• Auprès de moi toujours ; Kazuo Ishiguro

    « La première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d’une personne comme celle-là, c’est un instant terrifiant. C’est comme vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange. »

    Auprès de moi toujours ; Kazuo Ishiguro

    Publié en 2005 en Angleterre ; en 2011 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Never Let Me Go

    Editions Folio

    441 pages

     

    Résumé :

    Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

    Kazuo Ishiguro traite de sujets qui nous touchent de près : la perte de l'innocence, l'importance de la mémoire, la valeur que chacun accorde à autrui. Ce chef-d'oeuvre d'anticipation raconte une histoire d'humanité et d'amour dans l'Angleterre contemporaine. Il est appelé à devenir le classique de nos vies fragiles. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Ce livre m'a été prêté par une amie qui me l'a présenté un peu de cette façon : « Je n'avais pas aimé le film, mais j'ai été emballée par le livre. Tu verras, c'est assez particulier...en fait, c'est l'histoire de jeunes pensionnaires, en Angleterre, ils vivent dans des conditions idylliques dans un bel endroit et puis...on finit par apprendre qu'ils ne sont peut-être pas là par hasard...enfin bref, je peux pas trop en dire, sinon je vais te dévoiler quelque chose que je ne devrais pas ! ! »
    Et je trouve, maintenant que je l'ai lu, qu'elle a très bien résumé Auprès de moi toujours. En effet, ce genre de livre, comme Le Confident, chroniqué sur ce même blog il y'a quelques jours, est un véritable casse-tête ! Comment écrire une chronique sans rien dévoiler qui puisse empêcher un lecteur de découvrir cette lecture ? Comment faire pour cependant le présenter au mieux et livrer tout de même mon avis profond sur ce roman.
    La première chose que je dirais, c'est que ce roman a été une grosse claque. Percutant, choc, dérangeant, Auprès de moi toujours m'a tourné dans la tête tout le temps de ma lecture. Et même ensuite, je dois dire que ce n'est pas le genre de lecture dont on se débarrasse comme ça. Vite lu, vite oublié n'est sûrement pas un dicton littéraire à appliquer à ce roman car ce n'est absolument pas le cas. Et je pense que cela arrive que l'on ait aimé le bouquin ou non. On ne peut pas en ressortir avec indifférence, quoi qu'on est pensé ensuite du livre en lui-même.
    Nous sommes donc à la fin des années quatre-vingt-dix, quelque part en Angleterre -nous ne savons pas exactement où. Le pensionnat d'Hailsham, beau bâtiment de briques rouges est perdu dans un cocon de verdure, de prairies et de bois et offre ainsi aux élèves qui le peuplent un cadre de vie idéal. Les enfants qui y sont pensionnaires y font leur apprentissage de leur plus tendre enfance jusqu'à l'adolescence, où ils vont, après une période de deux années passée à se familiariser avec leur future existence, découvrir le vaste monde, ce qui ne se fera pas sans mal car ils ont été plus que protégés depuis leur enfance par les personnes en charge de leur éducation et qu'ils appelaient gardiens. Car on se rend vite compte, à la lecture de ce livre, que ces élèves ne sont pas comme tous les autres et qu'ils portent en eux une vérité extrêmement dérangeante et auquelle, d'ailleurs, l'auteur nous prépare doucement. C'est à travers les yeux de Kathy H., trente-et-un ans, ancienne pensionnaire d'Hailsham que l'on comprend petit à petit ce que sont réellement les enfants d'Hailsham et quelle est aussi leur place réelle dans le monde. Un monde qui a besoin d'eux mais qui s'arrange aussi pour faire comme s'ils n'existaient pas.
    Auprès de moi toujours est un roman dérangeant. Très dérangeant, même et qui procure une drôle de sensation au lecture car il est finalement très plausible. Toute l'histoire, basée sur une description de l'Angleterre contemporaine, entre la fin des années quatre-vingt-dix et nos jours, serait somme toute assez banale sans cette particularité des enfants d'Hailsham qui constitue aussi toute la trame du roman. Ces enfants apprennent, jouent au foot, s'aiment et se détestent, se disputent et nouent des amitiés. Ils connaissent des hauts et des bas, des joies et des peines...comme tout le monde en fait.

    Ruth (Keira Knightley) , Kathy (Carrey Mulligan) et Tommy (Andrew Garfield) dans le film tiré du livre (2010)


    Et plus il est plausible, ce roman, plus il est dérangeant et ainsi de suite...c'est un engrenage vicieux qui s’amorce dès que l'on a compris de quoi il en retourne. Et on comprend aussi pourquoi ce roman d'Ishiguro est classé dans la catégorie Littérature de l'imaginaire ou est considéré comme un roman d'anticipation, au même titre que Le Meilleur des Mondes, d'Aldous Huxley ou encore 1984, de George Orwell, ce que le résumé, en lui-même, ne laisse pas transparaître, et pour cause. Ce roman nous questionne intimement sur notre condition d'être humain, sur l'éthique, la morale et donc, sur le malaise que cette conscience aiguë de notre humanité peut faire naître quand nous sommes soudain confrontés à des manipulations qui dépassent notre entendement.
    Pour ce qui est ensuite du roman dans son ensemble, je dois dire que j'ai été très agréablement surprise, tant par les personnages que par le style. Certains lecteurs n'ont pas aimé les personnages qui étaient trop creux à leur goût ou pas assez travaillés mais moi j'ai trouvé au contraire qu'ils étaient tous très aboutis, avec des caractères et des psychologies personnels et bien traités ; Ishiguro s'interroge avec beaucoup de justesse et de pudeur sur le sentiment amoureux, l'amitié, l'importance des autres dans notre vie, sur la solitude, notamment au travers de trois personnages qui se démarquent des autres : Kathy H, donc, la narratrice et ses deux amis d'enfance, Tommy et Ruth.
    Enfin, pour ce qui est du style, je dois dire que j'ai vraiment savouré les mots, et même si j'ai préféré la première partie, consacrée essentiellement aux souvenirs de Hailsham, j'ai été très vite séduite par le style de l'auteur, que je ne connaissais pas du tout. Alternant entre des passages plus oraux et d'autres écrits de façon un peu plus littéraire, le livre s'articule bien et se lit facilement, malgré les nombreux retours en arrière, les souvenirs qui, soudain, viennent émailler le récit de Kathy.
    Je dois dire que j'ai vraiment apprécié ce roman, même si j'ai été très effrayée quand j'ai compris de quoi il en retournait réellement. Mais je suis allée jusqu'au bout et je ne regrette pas car ce roman fait partie de ceux qui nous font aussi nous sentir incroyablement vivant et heureux aussi de notre condition, quand on y réfléchit. Car ce que nous raconte Ishiguro est plausible et si vraisemblable que l'on peut aisément imaginer que Auprès de moi toujours, bien qu'écrit dans le passé -un passé proche ceci dit-, pourrait être l'un des aspects de l'avenir du monde. Profitons alors de ce que l'on a. Une belle lecture qui choque, mais qui fait réfléchir et que je conseille.

    En Bref :

    Les + : une histoire à la teneur certaine malgré son côté choquant, des personnages bien traités, un style agréable à lire et à découvrir.
    Les - : Aucun !
     

     

     


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