• Angélina, tome 2, Le Temps des Délivrances ; Marie-Bernadette Dupuy

    « Le destin se joue de nos sentiments et de nos rêves.  »

    Angélina, tome 2, Le Temps des Délivrances ; Marie-Bernadette Dupuy

     

    Publié en 2016

    Editions Le Livre de Poche

    976 pages 

    Deuxième tome de la saga Angélina

    « Cette pute me fera mourir », Mémoires du duc de Saint-Simon, Extraits ; Saint-Simon

    Résumé :

    Après des études à Toulouse, Angélina, fille de cordonnier, s'est installée en tant que sage-femme dans la maison familiale au coeur de l'Ariège. La vie est rude dans les campagnes en cette fin de XIXe siècle. Accaparée par son travail, elle peut compter sur sa protectrice, Gersande de Besnac, pour s'occuper de son fils Henri, qu'elle élève seule. Grâce à ses compétences et à sa disponibilité, sa réputation ne cesse de grandir. Son bonheur serait complet si elle ne désespérait de revoir un jour Luigi, un Gitan dont elle s'est éprise et qui s'est réfugié en Espagne pour fuir de fausses accusations de meurtre. Mais c'est Guilhem, le premier amour d'Angélina et le père d'Henri, qui revient au pays. Accompagné de son épouse légitime, il semble pourtant n'avoir rien oublié de ses sentiments pour la jeune femme... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Dans ce deuxième tome, on retrouve Angélina en Ariège, après ses études qui l’ont menée à Toulouse. Elle a pris la relève de sa mère et est devenue une « costosida », c’est-à-dire, une sage-femme, en occitan. Revenue à Saint-Lizier, sa ville natale et celle où vit également son jeune fils, Henri, elle exerce auprès de toutes les femmes de la région, des plus modestes aux plus aisées. Malgré tout et même si grossesse et accouchement étaient alors, comme depuis longtemps, des affaires de femmes, on n’accepte pas toujours celle qui, forte de ses années d’étude, dispense un discours qui, parfois, déplaît. Mais passionnée par son métier, très investie, Angélina n’en a cure, sa seule priorité étant le bien-être des mères et de leurs enfants.
    Dans sa vie privée, tout n’est pas évident pour elle, en ce début des années 1880. Elle n’a plus de nouvelles de Luigi, le jeune baladin rencontré quelques mois plus tôt et qui ne la laisse pas indifférente ; son secret autour du petit Henri n’a jamais été aussi fragile et surtout…surtout, revenu des îles avec femme et enfant, voilà que son ancien amant Guilhem Lesage est de retour au pays !
    Bref, tout n’est pas évident dans le quotidien pour Angélina mais, tenue par la passion de son métier, par l’amour de son fils et le soutien de sa bienfaitrice, Gersande de Besnac, elle fera front pour traverser toutes les épreuves.
    Il m’aura fallu près de trois ans pour lire le deuxième tome de cette trilogie de Marie-Bernadette Dupuy. J’ai en effet lu le premier tome, Les Mains de la Vie, fin février 2016. Un petit bout de temps, donc ! Pourquoi laisser passer autant de temps, au risque d'oublier certains aspects de l'intrigue ? Tout simplement parce que le premier tome avait peiné à me convaincre et je n’en étais pas ressortie séduite. Le style de l’auteure ne m’avait pas vraiment plu et le personnage d’Angélina m’avait un peu agacée, malgré tout le courage et la détermination dont elle fait montre. Je ne m'étais pas sentie proche d'elle et cela avait pesé sur ma lecture.
    Malgré tout, j'ai eu envie de lire le reste de la saga. Il est rare que je m'arrête au bout d'un premier tome, même si celui-ci m'a un peu déçue...Bon, si j'avais carrément détesté, peut-être me serais-je arrêtée là mais il ne faut rien exagérer : dans Les Mains de la Vie, tout ne m'a pas plu mais j'ai terminé ce roman avec l'envie, malgré tout, de retrouver Angélina et de savoir ce qui lui arrive par la suite. Deviendra-t-elle sage-femme pour prendre la relève de sa mère, Adrienne Loubet ? Retrouvera-t-elle Luigi, le mystérieux baladin ? Et surtout, j'avais envie de savoir ce qui allait se passer entre elle et son fils, Henri. A une époque où mettre au monde un enfant sans père, être une fille-mère est une honte, un déshonneur, comment Angélina va-t-elle pouvoir concilier son métier, très prenant et qui la jette sur les routes de jour comme de nuit, et son enfant, qu'elle n'a pas voulu abandonner ?
    Contre toute attente, Le Temps des Délivrances m'a beaucoup plus plu que le précédent. J'ai retrouvé le style de l'auteure qui, je dois bien l'avouer, ne me séduit toujours pas. Mais surtout, dans ce deuxième tome, Angélina a grandi et beaucoup changé : je l'ai trouvée beaucoup plus agréable, moins agaçante. Au contraire, elle est même touchante et admirable dans son travail de costosida, très professionnelle et toujours investie, malgré les embûches qu'une sage-femme, à cette époque, ne manque pas de rencontrer : la méfiance de certains, la colère impuissante des parents qui perdent un nouveau-né ou d'un mari qui perd son épouse en couches et qui retournent leur hargne contre la sage-femme, la pauvreté de certaines familles qui les contraint à abandonner un bébé, les avortements, à une époque où cela est un crime et où les femmes qui y ont recours risquent les travaux forcés, le bagne ou même pire, la mort.
    Dans un pays encore pétri de superstitions et de religiosité, il est parfois difficile, pour les sage-femmes comme pour les médecins, de faire entendre un discours scientifique et pragmatique, à des populations qui ne sont pas prêtes à les écouter et à les comprendre. Si aujourd'hui, il va de soi que grossesses et accouchements soient encadrés médicalement, à la fin du XIXème siècle, surtout dans les campagnes, ce n'était pas le cas. Affaires de femmes, les naissances se passaient loin des hommes et les parturientes étaient entourées de leur mère, de leur grand-mère, éventuellement d'une matrone, qui n'avait aucune formation médicale, seulement une expérience de plusieurs années en la matière, mais qui ne respectait pas toujours les principes élémentaires d'hygiène et qui pouvait commettre des erreurs, fatales pour la mère ou l'enfant. Malgré tout, il faudra attendre encore quelques décennies pour que la prise en charge systématique par du personnel compétent des futures mères puis de leurs enfants entre dans les mœurs. Il faudra attendre plusieurs décennies aussi pour que le corps médical, majoritairement masculin, cesse de considérer les sage-femmes comme des concurrentes et des subalternes.
    Je pense que l'auteure a fait beaucoup de recherches pour que son roman soit crédible et c'est tout à son honneur. Elle nous donne en tous cas une image globale et relativement juste de ce qu'était la gynécologie et l'obstétrique il y'a 240 ans.
    Au-delà de ça, ce que j'ai apprécié dans ce livre, c'est son aspect roman de terroir. Il y'a longtemps que je n'en ai pas lu mais j'aime beaucoup la littérature dite « régionaliste ». Bien que n'étant pas originaire de la région, Marie-Bernadette Dupuy intègre complètement à son récit ce petit bout de Pyrénées, ce département de l'Ariège aux paysages grandioses, qui est un personnage à part entière de son roman et à qui Marie-Bernadette Dupuy, convoquant de bons souvenirs de vacances dans son enfance, crie son amour.
    Bref, si dans ce deuxième opus, encore, le style de l'auteure a peiné à me convaincre, je me suis plus facilement laissée prendre au jeu que dans le premier. Les personnages m'ont semblé plus humains, plus accessibles et plus attachants. L'intrigue m'a également un peu plus convaincue, je l'ai trouvée plus authentique que dans Les Mains de la Vie. J'ai trouvé que l'auteure nous livrait une vision presque naturaliste de cette fin du XIXème siècle (inégalités sociales criantes, misère, croyances, superstitions, société paternaliste et bien-pensante assise sur des principes rigoureux) et elle cite à plusieurs reprises Emile Zola ce qui, évidemment, n'est pas pour me déplaire (si vous me suivez depuis longtemps, vous savez l'amour inconditionnel que je voue à l'oeuvre de Zola depuis plus de dix ans). Surtout, j'ai enfin réussi à m'attacher à Angélina, plus juste et plus vraie.
    Je ne ressors pas totalement conquise de cette lecture. Malgré tout, elle ne m'a pas déplu et je l'ai appréciée et c'est tout ce qui compte. Ce deuxième tome m'a donné envie de lire le troisième et de découvrir la suite des aventures d'Angélina Loubet et m'a réconciliée avec l'univers de Marie-Bernadette Dupuy qui, jusque là, avait vraiment peiné à me convaincre et me séduire. 

    En Bref :

    Les + : une histoire authentique, entre roman historique, romance et roman de terroir, des personnages attachants...
    Les - :
    le style de l'auteure, qui peine toujours à me séduire, malheureusement.

     

    Thème de janvier « Pics, sommets, cols et glaciers », 2/12


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