• Hope ou le Secret des Harvey ; Lesley Pearse

    « Il faut marcher une lieue dans les souliers d’un autre pour comprendre ce qu’il sent. »

    Hope ou le Secret des Harvey ; Lesley Pearse

     

    Publié en 2006 en Angleterre ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Hope

    Editions Charleston (collection Poche) 

    662 pages 

    Résumé :

    Somerset, XIXe siècle. 
    Dans le château de Briargate, Lady Anne Harvey accouche en secret d'une fille, fruit de ses amours adultères avec le trop séduisant capitaine Pettigrew. Ne pouvant se résoudre à ce que l'enfant soit condamnée à la misère et désireuse de sauver l'honneur de sa maîtresse, la servante, Nell Renton, la confie à sa mère. 
    Celle qu'ils ont baptisée Hope grandit ainsi dans une famille aimante, au milieu de dix frères et sœurs, dans l'ignorance du secret de ses origines. 
    Mais à la mort des parents Renton, Nell choisit de la faire entrer au service de la famille Harvey. 
    C'en est fini de l'enfance, et Hope va être rapidement confrontée à la violence d'Albert, le jardinier, nouveau mari de Nell. Malheureusement, la vie lui réserve encore bien des surprises...
    Dans l'Angleterre victorienne du XIXe siècle, un roman bouleversant sur le destin chaotique d'une jeune femme qui, toute sa vie, puisera au fond de son cœur l'espoir de trouver un jour le bonheur qu'elle mérite tant. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Si vous aimez les ambiances anglaises à la Jane Austen ou la Downton Abbey, alors cette grande fresque de Lesley Pearse est faite pour vous. Imaginez : un grand domaine au milieu de ses fabuleux jardins, Briargate, quelque part au milieu du Somerset. Des serviteurs dévoués, un village entouré de champs dans lesquels pâturent les moutons...Vous êtes en Angleterre, pas de doute.
    En 1832, lady Anne Harvey met au monde un enfant illégitime. Sa nourrice et sa jeune femme de chambre de seize ans qui l'accouchent décident de lui dire que l'enfant est mort-né alors que la jeune Nell, prise de pitié, emmène la petite chez elle, où elle l'a confie à sa mère. Prénommée Hope, l'enfant grandira dans l'ignorance de ses origines, au milieu d'une famille adoptive aimante et soudée...jusqu'à la mort des parents. Alors, Hope devra, comme ses frères et sœurs avant elle, devenir domestique à Briargate et sera malgré elle -et pour le pire- associée à l'intimité du couple Harvey, qui se délite lentement sous les yeux du personnel en même temps que le domaine sombre dans la décrépitude.
    Contrainte de quitter Briargate, Hope connaîtra la vie misérable dans les bas-fonds de Bristol, la pauvreté et la maladie, puis les vastes champs de bataille de la guerre de Crimée, pendant laquelle elle assistera, presque aux premières loges, au siège de Sébastopol. Mais, par-dessus tout, elle ne perdra jamais l'espoir de connaître une vie meilleure, de retrouver Nell, sa soeur adorée et le Somerset, qu'elle a quitté dans le sillage de son époux, médecin militaire.
    Hope ou le Secret des Harvey est une grande fresque, une grande saga comme je les aime. En plein cœur du XIXème siècle, dans une jolie région qui m'a évoqué, par les descriptions de l'auteure, les paysages d'Orgueil et Préjugés, par exemple, dans cette campagne anglaise inimitable, Lesley Pearse nous emporte dans le tourbillon d'un grand domaine, de la flamboyance jusqu'à la ruine. Rien ne nous est caché : adultère, alcoolisme, homosexualité, misère, pauvreté, maladie et même la guerre traversent la vie des personnages, pour le meilleur et pour le pire. Portrait sans concession d'une époque où les riches brûlent la vie par les deux bouts au risque de se consumer et où les pauvres se débattent dans des conditions de vie plus que précaires, ce roman est dense et particulièrement riche mais aussi étonnamment fluide et on se laisse rapidement prendre au jeu.
    Si le secret du titre est celui des Harvey, en revanche, il n'est pas le nôtre. Dans certains romans, le lecteur est associé à la quête du personnage principal et se laisse petit à petit happer par l'enquête : ici, rien de tout ça. On sait dès le début que la petite Hope est la fille de lady Harvey mais pas celle du lord. On la suit tout du long en sachant qui est elle alors qu'elle-même est ignorante de ses véritables origines mais, au final, on se prend au jeu parce qu'on pressent le moment où elle saura enfin qui elle est, on se prend à l'espérer, à le guetter, à se demander qui lui apprendra et comment elle réagira.
    Peut-être que, comme moi, vous aimez les romans où le secret occupe une place de choix... Je suis une fan de Kate Morton, par exemple et je ne vous dirais pas le contraire : c'est vrai que le suspense qu'instaure quasi d'emblée le secret donne envie, indéniablement, de poursuivre sa lecture pour enfin lever le voile et tout comprendre.
    Mais je ne peux raisonnablement pas vous déconseiller Hope ou le Secret des Harvey ! Est-ce que le roman aurait été meilleur si le secret avait été celui du lecteur aussi ? Je ne pense pas. Peut-être qu'il aurait été aussi bon, mais pas meilleur, au contraire, parce que le suspense qu'on pourrait croire absent ne l'est pas du tout : Hope va évoluer très vite dans l'univers qui l'a vue naître, ce que, bien sûr, elle ne sait pas. Mais le lecteur, comme sa soeur Nell, le sait, lui. Et c'est avec parfois appréhension, en retenant son souffle, qu'on la voit nouer une forte amitié avec le fils de lady Anne et lord William, Rufus. Que va-t-il se passer si jamais ils tombent amoureux, se dit-on ? On se surprend à imaginer Hope découvrir une ressemblance, des points communs avec son demi-frère, avec sa mère biologique. Finalement, j'ai autant aimé le parti-pris de l'auteure que si elle avait décidé finalement de nous taire à nous aussi la vérité.
    Enfin, le gros point positif de ce roman, c'est qu'il nous offre au final bien plus qu'on n'en attendait. En lisant le résumé, je me doutais de ce que j'allais y trouver, mais je ne pensais pas que j'allais me plonger dans la lecture d'un roman aussi dense, aussi riche, et qui allait m'emmener jusque sur le front de Crimée, au milieu des troupes britanniques, françaises, turques et Russe, alors que le port de Sébastopol est en passe de tomber. Je ne pensais pas non plus que l'auteure serait si peu tendre avec ses personnages, notamment avec Anne et William, qui, malgré leurs failles et le fait qu'ils font de temps en temps tomber le masque, ne sont pas vraiment attachants, peut-être parce qu'ils sont le reflet de cette époque victorienne, aux multiples facettes et dont certaines sont bien laides. En revanche, j'ai beaucoup aimé le duo formé par Nell et Hope : les deux jeunes femmes sont unies par un lien compliqué, qui est plus que de la sororité. Pour Nell, de seize ans l'aînée de Hope et qui l'a vue naître, littéralement, elle est un peu comme la fille qu'elle n'a pas eue et pour Hope elle est une mère de substitution, une femme sur qui elle peut compter sans contrepartie et sans limites. C'est un lien touchant qui se noue entre elles et qui m'a énormément plu, parce que finalement, si Hope, jamais, ne tissera aucune relation avec lady Anne, trop distante, trop hautaine, trop arc-boutée sur des principes et des préjugés de classe qui la rendent parfois injuste ou méprisante, elle aimera par-dessus tout et sera aimée en retour, sans condition, par une femme avec laquelle elle n'a rien en commun et finalement, ce roman illustre bien que le lien parental ou fraternel n'est pas forcément inhérent aux liens du sang, bien au contraire.
    C'est une belle histoire que celle de cette jeune Hope, si bien nommée et qui, si elle doute parfois, n'abandonne jamais. Ce qu'elle traverse n'est pas évident et je me suis surprise à m'apitoyer plusieurs fois sur son sort et elle rebondit toujours, illustrant à merveille le fameux adage : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».
    Fresque familiale sur un fond historique qui n'est malgré tout pas absent (l'auteure aborde beaucoup de sujets de cette époque victorienne si intéressante historiquement et socialement, des épidémies à la guerre, de la pauvreté à la plus grande et insolente richesse), Hope ou le Secret des Harvey est mené tambour battant et ne nous ennuie pas une seconde. Parfois, on est horrifié devant ce que peut faire faire la nature humaine. Et puis, parfois, on se dit que l'humain, s'il est souvent mauvais, peut être aussi fondamentalement bon : des personnages comme cela, si bien ciselés, attachants ou au contraire pas du tout, on en voudrait tous les jours.
    Bien écrit enfin, ce roman se lit avec plaisir et avec beaucoup d'aisance. L'auteure parvient à poser des mots touchants sur les ressentis des différents protagonistes et ne juge jamais leurs erreurs, qui pourraient être celles de n'importe qui. Oui, on s'attache plus ou moins à certains personnages et si on n'excuse pas, malgré tout, parfois, on se surprend à les comprendre tous.
    Hope ou le Secret des Harvey est un bon pavé, qui court sur plusieurs décennies mais, si vous vous lancez dans cette lecture, j'ose espérer que vous ne serez pas déçus. Amoureux de l'Angleterre victorienne, vous vous régalerez sans nul doute ! !

    En Bref :

    Les + : un roman dense et qui offre plus que ce que l'on attendait au départ. Une belle histoire qui nous emmène jusqu'en Crimée et dans les paysages verdoyants de l'ouest de l'Angleterre. 
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs dans ce roman, je dois dire !


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  • Commentaires

    1
    Mardi 30 Juillet à 21:12

    J'ai bien envie de me plonger dans cet univers victorien ! La couverture donne déjà très envie de lire le livre et il faut ajouter que tu sais toujours trouver les mots pour me convaincre. J'ai hâte de lire ce roman Charleston :-D

      • Jeudi 1er Août à 11:16

        Oh, merci... happy Je n'ai pas forcément eu l'impression, pourtant, que mon avis rendait vraiment justice au roman parce que je l'ai trouvé hyper difficile à chroniquer... Comment ne pas trop en dire pour ne pas tout gâcher mais, en même temps, expliquer les particularités de ce roman ? Ce n'est vraiment pas facile mais si je suis parvenue à éveiller ta curiosité avec cette chronique, alors, c'est que finalement, ça fonctionne. Comme je le dis dans mon billet, la véritable force de ce roman, je crois, c'est qu'il offre bien plus que ce que l'on peut en attendre en lisant le résumé. Non, vraiment, je ne pensais pas que je lirais une aussi belle fresque, aussi dense et aussi riche. 

        Je conseille ce roman, vraiment et je crois que, comme moi, tu aimes beaucoup les éditions Charleston, non ? Eh bien je crois pouvoir te dire que ce n'est pas avec ce roman que tu seras déçue ! ! wink2 J'espère que tu viendras m'en parler quand tu l'auras lu... Je serais curieuse de connaître ton avis. cool

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