• INTERMÈDE XV

    INTERMEDE LXVIII

     

    I. Concino Concini

    Tableau de 1835 représentant Concini, commandé par le roi Louis-Philippe pour le musée historique de Versailles

    Concino Concini, dont le nom sera francisé en Conchine, est né à Florence vers 1575. Nous ne connaissons pas sa date de naissance exacte. Il fut le favori de la reine-régente Marie de Médicis et connut d'ailleurs une ascension fulgurante en devenant maréchal de France, ce qui n'est pas rien, marquis d'Ancre et baron de Lésigny. Il épousa une confidente de la reine-mère, une italienne intriguante répondant au nom de Leonora Dori ou Leonora Galigaï, qui lui donna deux enfants, Henri, né en 1603 et Marie, en 1607. Sa grande proximité lui attira les foudres du jeune souverain Louis XIII et lui valut d'ailleurs de finir tragiquement sa vie...
    Concini est issu de la petite noblesse italienne et porte d'ailleurs, avant d'être distingué par la régente de France, le titre de comte della Penna. Son grand-père avait été ambassadeur du Grand-duché de Toscane auprès de l'empereur Maximilien de Hasbourg et son père, lui, était secrétaire du Grand-Duché de Toscane. On suppose que la famille Concini serait originaire d'un petit village près de Florence, npmmée Firenzuol mais Concino vit le jour à Terranuova Bracciolini, petite ville de la province d'Arezzo. Sa maison natale, dans la via Concini, remise en état par la municipalité, est encore visible aujourd'hui.
    Il étudia à l'université de Pise avant de faire partie de la suite de la jeune Marie de Médicis, qui s'en allait en France pour y devenir reine : elle épousera Henri IV au mois de décembre 1600. Dans le convoi qui part vers le royaume de France, le jeune aventurier rencontre Leonora Dori, soeur de lait de la reine Marie...on la surnomme également la Galigaï. Il l'épouse le 12 juillet 1601.
    Homme ambitieux, prétentieux et arrogant, Concini s'attire rapidement l'inimitié du roi Henri IV : en effet, le Vert-Galant voit d'un mauvais œil la présence de cet homme dans le cénacle de la reine, son épouse et souhaiterait le voir écarter. Le caractère et le comportement de l'Italien le font également détester du peuple et des nobles. Se croyant tout permis, il était par exemple entré, le 4 mai 1610 -quelques jours seulement avant l'assassinat du roi-, dans le Parlement, sans enlever son chapeau et avait failli se faire tuer pour cela ! Les clercs du Palais s'étaient en effet jetés sur lui et lui avaient donné des coups de bâton : il n'avait dû son salut qu'à l'intervention de pages de la reine, qui furent eux-mêmes copieusement bâtonnés pour lui avoir porté secours ! Furieux, il s'en vint se plaindre au roi mais le Parlement le prit de vitesse et lui rappela vertement l'immunité de sa demeure !
    Le 14 mai 1610, dans la rue de la Ferronnerie, à Paris, alors qu'il se trouve dans un carrosse avec le duc d'Epernon, Henri IV est frappé par le couteau de Ravaillac et succombe à ses blessures. Il laisse la France aux mains d'un enfant, le Dauphin Louis, âgé de neuf ans et qui devient, de fait, le roi Louis XIII. N'étant pas majeur, un Conseil de Régence est mis en place : il est présidé, comme bien souvent dans ce cas, par la mère du jeune roi, la veuve d'Henri IV, Marie de Médicis. Concino Concini, époux de sa confidente, va vite devenir son favori...
    Concini en profite alors pour acheter le marquisat d'Ancre, en actuelle Picardie et se fait nommer Premier Gentilhomme de la Chambre, une charge prestigieuse, mais aussi Surintendant de la Maison de la Reine, gouverneur de Péronne, Roye et Montdider avant d'être finalement élevé à la dignité de maréchal de France, en 1613. C'est une distinction relativement moins importante qu'aujourd'hui, puisque la fonction originelle du maréchal de France, charge créée au Moyen Âge, était de s'occuper des chevaux du roi. Le maréchal de France ne deviendra le chef suprême de l'armée qu'après la suppression de l'office de connétable par le Cardinal de Richelieu, en 1624. Pour autant, la réussite insolente de Concini énerve de plus en plus, d'autant plus que son influence politique est de plus en plus grande auprès de la reine-régente. Ainsi, en 1616, il parvient à obtenir la disgrâce du chancelier, Nicolas Brûlart de Sillery. C'est lui également qui fit nommer ministres Richelieu, dont on connaît l'influence future sur le roi Louis XIII, mais aussi Claude Mangot et Claude Barbin.
    Si Concini est l'ennemi de la noblesse et du peuple, il n'a pas conscience qu'il s'est également fait détester par un personnage qui pourrait le conduire à sa perte : en effet, le favori de la régente a oublié de cultiver l'amitié du jeune roi Louis XIII, qui le hait cordialement. Le jeune roi, âgé de 16 ans, commence à trouver pesante la tutelle exercée par sa mère, avec qui il ne s'entend pas et supporte de moins en moins bien l'influence de cet Italien sur sa mère et la politique française. Etant dans l'impossibilité de procéder à l'arrestation de Concini, qui possédait une armée personnelle de 7000 soldats -sans compter ses partisans-, le jeune roi décida de mettre au point un coup de force pour s'emparer du pouvoir qu'il pouvait maintenant exercer effectivement. Aidé par le duc de Luynes, son célèbre favori et de quelques autres fidèles, parmi lesquels le baron de Vitry, il fit assassiner Concini, le 24 avril 1617, alors que celui-ci arrivait dans la cour du Louvre. C'est Vitry, capitaine des gardes du corps, qui porta les coups de pistolet mortels. Lorsque le favori tombe mort, Louis XIII remercie chaleureusement les conjurés par ce mot : « Grand merci à vous, à cette heure, je suis roi ! ».
    Discrètement enterré dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, le corps de l'Italien sera déterré par des Parisiens et traîné dans les rues de la ville avant d'être profané. Lapidé et bâtonné, il sera ensuite pendu par les pieds à l'une des potences qu'il avait lui-même fait élever sur le Pont-Neuf. Il sera ensuite dépecé et ses restes brûlés. Ses biens, entre autres, le château de Lésigny et l'hôtel parisien de la rue de Tournon, furent confisqués par le roi, qui les cédera à son favori, le duc de Luynes.

    Quant à sa femme, elle ne fut pas laissée en paix et fut également poursuivie par la vindicte du peuple et du roi...c'est ce que nous allons voir maintenant.


    II. Leonora Galigaï

    Tableau du XVIème siècle représentant Leonora Dori 

    Leonora Dori, ou encore, Dosi, surnommée Galigaï, a vu le jour entre 1568 et 1571 à Florence, en Italie. Elle a seize ans lorsqu'elle est présentée à la petite princesse de onze ans, isolée et qui s'ennuie. Marie en fera tout de suite sa confidente. Mais, contrairement à la légende répandue, Léonora, qui avait cinq ans de plus que son amie, ne fut pas sa soeur de lait.
    Lorsque la nièce du grand-duc de Toscane quitte Florence pour la France, où elle s'apprête à épouser le roi, Henri IV, Leonora est bien sûr dans les bagages de son amie et la suit jusqu'à Paris, où elle devient sa dame d'atour. Le 12 juillet 1601, quelques mois après les noces de Marie de Médicis et Henri IV, la jeune florentine épouse un italien rencontré dans le convoi amenant la jeune Marie vers son époux : Concino Concini. Ils se marient à Saint-Germain-en-Laye et, de leur union, naîtront deux enfants, un garçon et une fille. Cette dernière, prénommée Marie, comme la reine, sera la filleule d'Henri IV.
    Leonor Galigaï exerce une forte influence sur Marie de Médicis et devient l'une des femmes les plus puissantes de France lorsque la reine accède à la régence après l'assassinat d'Henri IV. Son mari obtient le marquisat d'Ancre et le titre de maréchal de France, elle devient donc elle-même marquise et maréchale. Ses ennemis la décrivaient comme une femme cupide et capricieuse. Atteinte d'épilepsie, une maladie que l'on ne savait pas soigner à l'époque et que l'on appellait le haut-mal, Leonora se tourne vers l'exorcisme et des pratiques de désenvoûtement, que l'on ne distinguait pas, à l'époque, de la sorcellerie. Malgré sa cupidité et son ambition, Leonora est plus intelligente que son époux : plutôt que de chercher les honneurs, elle se tient relativement éloignée de la Cour. Cela ne l'empêchera pas de subir, par ricochet, les conséquences de l'assassinat de son époux...dans l'ombre, la Galigaï en profite pour accumuler une fortune colossale, peut-être une revanche sur ses origines plus que modestes. En 1617, un ambassadeur de Venise l'évalue à 15 millions de livres, ce qui est énorme : cela correspond aux trois quarts du budget annuel du royaume de France.
    En 1617, Concino Concini est assassiné par les fidèles du roi Louis XIII, âgé de seize ans. L'amitié de la reine-mère ne sauvera pas Leonora, qui est arrêtée, le 4 mai 1617, quelques jours seulement après l'assassinat de son époux. Elle est transférée à la Bastille, puis, le 11, à la Conciergerie. L'instruction de son procès est confié à Jean Courtin et Guillaume Deslandes, qui vont procéder à plusieurs interrogatoires de l'ancienne favorite, entre le 22 mai et le 7 juillet 1617. Elle est finalement condamnée pour « les impiétés, entreprises contre l'autorité du roy en son État, traités et négociations secrètes avec les étrangers, fontes d'artillerie, changement des armes du roy et application de celles dudit Conchiny sur lesdites artilleries, magasins d'armes, poudre et autres munitions de guerre, interventions de deniers publics appliquéz au profit desdits Conchiny et transport d'iceux hors le royaume sans la permission du roi [… La cour] déclare lesdits Conchiny et Galigay sa veuve, criminels de lèse-majesté divine et humaine. ». Même si elle est plusieurs accusée de sorcellerie au cours du procès, l'arrêt final ne le mentionne pas. A ses juges, qui lui reprochaient d'avoir envoûté la reine, elle aurait répondu ceci : « Je ne me suis jamais servi d'autre sortilège que de mon esprit. Est-il surprenant que j'aie gouverné la reine qui n'en a pas du tout ? » Une belle preuve d'amitié pour celle qui avait été son amie de jeunesse et sa bienfaitrice, lui ayant dispensé toutes ces prodigalités, une fois devenue reine de France ! Cette citation est remise en doute par Tallemant des Réaux.
    Mais l'esprit de Leonora ne lui permettra pas de sauver sa peau. Elle est finalement décapitée en place de Grève et son corps brûlé, le 8 juillet 1617.

     

    INTERMEDE LXVII

     

    Gravure représentant l'exécution de la Galigaï, le 8 juillet 1617

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.


    Pour en savoir plus :

    -Leonora Galigaï, l'âme damnée de Marie de Médicis, Inès de Kertanguy. Biographie.
    -Faut-il brûler la Galigaï ?, Pierre Combescot. Essai historique.
    -Historiettes, Tallemant des Réaux. Mémoires.
    -Les Enquêtes de Louis Fronsac, tome 9, La Malédiction de la Galigaï, Jean d'Aillon. Roman. 


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