• Henri IV le Grand ; Georges Bordonove

    « Pour bien régner, il ne faut point user de tout son pouvoir. »

    Henri IV le Grand ; Georges Bordonove

    Publié en 2013

    Editions Pygmalion (Collection Les Rois qui ont fait la France)

    365 pages

    Résumé : 

    La vie d'Henri IV est pareille à ces gaves pyrénéens qui l'ont vu naître. Venu de son petit royaume de Navarre et de sa principauté de Béarn, il se retrouve roi sans couronne, sans femme, sans argent. Il conquiert alors pièce à pièce son royaume, met fin aux guerres de religion, relève la France de ses ruines, restaure en dix années seulement son économie, lui rend sa place en Europe. Fondateur de la dynastie des Bourbons, personnalité complexe, chaleureuse, fascinante, homme de guerre mettant toujours la loi au-dessus de la force et la paix au-dessus de la gloire, Henri IV reste le plus populaire et le plus aimé de nos rois. Au-delà de « la poule au pot », du « panache blanc » et du Vert Galant, il est indubitablement le roi de cœur des Français.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    La poule au pot, le panache blanc, « Paris vaut bien une messe »...
    Ça ne vous rappelle rien ? Mais si, bien sûr : Henri IV. Ce sont aujourd'hui des images d’Épinal et des symboles d'un règne à part, qu'ils soient juste, comme l'épisode de la poule au pot ( « Je veux qu'il n'y ait si pauvre paysan en mon royaume qu'il n'ait tous les dimanches sa poule au pot. » ) ou le panache blanc ( « Mes compagnons, Dieu est pour nous ! Nos ennemis sont les siens ! Ils sont deux fois plus nombreux que nous mais nous les vaincrons ! Si vous perdez vos cornettes, ralliez-vous à mon panache blanc : vous le trouverez sur le chemin de la gloire et de l'honneur !  », phrase prononcée lors de la bataille d'Ivry en 1590) ou apocryphes, comme le fameux « Paris vaut bien une messe » qui n'aurait jamais été prononcé par le roi.
    Henri IV est un roi extrêmement populaire -peut-être même plus encore que Louis XIV-, encore aujourd'hui : on a pu le voir en 2010 lors de la commémoration de sa mort, survenue en 1610. Il le fut un peu moins de son vivant, certainement à cause de ses multiples abjurations et volte-face qui suscitèrent la méfiance des catholiques. Mais il sut toutefois s'entourer de serviteurs fidèles et retourner d'anciens catholiques zélés. En effet, son règne se place dans un contexte assez troublé et on comprend qu'il ait été difficile pour le roi, malgré son caractère, de faire l'unanimité. Contexte que je connaissais, bien sûr, avant de commencer ce livre, parce que j'aime beaucoup le XVIème siècle : c'est une époque que je trouve riche et intéressante. Mais je n'avais jamais pris le temps de m'y intéresser à travers le personnage du Bon Roi Henri.
    Qui est-il, d'ailleurs, cet Henri de Bourbon dont on retrouve les descendants, régnant actuellement en Espagne, prétendants au trône de France contre la branche des Orléans ? Sans oublier les Bourbons qui régnèrent fut un temps sur le royaume des Deux-Siciles mais aussi au Brésil ?
    Né en décembre 1553, au château de Pau, en Navarre, Henri est le fils de Jeanne d'Albret et d'Antoine de Bourbon. Il est doublement apparenté aux Valois qui règnent alors en France. Par sa mère, il est le petit-neveu de François Ier. Par son père, duc de Bourbon-Vendôme, il descend du cinquième fils de saint Louis, Robert de Clermont.
    Rien ne prédestinait l'enfant, à sa naissance, à autre chose qu'à régner sur sa petite principauté pyrénéenne de Navarre. Mais la mort successive des derniers Valois, sans héritier mâle, va propulser le jeune prince navarrais sur le devant de la scène. Élevé à la dure dans les montagnes du Sud-Ouest, baptisé selon la légende, par son grand-père, d'une gousse d'ail et de Jurançon, Henri IV est un roi qui se distingue de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Roi simple et sincèrement proche de ses sujets, il sut séduire les Français même si ce fut difficile. Fut-il aussi populaire qu'on le dit ? Sa mort fut-elle autant pleurée des Parisiens que les chroniques l'écrivent ? Peut-être pas, mais on ne peut nier qu'il fut un bon roi et un bon administrateur, proche des gens sans démagogie mais parce que c'était sa nature. Henri IV fut aussi un bon vivant, aimant la camaraderie des camps militaires et les femmes, qui furent sa faiblesse : Fosseuse, la Belle Corisande, Gabrielle d'Estrées furent entre autres les femmes pour qui il s'enflamma, parfois avec une bonne dose de naïveté.
    Cette biographie brosse un portrait fidèle mais débarrassé de ses clichés, du roi comme de son époque. Car c'est dans une ère particulièrement troublée que naît, vit et règne Henri IV.
    Depuis 1534 et l'Affaire des Placards, une méfiance s'est installée entre catholiques et protestants, méfiance qui se transforme rapidement en conflit civil d'une terrible violence, qui entache les règnes des derniers Valois et la réputation de la régente, Catherine de Médicis. Ballotté dans son enfance entre les deux confessions, changeant plusieurs fois, sous l'impulsion de l'un et l'autre parti, de religion, Henri IV dès son plus jeune âge, devient un pion de la politique française.
    Il serait trop facile et réducteur de renvoyer dos à dos deux partis, deux factions, celle des catholiques et celle des protestants. Parce que la situation est bien sûr plus complexe et c'est ce que l'on entrevoit très bien dans cette biographie, qui brosse un portrait large du contexte, ce que ne font pas les romans, par exemple, qui se concentrent sur une période donnée : ce n'est pas leur but de toute manière.

    Henri IV portant le cordon du Saint-Esprit, par Frans Pourbus le Jeune (XVIIème siècle)


    On prend vite la mesure du trouble et de la violence de ces dernières décennies du XVIème siècle français. On comprend aussi mieux quel fut le rôle et la position d'Henri IV durant cette période qui précède sa prise de pouvoir. C'est l'époque de l'apprentissage pour le jeune homme, futur roi, qui conditionne certainement sa façon ultérieure de régner.
    J'ai trouvé cette biographie intéressante, bien documentée, complète, quoique relativement courte. Tout y est : je déplore cependant que certains chapitres n'aient pas été plus explicités, pour que le lecteur comprenne et saisisse bien toute la complexité de l'époque dans laquelle il navigue. Quelques approximations également -l'arrière-grand-père d'Henri IV n'est pas le connétable de Bourbon, par exemple-, quelques coquilles. C'est dommage, pas catastrophique mais cela aurait pu être évité à mon avis, en ce qui concerne notamment les approximations. Pour les coquilles, c'est autre chose...
    Pour le reste, j'ai aimé la chaleur avec laquelle l'auteur dresse le portrait du roi. On sent qu'il est pour lui plus qu'un objet d'études, comme si, à plus de trois cents de distance, une véritable connivence s'était installée entre le sujet et son biographe. Henri IV a finalement un effet fou sur les gens, c'est cela qu'on peut conclure en refermant ce livre : il a certainement fasciné ses contemporains parce qu'il était indéniablement un roi à part. Et il nous fascine encore aujourd'hui parce qu'on ressent justement cette singularité.
    Cette chaleur et cet intéressement sincère du roi à son royaume et ses sujets ne se retrouve chez aucun des souverains qui l'ont précédé ou lui ont succédé. On peut être fasciné par le génie militaire de Louis XIV ou par celui de Napoléon mais nous restons relativement distants par rapport à eux. Peut-être parce qu'Henri IV fut élevé comme un petit paysan dans les gaves de Navarre, il reste le seul souverain de France dans lequel tout le peuple peut se retrouver. L'universalité des valeurs qu'il véhicule en fait aussi un personnage qui transcende son époque et devient un modèle pour les Français, quelle que soit l'époque à laquelle ils vivent.
    Henri IV fut un roi populaire dans tous les sens du terme. Cette biographie était une bonne introduction et amène peut-être une documentation plus précise, ce que je ne manquerai pas de faire, tôt ou tard. 

    En Bref : 

    Les + : une biographie chaleureuse et intéressante.
    Les - : 
    des chapitres un peu confus qui auraient mérité d'être un peu plus explicités pour être mieux compris.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 14 Février à 17:19

    Je connais moins Henri IV que Louis XIV, alors je ne peux qu'être intéressée par cette biographie. Bien sûr je connais les phrases célèbres qu'on lui attribue, sa réputation de bon vivant et de séducteur, son assassinat et la période de profonds troubles durant laquelle il a régné. Mais finalement cela se résume à ce que tout le monde ou presque connaît et j'aimerais bien approfondir le sujet en découvrant l'homme derrière le roi. Encore une fois ta chronique donne envie d'en apprendre davantage sur ces grands personnages de l'Histoire :) 

      • Mardi 14 Février à 19:26

        Au final, je me rends compte que mes connaissances sur Henri IV étaient à peu près semblables aux tiennes. Rien ne m'a surprise, mais en même temps, j'ai aimé en apprendre un peu plus sur le personnage, tant sur l'homme politique sur l'homme privé (dont on sait quand même pas mal de choses, avec ses maîtresses etc...)

        Je suis originaire du Sud-Ouest et, forcément, dans la région, on a un attachement important pour ce roi, parce qu'il est de chez nous, parce qu'il est passé et s'est arrêté ici ou là. Ce n'est pas un roi "parisien" comme ses successeurs, ou du moins, "francilien" si on peut dire (parce que Louis XIV n'aimerait sûrement pas qu'on dise de lui qu'il était un roi parisien sarcastic arf ) et peut-être un peu inaccessible pour ceux qui ne viennent pas de cette région ! Henri IV est presque un roi provincial et élevé sans façon et sans manières dans les fermes du Pays Basque. Je crois que sa proximité avec le peuple n'était pas feinte et qu'il sut s'en faire aimer à son époque comme il l'est encore aujourd'hui...le problème de la religion lui a attiré des hostilités, c'est clair mais je pense qu'au final, il a été aimé... il avait beaucoup de qualités, en tant qu'homme. C'est ce qui transparaît de cette biographie. 

        Et c'est vrai que c'est intéressant de découvrir le roi dans sa globalité et pas forcément qu'au travers des Guerres de Religion ou de ses conquêtes amoureuses...ceci dit, comme je le souligne dans ma chronique, j'ai trouvé certains passages un peu légers et qui auraient mérité un peu plus d'explications parce que le contexte dans lequel on navigue n'est pas simple et il y'a certaines alliances ou retournements d'alliances que je n'ai pas totalement saisis... ce n'est pas catastrophique mais quand même... sarcastic

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