• INTERMEDE HISTOIRE SPECIAL HALLOWEEN : Les sorcières de Salem

     

     

     

    INTERMEDE HISTOIRE SPECIAL HALLOWEEN : Les sorcières de Salem

    Witch Hill ou Le martyr de Salem (The Salem Martyr ; New York Historical Society), par Thomas Slatterwhite Noble.

     

    BOUH ! 


    Aujourd'hui, c'est Halloween et je vous propose un intermède historique spécial. On va parler des sorcières de Salem... Vous avez certainement déjà entendu parler de cette histoire qualifiée d'hystérie collective qui secoua une colonie britannique du Massachusetts à la fin du XVIIème siècle et qui inspira la littérature et le cinéma. 

     

    C'est dans un contexte compliqué que prend corps ce qui sera la plus importante chasse aux sorcières d'Amérique du Nord. Imaginez une colonie encore jeune et donc fragile, isolée, relativement pauvre et régulièrement victime d'attaques amérindiennes... La vie y est rude, la communauté dépourvue de juridictions et structures de gouvernement...
    Et en 1692, débute une affaire qui ne cessera qu'un an plus tard à la suite d'un grand procès qui impliquera plus d'une centaine d'accusés et verra condamnées à mort plusieurs personnes dont quatorze femmes. Elle entrera dans l'Histoire sous le nom de Procès des sorcières de Salem.

    En 1692, dans la petite ville de Salem Village -aujourd'hui Danvers- des jeunes filles, Abigail Williams, Ann Putnam et Betty Parris, entre autres, accusent d'autres habitants d'être des magiciens, des sorciers alliés de Satan qui les auraient envoûtées.
    Durant l'hiver 1691/1692, pour se distraire, les jeunes filles se sont adonnées à la divination et demandent à une servante des Parris, Tituba, qui vient de La Barbade, de leur apprendre à lire l'avenir. Par la suite, l'une des jeunes filles dira avoir, au cours d'une nouvelle séance de divination, aperçu un spectre, ce qui lui cause une vive frayeur et ressenti ensuite une gêne pour respirer. Puis elles se mettent à agir de manière étrange : elles parlent une langue inconnue, souffrent de convulsions et d'hallucinations. On consulte des médecins qui s'avèrent impuissants jusqu'à ce que l'un d'eux parle de possession satanique. Le père de Betty Parris et les autres notables de Salem obligent Abigail et Betty ainsi que d'autres jeunes filles présentant des symptômes similaires de donner les noms de ceux qui les ont envoûtées... Parce qu'elles se rendent compte, horrifiées, que ce qu'elles ont fait est contraire aux préceptes religieux dans lesquels elles ont été élevées, elle s'enferrent dans le mensonge et se décident alors à donner des noms pour éviter d'avouer que ce sont elles qui, par jeu, ont eu l'idée de pratiquer la divination.
    Les premières femmes accusées sont Tituba, Sarah Good et Sarah Osborne. Toutes trois sont à part, en marge de la société de Salem Village : Tituba est une servante esclave d'origine amérindienne, venue des Antilles ; Sarah Good est une mendiante ; Sarah Osborne une vieille femme alitée mais peu appréciée de la communauté après avoir spolié ses enfants de leur héritage au profit de son second mari.
    Rapidement, l'affaire dépasse les limites de Salem et se propage dans les bourgades voisines et même jusqu'à Boston, prenant une ampleur extraordinaire.
    Tituba et les deux Sarah sont officiellement accusées de sorcellerie et emprisonnées, le 1er mars 1692. Mais parce que l'état des adolescentes ne s'améliore pas, elles lancent d'autres accusations, contre Dorcas Good, la fille de Sarah, âgée de 4 ans, Rebecca Nurse, le couple Proctor, Elizabeth et John et d'autres personnes encore.
    La communauté, victime des attaques récurrentes des Amérindiens et ne possédant pas de gouvernement réel semble dépassée par l'affaire, prête foi aux accusations des adolescentes et condamne les personnes mises en cause à la mort par pendaison, pour faits de sorcellerie.
    On peut se demander ce qui poussa ces jeunes filles à accuser ces gens-là et pas d'autres. Pourquoi par exemple s'en prendre à Rebecca Nurse, une vieille dame malade et connue pour sa piété, en apparence inoffensive ? Il s'avère que la famille Nurse avait causé du tort aux Parris en occupant des terres qui leur appartenaient. Pour d'autres, ce sont des tensions et jalousies sociales qui ont motivé les accusations mensongères d'Abigail, Betty et les autres. Ils prennent pour preuve que la majorité des accusés vivent à Salem, une ville portuaire riche, à proximité de Boston tandis que les accusatrices, elles, vivent à Salem Village, plus rurale, isolée à l'intérieur des terres et moins prospère. Cela dit, concernant Sarah Good, une vagabonde à l'esprit un peu fragile, l'hypothèse ne tient pas. On peut supposer ceci dit que les accusations n'ont pas été lancées à la légère et que les jeunes filles s'en sont pris à des personnes ayant causé du tort à leur familles, ou supposées telles.
    Toujours est-il que, petit à petit, les prisons se remplissent... Seulement, se pose alors un problème d'ordre législatif : Salem Village n'ayant pas de vrai gouvernement, les accusés ne peuvent être jugés. Quand le gouverneur William Phips arrive à Salem en mai 1692, Sarah Osborne est morte en prison et Sarah Good a accouché d'une petite fille. Auprès du pasteur venu la confesser, elle se défend férocement d'être une sorcière et clame son innocence. Seule l'esclave Tituba avoue. La propre femme de Phips comptera elle-même parmi les accusés. 
    Pendant l'été qui suit, la cour est en session une fois par mois. Une seule accusée sera relâchée, après que les jeunes accusatrices se soient rétracées à son sujet. Elizabeth Proctor et une autre femme bénéficient d'un sursis parce qu'elles sont enceintes mais seront pendues après la naissance de leur enfant. Aucun acquittement n'est prononcé et les procès se terminent par une mise à mort systématique. Seuls ceux qui plaident coupable et acceptent de dénoncer d'autres personnes échappent à la peine capitale. En tout, dix-neuf personnes sont pendues durant l'été, parmi elles, des personnes respectables voire des notables (un ministre du culte, un ancien policier par exemple). Sur les dix-neuf accusés, cinq sont des hommes et quatorze des femmes, dont plusieurs sont âgées et miséreuses. En avouant son crime, la servante Tituba sera libérée et rachetée par un nouveau meurtre. Elle meurt après 1693.

    Ce grand procès qui s'achève en octobre 1692, aura un impact important sur la colonie : les terres et le bétail sont délaissés, certains habitants fuient vers New York, le commerce est impacté aussi. Jusqu'au printemps de l'année suivante, les accusés sont progressivement remis en liberté... officiellement, le gouverneur royal du Massachusetts, William Phips met fin à la procédure après un manifeste du clergé bostonien emmené par Increase Mather qui écrit dans Cases of Conscience Concerning Evil Spirits (Cas de conscience concernant les esprits maléfiques) : « Il apparaît préférable que dix sorcières suspectées puissent échapper, plutôt qu'une personne innocente soit condamnée ».

    Hystérie collective ou empoisonnement à l'ergot de seigle ? Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette affaire qui marquera l'histoire des futurs États-Unis, au point de faire dire à l'historien George Burr Lincoln : « la sorcellerie de Salem a été le roc sur lequel la théocratie s'est brisée." et à beaucoup d'autres scientifiques que cette affaire sans précédent a eu une influence profonde et durable sur l'histoire du pays. »
    Évidemment, on se demande ce qui s'est passé... La théorie la plus répandue consiste à affirmer que c'est l'influence de la religion, particulièrement influente dans le Massachusetts des années 1630 aux années 1690 et régissant la vie d'habitants isolés et connaissant une vie austère, qui provoqua ces hallucinations et cette hystérie collectives. Si cette hypothèse est aujourd'hui considérée comme simpliste par la plupart des historiens, on ne peut nier que l'existence dans cette colonie est compliquée et que c'est une lutte de chaque instant. Confrontée à des attaques indiennes récurrentes, elle ne peut compter sur le soutien anglais, la population avait été décimée... Cette situation a conduit à un climat de peur dans lequel peut alors se développer facilement paranoïa et hystérie. C'est ce qu'affirme Mary Norton dans son livre Dans le piège du Diable. Pour elle, la plupart des victimes d'accusation des jeunes filles avait un lien personnel ou social avec ces attaques amérindiennes. Petit à petit, les Indiens sont associés aux démons et tout concourt à faire de Salem un véritable microcosme de terreur puritaine. La situation fragile et incertaine de l'avenir de la communauté, la volonté de Samuel Parris de s'émanciper de Salem Town pour faire de Salem Village une cité à part entière, la vie rude et presque hostile des paysans qui composent la majeure partie de la communauté de Salem ont sûrement participé à développer cette affaire de sorcellerie.

    Pour d'autres, c'est un empoisonnement à l'ergot de seigle qui aurait conduit les habitants de Salem à cette terreur massive et cette hystérie... l'ergot de seigle est un parasite de la céréale qui contient des alcaloïdes toxiques proches du LSD, une drogue qui provoque justement des hallucinations. On sait que le seigle était cultivé dans les terres marécageuses autour de Salem et nourrissait hommes et bétail. Un été humide et chaud était propice à la prolifération de l'ergot et c'est justement ce qui se passa pendant l'été 1691 qui précéda les premières accusations.

    Une autre thèse affirme que les accusateurs auraient souffert de la maladie de Huntington, maladie neurologique dégénérative et orpheline qui provoque des troubles moteurs et cognitifs avant de conduire à la mort.

    On a avancé aussi que des cas possibles de maltraitance d'enfants auraient pu conduire à cette massive vague d'accusations par des jeunes filles à peine adolescentes au moment des faits. 

    Actuellement, aucune thèse n'est confirmée ou infirmée par rapport à une autre. Si l'on part du principe que la possession démoniaque ou maléfique n'a pas de fondement, on peut considérer comme cohérent que les conditions de vie difficiles, l'isolement de cette colonie séparée de sa métropole dont elle ne peut rien attendre, la forte influence de la religion puritaine et les raids réguliers des Indiens participent à créer un climat de peur et de psychose qui conduit finalement à la recherche éperdue d'un bouc-émissaire et à ces vagues d'accusations qui se succèdent pendant plusieurs mois et touchent des centaines de personnes, des notables aux miséreux.

    • La maison de la sorcière à Salem (Witch House)

    INTERMEDE HISTOIRE SPECIAL HALLOWEEN : Les sorcières de Salem

    Si vous visitez Salem, nul doute que votre curiosité vous poussera à découvrir celle que l'on appelle la Maison de la Sorcière ou Witch House, en anglais. Une maison en bardeaux noirs et légèrement effrayante, il faut bien le dire... 
    Pourtant, en réalité, ce n'est pas réellement une maison de sorcière mais l'endroit où se tient le procès des sorcières en 1692 et où vit le juge Jonathan Corwin. Il avait racheté cette maison en 1675.
    Très bon exemple de l'architecture de la Nouvelle-Angleterre au XVIIème siècle, c'est aujourd'hui un des hauts lieux du tourisme près de Boston et la dernière maison encore debout qui soit rattachée directement à l'époque des sorcières de Salem.

    Salem est réputée pour ses manifestations au mois d'octobre, notamment pour Halloween et est prisée à cette époque de l'année par les touristes fan de cette ambiance peuplée de monstres, démons et autres... sorcières.

    INTERMEDE HISTOIRE SPECIAL HALLOWEEN : Les sorcières de Salem 

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus : 


    Le procès des sorcières de Salem : quand le diable colonisa l'Amérique, Jonathan Dehoux. Essai historique.
    Les sorcières de Salem, Arthur Miller. Pièce de théâtre. 
    Les mystères de Salem, Megan Chance. Roman. 
    - Moi, Tituba, sorcière, Maryse Condé. Roman.




     


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