• « N'est-ce pas de la folie ? Je me nourris de ce qui me détruit. »

    Le Ciel de la Chapelle Sixtine ; Leon Morell

     

    Publié en 2012 en Allemagne ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Der Sixtinische Himmel

    Editions Pocket

    609 pages

    Résumé : 

    Au printemps 1508, le jeune Aurelio quitte la ferme de ses parents pour la plus belle et décadente ville du monde : Rome. Depuis qu'il est enfant, il n'a qu'un rêve, devenir sculpteur et travailler avec il gigante, le génie, Michel-Ange. Mais l'artiste a dû abandonner son art, contraint par le puissant pape Jules II à se consacrer à un autre projet, peindre le plafond de la chapelle Sixtine. Engagé comme modèle et apprenti, Aurelio assistera aux tourments quotidiens du maestro, aux terribles luttes de pouvoir qui agitent Rome et à la création du plus grand chef-d'oeuvre de la Renaissance. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1508, après la mort de ses parents, Aurelio quitte sa ville natale de Forli pour Rome. Son rêve est de devenir élève de Michel-Ange, sculpteur renommé à qui le pape Jules II vient pourtant de confier une tâche bien différente : celle de peindre le plafond de la chapelle Sixtine.
    On connaît tous cette oeuvre extraordinaire qui orne le plafond de la fameuse chapelle, à commencer par La Création d'Adam, où ce dernier tend la main vers Dieu. Mais le ciel de la Sixtine, ce n'est pas que ça : ainsi, Michel-Ange a fait s'y côtoyer plusieurs centaines de personnages, tous issus de la Bible ou de la mythologie mais représentés de manière particulièrement novatrice par celui qui, on l'oublie trop souvent, n'était pas peintre mais sculpteur.
    Auprès de lui et de ses compagnons, qui forment la bottega -l'atelier- de Michel-Ange, Aurelio, paysan modeste mais d'une grande beauté, qui sera employé comme apprenti mais aussi comme modèle, va apprendre l'art difficile de la fresque, la complexité de l'art en général et les contraintes du travail commandé, surtout quand il l'est par un mécène aussi exigeant que le pape Jules II. Aurelio va s'attacher à son maître, connu pourtant pour son caractère difficile pour ne pas dire irascible et va, dans son sillage, exercer son œil et sa main comme sa sensibilité, apprendre à analyser une oeuvre et à saisir tout ce qui peut échapper aux non-initiés.
    On découvre en même temps que lui le travail d'un atelier italien en ce début de Renaissance. L'émulation est sans pareille, la Ville éternelle est pleine d'artistes qui tentent de se concurrencer à coup d’œuvres ou techniques inédites et tentent d'en mettre plein la vue à leurs commanditaires. Ainsi, sur le chantier de Saint-Pierre alors en construction, Michel-Ange se trouve en compétition avec l'architecte Bramante et le talentueux Raphaël, à qui le pape Jules a demandé de décorer ses appartements, tandis que le sculpteur florentin est dépouillé de ses compétences premières pour devenir fresquiste, technique qu'il ne maîtrise pas et pour cause : travailler le marbre ou le bronze n'a rien à voir avec le travail a fresco, sur un plâtre humide et où la dextérité du peintre le dispute à la rapidité d'exécution. 
    On découvre le pénible travail des peintres, suspendus à plusieurs mètres au-dessus du sol, en équilibre sur des échafaudages de bois fixés dans les murs, la nuque pliée pendant des heures dans une position qui occasionne fatigue et maux de tête. Selon la période de l'année, s'il fait trop chaud ou trop froid, le plâtre ne prendra pas de la même façon, parfois même, on ne pourra pas le travailler... Les pigments risquent de se figer ou de se liquéfier, le plâtre peut moisir s'il fait trop humide... Quant aux repentirs et erreurs, ils sont inenvisageables : ils sont fixés pour toujours dans le plâtre et, à moins de détruire son travail, ils deviennent indélébiles.
    Le travail à la chapelle Sixtine a duré plusieurs années et le pape Jules, son commanditaire, a même failli ne jamais voir le chantier terminé. Mais on se rend compte en lisant ce roman du travail colossal effectué par ces peintres, avec tellement peu de moyens !

    L'ensemble de la voûte de la Sixtine, présenté comme « une réalisation artistique sans précédent » par Gabriele Bartz et Eberhard König dans Michelangelo (1998)


    Comme Michel-Ange et ses peintres, Leon Morell a mis plusieurs années avant d'arriver à bout de ce roman très riche, où se mêlent l'Histoire, les arts et aussi, une bonne dose d'imagination - Aurelio, par exemple et d'autres personnages encore, que l'on croise dans le récit, n'ont jamais existé.
    On comprend cependant pourquoi l'auteur a mis tant de temps avant d'arriver à bout de ce roman : parler d'art ne s'invente pas et lorsqu'on n'est pas du sérail, s'informer, se renseigner sur les différentes techniques, les décrire, amener le lecteur au plus près des peintres et leur faire partager le quotidien des artistes demande énormément de travail préparatoire. Cela dit, ce n'est pas barbant, au contraire et si l'on échappe pas aux termes techniques à de nombreuses descriptions, Leon Morell a su les intégrer à un récit humain où, au-delà de l'artiste torturé au mauvais caractère, on découvre chez Michel-Ange un homme en proie à ses démons, un artiste de grand génie, capable de réaliser une fresque à la qualité inestimable, considérée aujourd'hui comme un véritable trésor, sans être peintre de formation. On découvre un véritable génie et ce qui m'a finalement autant plu dans ce roman, c'est que Leon Morell, sans pédanterie, nous pousse, dans les pas d'Aurelio, à exercer notre œil et ajuster notre regard : il nous apprend tout simplement à appréhender l'art de Michel-Ange dans sa globalité, son étrangeté et toute sa subtilité, à dépasser le beau qui, après tout, est une notion bien subjective, pour découvrir derrière toute la grandeur d'une oeuvre qui a dépassé les siècles et suscite encore aujourd'hui l'admiration chez les milliers de pèlerins et visiteurs qui entrent chaque années dans le Sixtine.
    Si vous me suivez, vous savez que si j'aime énormément l'Histoire, j'ai aussi une passion pour l'Art. Je crois d'ailleurs que les deux vont de pair et que comprendre et connaître l'Histoire d'une époque passe aussi par l'étude de ses artistes et de son art. Et s'il y'a bien une époque qui en est riche, c'est la Renaissance italienne. Le XVIème siècle nous a laissé de grands artistes et de grandes œuvres : on peut penser à Michel-Ange évidemment mais aussi à Léonard de Vinci, Le Caravage, Le Tintoret, Titien, Raphaël, bien sûr et j'en passe. Personnellement, si la technique m'intéresse mais de manière assez limitée, j'aime les romans qui laissent une plus grande place à l'humain. Découvrir ces grands noms que l'on connaît surtout à travers une oeuvre majeure ou plusieurs, mais dont on délaisse souvent l'aspect plus intime, c'est dévoiler ce qu'ils étaient de leur vivant, ce qui a pu bien évidemment influencer leur manière de travailler, leur manière de traiter tel ou tel sujet.
    Le Ciel de la Chapelle Sixtine nous confirme que Michel-Ange était bien un génie mais aussi un homme en proie à des passions contradictoires, se débattant et luttant contre une sexualité refoulée, un homme qui doutait de lui et qui, s'il n'hésitait pas à se montrer provocant, n'était pas entièrement sûr de ses capacités. La Sixtine, dans ce roman, c'est un véritable travail dans le sens d'accouchement, la naissance d'une oeuvre qui ne se fait pas sans douleur et doit se transmettre du cerveau du maître à ses doigts et à ceux de ses compagnons ce qui est, on s'en doute, d'une difficulté hors norme.
    Enfin, ce que j'ai vivement ressenti dans ce roman, c'est l'amour : l'amour d'Aurelio pour l'art, un amour que son maître éveille et stimule, l'amour de celui-ci pour ses œuvres et son dévouement extrême à leur égard comme si elles étaient ses enfants, enfin, l'amour charnel, l'amour des hommes pour les femmes, des femmes pour les hommes ou des hommes pour d'autres hommes. Ce roman est porté par beaucoup de sentiments et d'émotions et si l'art en occupe la place centrale, Leon Morell fait toutefois une part belle à l'humain derrière les pinceaux et les pigments.
    J'ai trouvé ce roman extraordinaire. Il est plutôt dense mais je n'ai ressenti aucune lassitude. Je me suis perdue dedans et j'ai, au cours de ma lecture, plusieurs fois admiré cette couverture emblématique, qui reprend un détail de La Création d'Adam, ce fameux doigt tendu du premier homme vers son Créateur en ayant l'impression de la comprendre enfin, de la saisir dans toute son entièreté. J'en suis ressortie plus que satisfaite, avec l'impression de mieux connaître Michel-Ange et son oeuvre, de l'avoir vu, peut-être pour la première fois, dans son ensemble, peut-être comme Aurelio aurait pu le voir s'il avait existé. On entre dans l'intimité de cet homme et on s'attache à lui immanquablement, comme on s'attache d'ailleurs au jeune Aurelio, au passé pas évident comme c'est souvent le cas à l'époque -une famille dispersée, des parents morts jeunes, la pauvreté, les ravages de la guerre- s'éveille et s'éduque et devient riche non pas d'argent mais d'une connaissance qu'on ne lui enlèvera jamais ce qui est bien plus inestimable, au final, car si on peut perdre une richesse pécuniaire, on ne perdra jamais une richesse culturelle et intellectuelle. Sous nos yeux, Aurelio grandit et, sous l'influence de son maître, pour lequel il a un dévouement sans borne, devient à son tour un artiste accompli.
    Je me suis sentie investie dans ce roman jusqu'à ses dernières pages. Cette Rome pleine de violence et de religiosité m'a passionnée et j'ai passé un excellent moment de lecture, non seulement pour le récit mais aussi pour la plume de l'auteur, entièrement au service de ce qu'elle raconte.
    Si vous aimez les romans historiques et l'Histoire des Arts, je vous recommande chaudement ce roman. Cette plongée au coeur même de la bottega de l'un des plus grands artistes toutes époques confondues ne manquera pas, je pense, de vous séduire et de vous enthousiasme

    En Bref :

    Les + : roman dense et riche, Le Ciel de la Chapelle Sixtine est une superbe évocation de l'oeuvre de Michel-Ange et de sa grandiose réalisation à la Sixtine. Leon Morell a su saisir toute la complexité d'un homme mystérieux et de son oeuvre, finalement pas si connue que cela quand on prend le temps de lire entre les lignes. 
    Les - : il n'y a à redire, c'est juste passionnant ! 


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  • « Elle se redresse, toise ces hommes durant quelques secondes, savourant cette petite victoire sur la vie. Elle a triomphé des hommes. Elle peut enfin mourir par amour pour sa Reine. »

    Monsieur mon Amour ; Alexandra de Broca

     

    Publié en 2014

    Editions Albin Michel 

    233 pages 

     

    Résumé : 

    Princesse vertueuse totalement dévouée à Marie-Antoinette ou conspiratrice séductrice aux moeurs dépravées ? Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, fut en son temps l'objet des plus folles rumeurs. 

    Au fil d'une bouleversante correspondance imaginaire, Alexandra de Broca, l'auteur de La Princesse effacée, se glisse dans la peau de cette jeune aristocrate turinoise, veuve à dix-neuf ans du descendant d'un bâtard de Louis XIV, qui lui aura fait subir les pires affronts. Comme tant d'autres victimes expiatoires du régime de la Terreur, cette femme fragile, attachée à la famille royale au point de reprendre ses fonctions après la fuite du roi, connaîtra une fin atroce. 

    Du fond de la geôle parisienne où elle attend son jugement, Marie-Thérèse écrit chaque jour à Philippe d'Orléans, député et proche de Robespierre. Comme la vertu s'adresse au vice, elle commence ses lettres par « Monsieur mon Amour »...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1792, Marie-Thérèse de Lamballe est séparée de la famille royale emprisonnée au Temple et incarcérée à la prison de la Force. Elle commence alors à rédiger des lettres à l'attention de celui qui est son beau-frère et qui s'est rallié à la Révolution : le duc d'Orléans, cousin du roi et premier prince du sang, dont elle est secrètement amoureuse et qu'elle appelle dans ses lettres « monsieur mon Amour ». Alors qu'elle craint pour sa vie et que la capitale s'échauffe, dans la moiteur d'un été qui n'en finit pas, Marie-Thérèse entreprend de se raconter à celui qu'elle aime et qui, elle l'espère, parviendra à la faire libérer. De son mariage raté avec un descendant de Louis XIV et débauché notoire, le prince de Lamballe à son amitié indéfectible pour la reine Marie-Antoinette qui l'a pourtant bien mal récompensée, la pudique princesse se livre et se dévoile, n'hésitant pas à avouer son amour à Philippe d'Orléans et à confesser des épreuves qu'elle avait tues jusqu'ici...
    Si le roman d'Alexandra de Broca se base sur un fait avéré, la détention de la princesse de Lamballe à la fin du mois d'août 1792, l'auteure brode autour de ça et construit un récit totalement fictif : selon ce que l'on sait, Marie-Thérèse de Lamballe n'a pas entrepris de correspondance avec Philippe d'Orléans depuis sa geôle de La Force. Enfermée du 19 août au 4 septembre, elle sera jugée sommairement puis livrée à la vindicte de la foule qui la lynche puis promènera sa tête sur une pique jusqu'au Temple.
    J'avoue que, si l'idée d'une correspondance fictive mais basée sur des faits avérés ne m'a pas déplu au départ, je n'ai finalement pas été plus convaincue que ça. Peut-être un journal intime aurait-il mieux convenu... j'ai trouvé que les lettres avaient quelque chose d'un peu artificiel. Pourtant le récit que fait la princesse aux portes de la mort -elle ne peut s'empêcher d'espérer mais sait au fond d'elle qu'il y'a peu de chances que les révolutionnaires la laissent en vie- est touchant. Cette femme de quarante-trois ans, encore jeune, veuve depuis vingt ans d'un homme qu'elle n'a jamais aimé, confesse son amour à la seule personne qui ait fait battre son cœur et se raconte une dernière fois, cherchant de quoi elle est coupable et ce qui justifie le traitement dont elle a à souffrir derrière les murs de sa prison. Comme Marie-Antoinette qui dira, lors de son procès qu'elle a commis des erreurs mais non des crimes, on cherche ce que cette femme, princesse certes, mais vertueuse et bonne, a pu commettre comme crimes pour être jetée en prison puis massacrée par la folie collective de la foule. En fait, Marie-Thérèse paye sa fidélité au couple royal et notamment à la reine détestée, dont elle a été la confidente et même la Surintendante de sa maison avant d'être supplantée par madame de Polignac. Elle sera lynchée par les Parisiens qui voient en elle tout ce qu'ils haïssent de cette cour de Versailles désormais renversée, ils voient en elle l'amante d'une reine saphique à qui les pamphlets et libelles prêtent tous les méfaits. Mais ce qui est grand et digne chez cette femme, c'est le sacrifice qu'elle fera, en conscience, de sa vie : rien n'était écrit et elle avait fui. Elle est revenue. De l'inconscience folle ? En un sens oui mais surtout c'est la traduction de son amour et de sa loyauté indéfectible pour la reine et pour sa famille.

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, vers 1776


    Dans ce livre, on découvre aussi que Marie-Thérèse de Lamballe est une femme ambivalente et pas aussi lisse qu'on a bien voulu le dire. Discrète certes mais pas sotte, elle a des convictions mais semble en même temps être un personnage paradoxal, à l'image de son siècle : si certains de ses propos sont carrément féministes, si l'égalité entre les êtres va de soi pour elle, elle n'en est pas moins attachée à des principes religieux et traditionnels comme la monarchie de droit divin. Pour elle, il est inconcevable que le roi soit démis au profit d'une République... Elle fut intronisée en 1781 dans une loge féminine franc-maçonne tout en conservant une piété fervente.
    Marie-Thérèse de Lamballe est peu connue au final. On sait qu'elle est l'amie de cœur de la reine, une amie de cœur dévouée qui sera méchamment remplacée par une femme plus amusante mais qui n'hésitera pas à abandonner Marie-Antoinette dans la tourmente alors que la fidèle princesse de Lamballe sera là, jusqu'au bout, prête à tout pour sa reine, prête à endurer la prison, la peur, un jugement inique, la mort.
    Je crois que j'aurais pu la trouver encore plus attachante si je l'avais découverte autrement que par le biais de cette correspondance que j'ai trouvée un peu affectée... Marie-Thérèse de Lamballe, par les épreuves traversées, force de toute façon l'admiration. Victime à dix-huit ans d'un mariage arrangé qui ne lui donnera même pas d'enfants, moquée à la Cour par le clan des Polignac puis haïe par la Révolution, la vie de cette femme n'a pas toujours été rose. Parce que son rang la prédestinait à faire partie de la Cour, parce que son cœur l'a rapprochée d'une reine, méritait-elle cependant de mourir pour ça et de mourir comme ça ?
    Monsieur mon amour est un roman court qui se concentre sur la quinzaine de jours de détention de Marie-Thérèse et les lettres qu'elle écrit chaque jour au duc d'Orléans. Mais en même temps, parce qu'elle lui livre ses souvenirs, on la découvre à son arrivée en France, elle nous explique ses choix, elle se montre telle qu'elle est vraiment et non pas comme les courtisans la voient... Si le roman a peiné à me convaincre par sa forme, j'ai malgré tout vraiment apprécié cette lecture, la découverte intime de cette femme dont on parle peu, qui reste, dans l'Histoire, aussi discrète qu'elle l'était de son vivant.
    Je sais que certains lecteurs d'Alexandra de Broca lui reprochent des textes antirévolutionnaires (ce qui, d'ailleurs, n'a pas beaucoup de sens aujourd'hui, mais bon) : certes, mais de part les personnages qu'elle met en scène dans ses romans, elle ne peut faire autrement. Ne vous arrêtez pas à cela si je peux vous donner un conseil : La Princesse Effacée est un roman bouleversant et poignant.
    Je ne doute pas que Monsieur mon Amour plaise, lui aussi... Peut-être ne serez-vous pas gêné comme j'ai pu l'être par son aspect épistolaire. Quoi qu'il en soit, si vous aimez les romans historiques, ce livre vous plaira sans nul doute ! Le mérite d'Alexandra de Broca est d'avoir écrit un roman très personnel et d'avoir redonné une voix à un personnage oublié.

    La mort de la princesse de Lamballe par Maxime Faivre, 1908 (musée de la Révolution française de Vizille)

    En Bref :

    Les + : la confession de cette femme qui n'a plus rien à perdre et attend la mort est touchante et sans fard. Alexandra de Broca redonne une voix à ce personnage que l'on oublie trop souvent dans les limbes de l'Histoire.
    Les - :
    l'aspect épistolaire a peiné à me convaincre...


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  • « La lumière du jour chassa de l'esprit d'Emilie les vapeurs de la superstition, mais non pas celles de la crainte. »

    Les Mystères d'Udolpho ; Ann Radcliffe

    Publié en 2012

    Date de publication originale : 1794

    Titre original : The Mysteries of Udolpho 

    Editions Archipoche 

    617 pages 

    Résumé : 

    A la mort de son père, la jeune et innocente Emilie de Saint-Aubert, désormais orpheline, tombe sous la coupe de sa tante. Le mari de celle-ci, le suspect et brutal Montoni, les envoie toutes deux à Udolpho, une citadelle à demi délabrée, perchée sur un piton des Apennins. Loin de son cher Valancourt, Emilie s'y retrouve emprisonnée...et témoin de phénomènes terrifiants.  

    Dédale de couloirs et d'oubliettes, pièges et salles de torture, apparitions et tableaux maudits : ce château est un théâtre d'horreurs, plein de fantômes et de rumeurs. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1584, la jeune Emilie Saint-Aubert est confiée à sa tante, après la mort de son père. Celle-ci se remarie rapidement avec un Italien du nom de Montoni, qui emmène la tante et la nièce dans son pays, d'abord à Venise puis dans son château d'Udolpho, perdu dans les Appenins. La demeure, inhabitée depuis longtemps, est un grand château plein de courants d'air, de murmures et d'histoires plus effrayantes les unes que les autres. Incertaine de son sort, prisonnière de cette demeure sinistre et à moitié en ruines, Emilie va découvrir à ses dépens les secrets de cette antique demeure et connaître des frayeurs auxquelles elle n'aurait jamais songé.
    Ce roman, publié à la fin du XVIIIème siècle, 1794 si mes souvenirs sont bons, est connu pour être l'un des premiers romans gothiques, un roman qui va hisser Ann Radcliffe au rang de reine de ce genre littéraire. Pour moi, Les Mystères d'Udolpho navigue dans une zone ténue et floue entre gothique anglais et romantisme, même si ce mouvement ne se développera véritablement que quelques décennies plus tard. Quoi qu'il en soit, j'étais très curieuse de découvrir ce roman qui met mal à l'aise dès la couverture, avec ce détail assez effrayant du tableau Le Cauchemar, de Füssli. J'avais envisagé de lire ce roman fin octobre, pour Halloween parce que je me disais qu'il se prêtait bien à cette période de l'année et je redoutais autant que je les attendais ces fameuses scènes qui font peur et qui, pour moi, sont assez consubstantielles au roman gothique.
    Au final, et pourtant je ne fais pas partie des gens qui aiment se faire peur (je ne lirais jamais Stephen King et le simple fait de songer à un film d'horreur me fait partir en courant), je dois bien avouer que ce roman ne m'a absolument pas fait angoisser. Oui, ça l'est parfois et certaines scènes peuvent mettre mal à l'aise, on sent le cœur qui palpite un peu mais je m'attendais assez naïvement à une ambiance à la Dracula, sinistre, sombre et poisseuse, qui file vraiment les pétoches. Pour moi, Les Mystères d'Udolpho est surtout un roman romantique dans sa forme et m'a évoqué les tableaux de Friedrich, les grandes œuvres romantiques du XIXème siècle, lord Byron, Walter Scott : l'héroïne jeune et confrontée aux difficultés de la vie, le grand château quasi ruiné (ce n'est pas pour rien que l'on parle de ruine romantique, par exemple), l'ambiance grandiose, l'histoire d'amour en toile de fond. En ce cas, La Fiancée de Lammermoor pourrait très bien être un roman gothique, parce que j'ai trouvé beaucoup de similitudes entre le roman de Radcliffe et celui de Scott.
    Maintenant, le plus important est de savoir si j'ai aimé ou pas. Eh bien, je suis contente d'avoir lu un roman gothique et d'avoir découvert ce genre littéraire que je connaissais surtout travesti à travers le roman Northanger Abbey, de Jane Austen, qui est un pastiche affiché des Mystères d'Udolpho, justement. Malgré cela, mon ressenti n'est pas évident et je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce roman. Déjà, c'est extrêmement long et je me suis sentie lassée par pas mal de passages. Alors oui, c'est un classique et souvent, qui dit classique dit longueurs, je le sais et je suis toute prête à l'accepter mais quand c'est Zola, Dumas ou Hugo, je signe tout de suite (et encore, pas toujours). Mais là, j'ai trouvé que c'était parfois superflu, de l'écriture pour de l'écriture et ça n'apporte pas forcément quelque de chose de plus au récit. Le début m'a beaucoup plu même s'il ne s'y passe pas grand chose et j'ai vraiment aimé découvrir la vie d'Emilie dans cette Gascogne où elle est si heureuse, fantasmée par l'esprit d'une auteure originaire des brumes britanniques et qui nous décrit une petite Sicile ou une petite Andalousie perdue entre Méditerranée et Garonne, avec des oliviers, des agrumes et des amandiers dont je doute vraiment de la véracité. Si la vraisemblance n'est pas au rendez-vous, j'ai retrouvé cette fantaisie dans la description, cette imagination prolixe et assumée des livres anciens. Et puis, paradoxalement, les moments où cela devrait devenir intéressant, où l'on devrait frémir en même temps qu'Emilie, derrière les murs inhospitaliers d'Udolpho m'ont, peut-être pas laissée de marbre, parce que j'avoue avoir eu un peu peur de temps en temps, mais je n'ai pas forcément été autant effrayée que je l'attendais. L'ambiance n'est pas aussi sombre que je le croyais au départ et au final, je me suis dit : oui, d'accord... bof.
    Peut-être que je n'ai rien compris au roman et que je suis passée à côté. Peut-être que le roman gothique n'a pas pour seul but d'effrayer le lecteur. Peut-être Ann Radcliffe a-t-elle voulu faire passer un message, dans ce roman, que je n'ai pas vu. En fait, je n'en sais rien et étant novice, je n'ai pas d'éléments de comparaison.
    Je ne dirais pas que je n'ai pas aimé parce que ce n'est pas vrai mais je n'ai pas été aussi emballée que je l'espérais, que je le croyais en démarrant cette lecture. Ce livre me rendait extrêmement curieuse et je m'en faisais tout un monde. Au final, il n'a pas été à la hauteur de mes attentes et c'est surtout cela qui me déçoit, je crois. A part ça, c'est très bien écrit et j'ai apprécié de retrouver ce style suranné et que j'aime tant des romans classiques : parfois, c'est un peu ardu à lire mais tellement agréable. Il n'y a pas à dire mais autrefois, on savait manier et magnifier les mots, vraiment.
    Si vous n'avez pas lu ce roman, je ne peux pas vous le déconseiller. Soyez curieux comme j'ai pu l'être et lisez-le mais ne le faites pas si vous vous attendez à des sensations fortes. Dans le même genre, un bon thriller contemporain fera toute aussi bien l'affaire. Et surtout, armez vous de courage parce que vous ne manquerez pas, j'imagine, de ressentir aussi les longueurs. Pour autant, il est intéressant de lire le roman dans sa globalité, de le découvrir entièrement notamment parce que le roman gothique, au contraire du roman fantastique, a un petit aspect cartésien qui peut rassurer les plus rationnels d'entre nous et finalement apaiser nos craintes instinctives les plus enfouies.

    En Bref :

    Les + : j'ai beaucoup aimé le style de l'auteure, délicieusement ancien, si maîtrisé comme savaient le faire les auteurs classiques. J'ai aussi apprécié le début du roman...
    Les - : mais beaucoup trop de longueurs et un résumé légèrement racoleur et qui ne reflète en rien le contenu du roman m'ont un peu déçue. Je m'attendais à frissonner avec ce roman et il n'en a rien été. Dommage.


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  • « Plus un détail apparaît outré plus il mérite de retenir l'attention ! Le détail qui semble compliquer un cas devient, pour peu qu'il soit considéré et manié scientifiquement, celui qui permet au contraire de l'élucider le plus complètement. »

    Le Chien des Baskerville suivi de La Vallée de la Peur ; Arthur Conan Doyle

     

    Publié en 2019

    Date de publication originale : 1902 (Le Chien des Baskerville) ; 1915 (La Vallée de la Peur)

    Titre original : The Hound of the Baskervilles ; The Valley of Fear

    Editions Archipoche

    Résumé : 

    Le clan Baskerville est-il hanté par une bête aux yeux flamboyants et aux crocs acérés, qui erre sur les landes du domaine familial et semble en vouloir à son nouveau propriétaire, le jeune Henry ? 
    Invité à résoudre ce sombre mystère, Sherlock Holmes mène ici son enquête la plus fameuse. Treize ans plus tard, dans La Vallée de la Peur (1915), le voilà confronté à un être tout aussi maléfique : son ennemi juré, le professeur Moriarty ! 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Je suis une lectrice assez assidue et toujours curieuse de découvrir des classiques mais j'avoue que, jusqu'ici, si je connaissais comme tout le monde Sherlock Holmes, le fameux détective, je n'avais lu aucune de ses enquêtes. Grâce aux éditions de l'Archipel, j'ai pu recevoir certains volumes de leur intégrale collector, publiée en début d'année et je me suis rendu compte que Sherlock Holmes, en son temps, fut un véritable phénomène, les fans attendant avec fébrilité une nouvelle enquête. Visiblement, Sherlock Holmes fut pour son auteur un personnage dont il fut particulièrement difficile de se défaire, d'où l'écriture, au début du XXème siècle, de plusieurs nouvelles enquêtes, dont Le Chien de Baskerville, raconté par le docteur Watson. Chronologiquement, cette enquête est censée se situer, bien sûr, avant la mort de Holmes mais elle est racontée après, comme si le docteur Watson, se souvenant de son accolyte défunt, fait le récit d'une enquête inédite.
    On connaît tous, au moins dans les grandes lignes, l'histoire du chien des Baskerville : un chien effrayant, les landes sinistres du Dartmoor, la brume, une famille qui semble maudite et poursuivie par un fantôme... J'avais vu l'adaptation, assez réussie et plutôt angoissante. Si l'enquête, en elle-même, n'est pas forcément très compliquée, si certaines conclusions viennent spontanément à l'esprit du lecteur, ce que j'ai aimé dans cette intrigue, c'est son ambiance. Frissons garantis ! L'auteur navigue dans la frontière ténue entre rationnel et irrationnel et se pose en tenant de la vraisemblance contre le paranormal, bien décidé à prouver que ce chien qui terrifie la région et semble poursuivre de sa vindicte la famille Baskerville, dont plusieurs membres sont morts mystérieusement depuis le XVIIème siècle, n'est qu'un être de chair et de sang et donc vulnérable. Certains passages font froid dans le dos, c'est vrai, surtout que cette région assez inhospitalière du Dartmoor, faite de landes et de marécages, relativement isolée et peu habitée se prête à une intrigue comme celle-ci. Et quand la brume s'en mêle, on se surprend à lire, captivé, tout en guettant tous les bruits autour de nous ! Donc, c'est pour moi diablement efficace.
    Pour ce qui est de La Vallée de la Peur, qui fait suite au Chien des Baskerville, finalement une enquête assez courte -peut-être parce que c'est assez captivant-, on revient dans quelque chose de plus traditionnel, une enquête policière certes complexe mais qui n'est pas du tout marquée par le paranormal. Ici, point de chien fantôme ni de vieilles superstitions mais un homme assassiné chez lui et dont le passé semble aussi mystérieux que celui de la personne qui s'en est prise à lui. Que se passe-t-il d'étrange au manoir de Birlstone, où Holmes et Watson se rendent pour seconder la police locale dépassée par la situation ? Qu'a fait le propriétaire, Mr. Douglas, en Amérique, où il vivait avant de revenir en Angleterre ? Quelle est cette vallée de la peur dont il parle souvent mais sans s'expliquer sur le sens de ces mots ? Et lui, qui est-il exactement ?
    J'avoue avoir eu moins d'intérêt pour cette intrigue là mais je l'ai trouvée diablement bien menée et pleine de rebondissements. Holmes a décidément un esprit logique imparable qui, s'il ne cesse d'ébahir Watson, nous scotche nous aussi, les lecteurs. Sa capacité de déduction est hors du commun et j'ai vraiment beaucoup aimé suivre le fil de ses réflexions qui l'emmènent finalement à trouver un dénouement extraordinaire et auquel personne n'avait songé jusqu'ici. Au final bon psychologue et observateur de la nature humaine, Holmes ne se fait aucune illusion sur elle et parvient ainsi à déjouer toutes les intrigues, en convoquant les mécanismes de la pensée qui, somme toute, sont les mêmes pour tout le monde.
    J'ai apprécié cette lecture pour beaucoup de raisons et en premier lieu parce que je n'avais jusqu'ici jamais lu une seule enquête de Sherlock Holmes alors qu'il reste un personnage incontournable et qui a inspiré de nombreux auteurs, notamment Jean d'Aillon que je lis depuis plusieurs années et qui ne se cache pas de l'apport des oeuvres de Dumas et Conan Doyle à son propre univers.
    Au départ, c'est vrai que c'est une lecture qui me faisait un peu peur, j'avais peur que ce ne soit pas pour moi, même si j'aime les romans policiers. Au final, ça n'a pas été le cas et ce, pour mon plus grand plaisir. Maintenant, mon objectif c'est de découvrir petit à petit cet univers qui a eu tant de succès et continue à séduire des millions de lecteurs à travers le monde

    En Bref : 

    Les + : l'univers et l'ambiance ont correspondu exactement à ce que j'attendais. J'ai passé un très bon moment et je me suis passionnée pour ces deux enquêtes ! Sherlock Holmes est décidément un détective hors pair ! 
    Les - :
    peut-être quelques longueurs dans la deuxième enquête, mais rien de grave.

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de novembre, « Sherlock », 11/12

     


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  • « Ainsi la guerre des rois sera-t-elle un incroyable règlement de comptes familial à l'échelle d'un continent ; elle s'exportera même très loin, au-delà des océans et des mers, dans la logique de la colonisation. »

    Le Sceptre et le Sang : Rois et Reines dans la tourmente des deux Guerres Mondiales ; Jean des Cars

     

    Publié en 2014

    Editions Perrin 

    475 pages 

    Résumé : 

    A l'été 1914, l'Europe est très majoritairement monarchique : sur vingt-deux Etats, dix-neuf sont des royaumes, des empires, des principautés ou des grands-duchés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que dix sur vingt-huit. Les deux guerres mondiales provoquent l'écroulement de quatre empires pour la première (Allemagne, Russie, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) et de quatre royaumes (Italie, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie) pour la seconde. 
    Ces souverains, qui étaient-ils ? Et les femmes qui partageaient leur existence, qui étaient-elles ? De l'ambition à l'aveuglement, du courage à la faiblesse, de la jalousie à l'abnégation, quels furent leurs triomphes et leurs échecs ? Comment vécurent-ils leur gloire, leurs épreuves et la montée des extrêmes de l'entre-deux-guerres marquée par l'avènement des totalitarismes ? Étaient-ils conscients des conséquences de leurs actes ? Ou furent-ils incapables d'arrêter l'engrenage des nationalismes ? Quelles furent leurs vies personnelles, leurs amours et leurs passions secrètes ? 
    Circonstance exceptionnelle : ces monarques, qui vont s'unir, se combattre et parfois se trahir, sont presque tous parents, liées par le sang et leurs mariages respectifs. Ainsi la guerre des rois sera-t-elle un incroyable règlement de comptes familial à l'échelle d'un continent puis du monde. 
    Avec le talent qui le caractérise, Jean des Cars raconte un demi-siècle de drames humains (l'errance des Habsbourg), de crimes (l'assassinat des Romanov), de guerres, de défaites, de créations et de disparitions d'Etats. Un demi-siècle où la peur côtoie la grandeur et la barbarie la geste héroïque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Les deux conflits mondiaux furent de véritables déflagrations pour l'Europe entière et leur traumatisme est encore présent aujourd'hui dans les mémoires : il n'y a qu'à voir les commémorations, les monuments aux morts, la tombe du soldat inconnu, dont la flamme ne s'éteint jamais, les croix qui, en France, jalonnent les routes et nous rappellent qu'ici, des Résistants ont trouvé la mort. À mesure que l'on avance dans le temps, bien sûr les témoins directs disparaissent mais il est important de garder en mémoire ces événements tragiques et de transmettre leur souvenir aux générations suivantes.
    On a beaucoup écrit sur la première comme sur la deuxième guerre mondiale... Mais je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé un livre essentiellement orienté sur ces guerres vues par les monarchies européennes... Du coup, cette approche inédite m'a séduite et intéressée immédiatement.
    On l'oublie souvent mais en 1914, à l'aube de la Grande Guerre, les républiques font office d'exception en Europe : il n'y en a que trois, le Portugal, la Suisse et la France. Tous les autres pays sont des royaumes et justement ces conflits rapprochés qui se profilent à l'horizon vont bouleverser l'ordre établi : celui des monarchies.
    Leur particularité est qu'elles sont toutes plus ou moins liées par le sang ou des alliances matrimoniales. La plupart des rois régnant au début du XXème siècle sont cousins et descendent de la reine Victoria (surnommée à juste titre « la grand-mère de l'Europe»), donc des familles allemandes de Hanovre et de Saxe-Cobourg-Gotha. Ainsi, le roi d'Angleterre George V est-il le cousin du tsar comme de son épouse Alexandra, née allemande, mais aussi du Kaiser Guillaume II, premier petit-fils de Victoria, né à Berlin en 1859. Ils sont les parents de la future reine de Roumanie, Mary, fille du duc d’Édimbourg. Le roi Ferdinand de Bulgarie descend des Orléans par sa mère, les princes de Grèce sont d'origine danoise, Charles de Habsbourg est marié à une Bourbon-Parme, descendante de Louis XIV et des rois d'Espagne.
    Un joyeux imbroglio familial qui va pourtant amener à la catastrophe car lorsqu'on pense au fameux jeu des alliances qui entraînera toute l'Europe dans la guerre, en 14, on oublie souvent que ces alliances sont avant tout familiales et vont, au-delà de la politique, impacter aussi l'humain : le roi d'Angleterre ressentira par exemple beaucoup de culpabilité, une fois la guerre terminée, parce qu'il se reproche d'avoir sacrifié Nicolas II et sa famille... Le même roi George V renoncera à son nom pour adopter celui de Windsor, toujours porté par l'actuelle famille royale... Et surtout, beaucoup de trônes seront balayés par cette tempête : l'Allemagne des Hohenzollern, l'Autriche des Habsbourg dont l'empire était vieux de 700 ans, la dynastie des Romanov, au pouvoir en Russie depuis 1613.

     

    Image illustrative de l’article Attentat de Sarajevo

    L'attentat de Sarajevo (28 juin 1814), où l'archiduc François-Ferdinand et son épouse Sophie, duchesse de Hohenberg, trouvèrent la mort. Quatrième couverture du Petit Journal, daté du 12 juillet 1914. 


    Les rois du début du XXème siècle étaient des chefs d'état, pour certains des chefs de guerre même s'il y'en eut peu... C'est leur histoire que se propose de nous raconter Jean des Cars, dans ce livre conséquent qui porte bien son nom...
    Le Sceptre et le Sang est un livre très dense et riche mais absolument passionnant : je l'ai lu comme un roman et je l'ai lâché difficilement. Certes il est parfois un peu technique et j'ai eu besoin de faire quelques pauses parfois, pour faire quelques recherches généalogiques et situer telle ou telle personne par rapport à une autre. Si certaines familles royales sont assez connues, d'autres le sont un peu moins, comme celles des Balkans...
    J'ai aimé découvrir les destins croisés de ces royaux pris dans la même tourmente que leurs sujets et des centaines de citoyens... Les reines deviennent des infirmières, les rois inspectent leurs troupes dans les tranchées. Certains connaîtront l'amertume de l'exil, d'autres ne verront pas la fin de la guerre et paieront de leur vie les velléités d'indépendance de leur peuple. On découvre cette histoire qui se déploie comme une vaste toile, qui se déroule comme un péplum. Souvent on dit que la réalité dépasse la fiction et c'est bien vrai ici : Game Of Thrones n'a qu'à bien se tenir !
    Si vous aimez Jean des Cars et l'Histoire en général, nul doute que vous vous passionnerez pour ce livre. C'est une autre manière de découvrir l'amorce de ces grands conflits qui ont marqué nos pays. C'est intéressant de voir comment ce sont les monarchies qui ont entraîné toute l'Europe dans la Grande Guerre...
    Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la donne a changé... Les royautés sont moins nombreuses mais s'impliquent toujours: la jeune princesse Elizabeth sera ambulancière tandis que ses parents apportent un soutien infaillible aux populations londoniennes pendant le Blitz. Pour des familles qui n'avaient pas été touchées par le cataclysme de 14, comme celle de Norvège, le conflit, son ampleur inédite et les appétits expansionnistes de l'Allemagne nazie les poussent à faire un choix... comme l'exode des peuples, un exode des rois et des familles royales commence. Certains s'illustreront, comme en Angleterre ou encore aux Pays-Bas, dont la reine Wilhelmine, réfugiée à Londres, encourage la Résistance. L'Italie et les royaumes des Balkans, eux, ne sortiront pas grandis de cette seconde guerre, pour eux elle sonne un glas définitif et l'avènement progressif de républiques.

     

    Résultat de recherche d'images pour "souverains anglais blitz"

    George VI et la reine Elizabeth posent dans les décombres de Buckingham Palace bombardé, lors du Blitz, en 1940. 


    Les quarante premières années du XXème siècle ont été bouleversantes. Elles ont causé des dommages irréparables à l'Europe mais aussi au Japon et à d'autres pays dans le monde. Des millions de gens sont morts mais ce furent des années déterminantes, qui firent indéniablement basculer le monde d'un XIXème siècle encore traditionaliste à une modernité galopante qui est encore la nôtre. Pour les monarchies, cela passe par une refonte complète de leur statut, voire leur disparition pure et simple. L'Europe sort changée de ces longues années de combat, elle en sort marquée, comme ces souverains qui se sont montrés courageux, timorés, collaborateurs, parfois défaillants, d'autres fois héroïques.
    Avec passion et méthode, Jean des Cars raconte quarante ans d'Histoire mondiale et quarante ans d'histoires familiales. Le livre est dense et particulièrement riche mais, comme je le disais plus haut, il est passionnant. On se prend de passion pour ces grands destins qui ne sont pas épargnés, on suit le déroulement de ce grand récit d'histoire comme un bon film. Jean des Cars a une passion communicative pour l'Histoire et plus particulièrement pour celle des têtes couronnées. Si vous aimez l'Histoire, alors vous ne serez sûrement pas déçus. En alliant rigueur historique à une plume chaleureuse, Jean des Cars ne nous lasse jamais. J'ai trouvé ce livre excellent et j'ai passé un très bon moment de lecture : certes ce qu'il nous raconte n'est pas toujours très drôle, ni forcément très joyeux mais à défaut, c'est édifiant et c'est le plus important. Découvrir les deux grands conflits mondiaux qui, aujourd'hui encore, nous concernent tous encore plus ou moins, parce que nous avons tous un ancêtre, au moins, qui a été impliqué, qui peut-être y a laissé sa vie, à travers ces monarchies qui n'ont pas été épargnées non plus, c'est leur rendre un aspect humain qu'elles perdent parfois un peu... n'oublions pas que les rois et les reines, quoi qu'on en pense, sont avant tout des hommes et des femmes. En l'occurrence des hommes et des femmes confrontés comme tout un chacun à l'horreur de conflits sans précédent mais qui ont dû, bien plus que tout autre, faire leurs preuves. Nul doute que Le Sceptre et le Sang saura trouver son public. Et si vous ne connaissez pas encore Jean des Cars, c'est la bonne occasion pour se lancer ! 

    Les quatre filles de Nicolas II et Alexandra Feodorovna, accompagnées de leur petit frère, le tsarévicth Alexis, assassinés avec leurs parents le 17 juillet 1918 à Iekaterinebourg. 

     

    En Bref :

    Les + : la passion de Jean des Cars pour ces familles royales qui semblent incarne l'immuabilité et se trouvent confrontées au pire, au point de parfois vaciller sur leurs trônes soudain bien fragiles est communicative. On lit ce livre comme un roman, on s'émeut devant des destins tragiques, on s'insurge devant des mauvais choix. Toujours est-il que l'humanité de ces hommes et femmes qui s'avèrent finalement comme les autres malgré les couronnes que le destin a posé sur leurs têtes, est flagrante et, si elle est héroïque, elle peut aussi s'avérer bien décevante. La plume chaleureuse de l'auteur joue beaucoup dans l'intérêt que l'on se découvre très rapidement pour ce récit, certes très dense mais jamais lassant. 
    Les - : Aucun. 

     


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