• « Ses baisers fleurissaient et se fanaient, comme les fleurs rouges de la grande mauve, qui durent à peine quelques heures, et qui renaissent sans cesse, pareilles aux lèvres meurtries et insatiables d'une Messaline géante. »

    La Curée ; Emile Zola

    Publié en 2009 

    Date de parution originale : 1872

    Editions Le Livre de Poche ( collection Les Classiques de Poche) 

    416 pages

    Deuxième tome de la série Les Rougon-Macquart

     

    Résumé :

    A la fin d'une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola, qui déteste son époque, c'est le cœur de Paris, entaillé par les larges avenues de Napoléon III, que des spéculateurs véreux s'arrachent. Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, est l'un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d'attelages élégants, de toilette de Worms et de bijoux éclatants. Aristide Saccard a réussi. Mais tout s'est dénaturé autour de lui : son épouse, Renée, la femme qui se conduit en homme, si belle et désœuvrée ; son fils, Maxime, l'amant efféminé de sa belle-mère. On accusa Zola d'obscénité. Il répliqua : « Une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous la grande lumière du soleil. »

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après la pose des fondations dans La Fortune des Rougon, premier tome de la série et qui montre la lente ascension, à Plassans, de la famille Rougon au détriment de sa branche bâtarde, les Macquart, nous voici maintenant à Paris, quelques mois, quelques années après ce fameux coup d'Etat de Napoléon III qui se trouvait au centre du récit dans le premier tome. Aristide Rougon, fils de Pierre et Félicité -qui ont profité des troubles dans leur ville provençale pour se tailler une belle part dans la nouvelle administration et, ainsi, s'assurer une belle petite fortune-, est arrivé à Paris avec femme et enfants. Frère d'un ministre de Napoléon III, cela ne l'empêche pas pour autant de...galérer pas mal à son arrivée dans la capitale. Et puis, doucement, la roue va tourner parce qu'Aristide, qui se rebaptise en Saccard, un nom qui sent l'argent, que dis-je, la fortune - « il y a de l’argent dans ce nom là ; on dirait que l’on compte les pièces de cent sous » -, perd sa première femme, Angèle Sicardot, Provençale comme lui et mère de ses deux enfants, Maxime, resté au collège à Plassans et la petite Clotilde, toute jeune encore et qui va être confiée à son oncle, le docteur Pascal -on la retrouvera, adulte, dans Le Docteur Pascal, le dernier tome de la série. C'est alors que sa sœur Sidonie va lui parler des Béraud du Châtel...Le père, veuf depuis de nombreuses années, a deux filles, Renée et Christine. Il se trouve que l'aînée, la jeune Renée a été, aux portes de l'âge adulte, outragée par un homme et laissée enceinte de ses oeuvres. L'homme, marié, ne peut réparer et c'est finalement le rôle de doublure que Sidonie Rougon propose à son frère. Aristide va endosser le rôle de l'agresseur et épouser la jeune Renée : non seulement il la sauve, elle, du déshonneur, mais fait une affaire car les Béraud du Châtel sont fort riches. Commence alors une vie de spéculations et de magouilles financières pour Saccard, qui poursuit son vieux rêve de devenir riche, immensément riche. Et, pendant qu'il court la capitale, ce vieux Paris qui n'en a plus pour longtemps et qu'il va joyeusement dépecer pour s'y tailler, comme ses parents l'ont fait à Plassans, la part du lion, sa jeune épouse, Renée, jeune femme à la tête un peu fragile et qui s'ennuie, va tomber entre les bras du fils de Saccard, Maxime, arrivé de sa province et qui devient bientôt la coqueluche de ces dames, marquises, comtesses ou cocottes qui peuplent le Paris du Second Empire et les entours du couple impérial. Mais surtout, Maxime, avec son tempérament de fille languissante, va devenir l'amant de sa belle-mère, à peine plus vieille que lui, très belle mais qui se conduit exactement comme le ferait un homme.

    La Curée ; Emile Zola

    Une réception aux Tuileries sous le Second Empire


    C'est l'histoire de cet inceste, mais aussi celle des dernières années du vieux Paris que Zola se propose de nous raconter dans ce roman. La Curée est, et restera, parmi les romans de la série, de ceux qui m'ont le moins emballée lors de ma première lecture et qui ne fait pas partie de mes préférés de la série. Mais attention, je ne dirais pas que je ne l'ai pas aimé car ce n'est pas le cas, bien au contraire, et, rien que pour le style, c'est toujours un plaisir que de se plonger dans un roman de Zola. Si je veux être juste, je dois dire que j'ai même pris plus de plaisir à cette seconde lecture mais il est vrai que je préfère ses romans plus populaires -si je puis dire-, comme Le Ventre de Paris, L'Assommoir, Germinal ou bien encore La Terre, des romans forts, percutants, qui m'ont complètement happée lorsque je les ai lus et dont j'ai encore des images bien imprimées dans ma mémoire. Zola excelle en effet dans la description du peuple et je pense que c'est pour cela que je garde encore de très forts souvenirs de ces romans-là. Pour autant, j'ai pris cette fois le temps de redécouvrir La Curée voire de découvrir certains aspects qui auraient pu m'échapper lors de cette première lecture que j'avais effectuée alors que j'étais beaucoup plus jeune. Il est sûr que ce roman est particulièrement complexe et assez difficile à analyser...la notion de déchéance, de fin, y est très présente, ce qui peut parfois déranger, dans le sens où cela donne au récit une lourdeur quelque peu sinistre -mais qui, paradoxalement, fait aussi son charme. Dérangeant aussi, l'inceste qui unit Renée et Maxime même si, à mon sens, Zola décrit là l'une des plus fortes histoires d'amour de notre répertoire littéraire. Histoire amoureuse qui n'a pas peur d'être charnelle, même si l'acte sexuel en lui-même n'est pas vraiment décrit mais que l'on voit transparaître à travers les lignes. Dérangeante, cette histoire, pour nous, lecteurs du XXIème siècle car l'inceste est un acte que nous condamnons fermement -à raison bien sûr-, mais il ne faut pas perdre de vue que ce ne fut pas toujours le cas et, en cela, l'histoire entre la belle-mère et son beau-fils s'inscrit dans une sorte d'intemporalité, d'universalité qui rapproche ces amants du Second Empire des affres des protagonistes de Phèdre ou d'autres tragédies antiques. Les deux personnages principaux, Renée et Maxime, sont finalement très complexes, malgré leur superficialité de façade. Renée s'avère être un personnage particulièrement tourmenté, fragile, presque fou, qui se dissimule sous les froufrous et les crinolines d'une dame de la bonne société tandis que Maxime, sous ses airs efféminés, s'avère être un personnage très fin, qui sait ce qu'il fait et n'agit jamais vraiment au hasard, cherchant toujours son intérêt. Sur la quatrième de couverture de cette édition, il est dit que La Curée est l'un des romans les plus violents de la série...Rien à voir avec la violence physique que l'on peut retrouver dans Germinal ou dans La Terre, un peu plus loin dans la série, mais une violence latente, une violence psychologique, oui, peut-être, en effet. Les personnages se détruisent en s'aimant, se détruisent à force de chercher la fortune et, par là, détruisent aussi leur ville, perçant dans ses anciennes rues des grands boulevards et avenues...Période de destruction que ce Second Empire sous la plume de Zola et qui est bien plus efficace, à mon avis, qu'une diatribe enflammée contre le régime. Zola s'indigne, pas directement mais au contraire avec beaucoup de pudeur, il s'indigne de la déréliction de la société dans laquelle il vit et dont il est un spectateur objectif et plutôt éclairé, il s'indigne de ce que Napoléon III a fait de son pays, de sa capitale, il s'en inquiète aussi, certainement et c'est comme si, dans La Curée, le pressentiment de la chute honteuse de l'Empire, advenue un avant la publication du roman, prenait corps dans cette société pervertie et qui se dévore et se consume lentement. Zola n'en livre un roman que plus fort et percutant qui peut, aujourd'hui, résonner encore à nos oreilles contemporaines et nous amener à nous interroger sur la fragilité de la civilisation et donc, de la société.

     

    La Curée ; Emile Zola

    Percement d'une nouvelle artère entre la Rue de l'Echelle et la Rue Saint-Augustin 

    En Bref :

    Les + : un récit complexe, des descriptions riches, un style inimitable.
    Les - :
    je cherche...et même si La Curée ne fait pas partie de mes favoris, je n'en ai pas trouvé.

     


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  • « Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus forte. »

    Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI ; Anne Bernet

    Publié en 2013

    Editions Tallandier (collection Biographies) 

    480 pages

    Résumé :

    Madame Elisabeth, sœur cadette de Louis XVI, meurt à trente ans sur l'échafaud le 10 mai 1794. Dans ce portrait absolument neuf, elle apparaît plus résolue et déterminée que son frère dans le tumulte de la Révolution - preuve qu'elle était dotée d'un véritable sens politique.

    Très jolie, remarquablement intelligente, mathématicienne de haut niveau, dotée d'un caractère affirmé, Elisabeth, après l'échec de plusieurs projets de mariage, décide de vivre à sa guise parmi un cercle choisi partageant son goût de la retraite et de l'action caritative, sans pour autant, comme on l'affirmera, nourrir une vocation religieuse contrariée. Critique muette des manières de la reine, ce choix l'isole au sein de la Cour, et même de la famille royale.
    Lorsque la Révolution éclate, elle choisit pourtant de rester près de Louis XVI, qu'elle juge trop faible. Elle est aussi sans illusion sur sa propre influence, contrecarrée par la jalousie de Marie-Antoinette. Au cœur d'un réseau de renseignement contre-révolutionnaire, elle essaie d'empêcher la catastrophe. Elle vit alors une histoire d'amour impossible avec un roturier et subit une campagne de presse diffamatoire de la part des autorités révolutionnaires.
    En s'appuyant sur la correspondance de la princesse, celle de ses amis, les mémoires du temps, Anne Bernet débarrasse, pour la première fois, Madame Elisabeth de l'imagerie pieuse qui occulta sa personnalité.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le 10 mai 1794, sur la place de la Révolution, une princesse de France monte à l'échafaud. Elle vient tout juste d'avoir trente ans, elle est la jeune sœur du roi Louis XVI, guillotiné au même endroit un an et demi auparavant. Sa belle-soeur, Marie-Antoinette, elle, l'a été au mois d'octobre dernier. La France révolutionnaire s'en soucie comme d'une guigne, mais la jeune Elisabeth va rejoindre son Créateur vingt ans tout juste après son grand-père, Louis XV, mort de la petite vérole le 10 mai 1774.
    Madame Elisabeth. Le nom, en France, est peu connu, tout comme celui de sa sœur, Madame Clotilde, devenue princesse de Piémont. Beaucoup ignorent certainement que cette jeune femme qu'on a bien voulu nous présenter comme une bigote prude et enfermée dans un obscurantisme d'un autre âge, était finalement tout à l'opposé de ce portrait brossé à partir de la Révolution et qui fit florès. Madame Elisabeth, comme ses frères et soeurs, a vu le jour à Versailles. Elle est née le 3 mai 1764 et est la fille du Dauphin de France, Louis-Ferdinand et de sa seconde épouse, Marie-Josèphe de Saxe. Y'a-t-il eu un couple plus mal assorti que celui-ci ? Avant d'épouser Marie-Josèphe, le fils de Louis XV et Marie Leszczynska a été uni à une infante d'Espagne, une sienne cousine, Marie-Thérèse, fille de Philippe V et Elisabeth Farnèse. Pour la petite anecdote, elle est la sœur cadette de Marie-Anne-Victoire d'Espagne qui, dans sa jeunesse fut la petite fiancée de...Louis XV ! Mais ceci est une autre histoire. Bref, il se trouve que Louis-Ferdinand va follement s'enticher de son Espagnole, au point d'en tomber très très amoureux. Et, à sa mort, en 1746, des suites d'un accouchement laborieux, elle laisse un jeune veuf de dix-neuf ans , inconsolable. La jeune princesse saxonne, Marie-Josèphe, donnée en mariage au Dauphin peu de temps après, passera d'ailleurs sa nuit de noces à consoler son mari qui pleure son ancienne épouse.
    Cela ne les empêchera pas pour autant d'avoir des enfants et Marie-Josèphe donnera à Louis-Ferdinand les fils que l'héritier de France se doit obligatoirement d'avoir. En 1750 vient au monde une petite princesse, puis deux fils, Louis-Joseph Xavier et Xavier de France, et encore trois fils, les plus connus, Louis, duc de Berry, le futur Louis XVI, Louis-Stanislas, comte de Provence, Charles-Philippe, comte d'Artois. En 1759 naît Clotilde et, en 1764, la petite dernière, Elisabeth, qui n'aura pas l'heur de connaître ses parents ou si peu, le Dauphin mourant en 1765 et son épouse en 1767. Elisabeth sera élevée avec ses frères et sœurs survivants à Versailles et sa sœur Clotilde lui servira de mère de substitution. Elle a dix ans à la mort de son grand-père et à l'avènement de son frère et de sa belle-sœur, Louis XVI et Marie-Antoinette.
    Jeune fille vive et plutôt jolie, Elisabeth sera l'objet de plusieurs projets de mariage qui, finalement, échoueront tous. Au grand dam de ses proches, peut-être, mais pas du sien, Elisabeth s'accommodant rapidement et parfaitement à une existence rangée de vieille fille. Très croyante, mais sans vocation religieuse, elle décide donc de vouer sa vie à faire le bien.
    Quand la Révolution éclate, malgré de nombreuses offres de départ qui lui permettrait de se mettre à l'abri, elle refuse et choisit de rester auprès de Louis XVI et Marie-Antoinette, lâchés de toutes parts. Elle connaîtra tout et rien ne lui sera épargné : Etats Généraux, prise de la Bastille, journées d'octobre 1789, fuite à Varennes, prise des Tuileries, la détention au Temple, la séparation du petit Dauphin Louis Charles d'avec sa mère, les morts successives de son frère et de la reine -elle ignorera jusqu'à la sienne propre, en mai 1794, que la reine avait été guillotinée le 16 octobre dernier. Jamais Elisabeth ne flanchera, malgré son malheur. Soutenue par sa foi sincère, s'oubliant, elle fera en sorte d'adoucir au maximum le quotidien du roi, de la reine et de ses neveux, le Dauphin et sa soeur, Madame Royale. Elisabeth sera condamnée à l'échafaud non parce qu'on avait quelque chose à lui reprocher mais bien pour ce qu'elle représentait et parce que Robespierre, mis en difficulté par ses opposants politiques, préfère sacrifier la « sœur du Tyran » plutôt que de se voir sacrifié lui-même. La princesse montera à la guillotine sans regret, sinon peut-être pour les deux enfants du couple royal qu'elle laisse seuls, certaine de rencontrer son Dieu. Aujourd'hui encore, on ne sait pas où la princesse Elisabeth repose.

    Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI ; Anne Bernet

    Portrait de la princesse Elisabeth, par Elisabeth Vigée-Lebrun (années 1780)


    Anne Bernet, historienne et journaliste, nous livre ici une biographie scientifique à laquelle elle associe la chaleur d'une plume qui pourrait être celle d'un romancier. Déconstruisant le mythe qui fait d'Elisabeth, depuis près de 230 ans, une bigote, une grenouille de bénitier à la vocation religieuse contrariée -alors que ce n'était pas le cas, Elisabeth ayant refusé les différentes propositions qui lui furent faite, comme celle de l'abbatiat de Remiremont-, Anne Bernet nous brosse le portrait d'une jeune princesse jolie mais pas frivole, à l'opposé de sa belle-sœur la reine, intelligente, passionnée de sciences et notamment de mathématiques et de médecine. Facette moins connue du personnage voire carrément passée sous silence, l'histoire amoureuse, platonique certes mais qui n'en fut pas moins sincère, qui unit Elisabeth à un roturier, médecin de son état, le docteur Dassy. Jeune femme que sa famille s'obstina à considérer comme une innocente et une enfant du fait de son état -elle n'était pas mariée, n'avait pas d'enfants-, Elisabeth n'en était pas moins très intelligente et fine, peut-être plus lucide, politiquement parlant, que son frère et sa belle-sœur, vite dépassés par les événements qui les submergent à partir de 1789. Elisabeh était un personnage bien plus complexe que celui qu'on nous livre en général et bien éloignée de ce portrait d'une vieille fille engoncée dans son rôle de prude bigote, entourée de missels et de livres d'heures. Pendant la Révolution, elle fut bien un peu insultée par Le Père Duchesne, journal d'Hébert, malade et un peu détraqué sexuel, parce que cela aurait paru suspect qu'un membre de la famille royale échappe aux foudres vulgaires du journal, mais, au fond, on n'avait rien contre elle. On n'avait rien contre elle si ce n'est peut-être sa naissance -mais est-on coupable des parents que le hasard nous donne ?-, donc ce qu'elle représentait, dans un pays qui rejetait en bloc et avec violence son passé monarchique, on n'avait rien contre elle si ce n'est sa fidélité forcenée à sa famille qu'elle choisit de soutenir, de porter envers et contre tout. Elle paiera de sa vie sa naissance princière et sa loyauté envers son frère.
    C'est avec une énorme admiration pour le personnage que l'on achève cette lecture. Elisabeth était un personnage que je connaissais peu auparavant mais c'est en me sentant très proche de cette jeune femme que j'ai refermé cette biographie. Une énorme sympathie nous prend rapidement à la lecture de ce destin exemplaire. On peut ne pas être d'accord avec les principes monarchiques bien éloignés de ceux, républicains -quoique-, qui régissent aujourd'hui notre société et dans lesquels nous sommes nés, il n'empêche qu'il est difficile de porter un jugement négatif sur Madame Elisabeth car, au-delà de la princesse qu'elle était par naissance et non pas par choix, il y'avait aussi une femme, une femme à la personnalité estimable qu'elle avait su patiemment se forger, au mépris des jalousies et petites bassesses courtisanes. Elisabeth était au-delà de ça, au-delà de la compétition qui déchirait ses proches, au-delà de la bêtise de ses bourreaux révolutionnaires. Elle était au-delà de ça et au-dessus de ça parce que suffisamment intelligente pour comprendre l'inanité du monde dans lequel elle vivait et que son salut, le vrai, se trouvait ailleurs. Et même si l'on est pas croyant, la constance religieuse de la princesse, sa fidélité à des principes qui lui furent enseignés dans sa plus tendre enfance alors qu'autour d'elle, on reniait tout, ne peut pas laisser indifférent. Bref, c'est un destin tout à fait exceptionnel et intéressant, historiquement parlant, qu'Anne Bernet nous livre aussi. Destin émouvant aussi, qui nous fait refermer le livre avec l'émotion tout au bord des paupières.

    En Bref :

    Les + : une belle biographie, bien écrite, touchante mais rigoureuse dans sa démarche.
    Les - :
    des coquilles, dommage. 

     


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  • «  Toute cause trop âprement défendue est injuste et tueuse. »

    Le Rêve Botticelli ; Sophie Chauveau

    Publié en 2007

    Editions Folio

    496 pages

    Deuxième tome de la saga Le Siècle de Florence

     

    Résumé : 

    Florence, XVe siècle. Sous le règne de Laurent le Magnifique, jamais le sang, la beauté, la mort et la passion ne se sont autant mêlés dans la capitale toscane. Le plus doué des élèves de Fra Filippo Lippi, un certain Sandro Filipepi, surnommé depuis l'enfance « botticello » -le petit tonneau- va mener à son apogée la peinture de la Renaissance. Maître d'oeuvre de la chapelle Sixtine, créateur bouleversant d'un Printemps inouï, il ressent intimement et annonce les soubresauts de son époque. Pendant que Savonarole enflamme la ville par ses prophéties apocalyptiques, il continue à peindre avec fougue. Il entretient alors avec Léonard de Vinci une relation faite de rivalité farouche et d'amitié profonde. Adulé puis oublié de tous, aussi secret que Florence est flamboyante, Botticelli habite un rêve connu de lui seul.
    Sophie Chauveau lève le voile sur la personnalité intime, les amours et la mélancolie fascinante du plus mystérieux des génies de l'histoire de l'art. Après La Passion Lippi, elle poursuit son voyage unique dans le siècle de Florence.

     Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    La couverture du roman est illustrée par le détail d'un tableau de Filipino Lippi et non pas de Botticelli...choix judicieux car sa vie fut intimement mêlée à celle de la famille de son maître, Fra Filippo Lippi, dont le destin plus que flamboyant a déjà été traité par Sophie Chauveau dans le premier tome du Siècle de Florence, La Passion Lippi. Alessandro Filipepi, plus connu sous le sobriquet de Botticelli, né dans une famille où il a été peu aimé, fut l'élève de Filippo Lippi. Et l'épouse de ce dernier, la belle Lucrezia Buti devint en quelque sorte une mère de substitution pour lui. Il fut l'ami de Pipo, leur fils et même un peu plus que cela...Et leur fille, Sandra, est la filleule de Sandro. Et sera, comme son frère, un peu plus que cela aussi pour le peintre puisqu'ils auront ensemble un enfant, Giacomo. Dans ce roman se croisent tous les grands noms de cette fin de siècle : Botticelli, Filipino Lippi, le fils du mentor et peintre lui-même, la belle Sandra donc, Simonetta Vespucci, Léonard de Vinci, les Médicis, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole et surtout, Savonarole, de si sombre mémoire à Florence. Et alors, sous nos yeux, c'est cette sublime peinture des débuts de la Renaissance qui revit sous nos yeux et que la plume de Sophie Chauveau parvient à ressuciter avec brio. Et passion.

    Le Rêve Botticelli ; Sophie Chauveau

    La Naissance de Vénus, la plus connue des oeuvres de Botticelli (XVème siècle)

    Je crois que j'aime l'art autant que l'Histoire. Je suis amoureuse de la peinture et, quand ces deux passions se rejoignent dans un livre, il est donc difficile que je passe à côté. J'avais reçu La Passion Lippi à l'occasion d'un swap, je l'ai lu dans la foulée, très curieuse de le découvrir et j'ai été très très surprise. Très agréablement surprise. Alors il était évident que j'allais lire la suite. J'ai un peu traîné, parce que ma lecture de La Passion Lippi remonte à deux ans maintenant mais finalement, l'attente ne m'aura fait que plus apprécier Le Rêve Botticelli. J'ai littéralement adoré ce roman, je m'y suis plongée, je me suis immergée dans la vie de Botticelli et je n'avais plus envie d'en sortir. Finalement, la seule chose que je pourrais reprocher à ce livre eh bien...c'est d'être trop court ! On en redemande presque lorsque la dernière page se tourne ! Au-delà de la peinture et du destin, certes hors-du-commun de ce grand peintre, de ce maestro qui oeuvra à la Sixtine bien avant Michel-Ange et qui nous laissa des œuvres majeures comme Le Printemps ou La Naissance de Vénus, c'est le destin du monde, le destin d'un monde en plein bouleversements, que Sophie Chauveau nous dépeint : les bûchers des Vanités à Florence, la traque des Juifs en Espagne après la Reconquête des Rois Catholiques sur les royaumes maures, la découverte, de l'autre côté de la mer, d'un Nouveau Monde, un nouveau continent, promis à l'avenir que l'on sait et qui bouleverse à jamais les façons de voir et les façons de penser des habitants de la Vieille Europe. Et, en même temps, justement en Europe, on assiste au fleurissement d'une nouvelle époque ô combien riche, la fin du Moyen Âge et les débuts de la Renaissance, cette Renaissance si propice à l'expression des arts : peinture, littérature, poésie, sculpture. C'est cette première Renaissance, déjà en marche depuis bien des décennies en Italie qui va ensuite essaimer un peu partout en Europe et nous laisser, en France, les châteaux de la Loire et les peintures d'une qualité indéniable d'Europe du Nord, les maniéristes s'illustrant avec beaucoup de talent face à leurs maîtres d'Italie.

    Le Rêve Botticelli ; Sophie Chauveau

    Le Printemps (La Primavera, XVème siècle)

    Botticelli, né au milieu du siècle, va mourir en 1510, en pleine effervescence renaissante. Il aura le temps de connaître ce beau XVIème siècle, cette belle période propice aux arts et à la pensée avant que l'Europe ne sombre dans de tristes décennies de guerres de Religions. Il va connaître l'épuration savonarolienne des années 1490, sera même contraint de brûler sur les bûchers allumés par ce fou de Dieu certaines de ses oeuvres jugées impudiques par les moines intolérants. Et, au milieu de tout cela, il trouvera le moyen d'aimer. Hommes, femmes, Botticelli malgré sa mélancolie latente et ses doutes d'artiste, aimera et se laissera aimer. Il sera l'ami et le rival de Léonard de Vinci, dont le talent commence tout juste à se faire connaître, de Florence à Milan, en passant pour Rome. Il sera l'ami, l'amant et le mentor de Pipo Lippi, le fils de Filippo et Lucrezia, le parrain de leur fille Sandra et son amant, le père de leur petit-fils. L'amant de Lorenzo de Médicis, le cousin de Laurent le Magnifique. Il sera lâché par certains, follement aimé par d'autres et, au milieu de tout cela, il parviendra avec une facilité déconcertante à livrer des oeuvres qui sont encore considérées de nos jours comme des beautés sans pareil. Le Rêve Botticelli m'a émue et fait vibrer et, surtout, m'a donné envie de me pencher un peu plus sur l'oeuvre de Botticelli et sur sa vie en général. Sophie Chauveau donne un autre éclairage mais tout à fait plausible historiquement parlant, de l'oeuvre et de la vie de Botticelli, faisant par exemple de Sandra Lippi sa muse principale à la place de Simonetta Vespucci...leur relation, très forte, bien plus forte qu'une relation amoureuse banale, pas très politiquement correcte du fait de l'inceste sous-jacent -les liens de parenté conférés par le baptême étaient très importants à l'époque et les transgresser s'apparentait bien souvent à de l'inceste-, est au centre du récit et montre une autre facette d'un peintre connu pour son homosexualité affichée -comme Michel-Ange, par ailleurs, mais bon, cherchons un peintre de la Renaissance italienne qui n'eut pas d'aventures masculines...
    Le style de l'auteure, incisif, vif, rythmé, passionné aussi, dur et cru parfois, ponctue ce destin. Sophie Chauveau écrit au présent, ce qui nous permet finalement de nous sentir encore plus proche des personnages, le passé simple très souvent utilisé dans les récits romancés instaurant tout de même une certaine distance entre nous et eux. Là, nous y sommes, nous y sommes, à Florence, nous y sommes, au cœur de ce flamboyant XVème siècle, grâce à ce style unique que j'avais déjà beaucoup aimé dans La Passion Lippi

    Finalement, Le Rêve Botticelli, c'est aussi le destin d'un écorché vif, d'un homme torturé et en proie aux doutes mais qui parvient tout de même à sortir des tréfonds de son être des choses magnifiques, qui nous est dépeint ici. Le petit destin d'un peintre florentin appelé à une gloire planétaire et millénaire, au milieu d'un siècle de changements qui transformeront durablement le monde.
    Bref, je ressors de cette lecture complètement exaltée, complètement ravie et époustouflée aussi. Un roman à lire pour moi parce que j'y ai tout aimé et que je ne saurais vous le déconseiller. 

    Le Rêve Botticelli ; Sophie Chauveau

    Le Châtiment de Coré (chapelle Sixtine, Rome, XVème siècle)

     

    En Bref :

    Les + : tout.
    Les - : que le roman n'ait pas été plus long ! 

     

     

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

     

     Coup de coeur


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  • « Les natures honnêtes ont cette grâce merveilleuse de mettre de leur honnêteté dans tout ce qu'elles touchent. »

    Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    Publié en 2002

    Date de parution originale : 1873

    Editions Folio (collection Classiques) 

    480 pages

    Troisième tome de la série Les Rougon-Macquart

     

    Résumé :

    Le Ventre de Paris, ce sont les Halles, avec leur « souffle colossal épais encore de l'indigestion de la veille », leurs montagnes de mangeailles, de viandes saignantes, « de choses fondantes, de choses grasses », de « gredins de légumes » d'où monte « le râle de tous les potagers de la banlieue ». « L'idée générale, écrit Zola, est le ventre, la bourgeoisie digérant, ruminant, la bête broyant le foin au râtelier, la bedaine pleine et heureuse se ballonnant au soleil ». Aux « Gras » s'opposent les « Maigres » : Florent, un proscrit du 2-Décembre revenu à Paris, qui fomente un complot contre le régime et sera dénoncé par Lisa, sa belle-sœur, une charcutière au grand calme repu. Florent retourne en prison et c'est à son ami Claude Lantier, le futur héros de L'Oeuvre, que revient, que revient le mot de la fin : Quels gredins que les honnêtes gens !

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le Ventre de Paris est le troisième volume des Rougon-Macquart, après La Fortune des Rougon et La Curée. C'est le second à se passer à Paris, mais c'est surtout le premier à traiter de ces classes populaires que Zola n'a pas cessé de dépeindre, ensuite, dans le reste de sa série. Avant les mineurs de Germinal, les paysans de La Terre, les soldats de La Débâcle, les cheminots de La Bête Humaine, Le Ventre de Paris brosse, lui, un portrait de ces commerçants des Halles de Paris. Les Halles, qui furent réaménagées et modernisées sous le Second Empire, notamment grâce aux pavillons de verre et de fer de Victor Baltard. C'est dans ce monde grouillant de nourriture que dégringole Florent, proscrit du 2-Décembre 1851. Ancien professeur, peinant à joindre les deux bouts et ayant à sa charge son jeune frère, venu du Midi après la mort de leur mère, Florent se trouvait, comme on dit, au mauvais endroit et au mauvais moment. Attrapé dans les rues de Paris après des émeutes en ayant le sang d'une jeune femme sur les mains, il est arrêté manu militari et envoyé au bagne à Cayenne. Le bagne, dont il parvient à s'échapper après sept années. C'est là qu'il tombe dans ce Paris qui change tout doucement, sous l'impulsion de Napoléon III, qui cherche à moderniser mais aussi à assainir sa ville, en faisant tracer de grands boulevards et avenues. Aux Halles se vendent tout un tas de choses, venues de la proche banlieue, encore très rurale à l'époque ou de plus loin encore : ainsi, on y trouve des fleurs, mais aussi des fruits et des légumes, du beurre, des fromages, des gibiers à poils et à plumes, des volailles, des poissons d'eau douce ou de mer. Près des Halles, des commerces se sont développés et c'est là que Florent retrouve son frère, Quenu, devenu un charcutier prospère. Ce Quenu, aussi gras et repu que son frère est maigre et affamé possède une belle boutique, une belle demeure, une clientèle fidèle et, surtout, une famille qui fait sa fierté : il est marié à la belle Lisa, mère de sa fille Pauline.

    Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    « [...] et il aperçut une femme, sur le seuil de la boutique, dans le soleil. Elle mettait un bonheur de plus, une plénitude solide et heureuse, au milieu de toutes ces gaietés grasses. » (Chapitre I)


    C'est par Lisa, bien que Florent soit le personnage principal du roman, que nous faisons le lien avec les Rougon-Macquart. En effet, après avoir découvert, dans La Fortune des Rougon et dans La Curée, les personnages de la famille Rougon, c'est au tour maintenant des Macquart, la branche bâtarde. Lisa est la fille d'Antoine, qui est, lui, le fils d'Adélaïde Fouque et du contrebandier Macquart et le demi-frère de Pierre Rougon qui, à la faveur du coup d'état de Napoléon III pour restaurer l'Empire, parvient à se faire une place au soleil, à Plassans, la petite ville du Midi dont la famille est originaire. Dans La Curée, c'était le cousin de Lisa, le fils de Pierre, Aristide, financier véreux, qui était au centre du récit. Ici, nous faisons donc connaissance avec la branche plutôt infortunée de la famille, même si, finalement, la vie a plutôt souri à Lisa, soustraite très jeune à l'influence familiale pour monter à Paris. Elle est la soeur de Gervaise, la pauvre lingère de L'Assommoir et de Jean, que l'on retrouvera dans La Terre et La Débâcle. En effet, alors que son frère et sa soeur connaîtront un destin plutôt difficile voire malheureux, Lisa, elle, est heureuse dans sa vie et a été surnommée, dans le quartier, « la belle Lisa », pour sa beauté grasse et tranquille de femme honnête. Tranquillité et honnêteté qui ne vont, bien sûr, pas sans quelques jalousies et commérages...
    Installé chez les Quenu, Florent trouve une place aux Halles, devient inspecteur mais une haine farouche envers le régime qui l'a envoyé au bagne, le ronge encore. C'est alors que, progressivement, il va glisser vers l'insurrection, vers le complot, se réunissant dans un café du quartier des Halles avec une bande d'énervés ou d'inconscients qui rappelle un peu -sur certains points mais pas tous cependant-, la société du salon jaune dans La Fortune des Rougon. Et Lisa, qui craint pour l'intégrité de sa famille, sa prospérité, l'avenir de sa charcuterie et qui semble un peu plus clairvoyante que son époux, va dénoncer son beau-frère aux autorités...
    Le Ventre de Paris m'avait fait forte impression lors de ma première lecture, impression très positive qui s'est confirmée lors de cette relecture. J'ai toujours préféré aux romans, disons « bourgeois » de Zola, ceux qu'on pourrait qualifier de « populaires », même si lors de ces relectures, j'ai trouvé à La Curée des qualités indéniables que je n'avais pas su forcément percevoir la première fois que je l'ai lu. J'avais trouvé cette peinture du peuple des Halles tout à fait réussie, grâce à force descriptions exhaustives qui nous permettraient presque de toucher du doigt le soyeux des fleurs et des fruits et sentir les odeurs fortes des fromages et de la marée. Aux Halles se côtoient des marchands prospères et d'autres qui le sont moins et les clients sont soit des commerçants du quartier -les Quenu, les Taboureau- ou bien des gens avec moins de moyens comme la sournoise --mais au fond, touchante- Mlle Saget.
    Le Ventre de Paris, c'est aussi le roman de l'abondance opposé à la restriction, la lutte latente entre les Gras et les Maigres, les Gras méprisant les Maigres, les Maigres jalousant les Gras. C'est le roman de la nourriture, elle y est au centre et occupe la place d'un personnage à part entière, déterminant fatalement les relations humaines. C'est le roman de la prospérité qui s'oppose à la déchéance et, finalement, on en revient à cette lutte immémoriale des pauvres contre les riches et des riches contre les pauvres. A travers des personnages truculents Zola s'emploie encore une fois, après avoir montré la décadence de la société impériale dans La Curée, à dénoncer le régime dont il fut tout sauf un fervent défenseur en montrant les inégalités sociales dans toute leur crudité, inégalités qui le révoltent et qu'il n'aura finalement de cesse de dénoncer, lui le romancier à succès mais qui n'oublia pas ses origines modestes.

    Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    Les Halles de Paris en 1895 par Léon Augustin Lhermitte

     

    En Bref :

    Les + : les personnages très travaillés, le cadre bien décrit, l'intrigue en elle-même.
    Les - :
    Aucun. 

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

     

    Coup de cœur 


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  • « Avant que j'accède à votre désir, il me faut avoir trois robes, une dorée comme le soleil, une argentée comme la lune, et une brillante comme les étoiles : en outre j'exige un manteau fait de mille peaux et de mille fourrures, pour lequel chaque animal de votre royaume devra donner un morceau de sa peau... » (Peaux-de-Mille-Bêtes)

    Contes ; Jacob et Wilhelm Grimm

    Publié en 1976

    Date de publication originale en Allemagne : 1812

    Date de publication originale en France : ?

    Titre d'origine : Kinder und Hausmärchen

    Editions Folio (collection Classique) 

    404 pages 

    Résumé :

    Des contes de Grimm, on ne connait guère en France que les plus célèbres, encore est-ce la faveur d'une confusion, puisque, pour le grand public, ils appartiennent bien plus au monde du dessin animé qu'aux deux savants allemands qui les ont révélés pour les sauver de l'oubli.
    Pourtant, tels que les frères Grimm les ont patiemment recueillis et transcrit, ils sont une des sources les plus profondes du romantisme allemand et ont droit à une place de choix dans la littérature universelle. Si humbles soient-ils à l'origine, ils lui ont en effet fourni non seulement le "il était une fois" qui est le début de tout roman, mais d'inépuisables sujets de réflexion sur ces commencements et ses fins : les contes de Kafka seraient pour une part inconcevables sans ce qu'ils doivent aux Märchen, et Brecht avait de très bonne raisons d'imiter Grimm dans l'un de ses plus beaux poèmes.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Rien ne prédestinait ces deux frères, scientifiques de formation, à devenir auteurs -ou collecteurs- de contes. Et puis il y'a eu la volonté de sauver et pérenniser des œuvres de folklore de leur pays. Cela dit, bibliothécaires, philologues, mythographes et linguistes de formation, leur métier les portait finalement vers les légendes et les mythes divers et variés. Nés en 1785 et 1786 à Hanau, en Allemagne, Jacob et Wilhelm commencèrent vers l'âge de trente ans, au début du XIXème siècle la collecte de contes ancestraux qu'ils mirent par écrit -car bien souvent, les contes sont des légendes orales que l'on se raconte aux veillées, pour se faire peur ou bien pour édifier. Ils les publièrent sous le titre de Kinder und Hausmärchen (Contes de l'Enfance et du Foyer), une première fois en 1812 puis, l'édition qui devait être celle des Contes sera finalement publiée en 1857. 
    Tous les pays, toutes les régions, ont leurs mythes et leurs légendes propres. Ainsi, entre la France et l'Allemagne, le folklore ne diffère pas beaucoup et l'on retrouve donc pas mal de similitudes entre les Contes des frères Grimm et les Contes de Perrault : le Petit Chaperon Rouge, Cendrillon, Peau d'Âne, la Belle au Bois Dormant sont ainsi des sujets d'inspirations communs à l'auteur français et aux auteurs germaniques. 

    Aujourd'hui, tous ces contes sont encore édités mais on les connaît surtout grâce à l'industrie du cinéma, qui s'en empara au XXème siècle pour en faire des dessins animés à succès. Et si nous sommes finalement si familiers des personnages encore de nos jours -qui ne connaît pas Cendrillon ? Blanche-Neige ?-, c'est certainement grâce à ces films d'animation, certes édulcorés, pour correspondre à un jeune public mais qui n'ont pas moins permis de conserver encore d'une autre manière ces histoires merveilleuses dont l'origine remonte, pour certaines, au Moyen Âge. 
    Bien évidemment, dans ces contes, le merveilleux est partout : princesses belles comme le jour, jeunes princes intrépides, princesses emprisonnées dans le corps de différentes bêtes à cause de charmes, hommes sauvages, géants, roi aux pouvoirs immenses, riches et pauvres, dont les mondes se télescopent sans cesse. Porteurs de morales ou pas, ces contes servent bien sûr à édifier mais aussi à raconter de jolies histoires, même si elles ne sont jamais de tout repos et que le héros, avant d'arriver à son but -qui est bien souvent le mariage avec la belle princesse, conte oblige-, va devoir traverser bien des embûches qui prennent bien souvent la forme d'une quête initiatique. Les contes, c'est aussi un affrontement incessant entre le Bien et le Mal et même si ce dernier semble parfois gagner, c'est le Bien, à force de ruses, qui va réussir à le terrasser. 
    Manichéisme assumé et pressenti de toute façon par le lecteur, mais qui ne choque pas, car nous sommes ici dans des récits merveilleux qui s'y prêtent et permettent aussi d'une certaine façon, à ceux qui les lisent ou qui les écoutent, de comprendre quels sont les avantages d'être attiré par le Bien et les inconvénients à l'être par le Mal, car, même si ce dernier peut s'avérer particulièrement tentant, ceux qui ont l'âme noire finissent toujours par être punis par ceux qui sont restés purs : ainsi de la vilaine et jalouse reine de Blanche-Neige, des deux sœurs cupides et méchantes dans Cendrillon, des parents ingrats qui préfèrent abandonner leur progéniture ou la punisse trop sévèrement, ceux qui sont par trop ambitieux...A l'inverse, les jolies princesses sacrifiées et amoureuses se voient finalement ouvrir devant elles des destins certes tous tracés mais heureux, avec l'élu de leur cœur, dans un beau château et régnant sur un royaume prospère. 
    Les Contes, c'est finalement un bon moyen de retomber en enfance même si nous avons ici, en quelque sorte, des contes pour adultes, qui ne sont pas édulcorés et peuvent paraître parfois un peu violents et sombres, comme la fin de Blanche-Neige, par exemple, qui n'est pas celle de Disney. Mais, en même temps, l'enfance est intimement liée à ces récits en tous genre qui nous bercent pendant de nombreuses années et flirtent toujours plus ou moins avec le merveilleux. Les Contes, que ce soient ceux-ci ou ceux de Perrault, sont indémodables et se laissent lire avec un plaisir certain.

    Contes ; Jacob et Wilhelm Grimm 

    Blanche-Neige tentée par les marchandises de la méchante sorcière grimée en commerçante

    En Bref :

    Les + : des classiques oniriques, qui font voyage et retomber en enfance. Indémodables.
    Les - :
    des redondances (mais cela fait aussi partie du jeu).

     


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