• INTERMÈDE XI

    INTERMÈDE LXXIII

     

    Portrait de la princesse Caroline-Mathilde (debout) et de sa jeune soeur, la princesse Louisa (XVIIIème siècle, Francis Cotes)

    Le 28 avril 1772, à Copenhague, un homme monte à l'échafaud. Il est allemand, il fut, pendant un temps, au plus près de la Cour royale danoise, étant médecin de la reine. Cet homme se nomme Johann Friedrich von Struensee. Il a 34 ans...que s'est-il passé ? Pourquoi cet homme apparemment sans influence, peu destiné à marquer l'Histoire, a vu son souvenir se perpétuer ? Tout simplement parce que Struensee fut l'amant de la reine du Danemark, Caroline-Mathilde...il meurt pour l'amour d'elle.
    Revenons sur le destin de cette jeune femme, née en Angleterre...Le 22 juillet 1751, à Londres, une princesse qui reçoit le nom de Caroline Mathilde ou Caroline Matilda de Hanovre voit le jour. Elle est la fille posthume de Frederick, prince de Galles et de son épouse, Augusta de Saxe-Gotha. Elle est la sœur du futur roi Georges III d'Angleterre et, par ailleurs, petite-fille du roi Georges II. Caroline Mathilde ne connaîtra jamais son père, qui meurt subitement trois mois avant sa naissance. La petite princesse voit le jour à Leicester House et reçoit le titre de Son Altesse Royale la princesse Caroline Mathilde », en tant que fille du prince de Galles. Les deux prénoms qu'elle porte lui viennent de sa tante, la princesse Caroline. L'enfant est baptisée dix jours plus tard, à Leicester House, sa demeure natale, par l'évêque de Norwich, Thomas Hayter. Son parrain est le jeune prince de Galles, Georges, héritier du trône et ses marraines sont sa tante, Caroline, sœur de son père et sa propre sœur, la princesse Augusta, âgée de 14 ans.

    Struensee, médecin de la couronne danoise et amant de la reine


    La petite princesse Caroline Mathilde sera élevée par sa mère, dans des principes moraux stricts, loin de la cour du roi, que la princesse Augusta considère comme un peu trop libertaire. La petite princesse est décrite comme naturelle et sans manières aucunes. Elle aime la vie au grand air et monter à cheval. En ce qui concerne son éducation plus intellectuelle, les langues sont privilégiées. Ainsi, on enseigne à la petite princesse l'italien, le français et l'allemand. Elle a chante aussi très bien et est dotée d'une jolie voix.
    A l'âge de 15 ans, Caroline Mathilde est promise au roi de Danemark, Christian VII, qui est aussi son cousin. Elle laisse sa famille derrière elle, ainsi que son pays natal, pour aller épouser le jeune monarque, âgé de 17 ans. Le mariage a lieu le 8 novembre 1766 au palais de Christianborg, à Copenhague. Son frère aîné, Georges, devenu entre-temps roi d'Angleterre sous le nom de Georges III, est préoccupé par ce mariage, bien qu'il ne soit pas encore tout à fait conscient de la maladie mentale dont souffre son cousin et beau-frère.
    Christian VII est roi depuis un peu moins d'une année, lorsqu'il épouse la jeune Caroline Mathilde. En effet, il a succédé à son père Frédéric V, le 14 janvier 1766, sur le trône de Danemark et de Norvège, les deux royaumes ayant été unis quatre siècles plus tôt par l'Union de Kalmar. Le 28 janvier 1768, à l'âge de 17 ans, la jeune reine donne naissance à l'héritier du royaume, Frédéric, qui sera par la suite Frédéric VI de Danemark et de Norvège.
    Pétillante et vive, naturelle et sans façon, n'étant pas d'une grande beauté mais possédant un certain charme, Caroline Mathilde s'accommode comme elle peut de la santé mentale défaillante de son époux. Il semble que Christian VII ait en fait souffert de schizophrénie. A la naissance de l'héritier, deux ans après le mariage, le roi, estimant qu'il a accompli son devoir, multiplie les sorties dans les bordels de la ville en compagnie de la prostituée Støvlet-Catherine avant de quitter le Danemark pour entreprendre une véritable tournée des capitales européennes.
    La petite reine, à la Cour, malgré son absence de beauté, attire l'attention des hommes, même si son caractère naturel, entier et sans affectation n'est guère populaire aux yeux des courtisans danois, qui observent une étiquette particulièrement stricte. Sa seule amie est sa première dame de compagnie, Louise von Plessen, qui considère les amis du roi comme immoraux et tente d'éloigner la jeune reine de l'influence néfaste de Christian VII. Ce n'est guère difficile car le roi se désintéresse de son épouse, qu'il n'aime pas. Des rumeurs circulent d'ailleurs sur une possible homosexualité du roi. Aux débuts de son mariage, il a d'ailleurs fallu le convaincre à visiter la couche de son épouse pour concevoir l'héritier.
    Il n'est donc pas difficile d'imaginer que la jeune reine Caroline Mathilde est malheureuse en mariage et s'ennuie à la Cour, qui bride ses penchants naturels. En 1768, année de la naissance de son premier enfant, Caroline Mathilde doit en plus faire face à l'exil de son amie, Louise von Plessen, qui doit s'éloigner de la Cour. La jeune femme est donc de plus en plus isolée, négligée en plus et humiliée par le roi.
    En mai 1768, quatre mois après la naissance de l'héritier, Christian VII, qui ne se gêne plus pour délaisser ouvertement la reine, quitte Copenhague pour effectuer un long voyage en Europe. Il fait plusieurs séjours à Hambourg, Paris ou encore Londres. Durant son absence, la jeune Caroline Mathilde ose des promenades à pied dans les rues de la capitale danoise, ce qui provoque la stupeur des courtisans, qui jugent ce comportement scandaleux car les dames issues de la noblesse ou bien de la famille royale ne se déplacent jamais à pied mais toujours en carrosse. Cette année-là, Caroline Mathilde passe l'été à Frederiksborg avec son jeune bébé avant de rentrer à Copenhague à l'automne. Le roi l'y rejoint le 12 janvier 1769, près d'un an après son départ. Il ramène avec lui Johann Friedrich Struensee, qui est devenu son médecin personnel. Par la suite, le médecin allemand va même devenir ministre de Christian VII. Le roi avait rencontré Struensee lors de son séjour à Hambourg. Celui-ci parvient, semble-t-il, à gérer l'instabilité mentale du roi et Christian VII lui accorde toute sa confiance.
    C'est Struensee qui encourage Christian VII à améliorer ses relations avec sa jeune épouse. Le roi écoute les conseils de son nouveau mentor et fait célébrer son anniversaire pendant trois jours, en juillet 1769. Mais la reine, qui n'est pas sotte, sait pertinemment qu'elle doit ces quelques marques d'attention à Struensee et non pas aux initiatives personnelles de son époux. Son intérêt et même, son affection pour le médecin ne vont alors que croître. En janvier 1770, Struensee se voit attribuer une chambre au palais royal et, cette même année, au printemps, Caroline Mathilde succombe enfin au charme du médecin et en devant sa maîtresse. Par la suite, une vaccination couronnée de succès du jeune héritier de la couronne danoise, assoit encore un peu plus l'influence de Struensee auprès de la reine.

    Christian VII, roi de Danemark, époux de Caroline-Mathilde, vers 1772


    En 1771, le 6 juillet, Caroline Mathilde donne naissance à une fille, la petite princesse Louise Augusta, considérée comme la fille de Christian VII mais dont le père pourrait aussi bien être Struensee. A ce moment-là, à la Cour, personne ne se doute que Struensee puisse être le père de la princesse. Au contraire, tout le monde se réjouit de l'influence positive qu'il a sur le souverain et qui a amené ce dernier à fréquenter un peu plus assidûment son épouse.
    Seulement, l'influence grandissante de Struensee dans l'entourage royal ne satisfait pas tout le monde. Les aristocrates, les militaires, le clergé, les marchands, lui tiennent grief de la suppression du Conseil privé, qui a eu lieu à son initiative, des entraves faites à l'enseignement religieux ou bien encore, de la suppression des corporations et de l'ouverture des frontières...
    La reine douairière, Juliana, seconde épouse de Frédéric V, va alors prendre les choses en main. C'est à son initiative qu'une troupe de soldats fait irruption au palais royal dans la nuit du 16 au 17 janvier 1772. Une partie se rend aussitôt dans la chambre du roi pour éviter qu'il n'intervienne en faveur de son conseiller et force Christian VII à signer un mandat d'arrêt contre Struensee.
    Pour légitimer également la mise à l'écart de la reine, on force Struensee à avouer la relation qu'il a eue avec elle. Lorsque la déposition est montrée à Caroline Mathilde, celle-ci s'effondre et avoue tout elle aussi, pensant ainsi sauver la tête de son amant. Mais Struensee, arrêté avec son ami Brandt, va être condamné à mort, avec lui, pour crime de lèse-majesté. Fin avril 1772, trois mois après son arrestation, il monte à l'échafaud.
    Qu'en est-il de la malheureuse reine ? Après un divorce expédié, Caroline Mathilde est recluse, d'abhord à Kronborg puis bannie du Danemark. Elle trouve alors refuge au château de Celle, où elle a au moins la consolation et la joie de retrouver son ancienne amie, Louise von Plessen. Caroline Mathilde est exilée avec sa petite fille, Louise Augusta. Caroline Mathilde va y vivre deux ans, entourée d'une petite cour. Elle y meurt en 1775, le 10 mai, à l'âge de 23 ans. Son fils Frédéric VI devint roi de Danemark après que son père, en 1783, ait été déclaré inapte à régner, à cause de sa maladie mentale. Ironie de l'Histoire, le jeune roi gouverna en ré acclimatant peu à peu les mesures prises par Struensee...
    Particulièrement populaire au Danemark, l'histoire de Caroline Mathilde et de Johann Struensee a fait l'objet d'un film, A royal affair, en 2012.

     

     

    Mads Mikkelsen et Alicia Vikander interprètent Struensee et la reine Caroline-Mathilde dans le film A Royal Affair, de Nikolaj Arcel en 2012

     

     © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus :

    -The Favourite of the Queen, Robert Neumann. Roman. 
    -The Lost Queen, Nora Lofts. Roman. 


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