• Duel pour un Roi : Mme de Montespan contre Mme de Maintenon ; Agnès Walch

    « Françoise de Montespan et Françoise de Maintenon incarne les deux âges de la femme : l'éclat de la jeunesse à son zénith pour l'une, la douceur raisonnable de la maturité pour l'autre. »

     

     

     

         Publié en 2019

      Editions Tallandier (collection Texto)

      329 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    L'une porte un grand nom, l'autre est née dans une cellule de prison. L'une, splendide et ambitieuse, s'attache l'amour du Roi-Soleil et lui donne sept enfants. L'autre devient gouvernante des bâtards royaux et entre dans la vie du roi. La blonde Montespan contre la brune Maintenon. 

    Avec une plume alerte, l'historienne Agnès Walch nous plonge dans les coulisses de la cour de Versailles et nous restitue pour la première fois l'affrontement de deux femmes, d'abord amies intimes puis ennemies mortelles, étonnamment modernes, éprises de liberté, déterminées et courageuses. Le Grand Siècle raconté du côté des femmes... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Elles ont cinq ans d'écart, autant dire qu'elles sont contemporaines, ou presque. Leur naissance et leur enfance ne les prédestinent pas à se connaître ni même à se croiser un jour. Pourtant, les deux Françoise deviendront amies puis rivales et enfin ennemies, en l'espace d'une dizaine d'années. Elles deviendront rivales pour la faveur d'un seul et même homme : Louis XIV. Et une chose est sûre, c'est que ce n'est pas sur laquelle on parierait au premier abord qui va en sortir victorieuse...
    Quand elle naît en 1635 à Niort, les fées ne se penchent assurément pas sur le berceau de Françoise d'Aubigné, petite-fille d'un compagnon d'Henri IV (et auteur à ses heures, qui signera notamment un recueil intitulé Les Tragiques), Agrippa d'Aubigné. Son père purge alors une peine de prison à Niort et l'enfant naît dans la prison de la ville. Sa mère est la fille d'un geôlier séduite par Constant d'Aubigné alors qu'il était emprisonné à Bordeaux. Françoise est le deuxième enfant du couple : elle a un frère aîné et un puîné, qui naîtra dix-huit mois après elle. Son enfance est modeste, marquée par l'indifférence d'une mère trop occupée à faire bouillir la marmite tandis que son mari est en prison et par une parenthèse presque enchantée dans les Antilles, dont Françoise tirera plus tard son surnom de « Belle Indienne ». Le retour en France après la mort de Constant d'Aubigné est amer : ballottée entre sa marraine, le château de Mursay où elle vit auprès de cousins protestants, les Villette et différents couvents dont elle gardera un souvenir amer, elle est adolescente quand elle découvre Paris pour la première fois. Là, elle y rencontre un personnage étrange et truculent, Paul Scarron, dont l'esprit est aussi vif que son corps martyrisé est souffrant. Parce que Françoise, désargentée, n'entrevoit que comme perspective d'avenir le couvent, ce qu'elle trouve peu engageant, elle accepte d'épouser Scarron, auprès duquel elle forge son esprit et fréquente les cercles littéraires qui, quelques années plus tard, alors qu'elle est devenue veuve, lui feront rencontrer Madame de Montespan.
    Cette dernière est donc née cinq ans après Françoise d'Aubigné, en province aussi, puisqu'elle voit le jour au début d'octobre 1640 en Poitou : elle est la fille de Gabriel de Rochechouart de Mortemart et de Diane de Grandseigne. Par son père, elle est issue d'une très ancienne famille de la noblesse française, qui s'enorgueillit d'une ascendance qui remonterait au tout début du Moyen Âge. Elle reçoit elle aussi comme prénom de baptême Françoise, qu'elle abandonnera petit à petit pour ne plus porter que le surnom que les cercles précieux lui ont donné : Athénaïs. Par sa naissance illustre, Françoise de Rochechouart, connue à la Cour avant son mariage comme Mademoiselle de Tonnay-Charente, reçoit une éducation illustre et intègre dans les années 1660 le cercle du frère du roi, Philippe d'Orléans, avec lequel elle se lie d'amitié. Elle sera probablement au service de son épouse Henriette d'Angleterre, la première duchesse d'Orléans, puis intègre la Maison de Marie-Thérèse d'Autriche, la reine, dont elle devient dame d'honneur.
    Quand elle rencontre Françoise d'Aubigné dans un cercle littéraire parisien, elles n'ont rien en commun mais se reconnaissent, une communion d'esprit les lie rapidement (« La rencontre provoque un choc réciproque. C'est un coup de foudre intellectuel. La Belle Indienne se retrouve face à une femme magnifique et impérieusement autoritaire. Intriguée, elle se rapproche d'elle, entame une conversation où l'intelligence le dispute à la culture. Athénaïs est frappée de trouver chez son interlocutrice tant de vivacité et de savoir-faire mondain. Habituée des salons littéraires et précieux, Françoise Scarron est dans son élément. Elle répond du tac au tac. Elle vient de trouver une partenaire de jeux. Les deux Françoise se fascinent réciproquement. » ) et Madame de Montespan trouve en celle qui n'est encore que la veuve Scarron un esprit capable de rivaliser avec le sien. Contre toute attente, c'est une relation d'abord amicale qui lie les deux Françoise. Alors que l'on garde plus volontiers en mémoires les années conflictuelles au moment de la faveur de Madame de Montespan et lorsque son étoile pâlit, marquant le début de l'ascension de Madame de Maintenon, elles sont d'abord deux amies liées par une confiance mutuelle. Quand la superbe et piquante Athénaïs, vers 1667, remplace progressivement Louise de La Vallière dans le cœur de Louis XIV, elle se retrouve rapidement confrontée à des grossesses : Louis XIV est un homme sensuel et les grossesses rapprochées et nombreuses deviennent le lot de toutes les favorites. Madame de Montespan, entre 1669 et 1678, donnera sept enfants au roi. Les survivants seront tous reconnus et légitimés, avant de faire de beaux mariages : ainsi Mademoiselle de Blois, qui épousera son cousin, le futur Régent ou encore sa soeur Mademoiselle de Nantes, qui épouse le petit-fils du Grand Condé.

                                     Madame de Montespan — Wikipédia  Louis XIV — Wikipédia  Madame de Maintenon, la reine cachée - Point de Vue

    Le destin du Roi-Soleil reste aujourd'hui encore lié à celui de deux femmes : Madame de Montespan, favorite et mère et Madame de Maintenon, compagne fidèle et constante de la maturité et de la vieillesse...


    Mais au moment de leur naissance, ces enfants doivent être cachés et sont élevés loin de la Cour : c'est à ce moment-là qu'Athénaïs de Montespan pense à la douce et modeste veuve Scarron pour devenir la gouvernante des bâtards royaux, scellant leur destin à toutes deux. Insensiblement, Françoise s'immisce dans le couple, est un témoin, direct ou indirect, de leur amour, de leurs déchirements, de leur culpabilité (contrairement à ce que l'on pourrait penser, la relation de Louis XIV et de la bouillante marquise n'est pas exempte de culpabilité religieuse)...elle devient une mère de substitution pour les enfants du couple, pallie l'indifférence de leur mère biologique par un dévouement sans bornes, devant plus qu'une gouvernante. Son affection pour les enfants, les soins qu'elle leur apporte, sa propre vie qu'elle met entre parenthèses pour le bien des petits dont elle a la charge, vont piquer la curiosité du roi : et Louis XIV qui, au départ, marque son hostilité envers la veuve Scarron et la faveur que lui témoigne Athénaïs, va progressivement revoir son jugement. Aurait-on pu penser que Madame de Montespan allait être supplantée, et durablement, par la gouvernante de ses enfants, veuve d'un poète satyrique et frondeur, désargentée et d'une petite noblesse provinçiale ? Aurait-on parié, à l'époque, sur Madame de Maintenon, que le roi épouse secrètement probablement en 1683, quelques mois après la mort de la reine Marie-Thérèse ? Pendant trente-deux ans, jusqu'à la mort du roi en 1715, Madame de Maintenon sera la compagne de la maturité et de la vieillesse, le soutien de l'ombre, indéfectible et toujours fidèle tandis que Madame de Montespan quitte bientôt la Cour pour se consacrer à des oeuvres de charité, jusqu'à la fin de sa vie, en 1707. Sa rivale gagne sur tous les plans et lui survivra même douze années, puisque Madame de Maintenon ne meurt qu'en avril 1719.
    Agnès Walch raconte les destins conjoints de deux femmes qui, même devenues rivales, restent pour l'Histoire presque indissociables l'une de l'autre. La faveur d'un même homme, le roi de France, qui passe de l'une à l'autre, les éloigne irrémédiablement, mais sans jamais les séparer totalement : aujourd'hui encore, quand on pense à Madame de Maintenon, on songe aussitôt à ce tour de force qu'elle parvient à accomplir en écartant une favorite installée dans la vie du roi depuis plus de dix ans.
    En remontant jusqu'à leurs origines, leurs enfances respectives puis en déroulant leurs parcours qui se font toujours l'un parallèle à l'autre avant de se rejoindre et se télescoper avec violence, Agnès Walch raconte la destinée passionnante des deux Françoise mais aussi de Louis XIV. En fait, c'est le Grand Siècle qui revit sous nos yeux.
    Ce livre, qui n'est pas un roman, s'appuie sur une base historique plus que solide et la formation de l'auteure, qui est professeur d'histoire moderne, est évidemment une caution plus que satisfaisante ! Vous savez que vous allez lire un livre précis, bien documenté mais qui ne laisse pas de côté pour autant le plaisir de la lecture : à cela s'ajoute une plume qui ne se veut pas académique mais au contraire, chaleureuse et empathique. Si vous aimez le XVIIème siècle français et si Louis XIV vous fascine, ce livre est fait pour vous et vous satisfera certainement.

    L'allée du roi -

    Françoise Scarron et Madame de Montespan au temps de la confiance : elles sont interprétées respectivement par Dominique Blanc et Valentine Varela dans le film L'Allée de Roi (1995)

     

    En Bref :

    Les + : particulièrement instructif, ce livre, qui n'est pas un roman, nous en apprend un peu plus sur les relations complexes qui unirent Madame de Montespan et Madame de Maintenon, avant que la seconde ne supplante la première dans le cœur du roi Louis XIV. Solide historiquement et agréable à lire, j'ai apprécié de voyager dans ce Grand Siècle français qui ne cesse de me passionner. 
    Les - :
    deux, trois coquilles d'impression, des mots manquants...sans être grave, c'est un peu dommage.


    Duel pour un Roi : Mme de Montespan contre Mme de Maintenon ; Agnès Walch

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • Commentaires

    1
    Mardi 26 Janvier à 15:41

    Voilà 2 figures que j'apprécie beaucoup. Elles m'intriguent alors j'ai déjà lu pas mal de livres sur elles mais celui-ci fait bien partie de ma Wish-list !

      • Mercredi 27 Janvier à 22:15

        En plus, on a dit tout et rien sur elles ! Sur Madame de Maintenon, notamment : qu'elle avait été la maîtresse de Villarceaux (donc peut-être pas si vertueuse que ça au final), ensuite trop moralisatrice, huguenote voire instigatrice de la révocation de l'Edit de Nantes...la pauvre, elle en a porté des casquettes ! Au final, c'est bien de lire des productions d'historiens qui nuancent justement ces images-là... pour Madame de Montespan, c'est surtout l'Affaire des poisons qui lui colle à la peau depuis longtemps alors que rien ne prouve réellement qu'elle ait fait appel à des mages et des empoisonneurs. 

        C'était une lecture vraiment intéressante, j'ai passé un bon moment et j'ai trouvé encore une fois le style de l'auteure très efficace : précis sans être académique. C'était parfait ! 

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