• Demoiselles des Lumières ; Jean Diwo

    « Le savoir est le bien de tout le monde. »

    Demoiselles des Lumières ; Jean Diwo

    Publié en 2005

    Editions J'ai Lu 

    349 pages

    Résumé :

    « Venez, Agnès, dit Mme de Pompadour. Asseyons-nous devant le feu...C'est la seule chose qui vive encore vraiment dans cette pièce. Ainsi nous nous serons vues deux fois en vingt ans ! Vingt années au cours desquelles nos vies se sont tissées, comme des tapisseries, chacune de son côté. »

    A la fin des années 1730, deux jeunes filles font leur apparition dans la haute société de l'Ancien Régime. Mlle Poisson et Mlle d'Estreville sont intelligentes, belles, charmantes, et brûlent du désir de s'élever dans la société. Il faut n'avoir pas froid aux yeux quand on est, à cette époque, une femme ambitieuse ! Mlle Poisson, qui ne déteste rien tant que son nom, souhaite plus que tout être admise dans l'aristocratie. Et pourquoi pas à la cour ? Son destin extraordinaire fera d'elle Mme de Pompadour, favorite de Louis XV, première dame de France. Quant à la jolie Agnès d'Estreville, passionnée de mathématiques et d'astronomie, elle voudrait devenir, en dépit des préjugés, une scientifique reconnue. Deux vies et deux femmes d'exception au cœur du siècle des Lumières ! 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     A la fin des années 1730, toute la bonne société parisienne, aristocrates, mais aussi bourgeois, artistes et gens de lettres se retrouve pour prendre les eaux à Bourbon-l'Archambault. Là, au milieu des marquises et des duchesses, des astronomes et des philosophes, deux jeunes filles, fraîchement sorties du couvent, font les délices de cette société bigarrée et surtout, des peintres, tels Boucher, qui n'hésitent pas à les peindre de la plus flatteuse manière. Amies depuis leur enfance, ces deux jeunes filles sont Jeanne-Antoinette Poisson et Agnès d'Estreville. La première, issue de la bourgeoisie financière méprisée par la Cour et les aristocrates pur souche n'a pourtant qu'une idée en tête : devenir noble elle aussi et se voir, peut-être, ouvrir les portes de la Cour et, pourquoi pas, les bras du roi. On connaît le destin exceptionnel de cette jeune femme qui devint l'amie nécessaire de Louis XV, sa maîtresse et confidente pendant plus de vingt ans. L'autre, Agnès, est un personnage fictif qui symbolise les femmes qui, au XVIIIème siècle, commencent à s'intéresser aux sciences et à la philosophie des Lumières, notamment par le biais des salons tels ceux de Mmes Geoffrin et du Deffand ou encore Julie de Lespinasse, le grand amour de d'Alembert. Passionnée d'astronomie et de mathématiques, Agnès, élève de Clairaut -qui fut notamment envoyé en expédition en Laponie pour une mesure de méridien ou qui s'attela également à de savants calculs qui lui avaient permis d'annoncer, à quelques semaines près, le prochain passage de la comète de Halley-, bonne amie de Lavoisier et des auteurs de L'Encyclopédie est le pendant de son amie d'enfance ; tandis que Madame de Pompadour, grâce à son destin fulgurant, devient un soleil, Agnès en est la lune. L'une protégera les philosophes et les scientifiques tandis que l'autre navigue justement dans ce monde-là et en perçoit les formidables destinées comme les limites. Le XVIIIème siècle est un siècle d'émulation pour pleins de domaines : la peinture, mais aussi les mathématiques et la raison en général qui se heurtent malheureusement à une religion encore toute-puissante et qui sent bien ce que peut avoir de dangereux pour ses dogmes ces hommes, vaguement déistes certes mais qui n'hésitent pas à réfuter l'obscurantisme d'une croyance devenue pour eux, partisans de la raison, complètement obsolète.

    Madame de Pompadour par Maurice Quentin de La Tour (1755)


    Le sujet de ce roman est intéressant ; il est vrai que Jean Diwo, dans ses romans, opte toujours pour un point de vue ou un sujet original. Ainsi, dans Le Printemps des Cathédrales nous admirons, par les yeux mêmes de ceux qui la font, l'édification d'une cathédrale gothique ; et dans sa saga en deux tomes La Fontainière du Roy, l'héroïne est une jeune femme du XVIIème siècle, fille d'un fontainier du roi Louis XIV qui rêve de reprendre le flambeau paternel. Ici c'est donc à la science et à l'appétit croissant pour le savoir qui caractérise le siècle que l'auteur décide de s'attaquer.
    L'idée est bonne et on ne peut pas dire qu'elle soit mal traitée car ce serait ne pas être honnête mais je dois dire que je sors de cette lecture avec un sentiment mitigé. Je n'ai pas adoré, je n'ai pas détesté non plus. Mi-roman mi-chronique, le livre m'a plu pour cela ; malheureusement, des approximations historiques qui auraient pu être évitées -non, Marie-Antoinette n'est pas l'aînée des enfants du couple impérial et le coiffeur Léonard, né en 1758, n'a pas pu coiffer de poufs les belles dames des années 1740-, ont fait quelque peu retomber mon enthousiasme. Et si les parties narratives sont plutôt fluides et entrecoupées d'extraits de correspondances et de textes d'époque qui prouvent d'ailleurs que l'auteur, malgré des erreurs, a fait des recherches, les dialogues eux, m'ont moins convaincue. Parfois un peu lourds, ils ralentissent le récit qui aurait pu être plus linéaire sans cela. Des coquilles, qui, ne sont pas le fait de l'auteur mais malheureusement desservent le livre sont aussi très nombreuses, c'est dommage. On peut déplorer aussi que le récit, parfois, s'éloigne un peu de Madame de Pompadour et de son amie Agnès qui, au vu du résumé, semblaient constituer la trame du roman. Mais en contrepartie, nous faisons aussi la connaissance de tous les grands noms intellectuels -pour utiliser un anachronisme, le mot n'apparaissant en effet qu'au XXème siècle-, de l'époque, de Lavoisier en passant par les philosophes tels Diderot, Voltaire, d'Alembert, les peintres comme Boucher, Chardin, Fragonard, Greuze et les grandes salonnières, citées plus haut, qui ne sont plus des Précieuses mais des femmes intelligentes et instruites, avides de connaissances et de progrès. On y croise aussi ces souverains dit éclairés, tels le roi de Prusse, le roi de Pologne ou encore la tsarine de Russie, qui pensionnèrent et reçurent parfois à la Cour les plus grands noms de ce monde scientifique en plein essor : ainsi de Voltaire qui fut reçu à Berlin à la cour de Frédéric II, Madame Geoffrin, qui entretint une correspondance suivie avec le roi de Pologne à qui elle rendit visite à Varsovie ou encore Diderot, qui rencontra dans les brumes de Saint-Pétersbourg, Catherine II et sa cour. 
    Je ne déconseille donc absolument pas ce roman et, même si certaines choses m'ont gênée, tant dans la forme que dans le fond, je ne peux que vous encourager à le découvrir si vous le souhaitez. Ne serait-ce que pour le sujet traité, original et innovant

     

    Couverture de L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers, dirigée par Diderot et d'Alembert 

    En Bref : 

    Les + : un sujet intéressant ; la forme mi-roman mi-chronique, originale et bien maîtrisée par l'auteur.
    Les - : des erreurs historiques qui auraient pu être évitées ; des dialogues un peu lourds et beaucoup de coquilles, dommage. 


    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    Samedi 9 Janvier 2016 à 14:28

     Ne connaissais pas du tout mais maintenant j'ai trop envie de le lire ! Merci pour cette belle découverte !!!

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 22:46

        Mais de rien ! ! cool

    2
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 22:40

    J'ai aussi repéré la grosse erreur sur Marie-Antoinette car je la connais bien. Par contre je n'ai pas décelé d'autres erreurs, je ne suis pas assez experte pour cela. C'est vraiment dommage car j'ai aimé le principe de ce livre. J'adore le XVIIIème siècle et son côté culturel. Je me demande si je dois continuer à m'intéresser aux oeuvres de cet auteur du coup...

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 22:46

        N'hésite pas...ne te fie pas à ce livre-là, les autres sont plutôt bien ! ! Je te conseille vraiment Le Printemps des Cathédrales. On est loin des Piliers de la Terre, oeuvre majeure dans le genre "architectural médiéval" mais j'avais aimé ce roman. La petite saga La Fontainière du Roy n'est pas mal non plus ! ! 

        J'ai beaucoup aimé le principe de Demoiselles des Lumières moi aussi ! yes Et c'est vraiment dommage qu'il y'ait eu ces erreurs qui auraient largement pu être évitées. 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :