• Ainsi soit Olympe de Gouges ; Benoîte Groult

    « Ces destinées étouffées, ces voix réduites au silence, ces aventures inconnues ou mort-nées, ces talents avortés, commencent aujourd'hui enfin à resurgir de l'ombre et leurs héroïnes à s'installer au Panthéon de nos gloires. Et parmi elles, une des plus oubliées et qui pourtant, plus que tout autre, mérite la reconnaissance des femmes : Olympe de Gouges. »

    Couverture Ainsi soit Olympe de Gouges

     

     

     

         Publié en 2013

      Editions Le Livre de Poche

      160 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Homme, es-tu capable d'être juste ? 
    C'est une femme qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. 
    Dis-moi ce qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? ta force ? tes talents ? »

    Parce qu'en 1791 elle est la première en France à formuler une Déclaration des droits de la femme qui pose le principe de l'égalité des deux sexes, parce qu'elle a osé revendiquer toutes les libertés, y compris sexuelle, et qu'elle a réclamé, notamment, le droit au divorce et à l'union libre, Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, monte sur l'échafaud en 1793. L'auteure d'Ainsi soit-elle et de La Touche étoile rend hommage à celle qui demeure une pionnière, la première féministe moderne. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand on évoque Olympe de Gouges, on pense évidemment à la Révolution française, à sa fin sur l'échafaud...on pense aussi à la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, adressée en 1791 à la reine Marie-Antoinette elle-même et dont on a retenu le lapidaire : « si une femme a le droit de monter à l'échafaud, elle devrait avoir le droit de monter à la tribune ». En un mot, Olympe de Gouges est, dans l'imaginaire commun, celle qui a inspiré le féminisme moderne, même si le mot n'existe pas à l'époque.
    Née Marie Gouze à Montauban en 1748, rien ne prédestine la future Olyme de Gouges à devenir une pasionaria (d'autres ont dit une enragée ou une virago) de la cause des femmes. Fille reconnue de Pierre Gouze, bourgeois de Montauban et de son épouse Anne Olympe Mouisset. Mais il est très probable que le père naturel d'Olympe ait été Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, parrain de sa mère, marquis et homme de lettres connu notamment pour sa tragédie Didon, jouée pour la première fois en 1734. Le grand-père maternel d'Olympe avait été son précepteur.
    La jeunesse d'Olympe est celle de toutes les jeunes femmes de sa classe : elle a dix-sept ans lorsqu'elle est donnée en mariage à Louis-Yves Aubry, traiteur parisien de trente ans son aîné qu'elle finira par prendre en aversion, mais auquel elle donnera un fils, Pierre Aubry de Gouges. Peu instruite mais malgré tout intelligente et dotée d'une véritable capacité de réflexion, Olympe écrira ses textes les plus incisifs comme elle parle et prendra fait et cause pour la Révolution, qui sera son révélateur et son bourreau puisqu'elle sera, comme Manon Roland quelques jours après elle, conduite au rasoir national, au début du mois de novembre 1793, convaincue de trahison. Partisane de l'abolition de l'esclavage et de l'égalité des hommes et des femmes dans la société, elle s'essaye d'abord au théâtre (où ses idées transparaissent déjà, comme dans Zamore et Mirza, où elle se pose en abolitioniste convaincue) avant de se lancer dans des textes plus engagés et surtout politisés.
    Le XVIIIème siècle a beau être celui des Lumières, il n'en est pas moins rétrograde concernant la question des droits des femmes. Celles-ci n'ont dans la société d'autre place que celle d'épouse, de mère, de fille ou de soeur. Il y'a bien des femmes de lettres (les salonnières comme Madame de Genlis, Madame du Deffand entre autres) ou des femmes savantes (on peut penser à la célèbre Emilie du Châtelet, maîtresse de Voltaire et traductrice de Newton, mathématicienne de renom) mais celle-ci sont l'exception qui confirme la règle. Olympe de Gouges s'élève contre cet état de fait, contre l'oppression naturelle du sexe masculin qui cantonne les femmes à un rôle mineur et insignifiant et surtout contre le fait que les femmes semblent avoir accepté docilement ce traitement injuste. Avec des phrases incisives, elle plaide pour le droit des femmes, le droit au divorce, la reconnaissance civile, l'accès aux soins (notamment pour les femmes en couches, très nombreuses encore à mourir en donnant naissance à leurs enfants au XVIIIème siècle). Parce que ses idées, avant-gardistes, qui, parfois, ont plus d'un siècle d'avance, parce que ses idées sont celles que les féministes du XXème siècle, celles du XXIème aussi continuent de brandir, Olympe est vue comme la première de toutes. Elle ne pouvait évidemment se définir ainsi, à une époque où le mot n'existait pas. Mais celles qui sont arrivées après ne s'y sont pas trompées en lui décernant la palme de la primauté. Fut-elle la seule ? Fut-elle réellement la première ? Probablement pas. Elle est en tout cas celle qui alla jusqu'au bout et paya de sa vie son engagement, pas seulement pour les femmes, mais pour toutes les minorités. Olympe de Gouges a probablement inspiré les mouvements féministes qui se développèrent après la Première Guerre Mondiale et surtout, dans les années 1960 et 1970...

    Olympe de Gouges se lève pour l'émancipation des femmes | L'Humanité


    A ce titre, Benoîte Groult est l'une de ses héritières. Décédée à il y'a un peu plus de cinq ans, elle est l'une des féministes françaises du XXème siècle les plus connues, avec Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, sa soeur Flora Groult, avec laquelle elle écrivit notamment Journal à quatre mains.
    Née en 1920, elle ne s'engage que tardivement, dans les années 1970, alors qu'un vent libertaire souffle sur les femmes : c'est l'époque du MLF, des manifestations où les femmes brûlent leurs soutien-gorges et même si cela peut s'avérer anecdotique,c'est surtout un moyen comme un autre (et hautement symbolique) de dénoncer la toute-puissance et l'hégémonie du patriarcat. Cinquante ans plus tard, n'est-ce pas toujours d'actualité, même si des avancées notables ont eu lieu depuis ? Plus marquant, c'est aussi le moment où la contraception, grâce à la loi Neuwirth, se popularise. Les femmes peuvent prendre le contrôle de leur corps, décider du moment où elles veulent devenir mères ou de ne pas le devenir du tout, ce qui autrefois, n'était pas une option. Surtout, en 1974, la loi Veil donne aux Françaises le droit à l'avortement. C'est une époque de grandes avancées et d'une véritable émulation pour les mouvements féministes, tandis que, inversement proportionnelle, la misogynie se crispe aussi dans un réflexe de protection réactionnaire...Benoîte Groult a connu tout cela et s'est engagée. En 1975, elle a publié un essai féministe Ainsi soit elle, qui s'est vendu à 1 million d'exemplaires. Trois ans plus tard, elle fonde F Magazine avec Claude Servan-Schreiber.
    Elle était donc très bien placée pour écrire sur Olympe de Gouges, aucun doute là-dessus. Ainsi soit Olympe de Gouges n'est pas une biographie au sens académique ou historique du terme : la jeunesse de la future égérie des femmes n'y est abordée que succinctement, en quelques chapitres à peine. C'est bien évidemment l'engagement futur d'Olympe, via ses pièces de théâtre puis ses productions révolutionnaires, qui intéresse l'auteure. Il s'agit finalement plus d'une analyse des mécanismes qui amenèrent cette femme somme toute comme les autres à devenir la fondatrice d'un mouvement appelé à grandir, à se développer, pour devenir la communauté que l'on connaît aujourd'hui et qui continue de se battre pour que, chaque jour, les droits chèrement acquis soient conservés. Et dans un monde instable où les crises succèdent aux crises et aux doutes, les droits des femmes sont les premiers menacés.
    Si vous cherchez une biographie très documentée et fournie d'Olympe de Gouges, ce n'est pas ce que vous donnera ce livre. Mais, au contraire, vous aurez accès aux textes les plus importants d'Olympe, à commencer par La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, encore si actuelle, deux-cent-trente ans après sa rédaction.
    Avec Ainsi soit Olympe de Gouges, j'ai découvert l'univers des écrits féministes. C'est incisif et sans fards, on sent poindre sous la plume le propre engagement et la propre colère (légitime) de Benoîte Groult, militante et qui s'insurge contre la place biaisée que l'Histoire fait aux femmes.
    Je n'ai malheureusement pas été autant passionnée que je l'aurais espéré en démarrant cette lecture. La preuve, c'est que j'ai mis cinq jours pour lire un livre qui ne fait même pas deux-cents pages. Il faut dire aussi que se plonger dans les textes d'Olympe de Gouges, bien qu'avec une graphie révisée, n'est pas toujours forcément aisé. Le style du XVIIIème siècle n'est pas toujours très facile d'accès. Malgré tout, cela reste une lecture enrichissante et instructive et c'est ce que j'en retiendrai en dernier lieu.

    Olympe de Gouges, femme engagée, esprit libre

    Extrait du roman graphique Olympe de Gouges de Catel et Bocquet (2012)

     

    En Bref :

    Les + : un écrit féministe intéressant, qui décrit assez bien l'engagement de celle qui a inspiré le féminisme moderne et qui, par certains aspects, avait plus d'un  siècle d'avance sur son temps.
    Les - :
    peut-être la forme du livre, avec une courte introduction et les textes d'Olympe en deuxième partie. J'ai eu l'impression de lire deux blocs distincts alors qu'une explication DANS le texte aurait peut-être plus passionnante...


    Ainsi soit Olympe de Gouges ; Benoîte Groult 

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Août à 12:47
    Ah Olympe de Gouges ! Voilà une figure qui m'intéresse tout particulièrement. J'avais lu l'une de ses pièces de théâtre il y a quelques années et je ne peux qu'être admirative de son engagement. Benoîte Groult étant une autre figure qui m'intrigue, je ne peux que lire ce livre ! Je n'appréhende pas trop la langue du XVIIIe siècle car j'ai lu beaucoup d'oeuvres de cette période. Je verrais bien !
      • Vendredi 13 Août à 10:34

        Ce livre m'a donné envie d'en savoir un peu plus sur Olympe de Gouges, mais au-delà de son engagement... je crois que Folio propose une biographie et je la lirai avec beaucoup d'intérêt pour en apprendre plus sur la jeunesse d'Olympe, sur laquelle Benoîte Groult ne revient que de façon très très rapide. Ce livre n'est pas une biographie mais plutôt un essai féministe...en tout cas, j'aimerais bien comprendre ce qui a pu, au-delà d'un mariage raté et d'une naissance bâtarde, pousser Olympe à s'engager pour les femmes, leurs droits, leur confort aussi (son idée de maternité en plein XVIIIème siècle et quand même hyper révolutionnaire même si pour nous, cela paraît assez banal). 

        Peut-être n'ai-je pas choisi le bon moment pour lire ce livre, peut-être n'étais-je pas assez disponible, je ne sais pas...du coup, je ne l'ai pas apprécié autant que je l'espérais mais ça reste quand même un bon premier essai : je ne connais pas bien la littérature féministe et il me semblait intéressant de commencer avec ce livre traitant de l'engagement de la toute première d'entre elles. 

        A lire évidemment, si le sujet t'intéresse tout particulièrement ! happy

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