• INTERMÈDE XIX

    INTERMÈDE XIX

     

    Le gisant de Du Guesclin en la basilique Saint-Denis 

    Bertrand du Guesclin, futur comte de Longueville et connétable du royaume de France, voit le jour vers 1320 -sa date de naissance n'est pas plus précise- au château de la Motte-Broons, près de Dinan. Il est le fils aîné de Robert II du Guesclin, seigneur de la Motte-Broons et de Jeanne de Malesmains, dame de Sens. Robert II est issu de l'une des plus importantes familles nobles de la Bretagne gallo mais il ne fait partie que de la branche cadette, la branche aînée vivant, elle, au château du Plessis-Bertrand et de la Motte-Jean. La famille de Bertrand n'occupe finalement qu'un modeste manoir à la Motte-Broons.
    Comme c'est l'usage dans les familles nobles du temps, l'enfant est plac en nourrice, chez des paysans, jusqu'à l'âge de cinq ans. Le petit Bertrand est considéré comme un enfant laid, pris en grippe par ses parents, d'ailleurs, à cause de sa laideur. Il est décrit comme un enfant petit, aux jambes noueuses, aux épaules trop larges et aux bras trop longs. La Chanson de Bertrand du Guesclin, écrite par le trouvère Cuvelier dit d'ailleurs qu'il fut « l'enfant le plus laid qu'il y eût de Rennes à Dinan ». Sa brutalité innée l'éloigne également de ses parents. Sa mère, Jeanne du Guesclin, donne ouvertement la préférence à ses enfants puînés et son père le traite mal, refusant même de le former à la chevalerie. La chronique du trouvère Cuvelier dit d'ailleurs que ses parents le détestaient tellement « que souvent en leur cœur ils désiraient qu’il fût mort ou noyé dans l’eau courante » !!
    Dès son plus jeune âge, le futur connétable se fait remarquer pour sa force mais aussi pour son habilté dans les exercies physiques. Il se livre également à des jeux particulièrement belliqueux avec ses jeunes compagnons paysans. Illettré, il est bagarreur et il se sent irrépressiblement poussé vers le métier des armes.
    Un jour, alors que Bertrand se trouvait chez son oncle, à Rennes, il assiste à un tournoi, qui se déroule le 4 juin 1337, sur la Place des Lices. On lui a défendu d'y participer mais l'un de ses cousins, vaincu, quitte la lice et lui prête son équipement. Selon les chroniques de l'époque, Bertrand, masqué, parvient à défaire douze ou quinze chevaliers -le nombre diverge selon les versions- avant de refuser de combattre son père, à la grande stupéfaction de l'assemblée, qui ne cesse de se demander qui est ce chevalier inconnu qui combat sans blason. Un seizième chevalier, qui le défie, parvient alors à faire sauter la visière de son heaume et Robert du Guesclin reconnaît alors avec surprise son fils. Ému et fier, il s'engage alors à l'armer complètement. Bertrand va alors commencer à courir les tournois et à acquérir sa réputation d'excellent tournoyeur.

    Bertrand du Guesclin fait Connétable de France par le roi Charles V 


    Les premières guerres auxquelles il participe sont celles opposant Charles de Blois et les comtes de Montfort, Jean II et son fils Jean III, pour la succession du duché de Bretagne. Il se fait remarquer également dès les débuts de la Guerre de Cent Ans, notamment en 1354 en prenant le château de Grand-Fougeray et en participant, en 1357, à la défense de la ville de Rennes, assiégée par le duc de Lancastre Henry de Grosmont. Grâce à sa bravoure au combat, il gagne progressivement le respect de la noblesse et le chevalier Alacres de Marès, dépendant du bailliage de Caux l'adoube finalement en 1354 au château de Montmuran. Il prend alors comme devise « Le courage donne ce que la beauté refuse ». Par la suite, il est nommée capitaine de Pontorson et du Mont-Saint-Michel. Soutien de Charles de Blois, il guerroie plusieurs années dans la forêt de Paimpont et devient alors la terreur des Anglais qui le surnomment : le Dogue Noir de Brocéliande. En 1361, il passe au service de la couronne de France et s'illustre à Mantes, Meulan ou encore, Rolleboise. Il célèbre l'avènement du roi Charles V en avril 1364 en remportant la bataille de Cocherel contre les troupes du roi de Navarre, revendiquant aussi la couronne de France. Il reçoit le comté de Longueville, en Normandie.
    Après cette victoire, on le trouve aux côtés de Charles de Blois en Bretagne. Mais, en septembre 1364, Bertrand du Guesclin a beau se démener, son parti est battu. Il est fait prisonnier par le chef de l'armée anglaise, John Chandos. Le roi de France paiera la rançon de 100 000 livres demandée par les Anglais pour que Bertrand recouvre sa liberté. En 1365, le roi Charles V le charge d'une grande mission : débarrasser le royaume des hordes de routiers et autres mercenaires qui mettent le pays à feu et à sang. Bertrand les persuade alors d'aller participer à la guerre civile qui fait alors rage en Castille et de guerroyer aux côtés d'Henri de Trastamare, qui dispute alors le trône de Castille à Pierre le Cruel. Comme à son habitude, Bertrand se couvre de gloire dans cette guerre et il a déjà anéanti le parti de Pierre le Cruel lorsque celui-ci se résoud à faire appel au Prince Noir et à Chandos, du parti anglais. Finalement, Bertrand connaît un revers à la bataille de Nàjera, menée contre son avis, en 1567. Fait une nouvelle fois prisonnier, il est encore libéré grâce à Charles V qui paie sa rançon. Il venge sa défaite lors de la bataille de Montiel qui a lieu en 1369 et parvient à rétablir sur le trône castillan Henri de Trastamare. Pour récompenser ses actions en Espagne, le roi le fait duc de Molina.
    L'année suivante, revenu en France, il est fait connétable de France par Charles V. Son seul but va être désormais d'expulser les Anglais hors de France. Boudant les méthodes chevaleresques qui consistent à convoquer tout l'ost, Bertrand agit province par province, assiégeant et reprenant un château après l'autre. Sa méthode est efficace et il parvient à chasser les Anglais de Normandie, de Guyenne de Saintonge et de Poitou. Très rusé, Bertrand ne fait pas durer les sièges et c'est parfois grâce à des subterfuges qu'il parvient à s'emparer des villes. A Niort, par exemple, il travestit ses propres soldats avec des uniformes anglais pour endormir la confiance des défenseurs et ceux-ci lui ouvriront les portes de la ville.
    Voici ce que dit Georges Minois, historien médiéviste, à propos de Du Guesclin : « Certes, il ne conduit qu'une petite troupe de quelques centaines d'hommes, mais il obtient avec eux des résultats plus importants qu'avec une grosse armée, coûteuse, lourde, encombrante et lente. » En 1374, il combat sous les murs de La Réole, en Guyenne et se marie, la même année, avec Jeanne de Laval, dans la chapelle du château de Montmuran, dont il devint le propriétaire par alliance, jusqu'en 1380. En dot, son épouse lui apporte en plus le château de Montsabert en Anjou. Dix ans plus tôt, il avait épousé en premières noces Tiphaine Raguenel, morte en 1373, avec qui il n'avait pas eu d'enfants. En 1376, il reçoit la seigneurie de Pontorson. Deux ans plus tard, Charles V fait confisquer le duché de Bretagne, le duc Jean IV étant en exil à Londres. Cela provoque une révolte nobiliaire et le rappel de Jean IV. L'inaction de Du Guesclin lors du débarquement du duc à Dinard le fait suspecter de trahison. Indigné, il renvoie son épée de connétable au roi et est déjà décidé à passer en Espagne au service d'Henri de Trastamare quand le roi lui accorde de nouveau sa confiance. Il retourne alors dans le Midi, combattre les Anglais, qui y sont toujours bien présents. En 1380, il combat contre les Grandes compagnies de routiers, en Auvergne et assiège Châteauneuf-de-Randon, dans le Gévaudan. Après plusieurs assauts d'une violence terrible, la place promet de se rendre au connétable si, dans les quinze jours suivants, elle n'est pas secourue. Mais Du Guesclin meurt dans cet intervalle, très certainement d'avoir bu de l'eau glacée après avoir combattu en plein soleil. Il meurt le 13 juillet 1380 et le gouverneur de Châteauneuf vient, en personne, les quinze jours écoulés, déposer les clés de la cité sur le cercueil de Du Guesclin. Son corps est enterré à Saint-Denis, auprès des rois de France. Son cœur repose à la cathédrale Saint-Sauveur de Dinan.

    Statue équestre à Dinan

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

     

    Pour en savoir plus :

    -Bertran du Guesclin, Georges Minois. Biographie. 
    -Bertran du Guesclin, connétable de France, Yves Jacob. Biographie. 
    -Du Guesclin : vie et fabrique d'un héros médiéval, Thierry Lassabatère. Etude historique. 
    -Chroniques, Jean Froissart. Chroniques contemporaines / Source historique. 

     

     

     

     

     


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