• « Le Graal distingue les bons et les méchants [...] Personne ne peut aspirer à sa possession  à moins d'y être prédestiné par le Ciel. » Wolfram d'Eschenbach

    Les Aventures de Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour, tome 4, Montségur, 1201 ; Jean d'Aillon

     

    Publié en 2012

    Editions J'ai Lu

    479 pages

    Quatrième tome de la saga Les Aventures de Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour

     

    Résumé :

    Le château de Saverdun fait l'objet d'une querelle entre le comte de Toulouse et le comte de Foix. Pour initier un accord, ce dernier envoie sa soeur, Esclarmonde, négocier avec Toulouse. La rencontre a lieu lors des fêtes de Pâques de l'an de grâce 1201. Durant les festivités, des événements tragiques se succèdent, entraînant Guilhem d'Ussel dans une incroyable conspiration, où des destins que tout oppose vont s'affronter.
    Que cherche l'inquiétant comte Dracul, ambassadeur de Transylvanie ? Que convoitent les moines de Cîteaux dans leur chasse contre les hérétiques cathares ? Guilhem parviendra-t-il à sauver la femme qu'il aime dans cette quête éperdue du Graal ?

     

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après avoir pourchassé des seigneurs provencaux félons -Marseille, 1198-, des templiers diaboliques qui en voulaient à la vie du roi de France, sauvé des tisserands parisiens appartenant à la nouvelle foi -Paris, 1199- et subtilisé un testament qui aurait pu faire basculer à jamais l'Histoire d'Angleterre -Londres, 1200-, , voici la quatrième aventure de Guilhem d'Ussel qui, après avoir traversé la Manche, va enquêter en plein cœur du pays cathare, dans le Midi de la France, ne recherchant rien moins que...le Graal ! Eh oui, le Graal, cette coupe ou ce vase, qui aurait servi à Joseph d'Arimathie à recueillir le sang du Christ lors de la Passion, en faisant donc l'une des reliques les plus importantes de la Chrétienté mais aussi la plus mystérieuse car le Graal a tout de même une grande part de légende, popularisée notamment par la quête du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table-Ronde.
    Nous sommes au début de l'année 1201 et nous retrouvons Guilhem là où on l'avait laissé à l'issue du tome 3, Londres, 1200. Revenu à Lamaguère, son fief du toulousain après son périple anglais aux côtés de Robert de Locksley, à la poursuite du testament de Richard Coeur-de-Lion, tué à Châlus en 1199, Guilhem a la surprise d'y trouver, réfugiée, dame Amicie de Villemur, son ancienne maîtresse. Entre-temps mariée à un seigneur du pays de Foix, Amiel de Beaumont, Amicie est veuve depuis quelques mois et, maltraitée par son beau-frère, une brute épaisse qui cherche à récupérer les biens de son frère mort. Amicie parvient finalement à s'échapper de son fief de Saverdun, devenu sa prison, pour aller chercher de l'aide auprès de Guilhem. Afin de faire justice, Guilhem et son amie vont à la rencontre du comte de Toulouse, dans son fief de Saint-Gilles. Là, il rencontre deux chevaliers allemands, Conrad de Tannhaüser et Wolfram d'Eschenbach -ce dernier a vraiment existé-, mais aussi un mystérieux seigneur venu de l'est, de Transylvanie plus exactement et qui répond au nom de comte Dracul, un nom bien connu de nos jours -même s'il ne s'agit pas du même, le seigneur Vlad Tepes ayant vécu près de deux siècles plus tard-, ainsi que des moines aux intentions toutes sauf pacifiques...                                             Ces rencontres fortuites et le retour inopiné de la jeune Sanceline, une cathare sauvée à Paris deux ans plus tôt dans Paris, 1199, vont précipiter Guilhem dans une quête absolument ahurissante : celle du Graal, qui serait caché en pays toulousain, ayant fait partie, il y'a plusieurs siècles, du trésor des rois wisigoths de Toulouse, qui l'y auraient caché avant d'être défaits par Clovis et de quitter la Gaule pour l'Hispanie...Et, alors que le gros du trésor aurait été dissimulé dans les monts d'Alaric, près de Carcassonne, le Graal, lui, qui serait en fait une pierre précieuse, aurait été dissimulé quelque part en pays de Foix et peut-être, non loin du pog de Montségur, lieu propice aux légendes depuis bien longtemps et qui sera un très haut lieu de catharisme. Mais, bien sûr, cette quête ne sera pas de tout repos et, entre les félons de Saverdun et les terrifiants transylvaniens qui ont la sale manie d'empaler tout ceux qui les contrarient, Guilhem et ses compagnons vont donc, au péril de leur vie, gagner Montségur pour essayer de doubler leurs adversaires et de mettre les premiers la main sur cette fameuse pierre sacrée qui, aurait en plus de cela, un lien particulier avec les origines du catharisme dans le Midi...

     

    Les Aventures de Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour, tome 4, Montségur, 1201 ; Jean d'Aillon

    Dispute entre saint Dominique et des Albigeois et ordalie par le feu, par Pedro Berruguete (XIVème siècle)

    Voilà, en gros, les bases de ce tome 4 des Aventures de Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour, le fin limier médiéval inventé par Jean d'Aillon. Un peu plus versé dans le légendaire et le merveilleux que les trois précédents -mais il est vrai que le Graal et le catharisme, au centre du récit, appellent les légendes-, ce roman-là n'en est pas moins tout à fait intéressant car c'est un beau portrait de ce pays d'oc, ce Midi, à l'identité déjà si affirmée et qui se construisit autour du catharisme. Intimement. Guilhem et ses compagnons traversent ainsi les terres marquées depuis le XIIème siècle par cette nouvelle religion manichéenne, qui prit tellement le pas sur l'Eglise en place qu'elle lui fit peur, au point que le pape décida, quelques années plus tard, de lancer une croisade dans le Sud, pour ramener cathares mais aussi seigneurs complaisants à la raison et au dogme catholique, sévèrement mis à mal par le catharisme, qui trouvait de plus en plus d'adeptes au fil des années -un peu comme le protestantisme, finalement, au XVIème siècle même si le contexte n'est évidemment pas similaire du tout.
    Encore une fois, j'ai passé un très très bon moment de lecture. Le style de Jean d'Aillon n'est pas exceptionnel ni spectaculaire -en tous moins que dans La Guerre des Trois-Henri, une trilogie un peu plus...ciselée, si je puis dire-, mais qu'importe, il n'en reste pas moins efficace. Les rebondissements sont là, l'enquête est bien maîtrisée, du début jusqu'à la fin, de manière à tenir le lecteur en haleine et, même s'il y'a beaucoup de longueurs au début de ce tome-là, l'intrigue mettant plus de temps à se mettre en place, finalement, on ne les ressent plus du tout une fois qu'on est pris dans le récit et on finit même par se dire que ces longueurs étaient, au fond, complètement nécessaires et permettaient en quelque sorte de poser l'intrigue et l'ambiance du roman. Un regret : ne pas avoir vu, dans ce tome-là, Robert de Locksley, le fameux archer saxon ami de Guilhem et son épouse Anna-Maria ainsi que certains autres que l'on suivait depuis plusieurs tomes comme Bartolomeo, écuyer de Guilhem et frère d'Anna-Maria -mais on les retrouve tous les deux dans le cinquième tome, tant mieux.
    Bref, entre enquête policière et ésotérique et légendes venues de la nuit des temps, ce quatrième tome des Aventures de Guilhem d'Ussel se maintient et soutient la critique face aux autres. En deux mots, il est à la hauteur des premiers tomes et j'espère que les autres le seront également. En tous cas, malgré quelques petits défauts récurrents, eh bien je trouve que cette saga médiévale est efficace, valable, elle tient vraiment la route et mérite d'être lue. D'autres tomes de ces aventures seraient d'ailleurs les bienvenus, à bon entendeur... 

     

    Les Aventures de Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour, tome 4, Montségur, 1201 ; Jean d'Aillon

     Le pog de Montségur en Ariège

     

    En Bref :

    Les + : une enquête intéressante, palpitante et bien menée ; c'est également un plaisir de retrouver les personnages qu'on côtoie depuis un petit moment déjà.
    Les - :
    quelques longueurs au début mais qui s'avèrent finalement plutôt nécessaire -c'est donc un petit, tout petit point négatif.


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  • «Autrefois, elle avait eu des rêves ; à présent elle n'avait plus que des cauchemars. »

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

    Publié en 2002 aux Etats-Unis ; en 2007 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Tea Rose

    Editions Pocket (collection Romans Étrangers)

    819 pages

    Premier tome de la saga The Rose Saga

     

    Résumé : 

    A la fin du XIXe siècle, à Londres, dans le quartier populaire de Whitechapel, près des docks où s'organise la grève des ouvriers, la jeune Fiona travaille dur à la fabrique de thé. Son projet ? Économiser assez d'argent pour ouvrir une petite épicerie avec son fiancé, Joe.                               Mais son rêve s'évanouit le jour où Joe la quitte, séduit par la fille d'un riche marchand. Après cette trahison et la mort tragique de ses parents, Fiona décide d'embarquer pour New York où la révolution industrielle autorise les espoirs les plus fous. Et sur le paquebot qui l'emmène vers un monde en plein essor, elle se promet de revenir un jour en Angleterre, auréolée de succès...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1888, le quartier de Whitechapel, dans l'East End, est ensanglanté par les horribles crimes d'un mystérieux homme en noir, Jack l’Éventreur, qui s'en prend aux prostituées qui hantent les ruelles populeuses des docks. C'est là, dans ces ruelles miteuses, de l'autre côté de la Tamise, loin des belles demeures de Belgravia et Pimlico, dans le West End, que survivent des familles entières, ouvrières et souvent miséreuses. Les hommes travaillent dans les docks et les femmes tentent tant bien que mal de faire survivre leurs enfants.
    Les Finnegan sont d'origine irlandaise : le père, Paddy Finnegan, travaille dans les docks, la mère, Kate, s'occupe des cadets, Seamie et Eileen tandis que les aînés, Fiona et Charlie, tentent de gagner tant bien que mal leur vie. La jeune fille, âgée de dix-sept ans, travaille dur à la fabrique de thé Burton et nourrit un rêve : ouvrir avec Joe, son petit ami, une petite boutique.
    Mais voilà qu'en quelques mois, la vie de Fiona Finnegan, pas forcément facile, mais heureuse, bascule dans le plus horrible des cauchemars. Son père, membre du Syndicat des dockers, meurt dans des circonstances troubles puis c'est au tour de sa mère et de sa petite sœur de disparaître, tandis que Charlie, son frère cadet, part un jour sans jamais revenir. Et, pour couronner le tout, Joe, qui a trouvé du travail chez un grossiste enrichi, Peterson, est séduit par la fille unique de ce dernier et décide de quitter Fiona. La jeune fille, à même pas dix-huit ans se trouve soudain livrée à elle-même, sans famille, si ce n'est le petit Seamie, qui a quatre ans et besoin d'elle. Alors elle va se battre, pour lui. Pour elle, même si elle est brisée.
    En cette fin de XIXème siècle, l'industrialisation bat son plein dans les pays anglo-saxons et Fiona, déterminée, décide alors de partir aux Etats-Unis pour y faire fortune. Emportant son petit frère et les maigres effets qui lui restent, elle embarque à Southampton sans se retourner, mais toujours la rage au cœur, décidée à se venger un jour, tôt ou tard, de la société Burton, qui employait son père et qui ne semble pas toute blanche en ce qui concerne la mort de Paddy Finnegan. A New-York, où elle retrouve son oncle paternel, Michael, Fiona va tenter de se reconstruire et de faire de son vieux rêve une réalité : ouvrir une boutique et faire tout ce qui est en son possible pour ruiner Burton.

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

     La découverte d'une prostituée assassinée par Jack l’Éventreur 


    Voilà, en quelques lignes, comment on pourrait résumer ce premier tome de la saga The Rose Saga. L'Insoumise est un roman-fleuve, sympathique à lire, plutôt accrocheur -il est en effet difficile à lâcher et le style, particulièrement fluide, permet d'enchaîner les pages sans même s'en rendre compte-, mais qui a les défauts de ses qualités...Je m'explique : le roman aurait en effet tendance à tomber dans la romance un peu bluette, un peu fleur bleue et, parfois, j'ai aussi eu un gros, gros sentiment d'irréalisme. Un manque de chronologie claire, également, peut parfois susciter un peu de confusion chez le lecteur mais c'est un défaut relativement mineur par rapport aux autres.
    Donc, je disais, irréalisme...pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que l'ascension sociale fulgurante de Fiona sonne faux. Il est vrai qu'il était très facile de faire fortune aux Etats-Unis à cette époque-là et ce n'était d'ailleurs pas pour rien si tant d'émigrés débarquaient chaque année à New York pour tenter leur chance en Amérique et vivre à leur façon l'« american dream ». Mais enfin, en cinq mois, la jeune fille parvient à redresser la boutique de son oncle Michael, à faire sortir ce dernier d'un alcoolisme particulièrement sévère, à se faire une place sur le marché new-yorkais et à devenir une négociante en thé bientôt réputée jusqu'en Angleterre ! Et, pour fignoler le tableau, voilà qu'un multi-millionnaire américain, à l'origine d'un projet de métro, s'entiche d'elle et lui propose le mariage... Et, dix années plus tard, la voilà millionnaire, vivant dans une sublime maison de la Cinquième Avenue et à la tête d'une société particulièrement prospère. Gros coups de chance ? Oui, peut-être, mais du coup, je n'ai pas pu m'empêcher, en tant que lectrice, de me dire que tout cela était bien trop facile. Bien trop facile parce que trop rapide, les portes s'ouvrant brusquement devant elle sans même qu'elle ait à batailler. Certes, il y'en a eu, des destins fulgurants, des gens partis de rien ou qui connurent une enfance malheureuse et miséreuse et devinrent des personnages riches et influents et, même si on se réjouit de voir Fiona heureuse dans sa vie après avoir connu bien des soucis et des malheurs, on ne peut s'empêcher de se dire que, décidément, tout cela va trop vite. « Rome ne s'est pas faite en un jour », comme on dit et il me semble qu'il faut, même pour quelqu'un de déterminé, un peu plus que quelques mois pour parvenir à faire fortune ! Pour ce qui est de la romance entre Fiona et Joe, plutôt intéressante au début, parce que faite de hauts et de bas et pas forcément toute rose, elle se termine bien sûr par un happy end que l'on sent venir cent pages avant la fin ! Fin, qui par certains aspects, m'a paru également ne pas trop coller avec l'ambiance du bouquin...on a l'impression de basculer tout bonnement dans un film d'action en costumes, ce que j'ai un peu regretté parce qu'il y'aurait certainement eu moyen de la rendre un peu plus réaliste.

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly 

    Une rue de l'East End au début du XXème siècle

    Voilà donc les points négatifs que je soulèverai après terminé L'Insoumise mais il y'a, heureusement, beaucoup de positif dans ce roman et, d'ailleurs, malgré ces quelques critiques, je dois même dire que je l'ai trouvé tout à fait sympa à lire, très agréable, parce que les personnages sont très attachants, surtout Fiona, l'héroïne et que L'Insoumise brosse un portrait relativement exhaustif et bien documenté de cette époque victorienne et des dernières décennies du XIXème siècle, particulièrement tourmentées et émaillées par l'ascension rapide des mouvements contestataires et syndicaux ouvriers, en Angleterre comme ailleurs en Europe, d'ailleurs. Pour ce qui est du personnage principal, Fiona donc, je m'y suis attachée tout de suite, l'ai trouvée touchante, émouvante mais, en même temps, malgré ses fragilités, cette jeune fille qui n'abandonne pas ses rêves et se montre déterminée malgré les embûches et les malheurs, ne peut que forcer le respect. Alors, on se réjouit pour elle de sa bonne fortune même si, comme je le mentionne plus haut, elle semble parfois acquise un peu trop rapidement pour paraître vraie.
    Le roman est assez long -un plus plus de huit cents pages-, mais on ne s'ennuie jamais parce que le style est dynamique et l'univers de l'auteure est relativement bien restitué par la traduction. L'Insoumise est un roman abouti, bien écrit, avec des personnages attachants, une intrigue qui tient plutôt bien la route, si ce n'est les quelques petits dérapages cités plus haut et qui m'empêchent d'accorder la totalité des étoiles à ce roman -d'ailleurs, je crois que je suis vraiment, vraiment passée à deux doigts du coup de cœur !  Je ressors donc de cette lecture tout à fait satisfaite, heureuse de l'avoir découverte, et prête à le conseiller à tous ceux qui hésiteraient à le lire. Ma chronique n'a, bien sûr, pas pour but de vous faire hésiter, bien au contraire ! Je vous livre simplement mon avis à chaud après l'avoir terminé il n'y a même pas une journée ! Mais si vous souhaitez découvrir la saga The Rose Saga, je ne pourrais que vous y encourager et j'ai d'ailleurs, pour ma part, très envie de découvrir les deux tomes qui font suite à L'Insoumise : L'Ange de Whitechapel et L'Indomptable.

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

    Ellis Island, à New-York, porte d'entrée des Etats-Unis pour beaucoup d'émigrés

    En Bref :

    Les + : l'intrigue, bien menée, les personnages aboutis, le contexte historique bien restitué ; un roman touchant et plutôt sympathique à lire.
    Les - :
    un gros sentiment d'irréalisme par moment, ainsi que la fin qui m'a un peu déçue. 


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  • « Une femme qui avait passé sa vie à se consumer d'amour. »

    La Reine Libertine : la Reine Margot ; Michel de Decker

    Publié en 2009

    Editions Pygmalion (collection HISTOIRE) 

    234 pages

    Résumé :

    La reine Marguerite de Valois - Margot comme l'avait baptisée son frère, le roi Charles IX, et comme continuera de l'appeler Alexandre Dumas - est entrée de son vivant dans la légende. Cette fille de la grande Catherine de Médicis, soeur de trois rois tragiques et épouse du Vert Galant, réunissait la tendresse et la séduction, l'ambition et le pouvoir, la passion et la violence.                   Superbe princesse, elle fut aussi courtisée que rarement rebelle aux hommages : le chroniqueur Brantôme l'a qualifiée de « plus belle femme de son temps ». Elle est parvenue à traverser vaille que vaille le siècle des guerres de Religion, un des plus chaotiques de notre histoire. Des massacres d'Amboise jusqu'à l'assassinat d'Henri IV, en passant par la Saint-Barthélémy et les horribles morts de ses nombreux amants, sa vie s'est écrite à l'encre rouge.                                           Michel de Decker ressuscite à bride abattue le destin de cette femme rebelle qui sut toujours se relever des heures le plus noires grâce à un appétit de vivre insatiable. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le 27 mars 1615, la dernière représentante des Valois s'éteint, à près de cinquante-huit ans, usée, fatiguée, ayant laissé derrière elle depuis de nombreuses années sa beauté légendaire. Cette femme, c'est Marguerite de Valois, ancienne reine de France et de Navarre, la célèbre reine Margot de Dumas, la dernière fille vivante d'Henri II et Catherine de Médicis, née le 14 mai 1553. Sacrifiée par sa mère et ses frères à leur politique, telle une moderne Iphigénie, en s'éteignant, elle était aussi le dernier témoin de cette époque mouvementée et sanglante que fut la seconde moitié du XVIème siècle. Margot était le dernier trait d'union entre cette Renaissance qui avait tourné à la barbarie et à la guerre civile et ce Grand Siècle, ce beau XVIIème siècle qui, à sa mort, ne faisait que commencer...

    La Reine Libertine : la Reine Margot ; Michel de Decker

    Marguerite à l'âge de sept ans (tableau de François Clouet, vers 1560)


    Margot est donc la fille de deux souverains des plus emblématiques du XVIème siècle : Henri II, fils de François Ier et son épouse florentine, la non moins célèbre Catherine de Médicis. Elle a pour sœur une duchesse de Lorraine, une reine d'Espagne, elle fut la belle-sœur de Marie Stuart, personne à l'aura aussi romantique si ce n'est plus, que la sienne. Et surtout, elle eut comme frères Charles IX, fragile psychologiquement et un peu bipolaire, François d'Alençon, aussi laid qu'ambitieux -et il avait beaucoup d'ambition- qui faillit devenir roi d'Angleterre et Henri III, un peu schizophrène sur les bords. Née dans cette famille d'Atrides modernes, Margot va devenir à dix-neuf ans l'épouse du roi de Navarre dans une tentative de rapprochement des deux religions : le catholicisme et le protestantisme. Mariage qui ne sera pas forcément heureux, les deux époux se trompant mutuellement et allègrement et qui n'eut pas l'effet escompté puisque ces noces vermeilles devaient conduire à l'horrible massacre de la Saint-Barthélémy, duquel Margot fut aux premières loges. Et rien, ensuite, ne lui sera épargné : ni les humiliations, ni l'exil, ni la détention. Elle vit mourir ses frères, elle vit son pays se déchirer, les catholiques assommant les protestants et les protestants écharpant les catholiques. Et elle, pion politique bien plus que membre de la famille à part entière, peu aimée et estimée de sa mère, qui disait aimablement d'elle qu'elle était le fléau qu'elle devait porter sur la terre, se retrouvait écartelée dans ses guerres intestines entre le parti des siens et celui de son époux, le Béarnais, futur Henri IV. Elle fut reine de France à la mort de son frère mais une bien malheureuse reine, enfermée derrière les murs humides et médiévaux du château d'Usson en Auvergne. Elle n'eut pas d'enfants même si elle eut un nombre relativement important d'amants et tout son héritage revint, ironiquement, à l'héritier de son ex-époux, ce petit enfant né comme elle d'une Florentine et qui devait un jour ceindre la couronne de France sous le nom de Louis XIII. On ne lui épargna rien et, quelques mois avant sa propre mort, elle devait aussi connaître celle d'Henri IV, cet homme qu'elle avait si peu aimé mais qu'elle avait su soutenir quand il le fallait. Ironie du sort, Ravaillac porta ses coups mortels au roi le jour même de l'anniversaire de Margot, le 14 mai de 1610.

    La Reine Libertine : la Reine Margot ; Michel de Decker

    Marguerite de Navarre, vers l'âge de vingt ans (dessin de François Clouet, 1573)


    Son destin fut repris, remanié, comme celui de ses frères et mère, au XIXème siècle, par les historiens de l'époque, plus friands de sensations que de véracité, les romanciers et les musiciens -de nombreux opéras lui furent dédiés à ce moment-là. Il ne faut alors pas s'étonner si le destin de la reine Margot est encore aujourd'hui entouré d'un voile légendaire très difficile à lever. Comme sa mère Catherine, comme ses frères, elle souffre d'une légende noire qui fait d'elle une nymphomane insatiable. Mais ne fut-elle que ça, Margot ? Assurément pas. Belle, certes, elle l'a été. Très belle, même, à en croire les chroniqueurs contemporains. Qu'elle ait eu des amants ne fait aucun doute mais de là à faire d'elle une mangeuse d'hommes, peut-être pas. Le drame personnel de Margot, c'est qu'elle avait besoin d'aimer et qu'on l'aimât mais que jamais personne ne prit le temps de lui donner ce qu'elle demandait. Sa mère ne l'aimait pas, elle n'était rien d'autre qu'une fille à marier avantageusement pour son frère Charles IX, elle aima Henri III mais fut terriblement déçue par lui et ne trouva pas dans l'amour conjugal le réconfort dont elle aurait pu avoir besoin. Alors, elle aima d'autres hommes et laissa son époux, qui n'était pas moins sensuel qu'elle, aimer d'autres femmes. Et surtout, Margot fut une femme lettrée, intelligente et cultivée, comme avait pu l'être l'autre Marguerite de Valois, elle aussi reine de Navarre, sa grand-tante, sœur de François Ier. Celle que l'on surnommait la Marguerite des marguerites, auteure de L'Heptameron aurait d'ailleurs pu être fière de sa descendante, femme déterminée et à l'esprit délié. Margot, c'est tout ça à la fois...un personnage de légende, qui a malheureusement pris le pas sur le personnage historique, qui n'en est, pourtant, pas moins intéressant. Margot avait soif de vivre, mais elle ne fut pas épargnée. Elle vit le sang de ses amants couler, elle vit le sang de son peuple, de sa famille...elle ne fut pas heureuse mais tenta, tant bien que mal, de se construire une vie pas trop mal et prouve à ceux qui pourraient encore en douter que naître princesse n'implique pas forcément un bonheur assuré. Libertine, la reine Margot ? Assurément, mais terriblement attachante également. 
    C'est donc entre légendes et véracité historique que Michel de Decker louvoie dans sa biographie. Auteur qui se démarque assurément des autres, il sait nous livrer des biographies aussi vivantes et passionnantes qu'atypiques. Pour ceux qui connaissent déjà sa plume, vous savez quel style truculent il a, quelle manière il a de faire revivre l'Histoire d'une seule phrase bien tournée -et pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, eh bien c'est le moment de se lancer, je vous garantis que vous ne serez pas déçus. Truffées d'humour et de mots qui font mouche, c'est toujours un grand plaisir de découvrir ses biographies. Pas vraiment scientifiques dans leur tournure, il n'empêche qu'elles s'appuient sur des bibliographies exhaustives et des sources historiques qui, même si elles ne sont pas toujours très objectives, sont de première importance. Et même si la plupart des légendes entourant le personnage de Margot sont énoncées ici comme des vérités, c'est aussi pour mieux déconstruire ces histoires calomnieuses et forgées de toute part. Encore une fois j'ai passé un très bon moment de lecture et ne peux que vous conseiller ce livre, bien sûr, que vous connaissiez déjà Margot...ou pas.

    La Reine Libertine : la Reine Margot ; Michel de Decker

    Isabelle Adjani dans le rôle de Margot dans le film La Reine Margot de Patrice Chéreau (1994)

     

    En Bref :

    Les + : une biographie riche, d'un personnage attachant entre légende et réalité.
    Les - :
    Aucun, comme souvent !

     

     

     


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  • « Les affaires humaines sont parfois le jouet du hasard et le plus habile des hommes ne peut envisager les caprices du sort. »

    Publié en 2011

    Editions Le Masque (collection Labyrinthes)

    479 pages

    Premier tome de la saga Les Enquêtes de Louis Fronsac

     

    Résumé : 

    1624. Tandis que se négocient âprement les conditions du mariage entre le prince de Galles et Henriette, la sœur du roi Louis XIII, le jeune Louis Fronsac, âgé de douze ans, entre en sixième au collège de Clermont. Louis va se lier d’amitié avec un enfant noble et découvrir une redoutable conspiration conduite dans le collège même. Cet ami est un jeune orphelin, pensionnaire comme lui, nommé Gaston de Tilly. Conduit par des jésuites hostiles à l’alliance anglaise, le complot vise à ruiner la confiance entre la France et l’Angleterre, au risque de blesser la reine de France, Anne d’Autriche.
    Entre tavernes louches, pièces secrètes du collège et repaires de bandits, les deux adolescents mènent leur première enquête, cherchant par tous les moyens à prévenir a reine des dangers qui la guettent. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1624, deux grandes puissances européennes, la France et l'Angleterre, négocient en vue d'un mariage entre Henriette, sœur de Louis XIII et le prince de Galles, fils de Jacques Ier et futur Charles Ier -au funeste destin mais ceci est une autre histoire. Cette même année, en octobre, le jeune Louis Fronsac, fils d'un notaire de la rue des Quatre-Fils entre en sixième au collège de Clermont. Il a douze ans et commence sa scolarité chez les jésuites.
    C'est donc la grande et la petite histoire qui vont ici se mêler étroitement puisque le jeune Louis va bientôt, en compagnie de son meilleur ami Gaston de Tilly, un jeune orphelin issu de la noblesse, se trouver mêlé, bien malgré lui, à un drôle de complot. En effet, les puissances européennes et catholiques, notamment l'Empire et l'Espagne des Habsbourg ainsi que la papauté voient d'un mauvais œil le mariage anglais entre la sœur du roi, bonne catholique et le futur Charles Ier, élevé dans la religion protestante. C'est alors que les jésuites et les Espagnols vont mettre en place un plan visant à discréditer l'Angleterre auprès du roi de France, complot qui se ferait aux dépens de la reine Anne d'Autriche, dans une mauvaise passe depuis de nombreuses années -son mariage était stérile-, et risquant la répudiation...Le complot va être éventé par Louis et, grâce à sa perspicacité et celle de son ami Gaston, n'aura finalement pas le retentissement escompté par les ennemis du mariage anglais.
    Dans ce premier tome des Enquêtes de Louis Fronsac, Jean d'Aillon reprend un épisode qui parlera certainement aux lecteurs d'Alexandre Dumas : l'épisode des ferrets de la Reine. Véridique ou pas, il n'en est pas moins rapporté par certains mémorialistes contemporains -La Rochefoucauld et Loménie de Brienne entre autres-, d'Anne d'Autriche et Louis XIII.

     

     

    Les Enquêtes de Louis Fronsac, tome 1, Les Ferrets de la Reine ; Jean d'Aillon 

    Charles Ier d'Angleterre et la reine Henriette-Marie par Antoine van Dyck (XVIIème siècle)


    A cette époque-là, l'envoyé de la couronne anglaise à l'occasion des négociations du mariage, est George Villiers, duc de Buckingham favori des rois Jacques et Charles Ier,  -il est en binôme avec Henry Rich, comte de Holland, qui séduira l'amie de la reine, madame de Chevreuse. C'est une homme d'une trentaine d'années, plutôt séduisant et voilà qu'il se prend d'une violente passion pour la reine Anne, alors âgée de vingt-trois ans et dans tout l'éclat de sa beauté blonde. Bien que résistant aux avances du duc, la reine Anne lui aurait alors offert quelques ferrets de diamant qui lui venaient du roi. Partant de là, Dumas élabore une intrigue aventureuse et romanesque dans laquelle la sulfureuse et trouble Milady de Winter occupe une rôle de choix. Elle est l'espionne -son personnage est inspiré de celui, véridique, de lady Carlisle-, qui prévient le cardinal de Richelieu du honteux cadeau et elle est chargée par le ministre de subtiliser des ferrets au duc lors d'un bal, Richelieu voyant là un bon moyen de discréditer définitivement la reine Anne auprès du roi : le cardinal veut en effet pousser le roi à obliger son épouse à porter les ferrets lors d'une réception et le scandale éclaterait si la reine Anne ne portait pas tous les bijoux... Ce vol par l'espionne oblige alors le duc de Buckingham à faire fermer les ports afin d'empêcher Milady de ramener les bijoux au cardinal et à faire copier les bijoux pour que sa bien-aimée ne soit point compromise. Et, de son côté, Anne charge le fameux d'Artagnan de partir en Angleterre pour récupérer les bijoux.
    Loin de l'imagination débordante de Dumas, Jean d'Aillon essaie, lui, de donner une version un peu plus plausible de l'épisode, si nous admettons que cet épisode ait une origine historique sûre. Rapporté par des contemporains, il est tout à fait possible qu'il soit vrai mais il a pu être inventé également, les contemporains n'étant pas souvent les juges les plus objectifs d'une époque.
    Quoi qu'il en soit, en adaptant à sa sauce ce très célèbre épisode des Trois Mousquetaires, Jean d'Aillon lui donne un parfum de véracité indéniable. En s'appuyant sur des bases historiques solides, il parvient finalement à retourner la situation et à faire d'un épisode purement romanesque jusqu'ici -le doute sur son authenticité planant toujours-, un épisode qui aurait tout à fait pu arriver.

    Les Enquêtes de Louis Fronsac, tome 1, Les Ferrets de la Reine ; Jean d'Aillon

    George Villiers, duc de Buckingham par Pierre Paul Rubens (XVIIème siècle)

     

    Dans Les Ferrets de la Reine, ce sont les Espagnols et les jésuites qui décident de faire offrir, par l'intermédiaire de l'ambassadeur anglais en France, lord Carlisle, de splendides ferrets à la reine Anne, présent échangé avec d'autres à l'occasion des noces entre la princesse Henriette et le prince de Galles. L'ambassadeur d'Espagne, mis dans la confidence, doit publiquement constater la fausseté des pierres lors d'un bal et ainsi, faire éclater un scandale qui rejaillirait sur les Anglais, accusés alors de malhonnêteté, accusation qui compromettrait fortement le traité de mariage. Les jésuites et leurs alliés espagnols, hostiles au mariage anglais, voient le moyen idéal pour discréditer complètement le royaume d'Angleterre et peu importe si le scandale doit aussi éclabousser la reine qui risque dans l'histoire son trône et son titre -mais aussi son honneur.
    Avec tout le zèle de l'enfance, Louis et Gaston vont alors décider de sauver leur reine et vont éventer le complot, notamment avec l'aide du comte de Moret, Antoine de Bourbon, fils légitimé d'Henri IV. Et, dans la version de Jean d'Aillon c'est finalement le duc de Buckingham qui est habilement joué par la reine...
    Au milieu de cela, c'est la vie quotidienne au collège jésuite de Clermont qui est relaté dans ce roman. Malgré les longueurs du début, qui s'avèrent nécessaires, ce roman est tout à fait efficace et c'est une bonne entrée en matière pour la série des Enquêtes de Louis Fronsac. L'enquête en elle-même est aussi très originale puisque menée par des enfants et non pas par des policiers chevronnés, prévôts ou autres. Alors que rien ne prédestine Louis et son ami Gaston de Tilly à devenir des enquêteurs voilà qu'ils se lancent avec beaucoup de brio dans cette affaire des plus complexes ! Et...ça marche. Absolument pas cousue de fil blanc, l'intrigue tient en haleine et, malgré quelques lourdeurs de style, je l'ai trouvée particulièrement fluide et se déroulant sous les yeux des lecteurs avec une facilité déconcertante. Au milieu de cela, on en apprend également beaucoup sur le système scolaire de l'époque, régi par les congrégations religieuses et notamment la Compagnie de Jésus, qui faisait régner une discipline de fer dans ses établissements. Le collège de Clermont, futur lycée Louis-le-Grand faisait partie de ces établissements prestigieux et réputés mais où on ne devait pas rire beaucoup. Même si l'enquête est longue à démarrer, les premiers chapitres étant surtout consacrés à l'arrivée de Louis, le héros de ces aventures, dans son nouveau collège et à l'organisation de l'enseignement, c'est tout de même un récit aux références historiques de qualité et qui m'a permis d'en apprendre pas mal sur le système scolaire de l'époque finalement peu étudié et relativement méconnu. A côté de ça, Jean d'Aillon nous livre sa version de l'épisode des ferrets, vision exhaustive, moins romanesque et qui tient la route, l'auteur expliquant à raison, à la fin du roman, que la reine Anne, fille, sœur et épouse de rois aurait tout de même manqué de bien de jugement pour offrir à un homme qui lui faisait la cour des bijoux qui lui venaient directement du roi, au risque d'un énorme scandale qui aurait pu lui valoir la répudiation. Du coup, selon d'Aillon, ces bijoux offerts par la reine Anne -si tant est que l'on pense cet épisode véridique-, ne seraient pas ceux qu'elle tenait du roi et donc, l'histoire rapportée dans son enquête tient tout à fait la route.
    Personnellement, j'ai trouvé ce premier tome tout à fait intéressant, original et très agréable à lire. Il m'a demandé envie de me plonger dans la reste de la saga.

     

    Les Enquêtes de Louis Fronsac, tome 1, Les Ferrets de la Reine ; Jean d'Aillon

    Illustration de Maurice Leloir (1894) pour Les Trois Mousquetaires : Anne d'Autriche au Bal des Échevins, portant les fameux ferrets de diamant

    En Bref : 

    Les + : une enquête passionnée et enlevée, des personnages plutôt attachants.
    Les - : des longueurs au début, mais qui s'avèrent finalement nécessaires.

     


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  • « Ainsi va ma vie, loin du torrent du monde qui s'écoule. »

    La Transparence de l'Aube, Mémoires de Claire-Clémence, princesse de Condé ; Jean-Christian Petitfils

    Publié en 2013

    Editions France Loisirs

    300 pages 

    Résumé :

    Étrange et triste destin que celui de l'épouse du Grand Condé, cousin de Louis XIV. Ce mariage était pour Claire Clémence, nièce du cardinal de Richelieu, une alliance inespérée. Ce fut sa tragédie. La jeune princesse follement amoureuse comprit vite que la réciproque n'était pas vraie.
    Il fallut l'éclatement de la Fronde et l'emprisonnement de Monsieur le Prince pour que Claire Clémence se révèle une femme de tête et un chef de guerre énergique. C'est elle qui souleva Bordeaux, elle qui dressa une partie de la France contre Anne d'Autriche et son ministre Mazarin. Enfin, le Grand Condé commença à la considérer. Pourtant, quelques années plus tard, il la fit enfermer dans le triste donjon de Châteauroux.
    Historien réputé, Jean-Christian Petitfils a su brosser, derrière ce drame véridique, le portrait d'une princesse oubliée, séduisante et émouvante, qui défendit avec ardeur ses droits de femme, d'épouse et de mère dans la période baroque et foisonnante qui fut celle de la jeunesse de Louis XIV.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Un proverbe chinois dit : « Mieux vaut une maison en paille où l'on rit, qu'un palais où l'on pleure. » Ce proverbe pourrait tout à fait s'appliquer au malheureux destin de Claire-Clémence de Maillé-Brézé, l'épouse du célèbre Grand-Condé.
    Cette nièce du cardinal de Richelieu -elle était la fille de sa soeur Nicole- voit le jour le 25 février 1628 à Brézé en Anjou. Elle est la fille d'Urbain de Maillé marquis de Brézé et donc, de la plus jeune des sœurs du cardinal. Rien ne la prédestinait à porter un jour l'un des noms les plus prestigieux de France, celui des premiers princes du sang, les Condé. Et pourtant, les circonvolutions de la politique de l'époque vont amener les cousins du roi à souhaiter une alliance avec le tout-puissant ministre de Louis XIII et Monsieur le Prince, père du Grand-Condé qui n'est alors que duc d'Enghien en est réduit à demander la main de la jeune Claire-Clémence...Si l'alliance, pour les Condé, se fait la mort dans l'âme, pour le cardinal, c'est l’apothéose, la consécration que de voir la fille de sa sœur entrer dans la famille royale.
    Elle est bien jeune, la petite Claire-Clémence, quand elle devient duchesse d'Enghien. Elle a treize ans. Elle n'a pas vraiment été heureuse dans son enfance mais est loin de savoir ce qui l'attend...Si elle peut compter sur son beau-père, un homme bon et qui saura lui donner de l'affection pour ce qu'elle est, elle est tout de suite soumise aux froideurs de sa belle-mère, une Montmorency et de son propre époux, qui eux, ne voient en elle que ce qu'elle représente : une jeune fille à la petite noblesse dont le sang renifle fortement la roture et qui a été imposée à la famille de Condé. Pour son propre malheur, la jeune fille va en plus tomber follement, éperdument amoureuse d'un homme qui ne lui témoigne, au mieux, qu'un peu de pitié.

    La Transparence de l'Aube, Mémoires de Claire-Clémence, princesse de Condé ; Jean-Christian Petitfils

    Portrait de Claire-Clémence de Maillé-Brézé, princesse de Condé


    Claire-Clémence écrit depuis sa prison de Châteauroux. Nous sommes à la fin presque fin du XVIIème siècle, Louis XIV est déjà un homme mûr c'est une femme d'une génération au-delà encore qui nous parle. Elle a plus de soixante ans, elle est vieille, usée maintenant, en proie aux persécutions de ses geôliers, maintenue dans une prison humide par la cruauté de son fils, qui se montre aussi peu magnanime que son père...et, pour éviter de succomber aux accusations sournoises de folie que l'on essaie de colporter partout, la princesse de Condé décide alors d'écrire ses mémoires, de raconter son mariage mais aussi la Fronde, quand son époux fut emprisonné et que, n'écoutant que son courage, elle partit en province avec quelques fidèles et souleva Bordeaux et la Guyenne. Claire-Clémence de Maillé, par un furieux besoin d'être aimé de celui qu'on lui a donné pour époux, va se battre, littéralement, comme le fera un peu plus tard l'une de ses lointaines descendantes, la déterminée duchesse de Berry, au XIXème siècle. Pour l'honneur d'une famille mais aussi pour l'amour d'un homme, Claire-Clémence va devenir un chef de guerre et on peut même dire sans se tromper qu'elle fut certainement l'artisan de la libération des princes révoltés et de la rentrée en grâce de Condé et de ses fidèles. Elle raconte aussi sa vie de femme bafouée, devant supporter, dès les premiers temps de son mariage, des jeunes filles jolies et bien mieux nées qu'elles, qui tournent autour de son mari qui ne se gêne pas pour leur montrer son inclination même si cela doit faire souffrir sa femme. Elle raconte ces rares et fugaces moments où le prince semble soudain plus enclin à lui donner l'affection qu'elle attend désespérément : moments d'autant plus décevants qu'ils sont souvent suivis d'un refroidissement particulièrement douloureux pour elle. Et enfin, elle couche sur papier le scandale qui, en 1671, poussera son époux qui, pourtant, lui devait tant, à la faire emprisonner loin de Paris et de la Cour. Elle y restera jusqu'à la fin de sa vie, vingt-trois ans plus tard, en 1694.

    La Transparence de l'Aube, Mémoires de Claire-Clémence, princesse de Condé ; Jean-Christian Petitfils

     Le Grand Condé, Louis II de Bourbon-Condé, époux de Claire-Clémence

     

    C'est avec beaucoup de dignité et de grandeur que cette femme, devenue princesse du sang un peu par hasard, évoque sa vie de malheur et déconstruit avec force arguments convaincants l'idée reçue qui veut que, lorsqu'on naît noble, on naît nécessairement heureux car ce ne fut pas son cas.
    On n'attend pas vraiment Jean-Christian Petitfils, historien du Grand Siècle réputé, dans un registre romancé comme ici. Et pourtant, le pari est relevé et réussi haut-la-main puisqu'il allie à sa rigueur d'historien une plume un peu plus romanesque qui s'avère être tout à fait de qualité. Les faits sont précis, plutôt clairs même s'il est parfois un peu difficile de suivre les alliances et renversements d'alliances qui eurent lieu durant la Fronde et, même si Jean-Christian Petitfils fait une entorse à la sacro-sainte nécessité d'objectivité de l'historien, puisqu'il est censé ici être la main même de la princesse de Condé, ces faux mémoires n'en restent pas moins un écrit historique de qualité permettant d'en apprendre beaucoup sur une époque mais aussi sur un personnage au destin aussi romanesque que malheureux et plutôt oublié, éclipsé qu'il est par la figure de son époux, le Grand-Condé, le grand vainqueur de Rocroi. Livre relativement court mais bien écrit et fluide, La Transparence de l'aube se lit tout à fait bien, il n'est pas laborieux et déroule devant nous une époque troublée, charnière entre l'époque d'Henri IV et Louis XIII, encore marquée par les dissensions religieuses du siècle précédent et le Grand Siècle flamboyant de leur petit-fils et fils, Louis XIV. Une très bonne lecture.

    En Bref : 

    Les + : une bonne biographie romancée, servie par une bonne plume.
    Les - : mais aucun, bien sûr ! ! 

     


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