• Francesca, tome 3, Maîtresse de Borgia ; Sara Poole

    « Le commun des mortels est toujours surpris par les événements, et en général ça n'est pas plaisant. »

    Francesca, tome 3, Maîtresse de Borgia ; Sara Poole

    Publié en 2012 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Poisoner Mysteries, book 3, The Borgia Mistress

    Editions Pocket

    499 pages 

    Troisième tome de la saga Francesca

     

    Résumé : 

    Octobre 1493. Rodrigo Borgia, devenu le pape Alexandre VI, se rend à Viterbe afin d'inspecter les défenses militaires de la ville en vue de la guerre qui se prépare. Francesca, l'empoisonneuse de la famille Borgia, l'y accompagne. Mais, à peine arrivée, la jeune femme apprend qu'un assassin est en route pour Viterbe. Vient-il pour Sa Sainteté ? Pour son fils ? Ou encore pour le neveu du roi d'Espagne ? Francesca ne peut plus faire confiance à personne et devra mobiliser tout son courage afin de déjouer ce complot. 

    Ma Note : ★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec cette troisième aventure de Francesca, l'auteure américaine Sara Poole clôture sa saga Empoisonneuse à la Cour des Borgia (et, avouons-le, un titre comme celui-là a le mérite d'attirer le chaland). J'ai commencé cette saga il y'a plusieurs années et j'en avais beaucoup aimé l'ambiance et l'atmosphère sulfureuses propres à cette époque : s'il y'a bien une époque qui sent le soufre et où l'on manie le poison aussi sûrement que le couteau, c'est bien cette fin de XVème siècle italien et quand, en plus, il est question des Borgia, éminente famille papale, le mélange est parfait.
    Ce troisième tome s'ouvre à l'automne 1493, quand Sa Sainteté, Alexandre VI, décide de quitter Rome en grande pompe pour Viterbe, où il doit aller contrôler des fortifications ; car la guerre n'a jamais été plus proche, la France du jeune roi Charles VIII se fait vindicative et menace le pape d'envahir ses Etats ainsi que l'Italie toute entière et l'Espagne d'Isabelle la Catholique et Ferdinand d'Aragon s'avère un piètre et fragile allié pour la papauté. Autant dire que Rodrigo Borgia, élu pape depuis à peine un an, a un du pain sur la planche et une multitude d'ennemis à circonvenir.
    Dans ses bagages, il n'a pas manqué d'emmener celle qui est notre héroïne depuis le début de la saga maintenant, Francesca. Francesca qui a succédé à son père en tant qu'empoisonneur officiel de la famille Borgia, une charge qui, je le suppose, est totalement fictive -sans être une spécialiste des Borgia, rien, dans ce que j'ai pu lire ici ou là ne laisse penser que les Borgia avaient des empoisonneurs attitrés- mais aussi cohérente parce que souvent, qui dit Borgia, dit aussi poison et meurtres en tous genres de toute façon. Donc, cette fonction de Francesca, si elle est fausse et non avérée historiquement, fonctionne malgré tout à la perfection dans cette saga romanesque mais cela dit basée sur des faits historiques authentiques, à commencer par le pontificat agité d'Alexandre VI, pape plus guerrier que prélat, chef temporel bien plus que spirituel, qui sacrifia sa fille Lucrèce selon ses désirs d'alliance, fit de son fils César un prince de l'Eglise contre sa volonté, entretint maîtresses et amantes de passage, voire de véritables favorites comme la célèbre Giulia Farnese.
    Francesca, au milieu de tout cela, est une domestique un peu à part ; indispensable mais aussi mise au ban de la société, un peu comme les bourreaux, au final. Elle bénéficie de la confiance du pape et des proches de ce dernier, à commencer par Lucrèce et César, mais évolue malgré tout dans une grande solitude, dont elle ne peut espérer sortir à cause de cette fonction qui, si elle consiste avant tout à préserver Borgia et ses proches d'attaques extérieures, lui donne aussi un pouvoir absolu et illimité : celui de tuer, grâce à sa grande connaissance et expérience des poisons.
    Malgré tout, dès le premier tome, on s'attache à cette jeune femme à travers les yeux de laquelle on découvre ces dernières années du XVème siècle, marquées par la flamboyance d'une Renaissance extraordinaire mais aussi par la laideur d'une Eglise romaine corrompue, gangrenée par l'ambition, les meurtres et le scandale. L'époque des Borgia ne cessera pas, j'imagine, de nous fasciner, à cause de ça. Et il est vrai que cette période a quelque chose d'attirant et de fascinant, peut-être justement parce qu'elle fleure bon l'interdit et l'absence de règles. Et Francesca, là-dedans, se débrouille comme elle peut...Au début, on pourrait être tenté de penser qu'elle est une tueuse implacable mais au final, ce n'est pas du tout le cas. Elle n'est rien d'autre qu'un serviteur zélé, dépendante des Borgia et de leur pouvoir, car celui-ci implique le sien. Plus de Borgia et son sort est scellé. Et la jeune femme, qui a succédé à son père dans une fonction des plus précaires et dangereuses, n'est pas dupe : elle sait que la chute de la famille Borgia signerait sa propre fin. Aussi, en cette fin d'année 1493, alors que des menaces de plus en plus importantes semblent planer au-dessus du pape Alexandre VI, elle a fort à faire pour se distinguer, prendre ses ennemis de vitesse et triompher.
    Dans cette ultime aventure de Francesca, on la retrouve plus torturée que jamais et se posant mille questions, tiraillée entre son existence auprès de Borgia et son envie d'une vie plus tranquille, plus normale. Depuis le premier tome, on sait que Francesca a perdu sa mère très tôt et ne l'a jamais connue, tandis que son père, lui, a été assassiné quelques temps auparavant et, au début du premier tome, Francesca prend sa place auprès de Borgia, qui n'est encore que cardinal, candidat à la papauté. Dans ce dernier tome, on va en apprendre un peu plus, en même temps que Francesca, sur son passé et la comprendre un peu mieux, comme elle-même parvient à lever le voile de beaucoup d'interrogations qui la rongeaient. Mais cela ne va pas aller sans encombre car, plus fragile, la jeune femme va devoir se débattre entre des révélations intimes qui la bouleversent et son service auprès du pape. Dans ce troisième tome plein de tension, elle est souvent au bord du gouffre, prête à y tomber, mais se rattrapant sans cesse et sa position est aussi vacillante que celle du pape, menacé par les appétits du jeune roi de France, Charles VIII, qui menace d'envahir la péninsule italienne -ce qu'il fera, amorçant ce que l'on appelle les Guerres d'Italie, qui prendront fin au milieu du XVIème siècle- et dépendant de l'alliance plus que capricieuse des Espagnols.
    Malgré tout, j'ai trouvé ce dernier tome un peu décevant. Je l'ai apprécié et une fois démarré, j'ai retrouvé cette ambiance que j'avais tant aimée dès le premier tome ! Mais, en même temps, il ne m'a pas pleinement convaincue : je l'ai trouvé un peu plus brouillon, parfois un peu confus. Il m'a fallu parfois revenir en arrière dans ma lecture, parce que je ne comprenais pas réellement ce que j'étais en train de lire. Mais pourquoi ce personnage réagit comme cela ? Pourquoi dit-il cela ? Alors, il fallait que je retourne en arrière pour tenter de comprendre. Parfois, le rythme retombait un peu aussi, malgré la présence invisible mais menaçante de cet assassin dans l'entourage du pape. Si j'ai trouvé le roman fluide et facile à lire, comme les deux précédents, j'avoue que j'ai eu plus de mal à me plonger complètement dans l'intrigue, à me laisser porter... Revenir en arrière, essayer de comprendre, casse un peu le rythme de lecture et agace, surtout quand on le sentiment que l'auteure a su parfaitement, elle, ce qu'elle voulait dire, mais que pour le lecteur, c'est franchement moins évident.
    Pour autant, toujours aussi bien documentée, cette dernière aventure de Francesca, a de sérieux atouts et le roman clôture assez bien la trilogie. Francesca nous apparaît peut-être plus humaine dans ce tome-là, et l'on est témoin d'une véritable introspection de sa part. La jeune femme avoue plus volontiers ses regrets, ses défaillances et ses limites et l'empoisonneuse du pape apparaît finalement comme quelqu'un d'assez sympathique et attachant parce que Francesca, finalement, n'exerce pas de gaieté de cœur et n'a pas remplacé son père par goût du meurtre ou attirance pour la mort, bien au contraire : c'était avant pour sauver sa propre peau.
    J'ai terminé la lecture de sa saga avec un léger goût de déconvenue et je le regrette : j'aurais aimé que ce dernier opus soit aussi travaillé et plein de rythme et de rebondissements que les deux premiers mais dans l'ensemble, j'ai passé un bon moment de lecture et j'ai suivi avec attention les péripéties de Francesca dans un climat tendu et plein de dangers et admiré son sens inné de la déduction qui fait d'elle, au final, une très bonne enquêtrice, en plus d'une empoisonneuse zélée.
    Si vous aimez la Renaissance italienne, son ambiance particulière pleine de meurtres, d'ambitions et de flamboyance, alors vous aimerez sûrement cette saga de Sara Poole qui concentre tous ces éléments pour nous transporter dans une Rome corrompue et sale, où les cardinaux et les prélats ne sont peut-être pas ceux que l'on croit... 

    En Bref :

    Les + : retrouver Francesca pour une nouvelle aventure est bien sûr plaisant et alors que la jeune femme apprend des choses bouleversantes la concernant, elle doit affronter la trahison et un assassin implacable...
    Les - :
     un troisième tome un peu moins entraînant, j'ai eu l'impression qu'il était aussi un peu plus confus et brouillon. Dommage. 

     


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