• Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

    « L'habitude d'être l'autre plus que soi-même nous fait vivre ses souffrances comme si elles étaient nôtres et n'oublier nos malheurs que pour vivre les siens avec plus de force. »

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

    Publié en 2002

    Editions Folio

    467 pages

    Résumé :

    Car mon coeur n'est pas avec moi mais avec toi
    Et s'il n'est pas avec toi il n'est nulle part...

    Héloïse et Abélard, amants célèbres et malheureux... Notre mémoire des histoires d'amour commence avec cette histoire-là. Ce roman nous la raconte, non pas perdue dans l'obscurité d'un Moyen-Âge chargé de mystères et de psaumes, mais présente dans nos criset nos déchirements, nos trahisons, nos espoirs, notre obstination à dire ces mots étranges et dont le sens nous échappe, nous effraie, nous dépasse:  « Je t'aime » .

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Héloïse et Abélard...c'est sûrement l'histoire d'amour du Moyen Âge la plus connue, avec celle de Tristan et Yseult. Sauf que l'idylle de Tristan et Yseult n'a jamais existé, alors que celle d'Héloïse et Abélard, si.
    Déjà, reprenons quelques points d'Histoire (avec un grand H cette fois) car même si les noms des deux personnages sont relativement bien connus, Héloïse et Abélard restent tout de même méconnus en dehors de leur grande passion...Pierre Abélard serait né au Pallet, en Bretagne vers 1079, mort en Bourgogne, en l'abbaye de Saint-Marcel-les-Chalons vers 1142. Formé, comme tous les jeunes garçons de son milieu -Abélard était issu d'une famille noble, même si nous l'oublions souvent-, écolâtre, puis maître en l'école de Notre-Dame à Paris, il fut connu notamment pour ses théories radicales et innovantes sur la Sainte Trinité, qui lui valurent les foudres de saint Bernard de Clairvaux, son rival de toujours et du pape même, qui ordonna un jugement pour hérésie, ce qui n'était pas rien pour l'époque.
    D'Héloïse, nous savons peu de choses, hormis qu'elle serait née vers 1092...Issue d'une famille noble, elle est élevée à Paris par son oncle, le chanoine Fulbert, homme naïf qui va lui faire rencontrer Abélard. Connaissant le prestige du maître, le chanoine décide qu'il donnera des cours à sa nièce afin qu'elle devienne savante. Son plan se retournera contre lui puisque la jeune Héloïse va finalement tomber amoureuse de son maître. Ne se contentant nullement d'amour platonique, au risque de provoquer un scandale qu'elle assumera avec beaucoup de courage lorsque celui-ci éclatera, Héloïse s'offre à Abélard et lui donnera même un fils, qui naît en Bretagne et recevra l'étrange prénom de Pierre Astrolabe. Refusant de faire amende honorable, les deux amants suscitent la colère du chanoine Fulbert, l'oncle d'Héloïse qui ne supporte pas d'être ainsi bafoué par sa propre nièce et l'homme à qui il avait accordé sa confiance. Dans sa fureur, il ira jusqu'à faire châtrer Abélard par des hommes de main...Abélard fondera en Champagne le monastère de Paraclet tandis qu'Héloïse, enfermée au couvent d'Argenteuil (d'où son surnom d'Héloïse d'Argenteuil), apprendra à se faire aimer et respecter des autres moniales malgré sa vie passée et sera même élue abbesse...Bafouée par Suger, l'ambitieux abbé de Saint-Denis, qui sera conseiller du roi Louis VI puis de son fils Louis VII, Héloïse, entraînant ses soeurs dans sa fuite, doit quitter Argenteuil. Elle ira se réfugier à Paraclet, la maison de Pierre, dont il lui fait don et qui deviendra une abbaye de moniales. Héloïse survivra une vingtaine d'années à Abélard et mourra, vraisemblablement, en 1164. Elle reste, avec Hildegarde de Bingen, Marie de France, Christine de Pisan, l'une de ces rares femmes intellectuelles du Moyen Âge, qui marquèrent leur temps et l'Histoire, durablement.

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

    Héloïse et Abélard par Edmund Blair Leighton (XIXème siècle)


    C'est cette histoire-là qu'Antoine Audouard se propose de nous raconter, au travers des yeux de Guillaume d'Oxford, devenu, sur le tard, frère à Fontevrault, l'abbaye de Robert d'Arbrissel. Né en Angleterre, Guillaume, qui est le narrateur d'Adieu, mon Unique, a beaucoup voyagé, beaucoup appris avant de se fixer à Paris où il rencontre Abélard, qui devient en quelque sorte son maître, son mentor et son disciple. Unis par une amitié et une rivalité qu'ils ne peuvent arriver à contenir, Pierre Abélard et Guillaume ne se quitteront plus vraiment et le jeune homme sera le témoin privilégié mais malheureux de l'histoire passionnelle qui se noue entre Abélard et son élève Héloïse. Il trompera le chanoine Fulbert pour mieux aider ses deux amis, il fera tout pour les sortir du cercle vicieux dans lequel leur amour les a jetés...
    Je dois dire qu'en commençant ce roman, je ne m'attendais pas du tout à cela mais finalement, même si j'ai été un peu déroutée, j'ai été très agréablement surprise...Le récit est émaillé de nombreuses références bibliques et religieuses mais même cela ne m'a pas gênée car, finalement, ça s'inscrit très bien dans le contexte de l'époque relatée. Et vu la place que la religion occupa dans l'existence de Pierre Abélard et Héloïse, en bien ou en mal, d'ailleurs, je pense qu'il était tout à fait normal de ne pas la supprimer complètement du récit. Quant au style, il est vraiment de toute beauté et, rien que pour cela, ce livre mérite d'être lu à mon avis. Non seulement l'histoire d'Héloïse et Abélard est belle et émouvante mais le style lui apporte un plus certain. Leur histoire d'amour est magnifiée par la plume d'Antoine Audouard, qui parvient avec brio à relater la passion sans niaiserie ni mièvrerie et c'est un véritable plaisir de lire ses phrases poétiques et pleines de vérités.
    Bref, il me semble que Adieu, mon Unique est un roman à conseiller. On n'est pas là dans du roman historique lambda, il y'a autre chose, quelque chose de plus dans ce livre. A lire, à mon avis. Rien que pour le style et l'universalité de l'histoire d'amour. Quelque part, on est tous des Abélard et Héloïse et ce livre ne peut que résonner en nous d'une manière ou d'une autre.

    En Bref :

    Les + : une belle histoire, captivante et émouvante, servie par un style unique. 
    Les - : 
    Aucun.

     

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

     Coup de cœur


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  • Commentaires

    1
    Mardi 16 Septembre 2014 à 20:37

    Ohh j'ai très envie de lire ce livre money

    2
    Vendredi 19 Septembre 2014 à 09:13

    Je me souviens que j'avais lu ce livre à sa sortie et que cela avait été un véritable coup de coeur ! D'ailleurs, ce roman fait parti de mon top ten !!

    Comme tu le dis, on ne connaît l'histoire d'amour d'Héloïse et Abélard qu'en surface, et c'est passionnant de les voir revivre sous nos yeux !

    3
    Mélissa
    Mercredi 30 Octobre à 14:53

    Salut ! Fini hier et qu'est ce que j'en ai pensé ? Bah j'ai aimé et j'ai été très surprise. Tout d'abord par le choix de l'auteur de narrer l'histoire d'un point de vue externe à celui de notre fameux couple. Au début j'étais dubitative mais au final c'est un excellent choix et j'ai fini par aimé suivre la vie, les rencontres et l'évolution de Guillaume. Ensuite la plume de l'auteur lui même. Le mot juste à la juste place et tout en finesse et poésie. Comme tu le dis dans ta critique En tout cas sous sa plume j'ai été plongée en plein Moyen-Age du XIIeme siècle, l'auteur a un don pour nous y transporter. Coup de coeur pour plein de passages : la parenthèse avec Chrétien, Guillaume et Gislesbert qui s'occupent de peindre une vieille église par exemple. Très belle parenthèse dans le récit. La fin est magnifique. Le moment de rébellion d'Héloïse avant qu'Abélard ne la force au mariage et j'en passe... 

    C'est un livre à lire et à relire, une pépite. Une des plus belles découvertes littéraires de cette année pour moi. Alors merci pour ta critique car sinon je n'aurais jamais entendu parler de ce livre par personne d'autre dans mon entourage. cool

    Bon pour Halloween je ne sais pas trop quoi lire... Je pensais à une relecture de Dracula mais bof, ou un Stephen King ? A voir... 

    A la prochaine miss et bonne fin de journée ! 

    Mélissa

      • Mercredi 30 Octobre à 15:48

        Oh, je suis vraiment contente que tu aies aimé Adieu, mon unique... Ce roman n'est pas connu et je le regrette parce que c'est vraiment un très beau roman d'amour et un roman historique efficace.  Ma lecture remonte à quelques années maintenant et que tu es la première autre lectrice avec qui j'en parle, je ne l'ai, pour ainsi dire, jamais vu sur aucun blog ni sur les réseaux... Et c'est dommage parce que l'auteur écrit très bien et pour moi, il rend un vrai bel hommage à ce couple. Héloïse et Abélard sont fascinants et on a beaucoup écrit sur eux, des romans, des biographies mais j'avais eu l'impression, à la lecture du roman d'Antoine Audouard, qu'il les comprenait véritablement. Je ne sais pas trop comment expliquer, en fait... 

        Mais je suis entièrement d'accord avec toi, c'est un vrai voyage dans le temps, il a su parfaitement retranscrire ce Moyen Âge central si florissant, même si on l'oublie souvent ! 

         

        Pour Halloween, je suis en train de lire Les Mystères d'Udolphe, d'Ann Radcliffe. C'est sympa et j'ai bien avancé mais c'est un peu longuet par moments (même si c'est souvent le cas avec les auteurs classiques, il faut bien le dire sarcastic). Je n'avais jamais lu de roman gothique, c'est un genre littéraire qui m'est totalement inconnu donc je trouve ça sympa aussi de découvrir, de sortir un peu de ce que j'ai l'habitude de lire et même si je n'aime pas spécialement me faire peur, à la base, l'ambiance un peu sinistre perdu dans les Apennins m'attirait bien. 

        Belle journée à toi et bonnes lectures ! 

    4
    Mélissa
    Jeudi 31 Octobre à 00:13

    Oups, je reviens en vitesse mais j'avais oublié un point important lors de cette lecture, voire ce qui m'en reste le plus à la sortie : l'envie de découvrir l'oeuvre philosophique d'Abélard. J'adorais la philosophie au lycée mais je n'ai pas continué un cursus universitaire dans ce sens ( Droit à la place ) et pourtant la philo me manque, comme les  autres matières que j'ai adoré au collège d'ailleurs. Et je vois qu'on peut trouver des ouvrages traduits en partie de son oeuvre. En tout cas j'aurais aimé être à la place d'Héloïse ou Guillaume et suivre les cours du maître en la matière. ^^

    Bref c'était un petit point important que j'ai oublié d'écrire dans mon appréciation plus haut et je m'en excuse. Mais du coup ça donne encore un point positif de plus à cet ouvrage. Quand on tient une pépite entre les mains.. 

    Allez cette fois je te laisse tranquille pour finir le livre d'Ann Radcliff. D'ailleurs j'ai un de ses livres en attente dans ma biblio, " Les mystères de la forêt " mais je n'ai pas forcément envie là d'aller vers ça. Je vais lire une biographie musicale ( comme tu peux le voir sur mon compte insta lol ). Bonne fin de lecture et bonne nuit surtout. wink2

    Cdt, Mélissa. 

      • Jeudi 31 Octobre à 10:31

        Ah oui, je vois ! Personnellement, je n'ai jamais été fan de philosophie. Au lycée, j'étais en L mais je n'ai pas aimé la philo, donc la lecture de ce roman ne m'a pas forcément donné envie de lire les textes philosophiques d'Abélard même si ça peut être très intéressant de voir comment les hommes du Moyen Âge abordaient cette science qui, contrairement à ce qu'on a voulu croire pendant longtemps, n'a pas été abandonnée à cette époque. ^^ Les hommes du Moyen Âge étaient capables de réfléchir et Abélard en est un bon exemple... 

        En ce qui me concerne, c'est la correspondance entre lui et Héloïse que j'ai eu envie de lire par la suite, ce que j'ai fait en 2017, d'ailleurs. Et j'ai passé un excellent moment : pourtant, c'est ardu, empreint de religiosité et de théologie et pourtant, je ne me suis jamais autant investie dans une lecture classique. J'ai eu le sentiment de découvrir un texte magistral et d'ailleurs, je te recommande cette correspondance. Si tu t'intéresses à ce couple mythique, franchement, j'ai trouvé qu'elle éclairait pas mal de points. Si, au départ, assez naïvement, j'avais surtout l'espoir de trouver des lettres d'amour, je me suis rendu compte que leur correspondance, si elle parle certes d'amour, c'est en fait bien plus que cela et j'ai été captivée alors que je ne pensais pas du tout l'être. J'avais même un peu peur de la difficulté d'une telle lecture et au final, ça m'a passionnée. 

         

        Je vais aller reprendre ma lecture des Mystères d'Udolpho. wink2 C'est sympa mais je trouve que ma lecture commence à traîner un peu en longueur (j'ai lu très lentement les 100 premières pages voire les 200 premières) et finalement, à part quelques passages, ce n'est pas si effrayant que ça... sarcastic

        Belle journée, Mélissa. 

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