• «  Il n'existe pas de test plus éprouvant pour un être humain que celui de la perspective certaine de la douleur. »

    Schuyler Sisters, tome 1, La Vie Secrète de Violet Grant ; Beatriz Williams

     

    Publié en 2014 aux Etats-Unis ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Schuyler Sisters, book 1, The Secret Life of Violet Grant 

    Editions Pocket

    568 pages 

    Premier tome de la saga Schuyler Sisters 

     

    Résumé :

    New York, 1964. Un avis de passage du facteur dans la boîte aux lettres de Vivian Schuyler qui n'attendait rien. Le paquet s'avère être une valise adressée à une certaine Violet. Quelques rapides coups de fil familiaux plus tard, Vivian découvre une grand-tante dont elle n'avait jamais entendu parler et glane les bribes d'une étrange histoire. Celle de cette aïeule bien née, qui décide de devenir scientifique avant d'être accusée d'avoir tué son mari à Berlin en 1914 et de prendre la fuite avec son amant pour ne plus jamais donner de nouvelles. La curiosité piquée au vif, Vivian décide de se lancer sur les traces de cette ancêtre atypique, meurtrière et adultère, happée par les remous de l'Histoire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1964, Vivian Schuyler, jeune new-yorkaise branchée -et friquée- reçoit une mystérieuse valise vieille de cinquante ans et qui a appartenu à une certaine Violet Grant, née Schuyler, au début du XXème siècle. Violet, qui a disparu au cours de l'été 1914, sans laisser de traces, en compagnie de son amant et, paraît-il, après avoir assassiné son mari, le célèbre professeur Walter Grant.
    Vivian, qui travaille comme pigiste chez Metropolitan et qui s'ennuie un peu dans ce métier pas très palpitant, décide alors d'écrire un article sur cette mystérieuse histoire et de faire la lumière sur ce que la famille Schuyler considère comme un scandale. De New-York à Paris, en passant par Londres et Berlin, en 1964 ou 1914, nous découvrons petit à petit cette année charnière qui a bouleversé la vie de Violet, jeune scientifique de génie mais aussi la face du monde, avec la mort de l'archiduc François-Ferdinand le 28 juin et la déclaration de guerre début août. En même temps nous suivons Vivian, vingt-deux ans, issue d'une riche famille de la bourgeoisie américaine, qui est en fait la petite-nièce de Violet. Désireuse de travailler et de s'émanciper de la tutelle de ses parents, décidée à échapper à la vie oisive de sa mère, la jeune femme s'est installée dans une modeste colocation près de Greenwich Village et a décroché un poste dans un grand magazine.
    Violet, cinquante ans plus tôt, est bien différente : jeune femme intelligente, passionnée par les sciences et notamment par la chimie, elle a, sans l'accord de sa famille, quitté les États-Unis pour l'Angleterre, afin de poursuivre ses études. C'est là qu'elle rencontre le professeur Grant, qui devient rapidement son amant puis son mari. Très vite, il se montre autoritaire et extrêmement possessif avec la jeune femme tout en entretenant de nombreuses relations extra-conjugales. Installé à Berlin, le couple fréquente Max Planck, Albert Einstein ou Lise Meitner et se trouve aux premières loges quand, au début de l'été 1914, les premiers soubresauts de la Grande Guerre ont lieu en Europe centrale.
    Dans ce roman, à ma grande surprise parce que je ne m'attendais pas vraiment à ça, j'ai retrouvé le secret, ce fameux secret que j'aime tant et qui m'évoque aussitôt Kate Morton notamment ou d'autres auteures... Là, le point de départ est cette vieille valise contenant des effets personnels vieux de cinquante ans et qui avait disparu quelque part près de Zurich comme sa propriétaire. Évidemment et, quand en plus cette valise a appartenu à votre grand-tante dont on vous a soigneusement caché l'existence, forcément vous avez envie de savoir ! On se passionne pour la quête de Vivian, qui se plonge dans un monde qu'elle ne connaît pas, celui, particulièrement fertile, de la science en ce début de XXème siècle mais aussi de l'espionnage en temps de guerre, deux univers complètement à l'opposé de celui de Vivian !
    J'ai trouvé cette quête vraiment prenante parce que même si on sait dès le départ que Violet a disparu en étant accusée d'adultère et surtout d'avoir assassiné son mari, on a envie de comprendre. Comprendre comment et pourquoi une scientifique prometteuse en est arrivée à l'irréparable et surtout, la question que l'on se pose tout au long du roman, comme Vivian, c'est : Violet est-elle encore en vie, ce qui est tout à fait possible puisqu'elle avait vingt-deux ans en 1914.
    Je me suis passionnée pour l'histoire de Violet, aux prises avec un époux extrêmement possessif et qui en devient violent, luttant désespérément contre l'attirance que fait naître chez elle un mystérieux militaire anglais rencontré à Berlin. J'ai aimé découvrir son travail de recherches, sa passion, dans laquelle je me suis retrouvée même si je n'y connais pas grand chose en atomes, en protons et en neutrons. J'ai aimé la suivre dans les cabinets feutrés et les grands salons berlinois où, comme partout ailleurs en Europe à cette époque-là, on s'étourdit à coups de champagne et de cigarettes, loin d'imaginer la conflagration qui se prépare. Pour Violet, un drame bien plus intime se prépare et ce sera bientôt l'heure des choix.
    Pour Vivian, c'est un peu plus compliqué. J'ai aimé son assurance mais parfois elle m'a aussi tapé sur les nerfs ! Je ne sais pas si je l'ai vraiment appréciée... Je ne crois pas m'être attachée à elle parce que je l'ai trouvée un peu trop exubérante et gouailleuse mais j'ai été sensible au fait que l'auteure parfois craquelle un peu sa carapace et nous montre dessous une jeune femme plus authentique et plus simple parce que malgré son envie de vivre normalement et de travailler, Vivian reste malgré tout une gosse de riches un peu trop gâtée.
    Globalement, La Vie Secrète de Violet Grant est un bon roman, assez différent de ce que j'ai l'habitude de lire et qui m'a beaucoup plu parce qu'un certain suspense s'instaure petit à petit et nous donne envie de poursuivre, de tourner les pages de savoir, enfin : qu'en est-il réellement, Violet est-elle bien une meurtrière ? Surtout, est-elle encore en vie ?
    Si je n'ai pas forcément retrouvé l'univers de L'Eté du Cyclone -je n'aurais pas su que La Vie Secrète de Violet Grant avait été écrit par elle, je ne l'aurais pas forcément deviné- j'ai aimé ce roman pour ce qu'il est. Intéressant, avec des bases solides, historiques comme scientifiques, c'est un récit cohérent. Oui, je n'ai pas forcément apprécié Vivian mais j'ai trouvé intéressant de la suivre et j'ai vraiment été happée dans l'urgence de 1914, quand drames mondiaux et intimes se nouent sous un soleil estival insouciant.
    La Vie Secrète de Violet Grant est le premier tome d'une trilogie : vous vous doutez certainement que je vais vite lire Les Lumières de Cape Cod et Une Maison sur l'Océan. 

    En Bref :

    Les + : le secret, l'époque choisie par l'auteure, la description fine et bien documentée et indéniablement, la plume de Beatriz Williams, très souple et qui s'adapte à ses personnages. 
    Les - : je dirais que Vivian, parfois, a été pour moi un petit bémol... J'ai eu du mal à supporter son caractère un peu exubérant et vite lassant.


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  • «  L'homme était maudit. Il fallait jouir de l'instant présent, c'était ça le truc. »

    La Promo 49 ; Don Carpenter

     

    Publié en 1985 en France ; en 2014 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : The Class of 49

    Editions 10/18 (collection Domaine Etranger) 

    144 pages 

    Résumé :

    Portland, 1949, portrait de groupe : Clyde, Sissy, Blaze et leurs camarades terminent le lycée. La vie s'égrène - une cuite, un bal, un examen raté, une virée à la mer. On rêve d'une fille, de popularité, d'avenir. Pus le réel, les accidents, les désirs contrariés, et rien ne sera plus pareil...Troquant l'insouciance contre la nécessité, il leur faut basculer vers l'âge adulte. Dans cet album doux-amer, Don Carpenter, l'auteur de Sale temps pour les braves, porte sur sa génération un regard empathique et lucide, et restitue, avec un remarquable sens de l'épure, la grâce précaire de la jeunesse. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    La Promo 49 est un tout petit roman, un peu étrange sur la forme, idéal pour l'été. Le genre de livres qu'on peut apprécier de lire sous un grand chapeau en paille avec le bruit des vagues pas très loin.
    Il fait moins de deux cents pages et, plus qu'un roman, c'est finalement un recueil de nouvelles, des instantanés de vie, comme si on ouvrait un album photos et qu'on parcourrait celles-ci. A chaque chapitre, qui est en lui-même une petite nouvelle, on découvre un nouveau visage -ou des nouveaux visages-, d'autres, déjà connus, viennent et repartent, petit à petit on comprends quels liens unissent telle ou telle personne.
    Comme son titre l'indique, dans La Promo 49, on suit les jeunes de Terminale d'un lycée de Portland, en 1949. Don Carpenter, l'auteur, qui est né au début des années 1930, à dix-sept, dix-huit ans en 1949, c'est sa propre expérience de lycéen, sa propre génération, sa propre dernière année qu'il raconte au travers de ses jeunes héros. Entre les derniers mois de la Terminale et les premiers pas à l'université, c'est tout un bouleversement qui s'opère pour ces jeunes, un passage rituel et tacite entre l'enfance et l'âge adulte. On commence à travailler, on connaît les premiers émois amoureux, on devient grand même si on continue à faire des bêtises et à être terrorisé par l'avenir.
    Le lycée et l'université sont particulièrement importants aux Etats-Unis, il n'y a qu'à voir tous les films et les séries qui s'y passent. On a l'impression que c'est un monde particulier, bien plus qu'en France, avec les fraternités, les sororités, la remise des diplômes, les bals de promo... Et ce que décrit Don Carpenter a beau avoir soixante-dix ans, finalement, c'est très actuel et sa jeunesse de la fin des années 40 pourrait être celle de 2019 -à quelques différences près, bien sûr. La façon de voir les choses change évidemment, mais, dans l'esprit de ces jeunes, les mécanismes sont sensiblement les mêmes que ceux des adolescents d'aujourd'hui, les apprentissages, les espoirs et les désillusions sont les mêmes, et si on ne s'attache pas vraiment à eux -les chapitres sont courts et on n'a pas vraiment le temps de faire réellement connaissance avec chacun d'eux-, on s'identifie rapidement. Le manque de confiance ou alors, au contraire, la trop grande assurance, la popularité, si importante surtout pour ceux qui n'ont pas la chance d'en jouir, la compétition que l'envie de sortir avec telle ou telle fille fait naître, l'envie de pousser loin ses limites, les fêtes qui dérapent, l'affrontement avec les parents... Dans l'effervescence et l'étourdissement de l'été qui suit l'obtention du diplôme, pendant ces quelques semaines qui précèdent le grand saut dans l'inconnu, tous ces jeunes, anciens lycéens mais pas encore étudiants, se découvrent mutuellement, s'émancipent, s'amusent, parfois se perdent, font l'expérience du bonheur et puis aussi du malheur, parce que finalement l'un ne va pas sans l'autre.
    Ces fameuses années lycée, c'est celles sur lesquelles on se retourne, dix, quinze, vingt ans plus tard, en se disant : « Tu te souviens ? » et en souriant parce qu'on se souvient de ceci ou de cela, parce que ce sont des souvenirs indélébiles qui se gravent dans un esprit. On se souvient de ceux qu'on a perdus de vue en se demandant ce qu'ils deviennent, on se souvient d'une ambiance particulière, un cours, un professeur, qu'on a aimé ou pas mais qui nous a marqué...Tout ça, finalement, est commun à tous les lycéens du monde entier mais peut-être encore plus présent et tangible chez les jeunes Américains, pour lesquels le lycée, la remise des diplômes, plus tard, la fac, sont des rites de passage, une étape importante dans une vie et qui marque un basculement irrémédiable.
    Je ne sais pas vraiment si j'ai aimé La Promo 49 - je crois que les romans courts ne sont pas vraiment pour moi, de toute façon, parce que j'aime pouvoir m'attacher aux personnages, m'habituer à une ambiance, ce qui n'est pas le cas avec un livre de cent-cinquante pages, on comprend aisément pourquoi.
    Je n'ai pas été déçue mais je ne m'attendais pas à des chapitres aussi concis, qui ne font parfois que quelques lignes et ne nous permettent pas forcément de bien cerner tous ces jeunes que l'on découvre au fil des pages. J'ai parfois confondu les personnages entre eux, je n'ai pas réussi à en distinguer un parmi les autres, l'auteur les met tous au même niveau, s'attachant à leur accorder à tous la même importance, le même nombre de pages, scrupuleusement. Pour autant, ce roman a fait écho en moi, comme il pourra faire écho en bien des lecteurs : il m'a fait me souvenir de mes propres années de lycée, de mes années à la fac et si la manière d'aborder ce moment important d'une vie est différent d'un pays à l'autre, les sentiments et émotions qui font battre les cœurs sont les mêmes et c'est ce que j'aime, finalement, me dire que l'universalité des sentiments existe et qu'un adolescent reste un adolescent, à quelque époque que ce soit : peu importe la manière de faire, peu importe la vie que l'on mène, les expériences et la prise de liberté, les différentes étapes qui mènent à elles sont les mêmes.
    Ce livre très court se lit rapidement. C'est bien écrit et, comme je le disais en début de chronique, on a l'impression de faire défiler des photos entre ses mains, ou bien d'immortaliser avec un Polaroid ces jeunes, à leur insu et de garder une tranche de vie figé sur une pellicule. Et on aura beau les ressortir à n'importe quelle époque, il y'aura toujours une part d'actualité et ce sentiment confus que l'adolescence fait partie de ces grandes étapes de vie qui marquent durablement une vie et parfois, oriente celle-ci, en induisant des choix et des prises de décision. Nostalgique, parce qu'il nous parle d'une époque révolue mais nous met aussi face à nos propres souvenirs, La Promo 49 ne manquera pas, certainement, de faire écho en vous d'une façon ou d'une autre. 

    En Bref :

    Les + : avec tendresse mais lucidité, Don Carpenter nous livre une vingtaine de petits instantanés d'une génération, la sienne, qui s'étourdit le temps d'un été et expérimente la vraie vie, après le Bac et avant l'entrée en fac. 
    Les - :
     c'est peut-être un peu court pour s'imprégner vraiment de l'ambiance du livre. En effet, on le termine en quelques heures à peine.

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème d'août, « Petit, tout petit bikini », 8/12


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  • « Elle s'arrêta pour m'attendre et, quand je la rejoignis, me donna la main. Ce geste changea tout entre nous, et pour toujours. »

    L'Amie Prodigieuse, tome 1 ; Elena Ferrante

     

    Publié en 2011 en Italie ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Titre original : L'Amica Geniale

    Editions Folio 

    430 pages 

    Premier tome de la saga L'Amie Prodigieuse

     

    Résumé : 

    « Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C'était la vie, un point c'est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »
    Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu'elles soient douées pour les études, ce n'est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l'école pour travaille dans l'échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s'éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec L'Amie Prodigieuse, Elena Ferrante inaugure sa monumentale saga qui nous promène dans la Naples des années 1950 aux années 1980.
    Dans ce premier roman nous faisons la connaissance de celles qui vont devenir les héroïnes de cette saga, Elena Greco et Rafaella Cerullo, surnommées respectivement Lenù et Lila. Toutes deux issues des quartiers modestes de Naples, elles ont une dizaine d'années au milieu des années 1950 et vivent leur enfance dans une Italie d'après guerre, affaiblie par le fascisme. Toutes deux vivent dans des quartiers populaires, où la seule chance de s'en sortir est de réussir à l'école et surtout, d'avoir les moyens de poursuivre ses études, ce qui n'est pas une priorité pour les familles, parce que cela coûte cher.
    Lila et Lenù ont sept ou huit ans lorsqu'elles deviennent amies. Elles sont très différentes l'une de l'autre et pourtant, c'est un lien très fort qui va se tisser entre elles, au-delà du jeu et de l'attirance enfantine. Ce lien, plus ou moins distendu, va perdurer à l'adolescence et puis plus tard...
    Si L'Amie Prodigieuse est le portrait d'une époque et d'une région, c'est aussi le récit et l'analyse d'une longue amitié qui se transforme au fil des ans mais sans jamais disparaître et en unissant de plus en plus fort ces deux enfants qui deviennent des jeunes filles puis des femmes.
    Cette énorme saga d'Elena Ferrante dont on ne sait quasiment rien, est un phénomène littéraire depuis quelques années maintenant et on voit ses romans partout. Le mystère que l'auteure cultive autour de sa personne est évidemment intrigant et éveille la curiosité mais, pour ma part, c'est surtout le cadre et le contexte du livre qui m'ont incitée à le lire. Et le fait de le voir partout, aussi, et les critiques élogieuses voire dithyrambiques même si je me méfie un peu des romans phénomènes et à l'immense succès parce que ça m'est arrivé d'être déçue alors maintenant j'y regarde souvent à deux fois !
    Mais qu'est-ce que j'ai bien fait de lire ce roman ! Ça fait plus d'un an et demi que j'en diffère la lecture tout en étant malgré tout très curieuse. Et puis voilà que la curiosité a été plus forte et j'ai enfin sorti ce roman de ma PAL et franchement je ne regrette pas.
    L'Amie Prodigieuse n'est pas un coup de cœur comme cette lecture a pu l'être pour d'autres, mais ce n'est pas grave. Je n'ai pas été déçue de ne pas le ressentir parce que j'ai su que, dès les premières pages, je n'en aurais pas mais que j'allais malgré cela énormément aimer cette lecture et surtout le style de l'auteure.

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    Ludovica Nasti et Elisa del Genio interpètent Lila et Lenù dans l'adaptation du roman

    Sans avoir jamais mis les pieds en Italie, j'ai visualisé immédiatement les lieux, ces quartiers modestes de la Naples des années 50, où les familles trop grandes s'entassent dans de petits logements sombres, où les enfants jouent dans les rues pleines de poussière et saturées de soleil. Il y fait trop chaud, on y crie trop fort, les draps sèchent entre les façades, les femmes se battent aussi sûrement que les hommes, souvent à coup de mots acerbes, les grands frères y sont parfois trop protecteurs, et, toujours présente comme un nuage à l'horizon, impalpable mais bien là, la petite mafia des quartiers qui régit l'existence des habitants par le biais de telle ou telle famille reconnue tacitement et respectée pour ce pouvoir, la criminalité...
    Et puis il y'a l'école. L'école qui, à cette époque, est l'ascenseur social par excellence, l'endroit où on peut devenir quelqu'un ou quelque chose. On y parle l'italien au lieu du dialecte napolitain pratiqué dans les rues ou à la maison avec les parents. On y découvre là lecture, l'écriture, on grimpe des échelons et on accède aux niveaux supérieurs. Ou pas. Dans le couple formé par Lila et Lenù l'une ira à l'école, ira jusqu'au lycée tandis que l'autre s'arrêtera encore cours de route, devenant une femme et une épouse avant l'heure sans que, toutefois, les deux jeunes filles ne cessent de s'envier mutuellement pour ce que l'autre a.
    Récit d'apprentissage, L'Amie Prodigieuse dépeint ce qui, un jour, sera le lot de tous : jouer, nouer les premières amitiés, grandir, avancer avec tout ce que cela implique comme choix et décisions à prendre, avec son lot de bonheurs et de désillusions. Lila et Lenù sont deux petites filles en passe de devenir des femmes à une époque pas évidente, économiquement et socialement : il est difficile de réussir et la pauvreté est bien présente à Naples à l'aube des années 60. Socialement, l'Italie est encore à l'époque un pays patriarcal, où l'autorité paternelle et masculine est particulièrement importante et où les jeunes filles sont assujetties au pouvoir de leur père, leurs frères avant de l'être à leurs époux.
    Lila et Lenù sont attachantes toutes les deux, très différentes l'une de l'autre mais pareillement intéressantes : l'une est une meneuse, qui fonce et entraîne tandis que l'autre est plus posée et réfléchie et finalement on se rend compte que chacune envie l'autre pour ce qu'elle-même n'a pas sans pouvoir malgré tout se passer l'une de l'autre.
    Premiers émois amoureux, choix, désillusions, espoirs, apprentissages sont passés au crible et analysés avec finesse et empathie par l'auteure. Elena Ferrante écrit très bien, avec un style tantôt neutre tantôt passionné qui décrit avec beaucoup de dynamisme une époque et un mode de vie. Cette Italie du Sud pleine de couleurs, où le plus beau côtoie le plus sale, vit sous nos yeux.
    Très honnêtement, je ne pensais pas aimer autant ce roman mais j'ai passé un excellent moment et j'ai pris un grand plaisir à découvrir les mots finement choisis d'Elena Ferrante.
    Maintenant je n'ai qu'une envie : c'est me procurer les tomes suivants et connaître enfin la suite. Après m'être autant sentie partie prenante de la vie de ces deux jeunes filles qui ont grandi et évolué sous mes yeux j'ai bien évidement envie de savoir ce qui va leur arriver et découvrir leur destin de femme après les avoir suivies enfant puis adolescentes.

    En Bref :

    Les + : une belle histoire, touchante et poignante sans être pathétique. C'est une description fine d'une époque, d'une ville et l'amitié des deux héroïnes est si jolie malgré des hauts et des bas.
    Les - :
    Aucun point négatif à soulever, en ce qui me concerne.


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  • « La liberté pouvait se trouver partout, même dans l'espace le plus restreint. Il y'avait mille façons de voyager. »

    Le Soleil sous la Soie ; Eric Marchal

     

    Publié en 2013

    Editions Pocket 

    922 pages 

    Résumé :

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans ce gros roman de plus de neuf cents pages que certains ont comparé d'emblée aux Piliers de la Terre de Ken Follett, Eric Marchal nous emmène, dans le sillage d'un chirurgien lorrain et au gré de ses pérégrinations, de Nancy aux steppes hongroises en passant par les citadelles impériales alors en guerre contre l'empire ottoman.
    Nicolas Déruet que l'on découvre au cours des années 1690, est chirurgien ambulant et sillonne les routes de la Lorraine occupée par les troupes françaises. Il est chirurgien, pas médecin, insistons bien là-dessus : si aujourd'hui les deux notions sont consubstantielles -ou presque- ce n'était pas le cas à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle, à tel point d'ailleurs que les médecins se posaient souvent en opposants farouches aux chirurgiens et inversement.
    A la suite d'une fausse accusation portée contre lui, Nicolas Déruet se voit obligé de quitter la Lorraine et de rejoindre les troupes ducales qui se battent en Hongrie. Là-bas, il va découvrir les horreurs de la guerre, la souffrance et la peur des soldats blessés, la mort, souvent atroce mais aussi expérimenter la camaraderie innée et indéfectible qui se tisse souvent entre le personnel soignant, confronté aux mêmes horreurs. De retour en Lorraine dans la suite du jeune duc Léopold, il exercera à Nancy son savoir-faire, à l'hôpital Saint-Charles, soignant les nantis comme les plus déshérités et sera un témoin de premier plan des soubresauts politiques et diplomatiques qui secouent le petit Etat lorrain, coincé entre deux géants, le Saint-Empire romain d'un côté et la France louis-quatorzienne de l'autre, qui ne veut qu'une chose : annexer la Lorraine. Entre les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, dans un contexte peu évident, Nicolas oeuvre cependant pour sa science tout en menant sa propre vie, une vie marquée par son écartèlement et son hésitation entre deux femmes importantes pour lui : Rosa, la marquise de Cornelli, intrépide et séduisante et Marianne, sage-femme de son état, plus modeste mais avec qui Nicolas a tissé des liens importants et qu'il n'avait quittée qu'à regret au moment de fuir en Hongrie.
    C'est vrai que Le Soleil sous la Soie est un grand roman, je ne peux pas dire le contraire. Mais il est loin d'être un coup de cœur et je vais vous expliquer pourquoi maintenant - tout en évitant, je l'espère en tout cas, de vous dissuader de le lire parce qu'il s'agit malgré tout d'une grande oeuvre historique qui n'usurpe pas sa comparaison avec le fameux roman-fleuve de Follett.
    J'ai évidemment trouvé beaucoup de points positifs à ce roman. Que la chirurgie soit au centre du récit, loin de me rebuter m'a plu, au contraire. Nicolas n'est pas un médecin de Cour, ridicule et inefficace mais un praticien, un homme de terrain qui connaît les corps, leurs affections et maux les plus divers et pratique, avec moins de technique et de matériel, des interventions assez semblables à celles d'aujourd'hui. J'ai aussi aimé tous les personnages qui sont, à leur manière, un reflet de la société de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème. Enfin, j'ai aimé que l'intrigue se situe en Europe de l'est et aborde une Histoire peu connue de nous mais aussi en Lorraine, un Etat à part entière à l'époque et subissant depuis plusieurs décennies les appétits expansionnistes du Roi-Soleil.
    Seulement, c'est un peu long. Comme je vous le disais plus haut, Le Soleil sous la Soie est un gros roman, de plus de neuf cents pages, c'est un pavé, on ne peut pas dire mieux. Souvent, ces romans ne sont pas exempts de longueurs et malheureusement, ce fut le cas ici. J'ai trouvé que le récit s'essoufflait un peu après avoir été plein de dynamisme. Je me suis laissée totalement emportée dans le tourbillon des batailles menées en Hongrie contre les Turcs, les sièges des citadelles spectaculaires dominant le Danube, les interventions d'urgence des chirurgiens tentant, parfois au péril de la leur, de sauver un maximum de vies. Et puis Nicolas revient en Lorraine et...c'est un peu plat. Je crois que c'est ce souffle qui manque soudainement qui a un peu influencé mon rythme de lecture : j'ai mis dix jours à terminer Le Soleil sous la Soie et je pense que ça vient de là, parce que j'ai eu du mal à me sentir complètement captivée par la deuxième partie du roman. J'ai parfois eu l'impression que ça partait un peu dans tous les sens, que l'auteur abordait plein de sujets mais sans se poser vraiment, on papillonne d'un événement à un autre, parfois drôle, parfois tragique, mais sans se poser un minimum et j'ai trouvé ça dommage parce que le roman est d'une grande qualité par ailleurs et il aurait pu l'être d'autant plus, sans ces quelques petits défauts.
    Ayant lu auparavant un autre roman d'Eric Marchal, La Part de l'Aube, un roman ambitieux mais qui avait su me séduire et me séduire agréablement, j'avoue que j'espérais retrouver le même souffle, le même style dans Le Soleil sous la Soie et ce ne fut pas le cas même si j'ai trouvé quelques points communs entre les deux, notamment les personnages qui m'ont évoqué ceux de La Part de l'Aube : ainsi, Nicolas Déruet, notre héros, m'a beaucoup évoqué Antoine Fabert, l'avocat lyonnais que l'on suit dans La Part de l'Aube, par leur passion et leur opiniâtreté essentiellement.
    Le roman ne m'a peut-être pas offert ce que j'attendais en l'ouvrant : je pensais vraiment qu'il serait beaucoup plus centré sur les conflits, la guerre en Europe centrale alors qu'au final, ce n'est pas le cas. Pour autant, il ne m'a pas déçue et je regrette seulement cette perte de rythme en milieu de roman, perte de rythme qui malheureusement n'est pas forcément compensée par la suite. J'ai retrouvé ici la fresque historique peinte à grands coups de mots que j'avais tant aimée dans La Part de l'Aube, un univers en clair-obscur où se côtoient les ors des palais et la boue des ruelles pauvres de Nancy. J'ai admiré le courage, le dévouement et l'abnégation de Nicolas et de ses collègues chirurgiens, luttant sans cesse pour sauver des vies et apaiser la souffrance.
    L'auteur, à la fin de son roman, espère qu'il a bien restitué ce que pouvait être la vie quotidienne entre les années 1690 et 1710 et je crois qu'il a réussi. Avec quelques petits anachronismes assumés, certes, mais dans l'ensemble, Le Soleil sous la Soie est un roman solide, on ne peut pas le nier. J'ai aimé le lire, j'ai apprécié de découvrir une autre Histoire grâce à lui, de voyager dans les steppes de Hongrie alors convoitées par les Turcs et défendues, on le sait peu, par des bataillons lorrains alors affidés aux Habsbourg de Vienne -pour la petite anecdote, d'ailleurs, le duc Léopold qui est l'un des héros du roman est le grand-père d'une future reine de France...Marie-Antoinette, dont le nom de famille était Habsbourg-Lorraine.
    Si, comme moi, vous êtes amateurs de romans historiques et que vous aimez cette époque, lancez-vous. Si vous êtes intéressés par la médecine, nul doute que vous y trouverez aussi votre bonheur. Personnellement, c'est une science qui me fascine assez, surtout à cette époque, quand on sait comment les praticiens procédaient, avec peu de moyens et souvent beaucoup d'ingéniosité -et non, tous n'étaient pas les charlatans incompétents, les Diafoirus décrits avec jubilation par Molière. Nicolas et ses compagnons en sont l'exemple même et leur modestie les honore.
    Le Soleil sous la Soie est un roman riche et dense. N'espérez pas le lire en quelques jours, il vous faut vous plonger dans son ambiance. Peut-être, comme moi, trouverez-vous des défauts mais qu'importe : l'important est que votre ressenti soit positif quand vous refermerez le roman et c'est ce que je vous souhaite. 

    En Bref :

    Les + : un roman historique dense et riche, comme je les aime, avec des personnages travaillés et une intrigue maîtrisée. 
    Les - : dommage que le récit s'essouffle en milieu de roman et peine à retrouver son rythme. J'ai trouvé que certains chapitres étaient peut-être un peu superflus et n'apportaient pas grand chose à l'intrigue. 


    2 commentaires
  • «  Louis XV aime les femmes. Plus précisément, il a le besoin vital d'une présence féminine à ses côtés, qui lui soit entièrement dévouée et, surtout, fidèle. »

    Les Femmes de Louis XV ; Cécile Berly

     

    Publié en 2018

    Editions Perrin 

    232 pages 

    Résumé : 

    Louis XV aimait les femmes. Dans l'entourage du Bien Aimé, on trouve en premier lieu la reine de France, Marie Leszczynska, imposée par la politique et vite résignée à son sort d'épouse trompée. Puis les Filles de France, huit au total, dont la monarchie ne sait que faire. Des maîtresses et des favorites, enfin. Qu'ont-elles en commun ? D'occuper le lit du roi pour un temps, long ou éphémère. Avec Louis XV, ce qu'il y'a d'inédit et de ô combien sulfureux, c'est que ce privilège-là, après le règne de plus d'une décennie des sœurs de Nesle, n'est plus seulement aristocratique. Madame de Pompadour, bourgeoise mais femme de confiance du roi, reste à la Cour près de vingt ans. Elle ira, en accord avec son amant, jusqu'à contrôler sa sexualité en recrutant de jeunes vierges. Avec la dernière favorite, plus de petites maîtresses, mais une professionnelle du sexe, la comtesse du Barry : le scandale est total. La monarchie semble à bout de souffle. La jeune dauphine Marie-Antoinette, venue d'Autriche, pourrait-elle lui redonner tout son lustre ? 

    Ces femmes, miroirs d'un roi de France complexe, torturé et versatile, incarnent également les paradoxes de la condition féminine à la Cour, dans un XVIIIe siècle troublant et fascinant. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Aborder le thème des femmes dans la vie de Louis XV, c'est tout un programme : c'est d'ailleurs ce que m'a dit une lectrice en commentaire sur Instagram et je suis entièrement d'accord avec ça ! Comme Henri IV et Louis XIV, il eut beaucoup de liaisons, beaucoup de femmes marquèrent sa vie. Il n'est peut-être pas ce que l'on peut appeler un homme à femmes mais nul doute qu'elles ont compté pour lui et l'ont influencé, toutes à leur manière. Les a-t-il toutes réellement aimées ? Les a-t-ils consommées -le terme est peut-être un peu raide, mais pour certains rois, ce fut absolument le cas ? Était-il un amoureux de la Femme en général comme François Ier ? Ou plutôt un homme sensuel comme son aïeul le Roi-Soleil ? Ce livre de Cécile Berly permet de dégager plusieurs réponses et c'est vraiment intéressant. 
    Louis XV, qui est né en 1710 et devient roi en septembre 1715, à l'âge de cinq ans et demi, a eu un long règne mais on l'oublie souvent, coincé qu'il est entre celui, flamboyant, de son arrière-grand-père, le Roi-Soleil et celui, tragique et ô combien symbolique, de son petit-fils, Louis XVI. De Louis XV, on retient volontiers le négatif, le côté sombre et impénétrable, qui ont fait de lui, un homme timide et réservé de son vivant, un véritable mystère, un énigme de l'Histoire que l'on accuse parfois de tous les maux, à commencer par celui d'avoir entretenu des relations charnelles avec des jeunes filles à peine nubiles et d'avoir pioché, avec Mesdames de Pompadour et du Barry, dans la roture et même, pour la dernière, dans le ruisseau.
    Louis XV est effectivement un personnage assez mystérieux mais pour lequel j'ai, personnellement, beaucoup d'indulgence. Je ne dirais pas qu'il a été un grand roi même si son règne n'a pas été si désastreux qu'on a bien voulu le dire. Pour moi il est surtout un incompris et un homme qui a rejeté instinctivement une fonction pour laquelle il n'était pas fait. Ses yeux très noirs et les demi sourires qu'il arbore sur ses tableaux et ses portraits nous tiennent aussitôt à distance respectueuse mais ne dévoilent rien. On dirait que Louis, en attente de quelque chose, cherche cependant à se protéger au maximum de ce qui l'entoure, en restant silencieux, distant mais devenant ainsi fin observateur - comme beaucoup de gens timides. Pour moi, il est un homme complexe et intelligent, qui mérite d'être réhabilité sans que ses travers ne soient excusés pour autant.
    Alors justement, son amour des femmes et sa sensualité qui s'éveille dans les bras de son épouse plus âgée, la reine Marie Leszczynska, pour s'épanouir ensuite avec les sœurs de Nesle puis les deux grandes favorites de son règne, la marquise de Pompadour et la comtesse du Barry, fait-il partie de ses travers ? Si on se replace dans le contexte de l'époque, pas forcément. Louis XV n'est pas le premier à avoir des favorites installées, comblées de gratifications et dont les enfants -s'il y'en a- sont reconnus par leur royal paternel. La première favorite connue vivait au XVème siècle, c'était celle du roi Charles VII et il s'agissait d'Agnès Sorel. Autant dire que la fonction, si elle n'est pas vieille comme le monde, ne date pas d'hier non plus et même avant Agnès Sorel, les souverains entretinrent des liaisons plus ou moins connues du public et scandaleuses...

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Madame de Châteauroux, Marie-Anne de Nesle, favorite de Louis XV au début des années 1740 (tableau par Jean-Marc Nattier, 1740)


    Mais chez Louis XV apparaissent des nouveautés, des nouveautés condamnables et condamnées et qui marqueront durablement l'image d'un règne que l'on réduit souvent aux seules liaisons du roi. D'abord, Louis XV entretient des relations avec plusieurs des sœurs de Nesle, partageant successivement son lit avec quatre d'entre elles, voire peut-être en même temps. Si les deux premières sœurs, Louise-Julie de Mailly puis Pauline-Félicité de Vintimille sont avant tout des maîtresses -ou un tout petit peu plus-, comme Madame de Lauraguais qui n'a pas marqué les annales, leur cadette, Marie-Anne, titrée duchesse de Châteauroux, saura devenir plus qu'une maîtresse, la première favorite du règne, faisant siennes toutes les prérogatives de la fonction.
    Mais ce qui surprend et choque les contemporains de Louis XV, ce sont les choix qu'il fera ensuite, en choisissant successivement Madame de Pompadour, issue de la bourgeoisie financière parisienne puis Madame du Barry, probablement fille d'un prêtre, recrutée par le duc de Richelieu à la fin des années 1760 et ayant eu un passé plus que léger, pour ne pas dire qu'elle était une prostituée. Quant à la maison du Parc-aux-cerfs qui abritera certaines de ses « petites maîtresses » comme la très jolie Louise O'Murphy, immortalisée en odalisque dénudée par François Boucher, il deviendra très vite dans l'esprit des gens un lupanar où le roi se livre à toutes les débauches, un lieu diabolique et dangereux où peut-être des meurtres même seraient pratiqués, marquant durablement le règne d'une tâche indélébile et mortifère. On a tendance à juger Louis XV au travers des femmes qu'il a aimées et distinguées, en oubliant qu'il a aussi été un souverain, un chef d'Etat qui a régné cinquante-neuf ans sur la France et dont le bilan n'est ni meilleur ni pire que celui d'autres monarques, à commencer par son illustre aïeul, Louis XIV.
    On oublie aussi qu'il n'a pas été qu'un amant mais aussi un père et un mari, plus tard un grand-père également. Et surtout, un fils. Le fils de deux ans d'une duchesse de Bourgogne terrassée en quelques jours, au mois de février 1712, par la rougeole, entraînant dans la mort son mari puis son premier fils, laissant orphelin le petit duc d'Anjou, futur Louis XV. A-t-il eu un manque de cette mère trop tôt partie, un manque inconscient et non formulé qui le pousse alors à rechercher et cultiver la compagnie des femmes ? A-t-il recherché en elles une mère de substitution ? Aujourd'hui, à moins de se livrer à des conclusions psychanalytiques plus que hasardeuses, nous ne pouvons pas le savoir.
    Une chose est sûre, la torture dans laquelle le plonge son comportement, son éloignement de la religion comme s'il avait honte, peuvent nous permettre de penser qu'il était incapable de refréner ses penchants et de brider sa sensualité, comme s'il ne pouvait s'en empêcher tout en étant tiraillé entre ses maîtresses dont il ne peut se passer et l'idée que son comportement, notamment d'un point de vue religieux, est condamnable.
    Décidément, je ne le redirai jamais assez, mais Louis XV est vraiment une énigme qui mériterait qu'on se penche beaucoup plus sur son cas !
    Le livre de Cécile Berly est assez court mais somme toute, plutôt complet et si je n'ai rien appris de nouveau, j'ai pris plaisir à me replonger dans ce XVIIIème siècle français qui me passionne tant.
    Si le livre laisse évidemment la part belle aux diverses maîtresses et liaisons qui ont émaillé la longue vie de Louis XV, il n'oublie pas la reine, Marie Leszczynska, de sept ans son aînée, qui lui donna dix enfants et notamment huit filles. Louis XV fut donc à la tête d'une grande famille et le père de nombreuses filles dont il était plus ou moins proches mais qui, notamment parce qu'elles restèrent célibataires -une seule se maria, l'aînée, Elisabeth, qui devint duchesse de Parme- restèrent donc à Versailles, ont influencé et tenté d'orienter la vie de leur père.
    Cécile Berly conclut ce portrait de femmes avec celui de la jeune Dauphine Marie-Antoinette, arrivée à la Cour en mai 1770 et qui remplit les dernières années du roi vieillissant.
    J'ai été un peu surprise qu'un chapitre n'ait pas été octroyé à Madame de Ventadour, la gouvernante du petit Louis, qui fut la première figure féminine d'une vie qui, par la suite, n'en manqua pas. Elle est citée mais j'aurais aimé qu'elle ait une place à part entière dans ce livre.
    Autrement, j'ai apprécié de le lire, je m'y suis plongée avec intérêt, regrettant un peu qu'il soit court : j'en aurais bien lu un petit peu plus, j'avoue !
    Cela dit, c'est une bonne introduction et si vous ne connaissez pas bien l'époque tout en étant intéressé et sans savoir par quoi commencer, je pourrais vous conseiller de commencer avec le livre de Cecile Berly plutôt qu'avec le gros pavé de Simone Bertière, La Reine et la Favorite, qui est passionnant mais beaucoup plus conséquent.
    Cécile Berly nous livre ici une synthèse assez complète malgré tout et très captivante parce qu'elle saisit en peu de pages toutes les complexités et les paradoxes d'un règne trop souvent dénigré. Elle est historienne de formation et spécialiste du XVIIIème siècle, donc on peut y aller les yeux fermés en étant sûr de trouver un contenu de qualité !
    Sans surprise, j'ai grandement apprécié cette lecture. Ce que je lisais était loin de m'être inconnu mais c'était comme si je redécouvrais cette époque que j'aime tant et dont je ne me lasserai jamais.
    Je ressors de cette lecture avec une amitié renforcée pour Louis XV qui a fait des erreurs mais ne méritait pas d'être jugé aussi durement qu'il l'a été. Madame de Pompadour est décidément toujours aussi digne d'intérêt et d'admiration d'une certaine manière, même si on peut penser un peu cyniquement qu'elle a payé de sa santé et de sa vie une ambition démesurée. Madame du Barry était peut-être une prostituée de modeste extraction, elle n'était pas la créature vulgaire que certains se sont plu à décrire mais elle a adouci dans le particulier les dernières années d'un homme mélancolique et triste de nature.
    Quant à la reine Marie Leszczynska, difficile de la considérer autrement que comme l'une des plus vertueuses reines que la France a connues.
    Bref cette évocation du XVIIIème siècle sous la plume d'une spécialiste passionnée ne peut être qu' intéressante et on passe effectivement un agréable moment !

    Louise O'Murphy, dite « la petite Morphise », maîtresse du Parc-aux-Cerfs (tableau de François Boucher, qui la représente en odalisque, 1751)

    En Bref :

    Les + : une synthèse intéressante, des portraits travaillés, le propos est clair et précis. On en redemande. 
    Les - :
    que le livre ait été si court, donc, au final, ce n'est pas vraiment un bémol !


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