• Borgia, tome 1, Le Serpent et la Perle ; Kate Quinn

    « Des nonnes deviennent prostituées, des prostituées se marient, des épouses se font nonnes. Et certaines combinent deux ou trois de ses états. Quoi que nous soyons, nous faisons toutes de notre mieux. »

    Borgia, tome 1, Le Serpent et la Perle ; Kate Quinn

     

    Publié en 2015 aux Etats-Unis ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Editions Pocket

    590 pages 

    Premier tome de la saga Borgia

    Résumé : 

    Rome, 1492. La belle Giulia Farnese épouse le jeune et séduisant Orsino et croit que la fortune lui sourit. Mais elle découvre bientôt que son mariage n'est qu'un leurre, orchestré par le cardinal Borgia, décidé à faire d'elle sa concubine. 
    Enfermée dans une prison dorée, espionnée par les serviteurs, Giulia résiste aux avances du cardinal. Elle peut compter sur le soutien de Carmelina, une cuisinière au lourd secret, et Leonello, un cynique garde du corps mû par la vengeance. Au milieu des convoitises et des complots, Giulia et ses acolytes doivent à leur tour manœuvrer pour survivre. Mais n'est pas intrigant qui veut...

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1492, en Italie, le Moyen Âge a déjà depuis longtemps cédé la place à une flamboyante Renaissance. Cette année-là, à Rome alors que la succession pontificale se prépare, on célèbre aussi des noces, celles de Giulia Farnese et Orsino Orsini, issu d'une des plus puissantes familles romaines. Par sa mère, Adriana da Mila, le marié est aussi apparenté au sulfureux cardinal Borgia, d'origine espagnole et qui est en train de se tailler un nom en Italie. Et le cardinal ne tarde pas à s'enticher de la belle Giulia, fraîche jeune femme d'à peine vingt ans, qu'il n'aura de cesse de séduire.
    Ce premier tome de Borgia, la saga renaissance de Kate Quinn -que je connaissais pour ma part et comme beaucoup d'autres lecteurs sans doute qu'à travers son fameux roman La Maîtresse de Rome, intéressant quoiqu'un peu trop romanesque-, nous ramène aux origines de la fameuse famille, l'année où, pour eux, tout va se jouer. Car si Rodrigo Borgia est alors un riche prélat, que ses enfants ont des titres relativement éminents -duc de Gandie pour son fils Juan, évêque de Pampelune pour César- et que sa fille, la petite Lucrèce, que son père aime tendrement, est promise à un bel avenir et à un mariage avantageux, l'ambitieux n'en convoite pas moins la tiare pontificale. Qu'il obtient, d'ailleurs, à la mort d'Innocent VIII.
    Si l'emblématique famille de la Renaissance romaine est au centre du récit, l'héroïne du roman reste sans conteste la jolie Giulia. Il n'est pas difficile à comprendre le titre du roman, la perle symbolisant la jeune Farnese et le serpent, Alexandre VI Borgia.
    En lisant le résumé, j'ai apprécié que le roman tourne plutôt autour de la concubine du pape plutôt que de ses enfants. Les Borgia sont à la mise depuis quelques années -il faut bien reconnaître qu'ils sont assez fascinants-, on a vu de tout fleurir sur eux : séries télévisées, romans, biographies. Les destins d'Alexandre VI et de ses enfants, notamment César et Lucrèce, son bien connus. De Giulia Farnese, en revanche, on sait moins de choses, hormis qu'elle fut très belle, qu' elle sera la maîtresse du pape pendant de nombreuses années, au vu et au su de tous et qu'elle lui donna même une fille, Laura.
    En ce début de Renaissance, la famille Farnese n'a pas encore l'importance qu'elle gagnera par la suite et qui est, sans aucun doute, une conséquence de l'eclatante faveur de Giulia. Originaire de Capodimonte, près du lac de Bolsena, Giulia est une toute jeune femme à peine sortie de l'adolescence lorsqu'elle épouse Orsino Orsini. Mariage qui s'avère en fait être un coup monté de Borgia pour faire plus facilement de la jeune femme sa maîtresse.
    Kate Quinn, dans ce premier roman, se concentre donc sur la faveur naissante de Giulia et ses premières années en tant que favorite officielle du pape. Nous faisons la connaissance d'une jeune femme attachante et plutôt simple, une petite orpheline au passé relativement modeste, propulsée sans beaucoup de préparation au milieu des sulfureuses intrigues de la Ville Éternelle.
    De Giulia Farnese, j'avais finalement une image relativement contemporaine et très influencée par l'image des actrices qui l'ont incarnée il y'a quelques années dans les deux séries qui ont été consacrées aux Borgia.
    Dans The Borgias, la série anglo-saxonne, Giulia est incarnée par l'actrice néerlandaise Lotte Verbeek -pour les fans d'Outlander, Geillis Duncan, c'est elle-, et apparaît comme une femme faite et accomplie. Ce qu'elle n'est pas.
    Dans la série de Canal +, c'est la comédienne italienne Marta Gastini qui l'interprète. Au niveau de l'âge, à quelques années près, on retrouve une certaine corrélation. Mais la comédienne est un peu trop brune, alors que sur les tableaux, notamment le plus connu, réalisé par Raphaël, Giulia est une beauté blonde, comme on les aimait à l'époque...
    Difficile donc de se faire une image relativement nette de Giulia, à plus forte raison si, comme moi, on est influencé par des images cinématographiques.
    Je trouve que le portrait de Kate Quinn est relativement exhaustif et vraisemblable. De toute façon, aujourd'hui, il sera difficile de brosser un portrait absolument incontestable du personnage ; des parts d'ombre demeurent et ne disparaîtront jamais. N'oublions pas, donc, que l'auteure se livre à un travail romanesque et produit une fiction historique, pas une biographie.

    La Jeune Fille à la Licorne, tableau de Raphaël, serait une représentation de Giulia Farnese 


    Toujours est-il que j'ai trouvé ce roman captivant ! Il est vrai que l'ère des Borgia, qui coïncide avec les débuts de la Renaissance italienne, est absolument fascinante ! Quelle époque : meurtres, violence, luxure... et tout cela sous les ors des palais pontificaux ! Le sulfureux attire, c'est bien connu, il n'y a qu'à voir les séries historiques qui jouent justement sur cette alternance de violence et de sexe. Au-delà de ça, pourtant, il y'a quelque chose de bien plus intéressant, il y'a l'étude d'une époque et d'un pays, à travers les personnages qu'ils produisent. Et on doit bien avouer que l'Italie du XVeme est particulièrement prolixe en richesses et personnages en tous genres, dont les Borgia sont certainement les plus fameux.
    J'ai aimé me plonger dans ce roman et je dois dire qu'il se lit assez facilement. Les quelques six-cents pages qui le composent n'ont absolument été laborieuses, bien au contraire. L'alternance de trois voix, de trois narrateurs, par exemple, m'a énormément plu. Le Serpent et la Perle est un roman polyphonique, raconté tour à tour par trois personnages : Giulia elle-même ; Leonello, son garde du corps ; et Carmelina, jeune cuisinière originaire de Venise, au passé trouble et qui travaille chez Adriana da Mila.
    Chaque personnage a son caractère et sa personnalité et c'est un plaisir de les retrouver, chacun à leur tour parce qu'ils ont tous leur intérêt.
    Je dois dire que Giulia a eu ma préférence parce que, même si elle a dû apprendre à être forte, elle n'en reste pas moins une jeune femme qui doute parfois et qui a peur. Sans statut, à une époque où la hiérarchie est si importante, ni épouse vertueuse ni réellement prostituée, Giulia Farnese fut une favorite atypique, une concubine pontificale, ce qui n'est tout de même pas commun. Propulsée dans une vie qu'elle ne voulait pas, tout du moins qu'elle n'envisageait pas, Giulia est la bonne illustration de ces fameux réseaux de clientèle qui se créent, de cette ambition démesurée des grands... sacrifiée pour les besoins d'un cardinal vieillissant et concupiscent, manipulée, Giulia n'est ni plus ni moins, entre les mains qui se servent d'elle, un joli objet dont on espère qu'il rapportera quelque chose. Encore un bel exemple de la manière dont a traité et considéré les femmes pendant des siècles : ou mère et épouse ou putain, sans aucune demi-mesure.
    Ce premier tome de la saga augure bien de la suite et me donne envie de me plonger dans le deuxième volume, assurément. Ne connaissant jusqu'ici Kate Quinn qu'à travers son fameux roman La Maîtresse de Rome, qui m'avait plu mais dans lequel j'avais trouvé cependant quelques invraisemblances, je craignais aussi de retrouver cela dans Le Serpent et la Perle. Bien sûr, tout dans le roman n'est certainement pas vrai, mais plausible et c'est le principal.
    L'aspect un peu policier du roman m'a semblé peut-être un peu superflu, sans me gêner outre-mesure non plus : à mon sens, les Borgia et le parfum de soufre qu'ils véhiculent se suffisent à eux-mêmes mais bon, pourquoi pas ? Tout est possible et, dans la mesure où c'est bien maîtrisé, je n'y vois aucun inconvénient.
    Bref, vous l' aurez compris, j'ai passé un très bon moment avec cette lecture. Il y'a quelques années, j'avais beaucoup lu sur les Borgia, cela m'a rappelé des souvenirs du coup.
    Un vrai bon roman historique, enlevé et efficace

    Borgia, tome 1, Le Serpent et la Perle ; Kate Quinn

     Lotte Verbeek et Marta Gastini interprètent Giulia respectivement dans The Borgias (Showtime) et Borgia (Canal +)

    En Bref :

    Les + : un contexte fascinant et passionnant et des personnages travaillés.
    Les - : 
    malgré quelques libertés prises avec le contexte établi, le roman est cohérent. J'aurais envie de dire aucun, mais l'aspect quelque peu policier du roman ne m'a pas entièrement convaincue.

     

     

    Borgia, tome 1, Le Serpent et la Perle ; Kate Quinn

    Bingo littéraire du printemps

     


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  • Commentaires

    1
    Megan
    Samedi 20 Mai à 02:14

    Je vois que, comme moi, tu partages mon amour pour les romans historiques!


    Megan
    www.lapageouverte.com

      • Samedi 20 Mai à 19:50

        Oui, en effet, c'est mon genre de prédilection. Je ne lis pas que ça, mais les romans historiques doivent représenter 85 % de mes lectures sur une année ! ^^

        Merci pour ton passage par ici, j'essaierai de passer sur ta page dès que possible... j'y suis déjà allée fureter par curiosité et j'aime beaucoup ton blog mais il va falloir que je prenne le temps de m'y arrêter et de commenter ! A très vite ! cool

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