• D'un Rouge Incomparable ; Véronique Chouraqui

    « Si tu ne me vois plus, ferme les yeux, et je serai là. Encore et toujours. »

    D'un Rouge Incomparable ; Véronique Chouraqui

    Publié en 2014

    Editions TDO (collection Histoire du Sud)

    416 pages


    Résumé :

    Dans le Montpellier de 1791, Elisabeth Coste, drapière, décide d'adopter une petite fille abandonnée. A cette occasion, elle retrouve Joseph Durand revenu en ville après 25 ans d'absence et devenu juge de paix. Leurs retrouvailles les bouleversent.                                                 Harcelée parce qu'elle est la soeur d'un prêtre réfractaire, elle voit injustement tous ses biens confisqués par les autorités. Joseph Durand est chargé de poser les scellés sur ses meubles et sa boutique. Alors que les Espagnols sont annoncés aux portes de la ville et que la rumeur d'une famine sans précédent s'amplifie, Elisabeth, acculée financièrement, décidé de faire cuire des galettes pour nourrir sa fille. Mais en période de crise, l'acte le plus insignifiant peut devenir un acte politique. Artisan du malheur d'Elisabeth et révolutionnaire convaincu, Joseph parviendra-t-il à l'aider dans son combat contre l'injustice ? Ses rêves de liberté et d'égalité résisteront-ils à la réalité ? 

    Librement inspiré de faits réels, ce roman dépeint avec une grande fidélité un épisode de la Terreur à Montpellier. L'écriture limpide et soignée de Véronique Chouraqui donne une dimension psychologique particulière aux personnages qui, malgré eux, sont sommés, non pas de choisir, mais d'appartenir à un camp. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1791, le sud du royaume est encore relativement épargné par la fureur révolutionnaire. Elisabeth Coste, drapière montpelliéraine, est alors confrontée à un abandon d'enfant, juste devant sa porte. La petite fille a un peu plus d'un an, elle est en très mauvaise santé et a peu de chances de survivre à son placement à l'hôpital. Elisabeth décide alors d'adopter l'enfant qui répond au nom de Marianne.
    Mais la relativement quiétude des habitants va bientôt être réduite à néant, avec la chute irrévocable de la monarchie, puis la proclamation de la République et, enfin, l'instauration du régime de la Terreur. L'armée espagnole est aux portes du Languedoc et du Roussillon et les conditions de vie de la population se durcissent de fait ; les jeunes hommes, du moins ceux qui jouent de malchance, doivent rejoindre l'armée pour défendre le pays et la Révolution, menacés par les royalistes et la famine, bientôt, se répand en ville. Un jeune homme, boulanger de son état et plutôt inventif, fréquentant par ailleurs la jeune servante d'Elisabeth Coste, Catherine, qui s'est éveillée grâce à lui aux idées novatrices de la Révolution, a alors l'idée, pour nourrir les habitants de Montpellier, les plus nécessiteux comme les autres, d'ailleurs, qui souffrent aussi du rationnement et de manque de vivres, de cuire des galettes, appelées aussi « biscuits de mer » et qui sont usités, sur les navires, depuis bien longtemps : ce sont en effet ces biscuits très secs et donc très durs que les équipages devant entreprendre de longs voyages en mer sans possibilité de se ravitailler emmenaient pour se nourrir le temps de leur voyage. Ces biscuits, peu appétissants, avaient au moins le mérite de se conserver longtemps après avoir été cuits et le jeune boulanger pense donc pouvoir ainsi remédier au problème de manque de nourriture en ville. Elisabeth, qui doit nourrir sa fille mais aussi son père malade, se range à son avis et se met à confectionner des galettes. Elle ne sait pas alors que ce simple acte d'une mère désespérée pour nourrir sa fille va prendre une ampleur formidable et la faire soupçonner de complot anti-révolutionnaire et d'aristocratie...le fait d'être la sœur d'un prêtre insermenté et, qui plus est, déporté par les autorités après avoir refusé la Constitution Civile du Clergé n'arrange assurément pas ses affaires.
    Inspiré de faits réels, le roman de Véronique Chouraqui traite un épisode très régional de la Révolution Française et donc, par là-même peu connu. Plutôt effrayant, il illustre le fanatisme d'un régime peu assuré sur ses bases et qui fait donc preuve d'intransigeance et d'autorité au point de verser dans l'horreur ; le désespoir de populations qui n'ont jamais vu les innovations de la Révolution et pour qui l'égalité naturelle entre les hommes n'est qu'une abstraction et qui doivent continuer, comme avant, à trimer pour nourrir et faire vivre leur famille ; le ridicule aussi de ces hommes qui se croient investis d'une mission républicaine et nient en bloc l'héritage monarchique au point de remplacer leurs noms de baptême, donc à connotation religieuse, par des noms bien plus courants de fruits et de légumes, par exemple. Le roman est aussi un bel exemple du fanatisme et de l'horreur de cette période que l'on est aujourd'hui un peu trop enclin à porter aux nues.
    Pour autant, il a des défauts comme des qualités et c'est ce que nous allons voir tout de suite. En effet, même si ce roman m'a convaincue, j'ai trouvé qu'il péchait par une chronologie un peu confuse et par un style parfois un peu difficile à suivre, d'autant plus que le livre est émaillé de flash-back. Flash-back qui permettent d'en savoir un peu plus sur le passé des personnages et donc, notamment, sur leur façon d'agir, mais il est parfois difficile de se retrouver entre les différents chapitres et de comprendre à quel moment le retour en arrière s'est amorcé.
    J'ai par contre trouvé ce roman très bien documenté, surtout sur les instances juridiques sous la Révolution mais aussi sur la politique de cette période en général. D'un Rouge Incomparable peint le portrait complet d'une ville, d'une région à l'identité tout de même fortement marquée et de personnages issus de différentes classes de la société, cette société qui peine encore à se défaire de ces anciens carcans, malgré, justement cette volonté d'abolir tout privilèges et de proclamer l'égalité de la Révolution. On se rend vite compte que, si aujourd'hui ces notions-là sont des acquis pour nous, il faudra bien des têtes tombées et bien des combats pour qu'elles le deviennent. En effet, les grandes idées de 1789 n'avaient pas encore eu la possibilité de s'enraciner fermement de la société qui connaissait encore bien des injustices.
    Ce que j'ai aimé aussi, c'est l'histoire un peu plus sentimentale qui sert de trame, de squelette au roman, en quelque sorte. Cette histoire lie Elisabeth Coste au juge de paix Joseph Durand, ancien ouvrier de son père, et qui a fait des études de droit à Aix avant de revenir à Montpellier où il a embrassé la cause révolutionnaire. Ils avaient connu une histoire d'amour juvénile avant de se perdre de vue, ils le pensaient très certainement, pour toujours. Histoire difficile, dure parfois, pleine de complications, cela change des grandes passions parfois un peu niaises. Au contraire, j'ai trouvé cette histoire très belle et intéressante à découvrir.
    De plus, en aidant Elisabeth dans son combat pour sa fille mais aussi contre l'injustice, Joseph Durand, dont le personnage peut paraître froid au premier abord devient de plus en plus sympathique au lecture à mesure que l'on avance dans le récit, surtout lorsqu'il se rend compte que ces nouvelles idées, dont il était un prêcheur convaincu, s'avèrent bien limitées.
    Et, même si je l'avoue, je me suis parfois un peu ennuyée au milieu de ma lecture, j'ai tout de même trouvé ce roman intéressant et je ne regrette pas de l'avoir lu, bien au contraire. D'un Rouge Incomparable décrit d'une façon innovante la Révolution et ça marche. Le roman a des défauts, quelques inégalités, mais se laisse lire.

    En Bref :

    Les + : un roman plutôt bien documenté et un récit intéressant inspiré de faits réels.
    Les - :
    des inégalités, une chronologie un peu confuse.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 26 Septembre 2015 à 21:40

    Je ne sais plus comment ce roman s'est retrouvé dans ma wish-list mais ton billet m'y a fait repenser...

    Ce qui est terrible avec la Révolution c'est que, passées les deux premières années pleines d'euphorie utopique et d'élan généreux, arrive le temps de la paranoia où ses enfants finissent par se manger entre eux...

    Enfin bref, malgré tes quelques réserves, tu m'as donné envie de faire passer ce livre de ma LAL à ma PAL... J'espère que je l'apprécierai autant que toi ! smile

      • Samedi 17 Octobre 2015 à 20:54

        Si jamais tu le lis, j'espère qu'il te plaira ! ^^ Personnellement, je partais quand même avec des réserves d'autant plus que je n'avais pas lu de critiques ultra positives...ce serait même plutôt le contraire ! Mais j'ai été agréablement surprise par la trame du bouquin, qui tourne essentiellement autour du duo Joseph-Elisabeth et par la façon dont l'auteure nous décrit la vie quotidienne durant la période révolutionnaire...tout ne fut pas si rose que ça pour le peuple à cette époque, malheureusement, on oublie souvent de le dire ! 

    2
    Samedi 17 Octobre 2015 à 17:03

    Je ne pense pas que je le lirai tout de suite mais pourquoi pas :-)

      • Samedi 17 Octobre 2015 à 20:55

        Même si je n'ai pas été convaincue à 100 %, j'ai bien aimé cette lecture et te la conseille donc. yes

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