• INTERMÈDE VIII

    INTERMÈDE HISTOIRE LXX

    I. Lady Hamilton, la perle du XVIIIème siècle anglais

    INTERMÈDE HISTOIRE LXX

    Lady Hamilton en Circé par George Romney 

    La future lady Hamilton est née Amy Lyon, le 26 avril 1765, à Ness, près de Neston, dans le Cheshire. Elle fut la maîtresse du célèbre Horatio Nelson et l'une des muses du peintre George Romney. Plus tard, elle changera son nom en Emma Hart.
    Amy Lyon est la fille d'un forgeron, Henry Lyon, qui meurt alors qu'elle n'a que deux mois. L'enfant sera alors élèvée par sa mère, Mary Kidd, à Hawarden. Amy Lyon ne recevra pas d'éducation formelle. Les détails de la vie d'Amy et surtout, son enfance, sont imparfaitement connus. Nous savons qu'elle fut, à l'âge de 12 ans, bonne dans la maison du docteur Honoratus Leigh Thomas, à Hawarden, chirurgien à Chester. Plus tard, alors qu'elle travaille dans la maison de la famille Budd, à Chatham Place, Blackfriars, elle fait la connaissance d'une autre domestique, nommée Jane Powell, qui souhaite devenir actrice. Emma participe à ses répétitions de plusieurs rôles tragiques. Inspirée par l'enthousiasme de son amie Jane Powell pour le théâtre, la jeune femme commence alors à travailler au Drury Lane Theatre, à Covent Garden, comme domestique de plusieurs actrices : parmi elles, Mary Robinson. On peut s'en douter, la jeune Emma Ly n'est que peu payée pour exercer ce métier. Emma fut ensuite modèle et danseuse.
    Vers l'âge de 15 ans, Emma rencontre Sir Harry Featherstonhaugh, qui l'embauche pendant plusieurs mois comme hôtesse, notamment durant une vie de garçon organisée au domaine de Sir Harry. Elle y aurait dansé nue, sur une table. Par la suite, Sir Harry en fait sa maîtresse mais l'abandonne souvent pour aller chasser ou boire avec ses amis. C'est alors que la jeune Emma rencontre le frère du second comte de Warwick, Charles Francis Greville, avec qui elle se lie d'amitié. A peu près à cette époque-là, en 1781, elle tombe enceinte des oeuvres de Sir Harry. Celui-ci, à l'annonce de la grossesse de sa maîtresse, est furieux et ne veut pas de l'enfant. Il a alors l'idée d'installer Emma dans l'une de ses maisons de Londres. Emma va abandonner Sir Harry. Il se pourrait qu'elle ce soit ensuite rapprochée de Charles Francis Greville, pour qui elle avait conçu un romantique attachement. Il est plus proche d'elle en ce qui concerne l'âge que Sir Harry et la jeune Emma pense, naïvement, qu'il va l'épouser un jour. Elle devient sa maîtresse. L'enfant d'Emma et Sir Harry voit le jour, c'est une petite fille, Emma Carrew. Après sa naissance, elle sera placée chez Mr et Mrs Blackburn, qui se chargeront de l'élever. Ceci dit, il se pourrait que l'existence de cette enfant ne soit qu'une légende. D'autres sources affirment que Emma Carrew, l'enfant d'Emma et de Sir Harry, fut élevée par sa grand-mère au Pays de Galles.
    Vers l'âge de 20 ans, elle rencontre celui qui va faire d'elle sa muse : George Romney, qui la peint en Bacchante ou encore, en Circé, dans de nombreux portraits. Elle sera sa muse pendant une dizaine d'années, après avoir été présentée au peintre par Charles Francis Greville.
    La condition de Charles Francis Greville l'oblige à faire un bon mariage. Des nécessités financières le poussent également à opter pour un bon parti. Son désir de mariage est donc en totale contradiction avec la relation qu'il poursuit avec Emma. Il ne pourra donc pas l'épouser comme elle semblait le souhaiter. La jeune femme est alors envoyée à Naples pour apprendre à devenir une véritable lady, auprès de Sir William Hamilton, oncle de Charles Francis. En échange, Sir Hamilton s'engage à honorer les dettes de Greville. Sir Hamilton va faire d'Emma sa maîtresse et l'épouse, le 6 septembre 1791 à St George's Hanover Square, à Londres. Emma, devenue Lady Hamilton -elle ne sera plus connue que sous ce nom-là-, a 26 ans. William Hamilton a vingt-cinq ans de plus qu'elle : en 1791, il a 51 ans.
    Lady Hamilton fait ensuite de nombreux séjours à Naples et notamment à la cour de Marie-Caroline de Naples, la reine, épouse de Ferdinand Ier de Naples. C'est à la Cour napolitaine que la jolie lady Hamilton rencontre Sir Horatio Nelson en 1793, deux ans après son mariage. C'est un marin, qui est alors en charge de chercher des renforts pour contrer les Français, avec qui l'Angleterre est en guerre. Cinq ans plus tard, il revient à Naples. Il est auréolé d'une gloire qui l'a transformé en véritable légende vivante mais l'a aussi prématurément vieilli : il a perdu un bras, porte un bandeau sur un oeil et a perdu la plupart de ses dents. Emma s'évanouit lorsqu'elle le revoit. Mais elle accepte néanmoins de l'héberger dans la maison de son époux, s'occupe de lui et le nourrit. Elle va même jusqu'à organiser une fête avec 1800 convives pour fêter son 40ème anniversaire !! Leurs rapports semblent avoir été tolérés, sinon encouragés, par le vieux William Hamilton, qui, même s'il ne le montrait pas, avait une grande admiration et beaucoup de respect pour Nelson.
    Les relations de Nelson et de Lady Hamilton ne resteront pas platoniques puisque le 3 janvier 1801, à l'aube du XIXème siècle, Emma donne naissance à une fille, Horatia Nelson, dans une femme du Norfolk, à Merton, précisément. Par la suite, le couple s'installerera dans une petite maison de Merton. Nelson meurt en 1805, lors de la célèbre bataille de Trafalgar. Emma, qui a hérité des biens de son mari, Sir William Hamilton, les dilapide rapidement et se retrouve profondément endettée dès 1813. Malgré le statut de Nelson, considéré comme une gloire nationale en Angleterre, on ignore qu'elle instructions il a laissées, en ce qui concerne Emma, qui n'était pas son épouse. Celle-ci meurt en 1815, dans le plus grand dénument. Alcoolique, elle aurait succombé à une insuffisance hépato-cellulaire, à Calais. D'autres sources affirment qu'elle serait morte d'une dysenterie amibienne, contractée lors de ses séjours à Naples. Son époux, William Hamilton, souffrait de la même maladie.

    II. Elizabeth Chudleigh, l'excessive

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    Elizabeth Chudleigh en Iphigénie lors d'un bal costumé

    Née en 1720, Elizabeth Chudleigh est la fille de Thomas Chudleigh, qui meurt alors qu'elle n'a que six ans. Elle est surtout connue pour avoir été duchesse de Kingston, dite parfois, également, comtesse de Bristol. En 1743, elle est nommée demoiselle d'honneur de la princesse Augusta, épouse du prince de Galles, sans doute grâce à l'intervention de son ami, William Pulteny, comte de Bath.
    Miss Chudleigh est spirituelle et jolie mais aussi ambitieuse et fantasque. Elle ne manquait pas d'admirateurs, parmi lesquels le sixième duc de Hamilton, James Hamilton et Augustus John Hervey, qui devint par la suite troisième comte de Bristol. Elizabeth entretient une relation avec Hamilton mais ce dernier quitte l'Angeterre et, le 4 août 1744, elle finit par épouser, dans la plus grande discrétion, lord Hervey. Comme ni l'un ni l'autre n'avait une grande fortune, le mariage fut gardé secret afin qu'Elizabeth puisse garder sa place à la cour de Georges II. En effet, comme nous l'avons dit, elle était dame d'honneur de la propre belle-fille du roi, la princesse de Galles, Augusta. Hervey, qui était officier de marine, regagna son bateau et ne revint en Angleterre que vers la fin de l'année 1746.
    Leur mariage ne fut pas heureux et le couple ne tarda pas à prendre la décision de se séparer purement et simplement. Mais, quand il apparut que lord Hervey succéderait plus que probablement à son frère en tant que comte de Bristol, Elizabeth, fine mouche, fit tout ce qui était en son pouvoir pour établir la preuve de leur mariage. En effet, comme il était tenu secret, il n'était pas considéré comme valide.
    En 1765, Elizabeth fait un séjour à Berlin, où elle rencontre le roi de Prusse Frédéric II. A son retour en Angleterre, elle continue de mener une brillante existence. Elle fait la rencontre d'Evelyn Pierrepont, deuxième duc de Kingston-upon-Hull, pair du royaume et doté d'une fortune fabuleuse. Elle devient sa maîtresse.
    Au même moment, Elizabeth doit faire face à des démêlés avec son mari, lord Augustus Hervey. En effet, ce dernier veut se séparer de son épouse mais Elizabeth n'est pas prête à affronter la publicité qui en résulterait, malgré son désir d'être déliée. Elle plaide alors que son époux est mentalement dérangé et, après qu'elle eut juré solenellement n'avoir jamais été mariée, le tribunal la déclara finalement célibataire en février 1769. Le 8 mars suivant, elle épouse Kingston, qui meurt quatre ans plus tard, en lui laissant ses biens. A une condition cependant : qu'elle ne se remarie plus jamais.
    Elizabeth se remet à voyager partout en Europe, après son veuvage. Elle visite Rome où elle rencontre le pape Clément XIV. Mais en Angleterre, le neveu de son défunt époux, Evelyn Meadows, répand la rumeur qu'elle a été mariée avec Hervey...comme elle a contracté ensuite un mariage avec le duc de Kingston, sans avoir été déliée, elle est considérée comme bigame. Elle doit rentrer à Londres pour se défendre de ces accusations. Le neveu de son époux en a profité également pour attaquer le testament de son oncle. En 1776, Elizabeth est finalement déclarée coupable par la Chambre des Lords. Elle parvient à fuir l'Angleterre, tout en conservant sa fortune. Sa fuite lui permet également d'échapper à d'autres éventuels procès. Officiellement, elle n'était plus que duchesse de Bristol mais continuait de se faire appeler duchesse de Kingston. Pour un temps, elle s'installe à Calais, dans le nord de la France, avant de gagner Saint-Pétersbourg, où elle est reçue avec chaleur par Catherine II. En Russie, Elizabeth s'offre une propriété qu'elle baptise de son nom de jeune fille, Chudleigh. En Pologne, elle est reçue par le prince Radziwill qui souhaite l'épouser. Elizabeth repoussa les avances du prince. Elle revint ensuite en France, où elle acheta une maison à Montmartre, ainsi que le château de Sainte-Assise, tout près de Paris. Après avoir passé de nouveau quelques temps à Rome, elle meurt à Paris à la veille de la Révolution, en 1788. C'est une maladie aussi brutale que mystérieuse qui l'emporte en quelques jours, à l'âge de 68 ans. Elle laissait une fortune tout à fait considérable, formée de bijoux et de biens immobiliers, qui échut à son cousin, le colonel Philip Glower of Wispington.
    La scandaleuse duchesse de Kingston, ex-miss Chudleigh, fut ridiculisée sous les traits de Kitty Crocodile, dans la pièce A Trip to Calais, de l'acteur Samuel Foote, qui ne reçut toutefois jamais l'autorisation pour être montée.

     

     © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus : 

    -Lady Hamilton : Des bas-fonds de Londres aux palais de Naples, Monique de Huertas. Biographie.
    -Emma Hamilton, Nora Lofts. Biographie.
    -L'Excessive, Alexandra Lapierre. Biographie romancée d'Elizabeth Chudleigh.
    -The Scandalous Life of the Duchess of Kingston, Claire Gervat. Biographie.

     

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Mars 2015 à 17:18

    Je ne connaissais pas du tout ces deux femmes. Je te remercie pour cet instant de lecture très prenante :-)

    2
    Samedi 7 Mars 2015 à 17:19

    Par contre, dans quel sens emploies-tu le mot "précieuses" dans ton titre ?

    3
    Samedi 7 Mars 2015 à 18:16

    Merci pour ton commentaire ! ^^ J'avais un peu freiné l'écriture des Intermèdes Histoire depuis quelques temps mais je pense que je vais les reprendre prochainement et essayer d'en publier plus, quitte à en programmer la publication sur le blog si je n'ai pas trop le temps... 

    Alors pour le terme "précieuses" je l'utilise surtout dans le sens où Lady Hamilton et Elizabeth Chudleigh étaient plutôt très modernes pour leur époque, pour leur façon de pensée et même si l'époque des précieuses et des salons littéraires était plus ou moins passée à ce moment-là, j'ai trouvé qu'elles avaient parfois quelques points communs avec ces femmes ce qui m'a amenée à utiliser ce terme dans mon titre sans forcément le prendre au pied de la lettre non plus ! yes

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