reine à son époux pendant la tourmente révolutionnaire.

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    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus : 

    - Correspondance de Marie-Antoinette (1770 - 1793), dirigé par Evelyne Lever. Recueil de correspondance.
    - C'était Marie-Antoinette, Evelyne Lever. Biographie. 
    - Marie-Antoinette : le voyage, Antonia Fraser. Biographie. 
    - Louis XVI, Evelyne Lever. Biographie. 
    - Marie-Antoinette l'insoumise, Simone Bertière. Biographie. 

    Et bien d'autres ouvrages... 

     


  • Commentaires

    1
    Malorie Leduc
    Dimanche 24 Mai à 20:53
    Ah ma chère Marie-Antoinette ! Elle me passionne tellement... et Louis XVI, j'ai sa biographie dans ma Pal et j'ai hâte de m'y plonger. Ce couple est tellement intéressant et passionnant.
    En tous cas quel très bon billet, écrits à la perfection. J'aimerai tellement te lire chaque mois dans mon Historia Magazine comme Nota Bene qui y fait une chronique. Tu es une vraie professionnelle. Merci encore et toujours de me régaler autant. Je lis tes billets, tes chroniques comme un roman... bisous
      • Dimanche 24 Mai à 22:31

        Je te remercie pour ce très gentil commentaire, ça me touche vraiment. Merci, merci !

        Il me semblait naturel d'écrire cet article pour le 250ème anniversaire de leur mariage : c'est une date importante pour tout passionné du XVIIIème siècle qui se respecte et finalement ce mariage est l'une des dernières grandes manifestations du décorum monarchique, le point de départ de la course à l'abîme c'est donc un moment très important. Du moins c'est ainsi que je le vois : important et symbolique. 

         

        Je te rejoins quand tu dis que Louis XVI et Marie-Antoinette forment un couple captivant ! Je crois d'ailleurs que ma passion inconditionnelle pour le XVIIIème découle de celle que j'ai cultivée, petit à petit, pour Marie-Antoinette ( c'est même certain) !! Quand j'ai commencé à lire sur elle, j'étais certes intéressée par son histoire, son destin grandiose et tragique, mais ni plus ni moins que par un autre personnage historique (des destins grandioses et tragiques il y'en a à la pelle dans l'Histoire sarcastic). À ce moment là j'étais surtout passionnée par le XVIIème siècle et l'époque médiévale, je le suis toujours d'ailleurs mais c'est vrai que mon amour pour le XVIIIème dépasse tout et que ça, je le dois à Marie-Antoinette alors évidemment j'ai une affection toute particulière pour elle. happy

    2
    Samedi 30 Mai à 20:26

    Quel récit ! Bravo ! Tu parle vraiment très bien d'Histoire ;-) L'histoire de Marie-Antoinette est vraiment passionnante <3

     

    Effectivement, je ne connaissais pas la Reine Elisabeth d'Autriche !

      • Samedi 30 Mai à 23:51

        Merci beaucoup, c'est très gentil ! Comme tu le sais, Marie-Antoinette m'intéresse beaucoup je crois même pouvoir dire sans exagérer que ce personnage ne cessera jamais de me passionner. yes Alors je ne pouvais pas manquer cet anniversaire très important...les 250 ans de son mariage. 

        Je suis ravie que cet article t'ait plu en tous cas. ^^

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