• Gwyneira McKenzie, tome 1, Le Pays du Nuage Blanc ; Sarah Lark

    « Nous suivons tous les voies du Seigneur, et ce ne sont pas toujours des sentiers battus qu’Il nous indique. »

    Gwyneira McKenzie, tome 1, Le Pays du Nuage Blanc ; Sarah Lark

    Publié en 2013 en Allemagne ; en 2014 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Im Land der Weissen Wolke

    Editions Archipoche

    755 pages

    Premier tome de la saga Gwyneira McKenzie

     

    Résumé : 

    «Église anglicane de Christchurch (Nouvelle-Zélande) recherche jeunes femmes honorables pour contracter mariage avec messieurs de notre paroisse bénéficiant tous d'une réputation irréprochable.»

    Londres, 1852. Hélène, préceptrice, décide de répondre à cette annonce et de tenter l'aventure. Sur le bateau qui la mène au Pays du nuage blanc, elle fait la connaissance de Gwyneira, une aristocrate désargentée promise à l'héritier d'un magnat de la laine. Ni l'une ni l'autre ne connaissent leur futur époux.

    Une nouvelle vie - pleine d'imprévus - commence pour les deux jeunes femmes, qu'une amitié indéfectible lie désormais...

    Cette saga portée par un puissant souffle romanesque révèle le talent d'un nouvel auteur, dans la grande tradition de Colleen McCullough et de Tamara McKinley. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le premier tome de la saga Gwyneira McKenzie raconte les destins croisés de deux jeunes femmes qui n'étaient absolument pas promises à se rencontrer mais qui vont finalement, dans l'adversité de leur nouvelle vie, nouer une amitié indefectible. Hélène Davenport, gouvernante londonienne de vingt-sept ans, sait qu'elle a désormais, au vu de son âge, pas canonique mais déjà plus si jeune, peu de chances de trouver un mari en Angleterre. C'est alors qu'elle remarque dans un journal une annonce matrimoniale recherchant des jeunes femmes prêtes à tout quitter pour aller se marier en Nouvelle-Zélande et débuter ainsi le peuplement d'une colonie à peine née.
    Gwyneira Silkham, elle, est la fille cadette d'un gentleman farmer du Pays de Galles. Bien que possesseur d'un titre, lord Silkham a peu de chances de marier sa seconde fille car Gwyneira ne peut prétendre à une dot. Quand Gerald Warden, baron des moutons néo-zélandais vient acheter quelques têtes de bétail dans le cheptel des Silkham, une proposition de mariage est lancée et la jeune fille de dix-sept ans, fougueuse et déterminée, nourrie aux romans d'aventures dans lesquels évoluent des cow-boys intrépides, accepte d'aller s'unir au fils de Warden, sur un autre continent, à des milliers de kilomètres des siens.
    Sur le bateau qui emmène vers l'Océanie de nombreux colons, Gwyneira et Hélène font la connaissance l'une de l'autre. La jeune galloise est en compagnie de son futur beau-père et de sa chienne adorée, Hélène d'un troupeau apeuré de petites orphelines envoyées en Nouvelle-Zélande pour y devenir domestiques dans les maisons convenables de l'île. Elles vont se lier d'amitié, une amitié qui ne faiblira plus, d'autant plus qu'il semblerait qu'elles ne vont trouver, ni l'une ni l'autre, ce qu'elles attendaient de leur nouveau départ. Le jeune époux de Gwyneira sembla cacher un étrange secret tandis que celui d'Hélène, si romantique dans les lettres envoyées en Angleterre et destinées aux candidates à l'émigration, s'avère être éloigné à des années lumière du gentleman farmer que la jeune gouvernante appelait de ses vœux. C'est une à vie difficile, une vie d'adaptation, à un nouveau pays, à de nouvelles familles, de nouvelles coutumes, que les deux jeunes Britanniques vont devoir s'acclimater sous les cieux tantôt accueillants et tantôt menaçants de la Nouvelle-Zélande, le Pays du Nuage Blanc, pour les Maoris (la légende veut que les premiers colons maoris, arrivés de Polynésie sur des barques, n'aient vu d'abord de leur nouvelle patrie qu'un immense nuage blanc qui embrumait les terres : ils ont alors donné au pays le nom de Aotearoa -le pays du nuage blanc).

    La Nouvelle-Zélande dans les années 1880 


    Ce premier tome pose les bases de l'intrigue et nous présente les personnages. Tous, dans leur genre, présentent un intérêt certain, même ceux qui sont le moins sympathiques, comme le beau-père de Gwyneira ou le mari d'Hélène. Quant à nos héroïnes, j'avoue avoir préféré Gwyneira, moins timorée qu'Hélène et peut-être plus déterminée qu'elle à s'en sortir par tous les moyens. Dans Gwyneira, il y'a des velléités très modernes, des désirs peut-être confus mais bien présents, d'émancipation, qui préfigurent en cela le féminisme, pas encore existant en temps qu'entité bien réelle mais latent, tandis qu'Hélène, fille de pasteur reste malgré tout pétrie de principes rigoristes. Pour autant, elles sont toutes les deux intéressantes à leur manière, Gwyneira dans sa lutte incessante pour devenir quelqu'un indépendamment des hommes et prouver à ces derniers qu'elle est tout aussi -voire plus- capable qu'eux, Hélène dans son combat pour les enfants, que ce soient les petites orphelines convoyées par elle jusqu'en Nouvelle-Zélande ou ensuite pour les enfants des tribus maories, qu'elle instruit avec zèle. Et si la vie est dure sur l'île, si les déceptions et les désillusions sont nombreuses, elle n'est pas non plus exempte de certains bonheurs. On rencontre Gwyneira et Hélène alors qu'elles sont encore jeunes, que l'avenir s'ouvre à elles, et on les quitte grand-mères, à la fin du roman, alors que la vie tend, après bien des épreuves, à se calmer un peu.
    Ce roman m'a beaucoup plu...Sarah Lark, bien que n'étant pas anglaise, parvient à bien saisir l'ambiance victorienne qui a fait le charme des romans de Dickens, des sœurs Brontë ou d'Elizabeth Gaskell...c'est une Angleterre flamboyante, nourrie par son industrialisation galopante qu'elle nous décrit, mais où l'opulence le dispute aussi à la misère la plus noire -c'est justement l'époque des romans de Dickens, des romans industriels qui décrivent les conditions de vie des plus défavorisés : les classes ouvrières sont défavorisées, parquées dans des immeubles miteux ou bien enfermées dans les sinistres workhouses, les enfants deviennent délinquants, livrés à eux-mêmes dans les rues, les filles deviennent rapidement des prostituées...en Nouvelle-Zélande, l'émulation des débuts est là, l'excitation est toute neuve et portée à son comble et, pour ceux qui n'entrevoient aucun avenir en métropole, l'émigration peut être une solution, avec tous les risques que cela comporte néanmoins. On peut regretter parfois que la vie des colons ne soient pas plus explicitée, que l'auteure passe rapidement sur ses descriptions de la Nouvelle-Zélande...pour autant, l'ambiance est là. On navigue, avec Gwyneira et Hélène, dans un Nouveau Monde, on découvre en même temps qu'elles et avec des yeux émerveillés, un pays bien différent des nôtres. La Nouvelle-Zélande de l'époque, encore très sauvage, dont beaucoup de terres étaient encore aux mains des tribus maories, a quelque chose de très attirant, comme les Amériques au moment où les Européens y posèrent le pied, avec le sentiment d'avoir trouvé une terre où tout était promis, possible, à faire...

    Lac Ohau Lodge


    Mais Sarah Lark s'est, à mon sens, plus centrée sur les interactions entre les différents protagonistes de son roman. Le pays n'est finalement que l'endroit, grandiose, où des histoires humaines, violentes, parfois tragiques, mais belles aussi, vont prendre racine. On assiste ainsi au lent délitement de la famille Warden, minée par le secret de plus en plus présent quoique tu de Lucas, le fils unique de Gerald et époux de Gwyneira ; on assiste à la naissance des premiers émois amoureux de la jeune femme, fougueuse dans ce domaine comme dans les autres. L'existence d'Hélène ne sera pas plus reluisante, aux côtés d'un mari qui ne la comprend pas et qu'elle-même n'estime pas : mais elle trouvera un réel réconfort auprès de son fils, Ruben et des enfants maoris qu'elle instruit avec plaisir et sans arrière-pensées, contrairement à bien d'autres colons, vite enclins à se sentir plus importants et supérieurs que les indigènes, avec les tensions et les conflits que cela implique bien sûr...
    Le style aussi m'a plu...ni lourd ni trop léger, il est juste, percutant quand il le faut, incisif parfois, très dynamique. Il fluctue avec les situations, rend le roman trépidant. Peut-être y'a-t-il quelques longueurs mais rien de grave. Dans l'ensemble, j'ai été séduite et je ne regrette absolument pas cette lecture, au contraire. J'ai vibré et frémi avec Hélène et Gwyneira et j'ai hâte, dans les tomes suivants, de les retrouver ainsi que leurs descendants, enfants et petit-enfants. J'ai passé un bon moment, j'ai été émue, révoltée parfois, admirative souvent, agacée aussi...ce roman a sollicité mes sentiments instinctifs et c'est ce que je lui demandais. Je continuerai donc la saga avec plaisir.

    En Bref :

    Les + : une intrigue émouvante, centrée sur l'humain et les sentiments, un style dynamique, des personnages ciselés et attachants.
    Les - : des longueurs et des coquilles.


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 18 Mai 2016 à 14:55

    Je n'en avais pas entendu parler jusqu'à maintenant mais une chose m'attire tout particulièrement : la Nouvelle-Zélande (et l'histoire aussi un peu) car je ne connais pas du tout ce pays mais je pense que cette lecture peut être une bonne immersion

      • Mercredi 18 Mai 2016 à 15:30

        J'ai été attirée par la même chose que toi... ^^ en fait, je ne connais vraiment pas bien l'Océanie et le fait que le roman se passe en Nouvelle-Zélande dans les débuts de la colonisation anglaise me plaisait bien...l'histoire en elle-même aussi : ces femmes qui quittaient tout pour aller se marier à l'autre bout de la terre...quel courage, quand même ! 

        Après, si tu lis Le Pays du Nuage Blanc, tu te rendras compte que l'histoire est essentiellement cenrée sur les personnages et les interactions entre eux...c'est un roman très "humain" qui analyse beaucoup les relations que nous entretenons avec notre famille, nos amis etc...mais l'auteure nous immerge cependant dans une atmosphère particulière et c'est un assez joli hommage à cette île... 

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