• Changer l'Eau des Fleurs ; Valérie Perrin

    « La vie c'est comme une course de relais, Violette. Tu la passes à quelqu'un qui la prend et qui la redonne à quelqu'un d'autre. A toi, je te l'ai redonnée et un jour tu la repasseras. »

    Couverture Changer l'eau des fleurs

     

     

     

      Publié en 2019

      Editions Le Livre de Poche 

      664 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se confier et se réchauffer dans sa loge. Avec la petite équipe de fossoyeurs et le jeune curé, elle forme une famille décalée. Mais quels événements ont mené Violette dans cet univers où le tragique et le cocasse s'entremêlent ? 
    Après le succès des Oubliés du dimanche, un nouvel hymne au merveilleux des choses simples. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 2017, Violette est garde-cimetière à Brancion-en-Chalon, une petite ville en Bourgogne. Garde-cimetière, vous allez me dire, ce n'est pas hyper folichon comme métier. Pourtant, Violette se plaît à Brancion : elle a fait sienne la maison du gardien, le jardin attenant où elle aime faire pousser plantes et légumes et où de nombreux chiens et chats vivent tranquillement près d'elle. Ses voisins ne sont pas embêtants : depuis le XVIIIème siècle, on enterre les morts de Brancion dans ce carré de terre derrière chez elle et cela continue en 2017, parce que si l'Homme a trouvé comment marcher sur la Lune, il n'a toujours pas trouvé le secret de l'immortalité.
    Violette est garde-cimetière et un peu psychologue, à ses heures perdues. Elle rencontre les histoires des familles qui viennent enterrer un proche : le plus souvent, la perte d'un proche s'accompagne de larmes et de chagrin. Mais parfois, il n'y a qu'indifférence, parfois même, du soulagement. Violette voit mais ne juge pas. Elle en a bien assez pour elle. Violette console et écoute quand il faut, offre du thé et un peu de chaleur humaine quand le désarroi soudain se fait trop grand. Mais il n'y a pas que de la tristesse dans ce cimetière : parfois, il y'a aussi des éclats de rire et de belles histoires. Bref, Violette se plaît à Brancion, au milieu de ses animaux, de ses légumes et de ses collègues, les fossoyeurs Gaston, Nono et Elvis et les officiers des pompes funèbres, les frères Lucchini, Pierre, Paul et Jacques - ça ne s'invente pas. Là, elle a trouvé un certain équilibre, alors que la maturité approche et que la vie ne l'a pas épargnée.
    Un jour, Violette rencontre un homme, commissaire de police, venu à Brancion pour déposer les cendres de sa mère, décédée quelques mois plus tôt. Il arrive de Marseille : pourquoi sa mère, Irène Fayolle, souhaite-t-elle que ses cendres soient déposées si loin de sa ville d'origine, dans ce petit coin de Bourgogne ? Son fils Julien vient de le découvrir et Violette va la découvrir à son tour. Deux histoires qui se tricotent et se détricotent en parallèle, l'histoire de Violette et la grande histoire d'amour d'Irène Fayolle, qui l'emmène à souhaiter reposer loin des siens dans l'éternité.
    Plusieurs temporalités, de nombreux personnages...il faut s'accrocher au départ pour ne pas tous les confondre et pour ne pas se perdre dans les époques mais une fois que vous êtes bien immergés dans l'ambiance du roman, ça passe tout seul.
    Je dirais même mieux : c'est difficile, très difficile de le lâcher. Ça ne m'arrive pas souvent et même avec les bouquins, j'ai une capacité d'attention limitée. Je vais lire une centaine de pages par jour les bons jours, deux cents éventuellement, jamais plus. Avec Changer l'Eau des Fleurs j'ai perdu la notion du temps : quand j'ai relevé les yeux, l'après-midi était passé et j'avais avalé plus de trois-cent-cinquante pages ! Oui. En une seule journée. Quand je vous dis qu'une fois que vous y avez mis le nez c'est foutu, c'est vrai.
    Changer l'Eau des Fleurs a rencontré un certain succès sur les réseaux sociaux depuis quelques années...j'ai d'abord beaucoup vu la couverture du grand format, avec son fond vert et cette femme brune de dos. Puis le poche, avec ses fleurs blanches et son fond bleu. Cela ne m'a pas influencée pour autant : j'avoue, les romans contemporains, ce n'est pas trop mon genre. Je suis Sophie Tal Men depuis quelques années et j'ai beaucoup ri avec les romans de Gilles Legardinier mais entre un roman contemporain et un roman historique, mon choix est vite fait. Et puis, en lisant le résumé de Changer l'Eau des Fleurs, j'ai lu le mot cimetière et ça a suffi pour que je me dise : Non, ce n'est pas pour moi. Et je serais restée sur cette impression si une collègue, en février, n'avait pas reçu en double ce roman. Elle m'a proposé le doublon, j'ai dit oui : après tout, je ne risquais rien. A part faire une bonne découverte ou être déçue, mais ça, c'est le jeu.
    Ça a été le cas. Changer l'eau des Fleurs est un petit bonbon, un roman lumineux. Il a beau se passer essentiellement dans un cimetière, il est porteur d'espoir et de bonne humeur. Pas que, bien sûr : le deuil n'en est pas absent mais n'est pas omniprésent non plus et l'émotion est souvent très forte. Oui, j'ai pleuré ou eu les larmes aux yeux en lisant ce roman et j'aime quand des mots me bouleversent, me touchent. La plume de Valérie Perrin a su m'émouvoir : elle est alerte, vive, parfois tendre, parfois violente, elle écrit comme elle parle. Elle explique, elle décrit mais, comme Violette, jamais elle ne juge. Les personnages ne sont pas des héros, ce sont des gens du quotidien, aucun n'est ni totalement mauvais ni totalement bon, parce que ça n'existe pas, dans la vraie vie. Violette, ses collègues, son mari, ces familles qu'elle croise, avec lesquelles parfois elle tisse un lien, ponctuel ou plus durable, sont profondément humains : ils ont tous leurs failles et leurs faiblesses, leurs petits travers, leurs défauts et leurs qualités. J'ai aimé cette nuance : même le personnage qui semble parfois irrémédiablement perdu ne l'est pas exactement. Même celui qui a failli peut se racheter et montrer qu'il est quelqu'un de bien. On a besoin de ce genre de d'histoires qui redonnent foi en l'humanité : c'est de la fiction, vous me direz. On peut faire dire ce que l'on veut à la fiction. Mais les personnages de Valérie Perrin sont des Français lambda des années 2010, ils sont nous. On se reconnaît en eux ; alors si on se reconnaît en eux, rien ne nous empêche de les copier un petit peu.
    Ce roman c'est aussi celui des hasards et des rencontres. Pourquoi telle ou telle personne croise-t-elle un jour notre route ? Pourquoi celle-ci s'arrête-t-elle un instant dans notre vie quand une autre s'y installe ? Pourquoi choisit-on celui-ci où celle-là pour ami (e), pourquoi au contraire se marie-t-on avec un autre et choisit-on de fonder une famille avec X plutôt qu'avec Y ? Pourquoi les rencontres se jouent-elles de toutes les conventions sociales ? On dit bien que la vie est une longue suite de rencontres : rencontres toxiques ou au contraire, rencontres lumineuses. Il y'aura celles qui parfois nous tireront vers le bas ou alors, au contraire, celles qui nous pousserons à nous dépasser, qui nous inciteront à tirer le meilleur de nous-mêmes. La vie de Violette est émaillée de ces rencontres : des personnages se succèdent dans le récit comme dans son existence qui est déroulée grâce à de nombreux flash-back qui nous permettent de découvrir qui elle a été avant d'atterrir en 1997 dans cette petite ville de Brancion. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Violette n'a pas eu une vie de tout repos.
    Mais une vie, heureusement, n'est pas faite que de deuils ni que de drames. De belles rencontres la traverseront et l'illumineront mais quand on pense que plus rien de bien ne pourra arriver. De bons souvenirs viendront un peu compenser les mauvais.
    Changer l'Eau des Fleurs est un roman qui fait du bien. Une petite pépite d'humanité, de simplicité et d'humanité. Je ne connaissais pas Valérie Perrin mais je ne suis pas déçue d'avoir découvert son univers à travers ce roman qui a une puissance folle.
    On rit souvent, on sourit souvent, on s'attendrit et on pleure aussi. Ce roman est un condensé du quotidien et on peut retrouver Violette en chacun d'entre nous. Ce roman nous incite à rechercher le beau et le meilleur en nous et chez les autres : qu'attendons-nous pour le faire et cesser de dire que l'humanité est foutue ? Peut-être qu'elle l'est parce que nous le voulons bien mais il y'a encore de belles choses en nous et c'est l'essentiel...Tout n'est peut-être pas perdu. En tout cas, Changer l'Eau des Fleurs en est une belle illustration.

    En Bref :

    Les + : un beau roman dense et riche, qui n'aborde pas que le deuil, au contraire. C'est la vraie vie, la vie écorchée mais aussi lumineuse. Une petite pépite de douceur, un bonbon qui se savoure.
    Les - :
    dans les derniers chapitres, une chronologie peut-être un peu floue mais ce n'est pas hyper gênant non plus...


    Changer l'Eau des Fleurs ; Valérie Perrin  

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 9 Avril à 12:00

    Moi c'est plutôt le mot "cimetière" qui m'intrigue. Je n'ai jamais lu d'histoire se passant dans un tel lieu alors ça me tente curieusement... Préférant les classiques, je me suis mise peu à peu aux contemporains et il faut admettre qu'il y a parfois bien des pépites !

      • Samedi 10 Avril à 11:10

        Oui, complètement ! Je ne peux que te conseiller Changer l'eau des fleurs qui est une petite pépite de bonheur, d'espoir et d'émotions... j'ai beaucoup aimé Violette et finalement, on s'attache vite à son lieu de vie parce que ce cimetière de Brancion n'est finalement pas si sinistre ni triste qu'on pourrait le penser. Au contraire... j'ai beaucoup aimé et je n'avais pas envie que ça se termine. Superbe lecture. happy

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