• Francesca, tome 2, La Trahison des Borgia ; Sara Poole

    « D'après mon expérience, nous sommes trop versés dans l'art de draper les actes les plus vénaux d'une intention vertueuse. »

    Francesca, Empoisonneuse à la Cour des Borgia, tome 2, La Trahison des Borgia ; Sara Poole

     

    Publié en 2011 aux Etats-Unis ; en 2014 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Poisoner Mysteries, book 2, The Borgia Betrayal

    Editions Pocket

    505 pages

    Deuxième tome de la saga Francesca

    Résumé :

    1493. Voilà un an que les Borgia règnent sur la chrétienté, depuis que Rodrigo est devenu le pape Alexandre VI. Et si les talents d'empoisonneuse de Francesca ont grandement contribué à son ascension, sa science est désormais le seul rempart contre tous ceux qui veulent attenter à la vie du pape. 
    Car de ses cryptes cachées à ses rues écrasées de soleil, Rome abrite autant de traîtres que de fanatiques. Et Francesca va devoir affronter ses propres démons pour déjouer un complot visant à détruire les Borgia, à prendre le contrôle de la chrétienté et à plonger pour toujours dans le monde des ténèbres. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quel plaisir de retrouver Francesca dans ce deuxième volume ! J'avais beaucoup aimé le premier : son intrigue, son contexte et surtout, son héroïne, atypique mais tellement intéressante et charismatique.
    En 1493, Rodrigo Borgia est pape depuis quelques mois, sous le nom d'Alexandre VI et le moins qu'on puisse dire, c'est que son pontificat ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Sur fond de découverte d'un nouveau monde, Alexandre VI doit faire face aux appétits et ambitions des grandes familles italiennes, tandis que les Rois Catholiques en Espagne sont tapis dans l'ombre en attendant leur heure. A Rome, l'empoisonneuse de la famille, Francesca Giordano a fort à faire pour protéger le pape et les siens, notamment ses enfants illégitimes, à commencer par la petite Lucrezia, qui s'apprête à épouser le seigneur de Pesaro. Quant au pape, malgré sa position, il n'est pas à l'abri de tentatives d'homicide répétées que la jeune femme doit contrer tant bien que mal. Et à une époque où on manie les poisons et autres poudres aussi facilement que nous, nos Smartphones, il est sûr qu'un pape aussi sulfureux que Borgia est une cible toute trouvée pour les empoisonneurs et autres ennherbeurs de tout poil !
    Cinq cents plus tard, les Borgia fascinent toujours et je trouve ça tellement fou ! Comment cette famille, non seulement a pu se hisser à la fonction suprême à l’époque, le pontificat, mais aussi s'insinuer, un peu comme les Médicis, au sein des plus grandes familles ? Et tout ça en se traînant une légende noire des plus indélébiles... Qui n'a jamais entendu parler des hypothétiques relations incestueuses entre Lucrèce Borgia et son frère César voire avec son propre père ? Qui n'a jamais entendu dire qu'ils savaient manier mieux que personnes poudres et poisons et notamment la fameuse cantarelle ?
    Et si les Borgia c'était aussi bien plus que ça ? Aujourd'hui, on s'accorde à les considérer ni plus ni moins que les autres grands de l'époque, les Sforza, les Médicis, les d'Este et j'en passe. D'origine espagnole, la famille Borgia donnera plusieurs princes de l'Église et notamment deux papes. Corrompus, ils l'ont sûrement été, riches et peu respectueux des préceptes de l'Église, certainement aussi. Mais ils sont aussi inscrits complètement dans une époque d'émulation artistique et culturelle, en plein humanisme naissant. Cultivés et mécènes, les Borgia devinrent en l'espace de quelques décennies une grande famille de la péninsule italienne. Alexandre VI, s'il fut un pape atypique religieusement parlant, a certainement été, malgré quelques faux pas, un bon politique car il ne faut pas oublier que le pape à l'époque était un chef d'Etat à part entière, qui avait toute sa place dans la diplomatie européenne, au-dela du fait qu'il soit le chef de la Chrétienté.
    Francesca est un personnage très atypique et qui a su tout de suite me séduire, par son charisme d'une part mais aussi de part sa différence. La jeune femme, par fidélité filiale à son père, a repris le flambeau : seulement ce n'était pas n'importe quelle activité que son père exerçait avant sa mort, mais bien celle d'empoisonneur officiel du cardinal Rodrigo Borgia. Un métier à haut risque on s'en doute mais qui place de facto celui qui l'exerce au ban de la société. Un peu comme un bourreau, en fait : indispensable mais relégué malgré tout aux marges de la société. Il est alors très difficile voire impossible de prétendre à une vie normale, un mariage, des enfants ou autres, à plus forte raison quand on est une femme.
    Au départ, je me suis qu'en cette fin de XVème siècle, Francesca était un peu un précurseur, ces femmes qui, à une époque où ce n'était pas la norme, choisissaient de vivre libres, indépendantes. Et puis petit à petit, j'ai compris que la jeune femme n'était finalement pas si libre que ça, dans la mesure où elle la subit, cette liberté, qui est d'ailleurs bien plus un fardeau pour elle qu'autre chose. Certes, à une époque où cela ne se faisait pas, Francesca choisit de vivre célibataire, s'offrant quelques moments charnels avec le fils du pape. Et elle exerce un métier à part entière. Mais sans avoir rien choisi pour autant. Au final, Francesca n'est pas plus libre que la petite Lucrezia, aimée de son père mais tout de même considéré comme un pion sur l'échiquier diplomatique.
    Quant au métier exercé par les Giordano, père et fille, parlons-en : à ce jour, sans être une experte pour autant, j'ai pas mal lu sur les Borgia et rien ne me permet de croire que ce métier a bien existé. Mais, quand on y pense, il est pertinent et cohérent à une époque où le poison est
    une arme comme les autres et où, faiblesse de la médecine oblige, on est relativement peu préparé à le contrer. Le poison faisait peur et que les grands de ce monde se soient entourées de personnes connaissant bien l'usage des poisons et des plantes...Pourquoi pas ? Catherine de Médicis en son temps, aura bien ses fameux parfumeurs...
    Vous l'aurez compris, Francesca est donc un personnage complètement fictif mais inséré dans un contexte authentique. Cela donne une bonne fiction historique, comme je les aime, avec un contexte historique bien relaté et de petites histoires imaginaires qui viennent s'y ajouter, comme à une trame. Ainsi, sur fond de Grandes découvertes et de guerre larvée entre les puissances européennes qui retrouvent toutes un certain équilibre après les troubles des décennies voire des siècles précédents, on découvre une Francesca de plus en plus enchaînée à sa vengeance qui devient une idée fixe. On la découvre de plus en plus instable et de plus en plus menacée, incapable de mener une vie normale. Relativement normale, dirions-nous.
    Ce deuxième tome était un peu lent à démarrer et peut-être un peu confus au départ. J'ai eu l'impression que l'intrigue se mettait en place difficilement mais, une fois que c'était parti, c'était parfait. Sara Poole signe encore une fois un roman très abouti. Assez poisseuse, l'intrigue nous enveloppe comme un brouillard. J'ai trouvé ce premier tome à la hauteur du premier : l'intrigue, les personnages, l'ambiance de la saga se peaufinent et deviennent ainsi de plus en plus ciselés. J'apprécie aussi que Sara Poole, suivant ainsi l'historiographie actuelle qui, sans dénier totalement la sulfureuse réputation des Borgia, la tempère et la minore, mettant aussi en avant leurs qualités : génie militaire et politique pour César, sens politique tout aussi satisfaisant chez le pape Alexandre VI. Effectivement, ils entretinrent des maîtresses, ils eurent des bâtards, pratiquèrent allègrement le meurtre, la simonie, le népotisme, mais ni plus ni moins que les autres grandes familles de l'époque et c'est ça qui est agréable. Découvrir des personnages débarrassés des traits les plus grossiers de leur légende noire, comme l'inceste odieux entre César et sa sœur Lucrèce ou bien encore entre la jeune fille et son père. De tous les Borgia, c'est d'ailleurs peut-être la fille unique du pape qui bénéficie de la meilleure presse, actuellement : Lucrèce, comme les princesses européennes de cette fin de XVème siècle, comme les filles des grandes familles italiennes, n'était rien qu'un pion, un jouet entre les mains ambitieuses des siens. On est loin du stupre et de la réputation de luxure que lui feront les auteurs du XIXème siècle et elle est d'ailleurs présentée par Sara Poole comme une adolescente douce et gentille, lucide mais qui parvient à rêver encore un peu. Comme Francesca, qui est nuancée à l'extrême, faisant d'elle un être ambivalent où combattent le Bien et le Mal, tous les membres de la famille Borgia sont représentés tout en nuances et c'est cela que j'apprécie vraiment dans cette saga.
    Bref, ce deuxième tome, La Trahison des Borgia, avait, sur le papier, tout pour me plaire. Et ce bon a priori s'est vraiment confirmé à sa lecture. Malgré un début un peu confus qui m'a empêchée de vite rentrer dans l'intrigue, j'ai ensuite été totalement happée et j'ai suivi Francesca dans ses pérégrinations et sa traque de Morozzi avec beaucoup de tension, parfois et d'intérêt.
    J'ai passé un bon moment de lecture et encore une fois, j'ai vraiment aimé retrouver ce personnage pour le moins surprenant et original mais assez attachant, par certains aspects de sa personnalité. Cette saga est à conseiller à tous ceux qui aiment l'Histoire et l'aventure. Car évidemment, les bouquins de Sara Poole sont truffés d'aventures, rebondissements et autres péripéties, suspense en tout genre mais toujours bien dosés et crédibles. Ce deuxième tome ne me donnait, à la lecture des dernières pages, qu'une seule envie : celle de me lancer aussitôt dans le troisième et ultime volume, mais...je vais attendre un peu avant de retrouver Francesca une dernière fois, afin de faire durer le plaisir.

    En Bref :

    Les + : une intrigue enlevée et pleine de surprises, un personnage principal certes fictif mais toujours travaillé, poussé plus loin et intéressant, enfin, un contexte des plus palpitants !
    Les - : un début peut-être un peu confus qui m'a empêchée d'entrer rapidement dans l'intrigue. 

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 24 Janvier à 23:14
    Isabeau Bellevue

    Encore une saga qui va rejoindre ma wish-list ! Je suis vraiment intriguée par la description que tu fais de Francesca, elle m'a l'air d'être un personnage extrêmement intéressant !

      • Jeudi 25 Janvier à 11:29

        Intriguant mais ô combien intéressant, en effet. Le personnage m'avait déjà plu dans le premier tome mais j'avoue qu'elle m'a encore plus surprise et intéressée dans ce deuxième volet. ^^ Elle fait partie de ces personnages un peu atypiques, comme Hardouin cadet-Venelle, le bourreau d'Andrea H. Japp, des personnages qu'on ne s'attend pas forcément à trouver en héros de roman. Comme le bourreau, Francesca, de part sa profession, est un être un peu à part, qui se met au ban de la société instinctivement mais qui l'est de fait, par la peur qu'elle inspire. En même temps, à une époque où le poison est une arme à part entière, on se doute que Francesca a une puissance énorme entre les mains. Pour autant, je me dis que je ne voudrais absolument pas de sa vie, même si j'adore la suivre dans ses aventures, que je te conseille d'ailleurs très, très chaleureusement. Je ne m'attendais à rien en démarrant cette saga en août dernier ou du moins, je ne m'attendais pas à ça ! J'aurais eu tort de passer à côté, en tous cas. happy

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