• Concours pour le Paradis ; Clélia Renucci

    « Mon seul désir de représenter ce paradis de mon vivant serait de le retrouver dans l'au-delà. »

    Concours pour le Paradis ; Clélia Renucci

    Publié en 2018

    Editions Albin Michel

    272 pages

    Concours pour le Paradis ; Clélia Renucci

    Résumé :

    « Tout était dévasté, consumé, calciné. C'est de cet enfer qu'allait renaître le Paradis. »

    Dans le décor spectaculaire de la Venise renaissante, l'immense toile du Paradis devient un personnage vivant, opposant le génie de Véronèse, du Tintoret et des plus grands maîtres de la ville. Entre rivalités artistiques, trahisons familiales, déchirements politiques, Clélia Renucci fait revivre dans ce premier roman le prodige de la création, ses vertiges et ses drames.

    Ma Note : ★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    C'est un voyage à Venise qui a donné l'idée de son roman à Clélia Renucci et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a été bien inspirée.
    C'est dans un réel périple artistique que l'auteure nous propose de nous emmener, à la découverte de la Venise de la fin du XVIème siècle. L'époque post concile de Trente est synonyme, en Italie, d'émulation artistique sans précédent. Les artistes sont mis à disposition de la cause religieuse et se voient imposer des clauses rigoureuses pour que leurs œuvres soient acceptées et pour qu'eux-mêmes bénéficient du mécénat des plus grands. C'est l'époque bénie du Titien, du Caravage, du Tintoret, de Véronèse... A Venise, où les peintres ne manquent pas, il va bientôt leur être demandé de relever un grand défi et de mettre leur génie au service de la République... Quand le palais des doges brûle, au mois de décembre 1577, les grands dignitaires de Venise décident alors de lancer un concours où seront en compétition les meilleurs artistes de l'époque. Chacun devra livrer une esquisse d'un futur tableau, Le Paradis, destiné à décorer la grande salle du Conseil du palais des doges. Le tableau d'origine, datant du Moyen Âge, avait été détruit dans l'incendie. Une grande compétition est lancée, entre les meilleurs. Mais seul l'un d'entre eux en sortira vainqueur.
    Si vous tapez sur n'importe quel moteur de recherche : Le Paradis, palais des doges, Venise vous pourrez voir une toile immense, grandiose, qui occupe tout un pan de mur derrière la tribune du doge. Vous trouverez aussi le nom de ses auteurs : Jacopo et Domenico Tintoret.
    Vous croyez que je vous révèle LE SCOOP ? Non. Car l'information est facilement identifiable, n'importe où. Il suffit de se connecter à Internet... D'ailleurs, ce n'est pas de la finalité de l’œuvre dont il est question dans le roman mais tout le travail en amont. Finalement, peu importe qui remporte le concours, ce n'est pas ça qui compte mais la fureur créatrice des artistes devant un projet d'une telle ampleur, un projet qui peut devenir celui de toute une vie.

    Clélia Renucci s'intéresse à la façon dont chaque artiste va aborder le projet, comment chacun, en partant d'une idée de départ identique va ensuite se l'approprier pour en donner sa vision la plus personnelle. Pour Véronèse et Tintoret, dont l'expérience n'est plus à faire, se disputer le Paradis, c'est mesurer son talent à celui de l'autre ; pour le jeune peintre Bassano, cela devient le moyen de s'émanciper de la tutelle paternelle et de se faire enfin un prénom.
    C'est avec un style plein de douceur et d'une grande qualité, technique et précis au bon moment, documenté, nuancé que Clélia Renucci, dans ce premier roman, nous raconte plus de vingt ans de l'histoire picturale vénitienne, entre génie, labeur, investissement, concurrence, jalousies...
    J'avoue que le début m'a un peu fait peur et si j'ai tout de suite pris plaisir à découvrir le style très fin de l'auteure, j'ai parfois eu l'impression de lire surtout une juxtaposition de faits et je n'arrivais pas à me sentir vraiment investie dans ma lecture. Peut-être aussi n'ai-je pas pu lire au rythme que je souhaitais et cela a-t-il émoussé mon intérêt...Mais j'ai persévéré et j'ai bien fait, me rendant compte effectivement que le livre n'était pas réellement à l'origine du léger ennui que j'avais pu ressentir ! Alors que je pensais, passés les premiers chapitres, que ce roman était un peu plat, je me suis aperçue qu'il n'en était rien ! Certes, si vous cherchez aventures et rebondissements, passez votre chemin... Mais découvrir le processus de la création, le cheminement de la pensée du peintre, son génie créateur, les techniques -car les peintres à cette époque, étaient aussi des artisans et des inventeurs...cela vaut finalement toutes les aventures ! C'est tellement riche, tellement foisonnant...une véritable immersion dans cette mystérieuse Venise de la fin du XVIème siècle, dans le sillage grandiloquent ou plus discret de peintres dont l'Histoire a retenu le nom, ou pas.
    Si l'auteure pousse la porte de l'atelier du peintre, c'est aussi dans l'intimité de la famille Robusti qu'elle nous emmène. Jacopo Robusti, dit Le Tintoret était à la tête d'une grande famille...son fils Domenico, d'ailleurs, réalisera conjointement le tableau avec son père, diminué après la mort de sa fille aînée adorée, portraitiste de talent, Marietta, que l'on surnommera La Tintoretta. Si le reste de la famille n'apparaît qu'en arrière-plan, Clélia Renucci met en avant la relation privilégiée, familiale mais aussi professionnelle, qui a lié Le Tintoret à deux de ses enfants, tandis qu'un autre de ses fils, le jouisseur Marco, ne cessait de le décevoir. J'ai retrouvé un peu dans ce roman, de La Longue Attente de l'Ange, de Melania G. Mazzucco, sensible biographie romancée du Tintoret. J'ai retrouvé aussi Parle-leur de Batailles, de Rois et d'Eléphants, de Mathias Enard, roman sur le fabuleux destin de Michel-Ange. Comme la plupart des auteurs choisissant de s'intéresser aux grands peintres, Clélia Renucci a été bellement inspirée et a su dresser un portrait tout en nuances, entre ombres et lumières, d'une cité-Etat à la riche Histoire, complexe et paradoxale.
    Concours pour le Paradis est à lire, pour la beauté de l'écriture mais aussi pour son sujet, passionnant, et qui attire l'attention sur une œuvre méconnue mais grandiose de l'Histoire des arts italienne. 

     

    Le Paradis, Jacopo (Tintoret) et Domenico Robusti, salle du Conseil du Palais des Doges (1588)

     

    En Bref :

    Les + : un roman historique et humain, abouti et bien écrit, avec un style fin et de qualité.
    Les - : pas vraiment de points négatifs à soulever. Concours pour le Paradis est un bon premier roman.

     


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