• « Seuls les serpents peuplent désormais Pondichéry, m'a-t-on affirmé. Là-bas, il me faudra sans doute me méfier de mes peurs autant que de mes illusions. »

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Publié en 2014

    Editions J'ai Lu

    475 pages

    Second tome de la saga De Tempête et d'Espoir

     

     Résumé :

    Juillet 1763. J'ai traversé les océans, survécu aux caprices de la mer, laissant Saint-Malo à des milliers de lieues derrière moi. Ma quête commence ici, sur le sable brûlant des côtes indiennes. Comment retrouver mon frère Jean dans ce pays immense dont nul ne saurait dessiner la carte ? Vers qui me tourner, sous ces cieux où la vérité se compose de mille facettes, où tout droit peut signifier n'importe quelle direction ? Les ruines de Pondichéry, l'opulente Madras, Calcutta, les fameux diamants de Golconde, d'indices ténus en bribes de réponses, je suis la trace de Jean. Le reverrai-je un jour ? En ces terres écrasées de chaleur, où le parfum des épices renverse l'âme, où les dieux dansent et où les rêves rendent fou, moi, Anne de Montfort, resterait-je fidèle à ma devise, Non Mudera, je ne changerai pas ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1763, après de longs mois de navigation qui l'ont emmenée de Saint-Malo aux côtes indiennes, Anne de Montfort, vingt ans, débarque à Pondichéry. La ville, prise en 1761 par les Anglais, a été rasée par lord Pigott et il n'en reste que des ruines. Les comptoirs français aux Indes sont alors au plus mal et Pondichéry en est le plus flagrant exemple.
    Malgré cela, Anne, toujours aussi déterminée va, avec l'aide de ses compagnons de voyage mais aussi des autochtones et des Européens et Arméniens installés en Inde, partir sur la trace de son frère, Jean. Disparu sans laisser de traces depuis plusieurs mois, il n'a plus donné de nouvelles aux siens, restés en France et Anne, qui, après la perte de leurs parents, n'a plus que lui, va se lancer dans une quête effrénée, sollicitant même l'aide des Anglais, pour avoir des informations sur Jean...est-il vivant ? Mort ? Enrôlé dans les troupes anglaises de l'East India Company ou bien au service d'un nabab ou d'un roi hindou ?
    C'est dans un pays aux mœurs radicalement différents du sien, à l'exotisme et aux traditions marquées, qu'Anne débarque en une époque critique. Elle va découvrir ce qu'est la vie des Européens expatriés, Portugais, Anglais, Français mais aussi Néerlandais et, plus surprenant Arméniens, installés aux Indes pour fuir les persécutions des Perses et vivant majoritairement des échanges commerciaux avec les colonies et les métropoles. Mais, au travers de sa petite servante, Amrita, des Hindous croisés au cour de son voyage, entre Calcutta, Hyderabad, Madras, Mahé, Goa, et du séduisant Haydar Sahib, Anne va aussi découvrir le mode de vie de ces gens issus de cette terre. Terre de métissage, l'Inde n'en est pas moins au pays aux traditions et coutumes très importantes, une terre dépaysante avec ses jungles humides, ses rizières, ses grands fleuves sacrés, son panthéon religieux composé de millions de divinités, ses pagodes, ses riches maisons aux inspirations diverses, son peuple chaleureux et accueillant, son paysage changeant, tantôt hostile, tantôt luxuriant. Dans cette nouvelle contrée, Anne va apprendre à en connaître les us et coutumes mais elle va aussi apprendre à se connaître. Sa quête pourrait être ainsi résumée par la prophétie d'un sâdhu rencontré au cours de son long périple : « Ce que tu cherches, tu ne le trouveras pas, mais ce que tu trouveras, te comblera ». Anne, en Inde, connaîtra des déceptions, de cruelles désillusions mais elle connaîtra également de grandes joies.
    Pondichéry est donc le second tome de cette saga, De Tempête et d'Espoir, écrite par la bretonne Marina Dédéyan, qui clamait, dans Saint-Malo, tout son amour pour sa région de naissance. Ici, avec Anne, nous partons plus loin, nous découvrons ces Indes fantasmées, ces Indes qui habitèrent pendant des siècles l'imaginaire des Européens et leur firent, en quelque sorte, découvrir les Amériques, puisque c'était pour rallier l'Inde et ses richesses, minières, alimentaires et autres, que les explorateurs se lancèrent à corps perdu vers l'ouest. L'Inde était un pays riche en diamants, en épices, fort prisées en Europe comme le poivre, le girofle, et, au XVIIIème siècle, les Européennes raffolaient de ces sublimes toiles que l'on a tout simplement baptisées indiennes. Les Indes furent au centre des préoccupations des Anglais comme des Français, des Portugais comme des Néerlandais et de véritables dynasties d'expatriés grandirent alors sur ce sol étranger.

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Les ruines de Pondichéry (gravure française de 1769)


    Au travers de la quête effrénée d'Anne, nous découvrons donc un pays, encore pour nous, à l'époque de la mondialisation, méconnu et dépaysant. L'Inde a gardé une identité très forte et, finalement, ce que nous décrit Marina Dédéyan dans Pondichéry ne diffère pas beaucoup de l'image que l'on peut avoir du pays et de ses habitants quand on se représente l'Inde en pensée. On découvre également -même si on le savait depuis le premier tome, déjà-, l'amour fou de cette jeune femme orpheline et seule au monde pour son frère aîné, ce sens inné de la famille issu de leurs illustres ancêtres -en effet, Anne et Jean, nés de Montfort sont apparentés à la famille ducale de Bretagne et donc, par là, à Anne de Bretagne, qui fut deux fois reine de France. On sent le besoin d'Anne de se raccrocher à la dernière figure vivante de son ancien monde, alors qu'il vient de s'écrouler, on sent aussi son besoin irrépressible de comprendre, de trouver une réponse à ses questions, de connaître enfin la vérité. Et, même si cette dernière peut s'avérer parfois terrible, elle est toujours préférable à l'ignorance.
    Roman d'aventures à la Rani, mais aussi roman initiatique -Anne, la catholique fervente, un temps promise au couvent, découvrant qui est elle au milieu de coutumes et d'une religion très différentes des siennes-, Pondichéry est mené tambour battant et se lit de même. Plus captivant que Saint-Malo, j'ai terminé celui-ci en quelques jours tant je me suis sentie emportée par l'intrigue. Même si l'héroïne, m'a parfois un peu tapé sur les nerfs, j'ai quand même admiré sa détermination, son grand courage et sa loyauté filiale. Il fallait être d'une trempe hors du commun pour oser ainsi, en plein XVIIIème siècle, non seulement braver les mers mais aussi les dangers d'un pays inconnu, surtout quand on est une femme.

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Vision idéalisée de Pondichéry avec son port et ses magasins de la Compagnie des Indes, afin d'attirer commerçants et fournisseurs (gravure française du XVIIIème siècle)


    Le style ne diffère pas beaucoup de celui du premier tome et on retrouve donc une certaine trame linéaire entre les deux romans. La forme de Pondichéry serait peut-être un peu plus facile à suivre que celle de Saint-Malo. En effet, dans ce dernier, on suivait deux récits, menés de front et racontés tous deux par Anne à deux années de différence. Ici, la voix de la jeune femme, qui reste l'un des narrateurs principaux, se mêle aussi à celle de son frère, Jean, sous la forme d'extraits d'un carnet rédigé par le jeune soldat français pendant ses pérégrinations indiennes. Histoire très riche que celle de Jean depuis son arrivée aux Indes, jeune noble ruiné, dans les rangs des armées du général Lally-Tollendal et particulièrement touchante également.
    Cette saga, enlevée, rythmée, aventureuse, plaira certainement aux amateurs du genre et à ceux qui aiment les romans historiques bien documentés : en effet, on sent que le récit est assis sur des bases et des recherches solides de la part de l'auteure et j'ai apprécié le petit glossaire en fin d'ouvrage qui reprend les mots indiens et créoles qui émaillent le récit et peuvent parfois nous paraître un peu flous. Je me suis parfois un peu perdue au milieu des titres et distinctions des dignitaires et grands personnages hindous mais, dans l'ensemble, même sans une très très bonne connaissance de l'histoire des Indes et du contexte historique de l'époque, on arrive à suivre le récit sans trop de problèmes puisqu'il est surtout centré sur une histoire personnelle et sur la quête d'Anne. On le referme avec les yeux pleins d'exotisme et oui, un peu d'émotion, aussi.

    En Bref :


    Les + :
    une intrigue pleine d'aventures, de risques, menée tambour battant.
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever lors de cette lecture...je n'ai pas donné le nombre d'étoiles maximum au livre à cause d'un ressenti personnel mais je n'ai pas forcément relever de choses très gênantes au cours de ma lecture, bien au contraire.

     

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Pondichéry de nos jours 


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  • « En Russie, l'influence féminine sur la politique a pris racine dans une étonnante tradition historique pour devenir un véritable phénomène de civilisation. »

    Les Tsarines : Les femmes qui ont fait la Russie ; Vladimir Fédorovski

    Publié en 2006

    Editions Le Livre de Poche

    252 pages

     

    Résumé :

    En Russie, l'influence des femmes en politique a pris racine dans une étonnante tradition historique devenue un véritable phénomène de civilisation. Celles que l'on a coutume d'appeler les  « Tsarines » , même lorsqu'elles n'ont aucun lien avec la famille impériale, voient leur pouvoir prendre corps au XVIIIe siècle, où les femmes régnèrent sans interruption. Le XIXe siècle est celui des Tsarines de l'ombre. Des palais de Saint-Pétersbourg aux souterrains du Kremlin, les égéries occultes d'Alexandre Ier et Alexandre II, Mme de Krüdener et la célèbre Katia Dolgorouki, eurent une influence politique notable. Sans oublier la femme de Nicolas II et son redoutable directeur de conscience, Raspoutine. L'époque contemporaine a perpétué cette tradition, de l'égérie secrète de Brejnev, dont très peu connaissent l'histoire, à Raïssa Gorbatchev, qui joua lors de la perestroïka un rôle de premier plan. Tatiana, la fille de Boris Eltsine, releva le défi de ces Tsarines qui, encore aujourd'hui, règnent dans l'ombre.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le mot « tsarine » évoque pour nous les grandes heures de la Russie éternelle. Dans ce pays, elles furent nombreuses à influencer la politique des tsars, qu'ils soient leurs maris, frères ou pères. Elles furent aussi des souveraines à part entière, comme Catherine II, la plus célèbre de toutes les tsarines régnantes.
    Dans son livre, Vladimir Fédorovski, diplomate, se propose de retracer les destins de ces femmes, de la toute première, Anastasia Romanova, épouse d'Ivan le Terrible -elle est la première à porter ce titre puisque c'est son époux qui change sa titulature pour devenir tsar, mot slave tiré du caesar latin-, jusqu'à Tatiana Eltsine, la fille de Boris Eltsine. En effet, s'il aurait pu choisir d'achever son livre avec le destin tragique et sanglant d'Alix de Hesse-Darmstadt (Alexandra Féodorovna), l'épouse de Nicolas II et dernière vraie tsarine, Fédorovski a choisi de pousser plus loin ses investigations, jusqu'à l'accession au pouvoir de Poutine. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que les Russes ont pris l'habitude de surnommer tsarines ces femmes qui, sous l'Union soviétique, telles Tatiana Eltsine ou encore Raïssa Gorbatchev, ont soutenu et parfois orienté la politique du chef de l'Etat. L'auteur accorde également un chapitre important à l'égérie secrète de Brejnev dans les années 1970, l'infirmière Nina Kourovikova, dont le destin est aujourd'hui plutôt méconnu. Ainsi, au milieu des existences ô combien célèbres d'une Catherine II ou d'une Alexandra Fédorovna, ce sont aussi celles de femmes retombées dans l'oubli, qui sont traitées ici, à l'instar de ces princesses slaves des premiers temps du tsarisme, par exemple. Il est vrai que, si les grandes figures des époques moderne et contemporaine, comme Pierre le Grand, Catherine II, Nicolas II et sa famille, sont très connues pour nous, ce n'est pas forcément le cas des personnages antérieurs -hormis Ivan IV le Terrible, peut-être. J'ai par exemple été très intéressée par le chapitre consacrée à la fausse tsarine Marina, née Marina Mniszek, aventurière d'origine polonaise et épouse successive des « deux faux Dimitri », imposteurs qui se firent passer pour le fils miraculeusement ressuscité d'Ivan IV, durant le Temps des Troubles.Ce petit livre d'à peine 250 pages est un condensé d'Histoire russe. On peut déplorer que l'auteur passe parfois un peu vite sur tel ou tel personnage mais, dans l'ensemble, il reste une bonne introduction pour ceux qui voudraient en apprendre un peu plus sur l'Histoire de la Russie et une lecture tout à fait intéressante pour ceux qui ont déjà quelques connaissances. Personnellement, j'ai aimé non seulement le style de l'auteur, simple, sans fioritures mais qui va droit au but mais aussi que le livre ne s'achève pas en 1918 avec la disparition de la famille Romanov. Si j'ai quelques connaissances sur la Russie des tsars, je dois dire que je ne m'étais pas forcément intéressée à la Russie post-stalinienne et, même si les noms de Brejnev, Gorbatchev, Eltsine, me sont familiers, je ne savais pas grand-chose sur leur mandat à la tête de l'Union soviétique. 

    Le fait que ce livre, écrit par un homme mais adoptant un point de vue féminin est aussi intéressant. Fédovorski, dans sa démonstration, nous révèle en effet comment la figure de la femme, malgré la misogynie de la société russe -elle n'est pas la seule, cela dit-, a pu s'imposer et cela, depuis des siècles. Les femmes, en Russie, ne furent pas que des régentes ni que des conseillères, elles prirent parfois et, au XVIIIème siècle, plusieurs femmes se succédèrent d'ailleurs sur le trône, une part très importante dans l'administration du pays et furent aussi impitoyables que certains de leurs homologues masculins. Mais il y'eut aussi des destins plus effacés, des destins plus malheureux. Si Catherine Ière, l'épouse de Pierre le Grand, ancienne fille de ferme et prostituée toute jeune par des hommes peu scrupuleux, eut un destin exceptionnel, d'autres, comme l'épouse d'Alexandre Ier ou encore la malheureuse Alexandra Fédorovna, confrontée à la maladie de son unique fils, n'eurent pas cette chance. Et pourtant, c'est aussi grâce à elles que la Russie s'est peu à peu forgée, c'est autant grâce à elles qu'à leurs époux qu'elle a acquis son identité propre. Et, même dans l'ombre, comme la discrète épouse d'Alexandre III, elles furent de vrais soutiens pour les tsars. Il y'eut aussi, bien sûr, les mères ou les sœurs, à qui Vladimir Fédorovski cède une place importante dans son livre, au milieu de la valse des épouses et des égéries -car, comme tous les autres souverains, il arrivait aux tsars d'avoir des maîtresses. 
    Bref, ce petit livre se lit relativement bien et rapidement et c'est avec beaucoup d'intérêt que je l'ai découvert et que je le conseille à ceux qui seraient curieux d'en savoir plus et aux amateurs d'Histoire en général. Parce que l'Histoire russe reste pour nous, en quelque sorte, exotique, c'est toujours un plaisir de découvrir un livre qui en traite. 

     

    En Bref :

    Les + : un livre au parti-pris intéressant, entre biographies et essai historique, bien écrit au demeurant.
    Les - :
     quelques passages survolés.


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  • « Les regrets ne servent que si on en fait des résolutions. »

    La Fille du Pasteur Cullen, tome 3, A L'Abri du Silence ; Sonia Marmen

     

    Publié en 2009 au Québec ; en 2013 en France (pour la présente édition) 

    Editions City (collection Poche)

    703 pages

    Troisième tome de la saga La Fille du Pasteur Cullen

     

    Résumé :

    L'Ecosse, au cœur du XIXe siècle. Bravant les interdits, Dana Cullen, la fille d'un pasteur rigoriste, s'est mariée avec son amour de jeunesse, un chirurgien progressiste. Ils ont eu une fille, Charlotte, qui s'apprête à faire son entrée dans le monde des adultes. 

    La jeune femme se passionne pour la médecine en même temps que son cœur s'ouvre à l'amour. Entêtée et curieuse, elle défie les codes de la bonne société britannique. Un monde réservé aux hommes où elle ne trouve pas sa place. 

    Un séjour en Jamaïque, dans une plantation sucrière, va bouleverser son destin. Dans ce cadre exotique, Charlotte savoure son premier vertige amoureux. Mais l'ombre d'un secret plane sur la plantation et elle va découvrir, avec effroi, que certains sont prêts à tout pour le protéger...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Nous sommes dans les années 1830, à Édimbourg. Dana, héroïne des deux premiers tomes de la saga, est aujourd'hui une femme d'âge mûr, mariée à Francis Seton, le médecin dont elle était tombée amoureuse quand elle était plus jeune. Ils demeurent à Weeping Willow, la propriété des Seton où tout a commencé et sont à la tête d'une grande famille de six enfants. L'aînée, Charlotte, sera notre héroïne ou, disons plutôt l'une des héroïnes, avec ses parents, de ce roman. En effet, l'intrigue ne sera plus centrée uniquement sur Dana comme c'était le cas dans les premiers tomes de la saga mais aussi sur sa fille, qui entre dans l'adolescence. A cette époque-là, les filles étaient souvent instruites dans des pensionnats avant de retrouver leur famille vers quinze ou seize ans, afin de faire leur entrée dans le monde, le but étant, bien sûr, de trouver un mari et une position convenable. Mais Charlotte n'est pas comme les autres...comme sa mère avant, elle a un fort caractère, elle est déterminée et, passionnée de médecine, n'entend pas devenir une épouse soumise aux moindres désirs de son mari. Parce qu'elle connaît quelques déboires en Ecosse et que la proposition des Elliott, de riches planteurs possédant des propriétés en Jamaïque, arrive à point nommé, la jeune Charlotte décide de s'embarquer avec Sir Robert et Lady Louisa Elliott et leur fille Mabel pour la plantation d'Old Montpelier, propriété de la famille depuis longtemps. Là-bas, outre ses responsabilités de gouvernante envers la petite Mabel, la jeune fille va être confrontée à un mode de vie qu'elle n'imaginait pas : l'industrie sucrière s'appuyait en effet encore sur la main d'oeuvre noire asservie. Malgré l'abolition de l'esclavage quelques années plus tôt en Angleterre, on continue, dans les Caraïbes et autres colonies, à exploiter cette main d'oeuvre servile et même si le commerce triangulaire n'existe plus, les riches propriétaires terriens comptent sur la reproduction naturelle pour agrandir leurs équipes, leurs cheptels, comme cela est dit crûment mais si justement dans le roman. Progressiste comme son père, moderne dans sa façon de penser, Charlotte sera horrifiée parce ce qu'elle découvre en Jamaïque mais surtout prend brutalement conscience de quoi découle le confort qu'elle a toujours connu depuis sa plus tendre enfance et de quelle manière est produit le sucre qu'elle consomme si facilement...Avec altruisme et détermination, malgré l'hostilité des Blancs de la plantation, la jeune fille, passionnée de médecine, va tenter comme elle peut d'améliorer un peu les conditions de vie et les soins apportés aux esclaves...
    Ce troisième tome de la saga est captivant et il n'en a pas fallu de beaucoup pour que ce soit un coup de cœur. Alors que quelques longueurs m'avaient fait décrocher lors de la lecture du premier tome, ce roman-là est enlevé, rythmé et captivant. Le style de Sonia Marmen s'adapte parfaitement aux situations qu'elle décrit tout au long de ce troisième tome et surtout, elle parvient à nous faire nous attacher instantanément au personnage de Charlotte. Si Dana m'avait parfois un peu agacée, je dois dire que je me suis par contre tout de suite attachée à sa fille et j'ai aussi beaucoup plus apprécié son personnage dans ce roman-là que dans les deux premiers. Dana a en effet connu des désillusions, elle est plus posée, moins puérile. Quant à Charlotte, j'ai aimé sa détermination, son fort caractère, ses convictions et cette part de naïveté qui, chez elle, loin d'être un défaut, devient au contraire une qualité parce qu'elle la pousse à se dépasser pour ses idéaux. Passionnée de médecine et de chirurgie à une époque où les femmes n'avaient pas la possibilité -ou très peu- de faire des études scientifiques et de fréquenter les universités, déterminée à ne pas devenir la créature d'un mari, une douce poupée parlante mère tous les ans d'un nouveau bébé, féministe en quelque sorte et avant la lettre, la jeune Charlotte est un personnage réussi et agréable à suivre dans ses nombreuses péripéties. Bien sûr, ce n'est pas un robot, elle est très humaine, doute, connaît des déceptions amoureuses mais en sort aussi grandie. Cet aspect-là du personnage, également, ne fait qu’exacerber la sympathie ressentie par le lecteur envers elle.
    Ce que je déplorerai finalement c'est que l'intrigue autour de Charlotte en Jamaïque -qui donne d'ailleurs un certain côté exotique et bienvenu au roman-, se finisse si abruptement. En effet, on ressort du roman avec comme un sentiment d'inachevé, comme si ce tome trois en appelait d'autres...ce qui sera d'ailleurs peut-être le cas, je ne sais pas...en tous cas, si cela devait être, ce serait vraiment avec plaisir que je les lirais parce que j'ai refermé A L'Abri du Silence avec pleins de questions. Non seulement le résumé nous fait nous attendre à un certain secret qui plane autour d'Old Montpelier et de la famille Elliott, secret plus ou moins abordé mais sans apport de réponse concrète. Quant à la fameuse histoire amoureuse que Charlotte va vivre en Jamaïque, elle à peine ébauchée et se finit de façon assez brutale et déroutante. Par ailleurs, les confusions entre les tomes québécois et français m'ont parfois un peu perturbée puisque les résumés ne sont pas les mêmes et celui de la version québécoise annonce quelque chose de radicalement différent de ce que l'on trouve finalement dans le roman ! ! Alors est-ce finalement une confusion entre les tomes ? C'est peut-être possible, mais en tous cas, j'ai été assez surprise...donc, si vous souhaitez vous aventurer dans cette saga, je vous y encouragerais sans problèmes mais soyez vigilants quant aux différents titres, aux différentes éditions et surtout, aux résumés.
    A part ça, que dire ? Je pense que les amateurs d'historique ne seront pas déçus avec cette saga. Non seulement les personnages sont consistants, travaillés, attachants ou pas -mais ceci est une autre histoire-, mais l'intrigue est aussi de grande qualité, ce qui est bien sûr un point positif indéniable. Quant aux sujets abordés -médecine, mode de vie des planteurs et des esclaves dans les plantations coloniales-, on sent que l'auteure a fait un véritable effort de recherche et s'appuie sur des sources et des informations solides. Une saga vraiment intéressante et que je poursuivrais sans aucun doute si d'autres tomes venaient à s'y ajouter ! !

    En Bref :

    Les + : une intrigue de qualité, travaillée et enlevée, une héroïne attachante et moderne.
    Les - : une fin un peu abrupte quant à l'intrigue autour de Charlotte...je pense donc qu'il y'aura une suite parce que l'auteure ne peut vraiment pas nous laisser comme ça ! ! wink2

     

     

    ATTENTION ! POUR LES LECTEURS INTÉRESSÉS PAR CETTE SAGA, NOTEZ QUE LES TOMES UN ET DEUX EN EDITION FRANÇAISE N'ONT FAIT L'OBJET QUE D'UN SEUL TOME AU QUEBEC, CE QUI SIGNIFIE QUE LE TOME 3 CHRONIQUE CI-DESSUS EST EN FAIT LE TOME 2 ! 

     


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  • « Il existe tant de futurs possibles qu'il convient de ne jamais trop s'attacher au présent. »

    Les Mystères de Druon de Brévaux, tome 1, Aesculapius ; Andrea H. Japp

    Publié en 2011

    Editions J'ai Lu 

    414 pages

    Premier tome de la saga Les Mystères de Druon de Brévaux 

     

    Résumé :

    Un comté de France, en ce début de XIVe siècle, où l'Inquisition fait rage. Un médecin est condamné à la Question pour pratiquer des accouchements sans douleur, et sa fille est contrainte de courir le pays pour échapper à ses terribles ennemis. Druon de Brévaux, mire itinérant, propose ses services, tandis qu'une bête monstrueuse sème la terreur De pièges en traîtrises, la science arrivera-t-elle à déchirer les voiles du mensonge et de l'obscurantisme ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1306, quelque part dans le Perche, un mire est traîné devant les tribunaux de l'Inquisition pour avoir pratiqué des accouchements sans douleur, ce qui est contraire aux Écritures puisque après le péché originel, Dieu a condamné Adam et les hommes au travail pour subsister et Ève et les femmes à donner naissance dans la douleur. Ce mire s'appelle Jehan Fauvel et nous l'avons déjà croisé, brièvement, dans la saga Les Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau, puisqu'il est le disciple, en quelque sorte, du mire de Nogent-le-Rotrou, Antoine Méchaud. Il a une fille, Héluise, son unique enfant, à qui il a transmis tout son savoir, même si, à l'époque, on n'instruisait pas les filles. Parce qu'elle sait que la condamnation de son père pour avoir soulagé des femmes en couches n'est qu'un prétexte et que les griefs de l'Eglise contre le mire sont beaucoup plus profonds et mystérieux, la jeune femme décide de quitter Brévaux, la ville où elle vivait jusqu'ici avec son père. Travestie en homme et prenant le nom de Druon de Brévaux, elle échoue dans un petit village, Saint-Ouen-en-Pail, qui fait partie des fiefs de la baronne Béatrice d'Antigny, dite la Baronne rouge. Il semblerait que ses terres soient plongées, depuis plusieurs mois, dans une vague de terreur, depuis qu'une bête aussi mystérieuse que démoniaque s'attaque aux jeunes bergers et ceux qui ont le malheur de s'attarder dehors à la nuit tombée...Arrêté, avec son jeune compagnon Huguelin, alors qu'il braconnait dans les bois de la baronne, cette dernière, contre sa vie sauve, va demander à Druon de l'aider à ramener la paix sur ses terres afin que celles-ci ne tombent pas dans l'escarcelle de son neveu d'alliance, l'ambitieux et fourbe Herbert d'Antigny.
    Voilà comment, en quelques mots, on pourrait résumer l'intrigue de ce premier tome des Mystères de Druon de Brévaux. Un premier tome efficace et captivant que j'ai véritablement dévoré. Non seulement, j'ai trouvé l'enquête intéressante, moins embrouillée et compliquée que dans La Dame sans Terre mais tout à fait passionnante dans son genre. Le personnage d'Héluise-Druon y est aussi pour beaucoup. Entraperçue dans Les Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau, elle n'avait bien sûr pas la même consistance que dans cette saga où elle est au centre des intrigues. Pour autant, ce personnage un peu mystérieux m'avait quand même intriguée et j'ai donc été très contente de retrouver Héluise ici. Très moderne, le personnage est bien loin des clichés féminins de l'époque : en général peu instruites, les jeunes filles et futures femmes étaient de toute façon cantonnées à un rôle de gardiennes du foyer, soumises à leur père puis à leur mari et dont la tâche principale était d'être féconde, de donner de nombreux enfants et ensuite, d'en prendre soin. Elles recevaient bien sûr une instruction religieuse, mais il était exclu d'enseigner les sciences aux filles, par exemple. Mais Jehan Fauvel, mire exceptionnel -ce que l'on appelait à l'époque un aesculapius : d'Esculape fils d'Apollon et dieu de la médecine-, aux connaissances déjà en avance sur son temps, a décidé d'initier sa fille aux rigueurs de la science médicale, qui en est bien évidemment à ses débuts en cette fin de Moyen Âge...Parce qu'elle est intelligente et qu'elle a appris à raisonner, Héluise devient donc un personnage tout à fait intéressant à suivre dans ses déductions, enquêtes, raisonnements. Vive et intelligente, la jeune femme, qui s'est dissimulée sous un faux personnage de donzelle pour ne pas éveiller les soupçons de l'Inquisition, devient un mire réputé et qui parvient en plus à faire cesser les abominations qui endeuillent les terres de la baronne Béatrice.
    Ce que j'ai aimé dans ce premier tome des Mystères de Druon de Brévaux, c'est déjà la fluidité de cette intrigue policière, qui se déroule sous nos yeux avec une facilité déconcertante mais parvient à nous tenir en haleine jusqu'au bout. Andrea H. Japp, en maître de l'enquête policière parvient à faire monter notre intérêt crescendo et à nous surprendre en dévoilant, dans les toutes ultimes pages, l'identité de ceux que pourchasse le héros depuis le début. De faire tourner son intrigue autour d'une bête mystérieuse et démoniaque était aussi une idée intéressante, dans le mesure où ces épisodes historiques avérés -on peut penser à la bête d'Evreux au XVIIème siècle et à la plus célèbre, celle du Gévaudan, sous le règne de Louis XV-, suscitent encore de nos jours l'effroi mais aussi un intérêt certain de part le mystère que véhiculent justement ces affaires. En transposant la bête du Gévaudan dans un Moyen Âge obscur, où les superstitions se taillent encore une belle part dans l'imaginaire du peuple et où l'on a tôt fait d'attribuer au Diable ce que l'on ne peut expliquer, Andrea H. Japp a eu une véritable bonne idée et donne un relief de plus à son roman. Quant au reste, rien à dire. Comme d'habitude, c'est toujours un plaisir que de lire l'un de ses romans, non seulement parce que le style de l'auteure est d'une qualité indéniable mais aussi parce que ses intrigues historiques sont basées sur des recherches et des références historiques sûres et solides. Avec Andrea H. Japp on est toujours immergé, dès les premières pages, dans un monde restitué grandeur nature, un monde où se côtoie le bien et le mal, un monde à la fois différent et proche du nôtre. Ses enquêtes sont de toute façon toujours un plaisir à découvrir et je ne peux d'ailleurs que vous en conseiller la lecture.

    En Bref :

    Les + : une enquête palpitante et passionnante ; un héros très travaillé et attachant.
    Les - :
    un roman qui serait presque un peu court ! On en redemande ! yes


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  • « Chaque instant de notre vie recèle une leçon pour qui sait la voir et l'entendre. »

    Les Mystères de Druon de Brévaux, tome 2, Lacrimae ; Andrea H. Japp

    Publié en 2012

    Editions J'ai Lu

    475 pages

    Deuxième tome de la saga Les Mystères de Druon de Brévaux 

     

    Résumé :

     Début du XIVe siècle, Héluise Fauvel, travestie en jeune homme, court le pays sous le nom de Druon de Brévaux en qualité de médecin itinérant. Elle enquête sur la mort de son père, Jehan Faubel, torturé par l'Inquisition. Druon découvre une énigmatique lutte de pouvoir entre le Vatican et le roi de France qui cherchent à dissimuler le mystère de la pierre rouge. Comment Igraine, terrifiante mage, a-t-elle appris son existence ? Alors qu'à Thiron, un mercier est sauvagement poignardé et un jeune moine découvert mort en forêt, tous deux la main tranchée. L'arrogant seigneur abbé refuse que la justice séculière enquête. Qui protège-t-il ? Et comment faire cesser les assassinats qui se succèdent ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quelques mois après avoir résolu la mystérieuse affaire dans le village de Saint-Ouen-en-Pail, terrorisé par les méfaits d'une bête mystérieuse et malfaisante, le mire itinérant Druon de Brévaux, flanqué de son jeune compagnon Huguelin, se retrouve confronté de nouveau à des meurtres commis dans le petit bourg de Tiron. C'est d'abord un mercier puis un moine de la puissante abbaye du village qui sont sauvagement assassinés : leurs corps sont retrouvés avec un poing tranché, punition en général réservée aux voleurs. Puis suivent d'autres meurtres...Druon va vite comprendre, notamment grâce à la présence de l'inquiétante mage Igraine, déjà rencontrée dans Aesculapius, que ces meurtres ne sont peut-être pas sans rapport avec cette étrange pierre rouge dont on lui parle depuis longtemps et qui semblerait lié à la disparition de son père, Jehan Fauvel...pour venger celui-ci, Druon va donc devoir découvrir ce qui se cache sous cette pierre, convoitée par les grands de ce monde, papauté et royaume de France, entre autres.
    Voilà comment nous pourrions résumer, en quelques mots, le contenu du second tome des Mystères de Druon de Brévaux, qui porte le joli -et limpide- titre de Lacrimae. Ce que j'aime, avec les bouquins d'Andrea H. Japp qui est décidément l'une des maîtresses du polar médiéval, c'est la continuité que l'on retrouve entre toutes ses sagas. Ainsi, elles se passent toutes, à quelques mois près, dans la même région, le Perche et nous croisons donc des personnages qui finissent par nous devenir très familiers comme Guillaume de Nogaret, par exemple, le roué mais très puissant conseiller du roi Philippe le Bel, jusqu'à sa mort en 1313. Druon va faire également la connaissance du bailli de Nogent-le-Rotrou, Louis d'Avre, déjà rencontré dans Les Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau.
    Hormis cela, les enquêtes nouées, entremêlées étroitement, compliquées à souhait mais ô combien passionnantes participent bien sûr de l'intérêt du lecteur pour ses livres. Andrea H. Japp a le don pour nous brosser des personnages si fins et si ciselés qu'on les croirait presque vivants, mais aussi pour les intégrer à des intrigues policières haletantes, pleine de suspense et qui ont donc un potentiel énorme. On est rapidement captivé, même si les premières lectures de Japp peuvent parfois être déroutantes. J'avais vraiment beaucoup aimé La Dame sans Terre mais je me souviens avoir été très surprise par l'intrigue, policière et très ésotérique par certains côtés -ésotérisme que l'on retrouve d'ailleurs, en filigrane dans Les Mystères de Druon de Brévaux-, mais une fois que l'on s'est accoutumé à l'univers de l'auteure, c'est parti ! ! C'est cela aussi que j'aime chez elle : cette identité, cet univers si marqués, très personnalisés.
    Si ce deuxième tome des aventures de Druon, mire itinérant, fille travestie en garçon, est peut-être mené un peu moins tambour battant qu'Aesculapius, il n'en reste pas moins un roman historique et policier habilement écrit, appuyé sur des recherches solides et un contexte historique fascinant : nous sommes au début du XIVème siècle, sous le règne implacable du roi de fer, Philippe IV, dans un contexte européen relativement tendu. La France est en lutte avec la papauté depuis plusieurs années et même si l'élection du Français Clément V au trône de saint Pierre, a un peu calmé la fureur du roi Philippe, les tergiversations du nouveau souverain pontife quant au futur de l'Ordre du Temple -qui sera éradiqué quelques mois plus tard, en octobre 1307-, usent quelque peu la patience du roi. En parallèle, on suit les menées quelques peu secrètes, imaginaires mais très plausibles, finalement, du légiste Guillaume de Nogaret, devenu l'un des conseillers les plus écoutés de Philippe le Bel.
    Le personnage de Druon apporte également beaucoup à la saga dont il est le héros. Je me suis tout de suite attachée à cette jeune femme déterminée, toute jeune mais à l'intelligence exceptionnelle, mire excellent, à l'instar de son père qui lui appris son art depuis son plus jeune âge -art que l'on pratiquait fort mal à l'époque, à l'exception de quelques mires et médecins remarquables comme Jehan Fauvel-, en cachette, les filles ne pouvant alors se destiner à une carrière scientifique. Forte, bien que portant en elle de profondes blessures, elle se révèle être un aussi bon médecin qu'un fin limier, capable de démêler toutes les intrigues qui se présentent à elle.
    Un deuxième tome vraiment bien fait, dans lequel l'intrigue autour de cette fameuse pierre rouge se fait plus présente que dans le premier et donne très très envie de connaître enfin le fin mot de l'histoire ! !

    En Bref :

    Les + : une intrigue fine et ciselée, teintée d'ésotérisme et de magie, le personnage de Druon.
    Les - :
    la fin qui survient très rapidement et surprend un peu le lecteur.

     


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