• Charles Quint, l'Indomptable ; Lindsay Armstrong

    «Pas une fois je suis parvenu à les mettre à l'unisson ! Pas plus que les hommes, d'ailleurs ! » Charles Quint, la veille de sa mort, en entendant sonner les cloches en ordre dispersé. 

    Charles Quint, l'Indomptable ; Lindsay Armstrong

    Publié en 2014

    Editions Le Club Histoire (collection Le Grand Livre du Mois) 

    573 pages

    Résumé : 

    Européen dans l'âme et par le sang, rarement souverain ne l'aura été autant que Charles Quint (1500-1558). Né Habsbourg, héritier de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg réunis, des royaumes d'Espagne, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, il est, à vingt ans, élu Empereur du Saint-Empire romain germanique, au grand dam de François 1er, qui en convoitait le titre. Leur rivalité est l'un des axes de cette biographie passionnante. Le roi français aurait-il accepté la main tendue que lui offrit à plusieurs reprises le petit-fils des Rois Catholiques, l'histoire européenne en aurait à coup sûr été changée. Car les défis à relever ne manquent pas en ce siècle de la Renaissance. Les passions religieuses enflamment les Européens, l'intransigeance du moine Luther et l'arrogance des papes achevant de diviser le continent. Le rêve de Charles Quint de réaliser une Europe unie ne résistera pas non plus aux poussées de l'Empire ottoman qui menace à ses frontières. Au fil des pages où l'on croise tour à tour Henri VIII, Mary Tudor, Érasme. Titien mais aussi Magellan, Hernàn Cortés, Francisco Pizarro et Barberousse. Lindsay Armstrong dresse un portrait saisissant du premier et dernier Empereur des deux mondes. Curieux et vif, tour à tour drôle et piquant. fin gourmet et amateur d'art, mélancolique aussi, sa personnalité domine celles de ses contemporains et offre un modèle noble du Prince, qui revit ici dans toute sa splendeur.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

     Mon Avis :

    Que Lindsay Armstrong, spécialiste de l'Europe et de son histoire choisisse de consacrer sa première biographie à Charles Quint est un choix tout en fait pertinent et en lien avec sa formation initiale. Car s'il y'eut bien, avant même que l'Europe en tant qu'entité géopolitique ne soit pensée, un prince européen dans l'âme, c'est Charles Quint. Né à Gand à la toute fin du XVème siècle, régnant sur un empire sur lequel, disait-on, le soleil ne se couchait jamais, il passa sa vie, en apatride, à aller d'une possession à une autre, ne se fixant jamais à un seul endroit et parcourant inlassablement ces terres du Vieux Continent qu'il finit par connaître par cœur.
    De par son ascendance, Charles Quint, bien avant sa naissance, était appelé à ce règne et à cette existence cosmopolites et itinérants. Apparenté aux rois d'Espagne par sa mère et aux seigneurs du nord par son père, Charles Quint est le fruit du mariage contrasté de l'Europe du Nord et de l'Europe du Sud, personnifiées par Jeanne de Castille -connue sous le sobriquet peu flatteur mais malheureusement vrai de Jeanne la Folle-, fille des Rois Catholiques qui reconquirent l'Espagne et Philippe le Beau, l'enfant de Maximilien d'Autriche, empereur du Saint-Empire romain germanique et de Marie de Bourgogne, ce qui fait de Charles Quint un lointain cousin de ces rois de France dont il sera l'ennemi irréductible. Orphelin de père jeune, délaissé, avec ses sœurs, par une mère devenue folle d'avoir trop aimé son magnifique époux, le futur empereur et roi des Espagnes sera élevé dans les Pays-Bas -qui regroupaient à l'époque les trois pays formant l'actuel Bénélux-, par sa tante Marguerite d'Autriche, qui veillera à lui dispenser la meilleure éducation possible. Il ceindra ensuite la couronne de Castille avant de devenir empereur, comme son grand-père.
    Charles Quint, comme Henry VIII et François Ier en Occident et Soliman le Magnifique en Orient, sera l'un de ces souverains d'une époque florissante, la Renaissance, qui vit la découverte d'un Nouveau Monde, l'expansion des arts, des lettres et de l'humanisme mais aussi l'apparition d'une grande menace pour l'Eglise catholique : le luthéranisme, né dans les terres mêmes de Charles, en Allemagne. Princes cultivés et bien ancrés dans leur époque, ces souverains n'en seront pas moins des rivaux irréductibles, allants de luttes en traités de paix et de traités de paix en conflits... conflits qu'ils transmettront aux générations futures...
    Charles Quint survivra à Henry VIII et François Ier, emportés tous deux en 1547. Il leur survivra de onze ans et, contrairement à eux, sentant la vieillesse approcher, il abdiquera en faveur de son fils Philippe -le fils de sa très aimée épouse Isabelle de Portugal-, et de son frère Ferdinand pour ce qui est du moins de ses possessions impériales. Il se retirera en Espagne et mourra à l'aube de la soixantaine, reclus dans le couvent de Yuste, qu'il avait fondé. Il est, si l'on y réfléchit, le point final de cette première Renaissance, riche, florissante, cultivée, amoureuse des arts...quand seront éteints tous les rois de sa génération, celle venant juste après eux, la génération des fils, des petit-fils, va se livrer à des luttes cruelles qui ensanglanteront l'Europe jusqu'au siècle suivant. Après le « Beau XVIème siècle », pour reprendre une expression de l'historienne Simone Bertière, c'est un siècle de guerres religieuses, une fin de siècle sanglante que connaîtront les descendants de Charles, Henry et François...

    Charles Quint, l'Indomptable ; Lindsay Armstrong

     

    Charles Quint, portrait d'après Le Titien (XVIème siècle)


    Cette biographie, plutôt conséquente, part des débuts et même, des débuts antédiluviens, si l'on peut dire, Lindsay Armstrong faisant démarrer son livre dès avant la naissance de Charles pour replacer notamment dans son contexte le mariage de ses parents et les conditions de sa naissance. Et puis, de façon chronologique, il déroule la vie, très riche, de cet homme qui ne vécut pas vieux mais connut certainement, en une seule vie, plusieurs existences, de part, déjà, cette vie nomade à travers ses possessions impériales, flamandes, italiennes, espagnoles...de part aussi, les différentes couronnes qu'il ceignit, réunissant sur sa tête celles de Castille et d'Aragon, héritage maternel puis celle de l'Empire, héritage paternel et remontant jusqu'à Charlemagne et même au-delà. Bien plus qu'Henry VIII ou François Ier qui furent les souverains d'un seul royaume, les héritiers d'un seul patrimoine, d'une seule couronne, Charles Quint, bien avant le XXème siècle, fut un véritable prince européen, parlant aussi bien le français que le castillan ou l'allemand. Il fut le témoin de la montée de plus en plus menaçante de l'hérésie luthérienne dans ses terres, il la combattit mais s'opposa aussi aux différents papes qui se succédèrent durant son règne et surtout, il s'échina à défendre ses possessions, les possessions de ses ancêtres, pour les transmettre, qui à son fils, qui à son frère et à ses descendants, surtout sans trop de pertes. Il combattit les ambitieux rois de France qui avaient des vues sur l'Italie, il s'allia et s'opposa au roi d'Angleterre, son oncle par alliance. Mais, pour la première fois, un souverain fut à la tête d'une entité plutôt cohérente malgré les dissensions, politiques ou religieuses, qui allait de la Mer du Nord jusqu'au détroit de Gibraltar en passant par l'Italie et sans compter les lointaines terres découvertes par les conquistadores. Un souverain que l'on peut tout à fait qualifier d'européen malgré l'anachronisme du terme.
    Plutôt accessible pour qui a quelques connaissances sur le sujet, cette biographie est efficace et bien écrite. Je déplore cependant une absence d'arbre généalogique, en début ou en fin, qui aurait pu servir à se repérer au niveau des liens familiaux et des mariages consanguins qui eurent au sein même de la famille Habsbourg et tendent donc à les rendre confus et assez inextricables. Heureusement qu'internet existe et que l'on peut vite trouver les informations nécessaires ! ! wink2
    Personnellement, je connaissais surtout Charles Quint par le biais de livres traitant plutôt des règnes de François Ier et Henry VIII sans mettre forcément penchée sur ce grand règne. J'ai appris pas mal de choses, tant sur le personnage que sur les institutions impériales et espagnoles de cette première moitié du XVIème siècle, très différentes des nôtres à la même époque. J'ai apprécié aussi que l'auteur -qui écrit, je crois, en français, car je n'ai pas trouvé de traducteur-, ne francise pas forcément pas les noms des différents personnages. C'est souvent le cas, parfois pour une meilleure compréhension, et même si cela peut dérouter au premier abord, eh bien ce n'est pas plus mal, au final. Ainsi, Philippe, le fils de Charles Quint, devient Felipe -à l'espagnole-, tout comme la reine Catherine d'Aragon est appelée, tout au long du livre, de son nom espagnol Catalina. Maximilien, le grand-père, est Maximilan, à l'allemande tandis que Jeanne, la mère, n'est pas appelée autrement que Juana, son véritable prénom. Je déplore par contre les trop nombreuses coquilles, qui ne sont pas le fait de l'auteur, bien sûr, mais qui peuvent perturber, à la longue. Surtout que cette biographie fait plus de 500 pages donc les erreurs de ponctuation ou oublis de mots peuvent lasser.
    Pour autant j'ai trouvé ce livre intéressant et je ne regrette absolument pas de l'avoir lu, bien au contraire, parce que j'en ressors finalement avec des connaissances nouvelles et donc, un enrichissement certain et une meilleure approche de cette belle période que fut la Renaissance, malgré ses aspects plus sombres...

    Charles Quint, l'Indomptable ; Lindsay Armstrong

    L'abdication de Charles Quint, par Louis Gallait (XIXème siècle)

     

    En Bref :

    Les + : une bonne biographie, accessible et bien écrite.
    Les - :
    trop de coquilles, dommage. 


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  • Commentaires

    1
    Lindsay Armstrong
    Mercredi 18 Mars 2015 à 08:56

    J'ai lu avec plaisir l'article très bien construit que vous avez consacré à la biographie que, en dépit de l'existence d'oeuvres similaires dûes à des historiens bien plus respectables que moi, j'ai crû pouvait et devait être écrite autrement et avec moins de prudence. Si jamais il devait y avoir une deuxième édition, je vous promets des arbres généalogiques et moins de coquilles. Bien à vous, L.A.

    2
    Mercredi 25 Mars 2015 à 17:43

    IL est certain que ce livre peut me plaire ! J'ai adoré les cours sur Charles Quint.

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    3
    Lindsay Armstrong
    Mercredi 25 Mars 2015 à 17:45
    Quels cours Natacha?!
    4
    Mercredi 25 Mars 2015 à 22:23

    @Natacha : je te conseille vraiment cette biographie, je suis sûre qu'elle te plaira ! yes

    @Lindsay Armstrong : c'est avec surprise mais aussi avec plaisir que j'ai pris connaissance de votre commentaire sur mon article. Je vous remercie d'ailleurs pour vos compliments, c'est toujours valorisant, lorsqu'on est propriétaire d'un blog, d'avoir de bons retours, et un blogueur littéraire ne peut pas rêver mieux que d'avoir un retour de l'auteur lui-même sur l'un de ses articles, à mon avis. Il est vrai que votre biographie de Charles Quint est la première que je lis je n'ai donc pas de points de comparaison mais il est sûr qu'elle fera certainement partie des œuvres que je pourrais conseiller à d'autres lecteurs souhaitant en apprendre un peu plus sur ce grand personnage mais aussi sur son époque, qui est très bien restituée dans votre ouvrage. Pour ce qui est des coquilles, malheureusement ce sont les aléas de l'impression, rien n'est infaillible et même si cela peut gêner la lecture, elles n'enlèvent rien à un ouvrage de bonne qualité.

    Encore une fois, Monsieur, je vous remercie pour votre commentaire. 

    5
    Lindsay Armstrong
    Jeudi 26 Mars 2015 à 09:16

    Ravi de dialoguer avec vous et vos lecteurs!

    6
    Mardi 2 Juin 2015 à 20:14

    Comme toi, je ne connaissais surtout Charles Quint qu'à travers les règnes de François Ier et Henri VIII, et pourtant il fut le monarque le plus puissant d son temps !!

    En tout cas, j'ai appris grâce à ta chronique que Charles Quint avait abdiqué en faveur de son fils : c'est tellement rare - et les hommes sont d'ordinaire tellement cramponnés à leur pouvoir - que cela mérite d'être souligné...

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