• George Sand ; Martine Reid

    « George Sand ? Le nom de l'une des femmes les plus célèbres de la littérature française suscite volontiers, aujourd'hui encore, l'admiration ou l'agacement. On ne l'apprécie guère ou on l'aime beaucoup, on dévore ses romans ou on les ignore. Les ignorants semblent les plus nombreux. »

     

     

     

         Publié en 2013 

      Editions Folio (collection Biographies)

      384 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Je suis l'enfant de mon siècle ; j'ai subi ses maux, j'ai partagé ses erreurs, j'ai bu à toutes ses sources de vie et de mort. »

    Amandine-Aurore-Lucile Dupin (1804 - 1876), devenue George Sand en 1832, avec la publication d'Indiana, fut dès l'enfance imprégnée des traditions et des légendes de son Berry natal. Observatrice attentive de son temps, elle fume la pipe, s'habille en homme, affiche ses convictions républicaines, est l'amante enflammée de Musset et de Chopin, en un mot fait scandale. Son oeuvre, de Consuelo à La Mare au diable, en passant par La Petite Fadette, culmine dans Histoire de ma vie, et fonde un genre littéraire : l'autobiographie au féminin. Amoureuse éperdue de la vie, George Sand écrit en 1831 à Sainte-Beuve : « Vivre ! Que c'est bon ! malgré les chagrins, les maris, l'ennui, les dettes, les parents, les cancans, malgré les poignantes douleurs. »

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Que sait-on, que connaît-on aujourd’hui de George Sand, en dehors du pseudonyme masculin adopté au début des années 1830 et ses romans champêtres, auxquels on réduit bien souvent une œuvre bien plus vaste et éclectique ?
    George Sand fait partie de ces figures que l’Histoire et la postérité se sont plu à oublier parce qu’elles sont femmes. A côté des grands auteurs français du XIXème siècle, Maupassant, Zola, Balzac, Flaubert et les autres, George Sand fait presque figure d’anecdote. Quand on prend le temps d’en apprendre plus sur elle, on se rend bien compte qu’au final, elle est tout sauf cela.
    Quand elle naît au tout début du XIXème siècle, celle qui est encore Amantine-Aurore Dupin de Francueil porte déjà dans ses veines l’essence d’un destin assez exceptionnel et hors du commun : en elle, se mêlent le sang noble de son père, Maurice Dupin de Francueil et celui, plus modeste et populaire de sa mère Sophie Delaborde. Par son père Maurice, elle descend du célèbre maréchal de Saxe (1696 – 1750), héros de Fontenoy et fils illégitime du futur roi de Pologne Auguste II et de sa maîtresse Aurore de Koenigsmark. Sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, naît des amours du militaire avec Marie Geneviève Rinteau, dite Mademoiselle de Verrières. Par la lignée du père, George Sand partage une parenté, certes lointaine mais bien présente, avec les derniers rois Bourbons, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, dont la mère était une princesse de Saxe et une nièce du maréchal. Du côté de la mère, l’ascendance est plus modeste et la réputation un peu moins bonne : avant de se ranger et d’épouser Maurice Dupin de Francueil, Sophie Delaborde, issue d’une lignée de maîtres paulmiers et oiseliers parisiens, a eu des enfants hors mariage et mené une vie visiblement assez trouble. La future George Sand concentre donc en elle une double ascendance, populaire et aristocratique, qui la marquera profondément.
    Bien que née à Paris, l’enfance de la petite Aurore se passera en partie à Nohant, domaine de l’Indre que sa grand-mère a acquis à la fin du XVIIIème siècle. Elle a un peu plus de quatre ans quand son père meurt, en septembre 1808. On pense souvent que le pseudonyme masculin sera adopté par la femme de lettres au début de sa carrière, comme ont pu le faire les sœurs Brontë en Angleterre mais si on ne connaît pas un peu l’histoire de George Sand, on se rend compte que cette double-identité, cette dualité qui la fait osciller toute sa vie entre homme et femme, remonte à bien plus loin que cela : folle de douleur d’avoir perdu son fils unique, Marie-Aurore Dupin reporte toute son affection sur sa petite-fille, la seule héritière légitime de son fils. Elle l’habille en garçon, en fait le double de son père au même âge. De là à voir un certain déterminisme chez la future George Sand, qui adopte le costume masculin avec facilité, il n’y a qu’un pas. Son enfance est marquée par le bonheur des jeux au grand air, les promenades dans le parc de Nohant, la fréquentation des petits paysans berrichons comme des jeunes nobles de la région mais aussi par une existence morne auprès d’une grand-mère « d’un autre temps » qui vit comme avant la Révolution. Qui plus est, Marie-Aurore n’aime pas sa belle-fille, Sophie Delaborde, à laquelle elle reproche sa réputation légère et qu’elle refuse de voir habiter Nohant après la mort de son fils. La petite Aurore grandit donc entre l’insouciance d’une enfance campagnarde et le tourment que lui cause l’inimitié tenace qui oppose les deux femmes qu’elle aime le plus au monde, sa mère et sa grand-mère, qui l’élève et lui donne une éducation.
    L’adolescence d’Aurore est faite de moments troubles, de moments de spleen, de mélancolie, la jeune fille est parfois traversée par un profond mal-être et des idées suicidaires. Puis, l’âge venant, on va la caser, comme cela se fait à l’époque pour toute jeune fille, on commence à lui chercher un mari…ce sera Casimir Dudevant, originaire du Quercy, avec qui elle aura deux enfants : Maurice et Solange. Peu heureuse en amour, vite déçue par un mari avec lequel elle n’a que peu d’atomes crochus, Aurore entame sa métamorphose. Elle commence à écrire, elle commence à prendre ses aises avec les sacro-saints liens du mariage, n’hésitant pas à les transgresser et à prendre des amants : le premier, Jules Sandeau, avec lequel elle écrit au tout début de sa carrière, lui laisse son nom, en partie tronqué. Désormais, Aurore Dupin, épouse Dudevant, mère de deux enfants, fait la place à Sand. Pour compléter le pseudonyme, elle se prénomme elle-même George, sans s, comme les rois d’Angleterre George III et George IV. Nous sommes en 1832 et une femme de lettres est née. Une femme engagée aussi, une femme politisée, avec des convictions déterminées et une opinion tranchée.

    Domaine de George Sand — Wikipédia

     

    Le château de Nohant, dans l'Indre, où George Sand passe une partie de son enfance et revient souvent à l'âge adulte.


    Après la lecture de cette biographie, difficile de réduire Sand à ses seuls « romans champêtres » dont le plus connu est La Petite Fadette, qui se passe en plein cœur du Berry. Difficile aussi de la réduire à ce seul pseudonyme masculin, qui veut tout dire et rien dire et qui ne s’explique finalement qu’en allant chercher au plus loin dans les souvenirs d’une petite fille devenue un peu garçon par la douleur de sa grand-mère. Et enfin, on se rend compte que la réduire à ses seuls amants est un véritable non-sens, particulièrement agaçant d’ailleurs quand on sait que la plupart des auteurs masculins du temps ont entretenu des liaisons plus ou moins légitimes dont on ne leur tient pas rigueur. Quand on évoque Zola, par exemple, se souvient-on plus volontiers de ses romans ou de sa liaison avec Jeanne Rozerot ? Ce sont ses livres que l’on évoque en premier, immanquablement. Quand on évoque Sand, on va plutôt parler de sa relation extraconjugale avec Musset ou avec Chopin et on oublie allègrement qu’avant tout, George S and est un « romancier » comme elle aime à se décrire elle-même. Un romancier et une véritable épistolière de talent, qui n’hésite pas à donner son avis, à militer par les mots.
    Cultivée, instruite, politisée, féministe à bien des égards (au contraire d’une Colette, par exemple, qui n’aura pas de mots assez durs contre les suffragettes et les femmes cherchant à s’émanciper, n’hésitant pas à dire de ces derniers « Les femmes libres ne sont pas des femmes »), George Sand a toute sa place dans le panthéon des grands auteurs du XIXème siècle. Analyste de génie, elle sublime et transcende le sentiment humain, fustige avec force le mariage tout en n’admettant pas, l’âge venant, la conduite plus que dissolue de sa fille Solange (qui se fait entretenir), écrit et réfléchit sur la politique de son temps, qu’elle comprend bien et juge avec justesse. Les romans « champêtres » eux, donnent à voir une France d’antan, une description fine et sans condescendance ni fausse compréhension du monde paysan que Sand a côtoyé enfant et continue de côtoyer à Nohant, dont elle a hérité après la mort de sa grand-mère.
    A ma grande honte, je me suis rendu compte en lisant ce livre, que comme beaucoup de monde ce qui me venait à l’esprit quand j’évoquais George Sand, ce sont des poncifs un peu éculés et franchement pas représentatifs de la complexité du personnage. Il y’a plus de dix ans, j’ai lu La Petite Fadette dont je n’ai pas gardé à l’époque un souvenir impérissable. Depuis, je n’ai croisé Sand que de loin en loin…comme tout le monde, je connaissais la liaison tumultueuse avec Musset, puis celle plus maternelle, qui l’unit à Chopin, virtuose du piano qui se consume de maladie (il mourra en 1849 de la tuberculose)…je connaissais Nohant que j’aimerais bien visiter un jour, je connaissais son attachement au Berry, ses romans champêtres qui en découlent. J’étais loin de connaître la femme politisée, très au courant, suffisamment en tout cas pour livrer une analyse en toute objectivité des décisions du pouvoir en place, j’étais loin de connaître aussi la féministe, opposée au mariage, s’élevant déjà à sa manière contre le patriarcat, une femme que l’on peut sans nul doute prendre pour modèle aujourd’hui ou citer en exemple, alors qu’elle est née il y’a plus de deux cents ans et qu’à l’époque, on était loin d’avoir véritablement une conscience féministe et militante.
    George Sand est un personnage accompli, une femme bien de son époque mais qui a déjà un pied un peu plus loin et voit un peu plus loin que ses contemporains.
    Cette biographie est loin d’être une énorme anthologie un peu indigeste, au contraire, elle est très abordable. En peu de pages (je m’entends, cette biographie sans compter les annexes compte à peu près trois-cent-cinquante pages), Martine Reid parvient à faire le tour de son sujet : George Sand y est abordée dans toute sa complexité mais aussi ses paradoxes, car elle est humaine et nous sommes faits de paradoxes.
    Toujours est-il que l’on ressort de cette lecture en se disant que le panthéon de la culture oublie volontiers les femmes et que c’est une erreur.
    Autre chose également : cette lecture m’a donné envie de retenter le coup avec ses romans et de la relire, avec certainement un autre angle de vue que celui que je pouvais avoir il y’a plus de dix ans quand j’ai lu pour la première fois La Petite Fadette qui ne m’a, comme je vous le disais, pas laissé un excellent souvenir (sans que je l'aie détesté pour autant, entendons-nous bien). Est-ce que je lirai autrement les romans de George Sand maintenant que je la connais mieux et que j’ai découvert sa démarche créative ? Probablement, oui. Je ressors donc de cette lecture tout à fait satisfaite puisqu’elle a entièrement comblé mes attentes.

    Fichier:George Sand by Nadar, 1864.jpg — Wikipédia

    L'un des portraits les plus connus de George Sand : en 1864, douze ans avant sa mort, elle est photographiée par Nadar

     

    En Bref :

    Les + : une biographie claire, pas trop longue, synthétique mais complète, un style agréable. 
    Les - :
    aucun point négatif à soulever !


    George Sand ; Martine Reid

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Juin à 22:29

    Il faudrait peut-être que je commence par lire un livre de Georges Sand !

      • Samedi 12 Juin à 10:40

        Honnêtement, je crois que peu importe...personnellement, ma dernière (et unique, à ce jour) lecture de George Sand remonte bien à 2007, 2008 facile... d'ailleurs je n'en ai plus un souvenir forcément très clair. Et la grande force de cette biographie, c'est qu'elle m'a justement donné envie de retenter le coup avec George Sand dont l'univers ne m'avait pas, de prime abord, spécialement passionnée...Finalement, la femme tout court m'intéresse bien plus que la femme de lettres et j'ai énormément appris sur elle, ses engagements, sa façon d'aborder le monde etc...mais je me dis aussi que comme beaucoup de monde je réduisais George Sand à une oeuvre champêtre et que c'est un gros cliché...elle a en fait été intéressée par beaucoup de sujets et notamment par l'analyse des liens familiaux... 

        Mais après si tu sens qu'il te faudrait plutôt lire l'auteure avant de découvrir cette biographie, évidemment, tu fais comme tu le sens ! yes

    2
    Samedi 12 Juin à 11:15

    Comme toi je n'ai pas trop accroché avec "La petite Fadette" mais je n'ai qu'une envie : découvrir l'oeuvre de George Sand en long en large et en travers ! Et découvrir sa vie aussi. Je note cette biographie parce que j'aime énormément le travail de Martine Reid (qui a, entre autres, dirigé la collection de petit livres Femmes de lettres chez Folio) !

      • Vendredi 18 Juin à 10:36

        Avoir découvert sa vie me donne maintenant envie de relire son oeuvre. Je ne doute pas que je le ferai avec un autre regard...et puis je suis plus âgée aussi : j'ai lu La Petite Fadette adolescente, peut-être que ce n'était pas le moment ou que je n'ai pas tout compris mais si, d'après ce que j'ai compris, ce n'est pas le livre le plus compliqué ni le plus engagé de Sand. Honnêtement, j'ai trouvé cette biographie passionnante, j'ai découvert plein de choses sur elle, sa relation au mariage, à la maternité, aux hommes...le fait aussi que le choix d'un pseudonyme masculin ne soit pas lié qu'à la société de l'époque et la manière dont on percevait les femmes qui écrivaient mas à quelque chose de plus profond, de plus ancien, comme si Sand, depuis sa plus tendre enfance, avait été une petite fille mais aussi, un peu, un petit garçon... Franchement, c'était super ! happy Et je me suis rendu compte (à ma grande honte d'ailleurs) que comme beaucoup je réduisais Sand à ses seuls romans champêtres et que lorsque je pensais à elle, je l'associais aussitôt à Musset, à Chopin alors que franchement, elle n'a pas eu besoin des hommes pour être quelqu'un. 

        Je pense vraiment que tu aimeras cette biographie, ça ne fait même pas de doutes. yes

    3
    Mardi 22 Juin à 16:19

    De cette autrice je n'ai lu, et il y a pas mal d'année, La Petite Fadette. Même si je me souviens que j'avais apprécié, je n'avais pas trouvé cela transcendant. Mais je devrais tenter un autre de ses ouvrage. 
    Pour autant, je suis beaucoup plus intéressée par la vie de cette femme ô combien intrigante et passionnante. Je note donc. 

      • Samedi 26 Juin à 10:26

        Pareil pour moi, du coup j'ai souvent (et comme beaucoup d'autres) seulement réduit l'oeuvre de Sand à ses romans champêtres décrivant la vie et les coutumes du Berry. Finalement, je me suis aperçue que Sand ce n'est pas ça et surtout, que c'est bien plus que cela, justement. En lisant cette biographie je me suis aperçue de son engagement, politique ou pour les femmes...elle avait vraiment un pied au XXème siècle déjà, voire plus ! Et son oeuvre est bien plus vaste que je ne le pensais. J'ai découvert Sand sous un autre éclairage et cette lecture m'a donné envie de m'intéresser de nouveau à son oeuvre alors que ma lecture assez mitigée de La Petite Fadette ne m'avait pas donné spécialement envie de poursuivre plus avant...je crois que c'est un tort ! happy

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