• INTERMÈDE XVI

    INTERMEDE LXVIII

     

    L'impératrice Alexandra Fedorovna (photographie de 1908)

    Née le 6 juin 1872 à Darmstadt, en Allemagne, la petite princesse Victoria Alix Hélène Louise Béatrice de Hesse et du Rhin a du sang allemand par son père et du sang anglais par sa mère. Princesse de Hesse et du Rhin, elle est la fille du grand-duc Louis IV de Hesse et d'Alice du Royaume-Uni, seconde fille de la reine Victoria et du prince Albert de Saxe-Cobourg. Alix est l'avant-dernière enfant du couple. Avant elle sont nés trois soeurs - Victoria, Elizabeth et Irène- et deux frères -Ernest-Louis, qui deviendra grand-duc de Hesse et Frédéric. Après elle, viendra au monde Marie, en 1874.
    La princesse est baptisée un peu moins d'un mois après sa naissance, le 1er juillet 1872 dans la foi luthérienne. Elle a pour parrains le prince de Galles, son oncle, futur Edouard VII ainsi que l'empereur Alexandre III de Russie. Ses marraines, quant à elles, sont la princesse de Galles, Alexandra de Danemark, Béatrice de Royaume-Uni ainsi que les princesses Augusta de Hesse-Cassel et Anne de Prusse.
    Alix grandit en Allemagne, mais se rend aussi souvent en Angleterre où sa grand-mère, la charismatique reine Victoria, tombe amoureuse de sa charmante petite-fille. C'est elle qui la surnomme pour la première fois Sunny, petit soleil. Ce surnom sera repris ensuite dans sa famille. La petite Alix doit ce surnom à son beau sourire, constamment plaqué sur ses lèvres et sa gaieté à toutes épreuves.
    L'enfant perd son insouciance à l'âge de six ans, lorsqu'un drame terrible la touche de plein fouet : sa sœur cadette, Marie et sa mère, la princesse Alix sont emportées, à quelques jours de distance, par la diphtérie. La petite Marie avait quatre ans, leur mère, trente-cinq. Elle laisse cinq enfants : Elizabeth, Irène, Victoria, Alix et Ernest-Louis. Frédéric est mort en 1873, alors que Sunny n'avait qu'un an. Hémophile, l'enfant succombe à sa maladie. Ce terrible gène, Alix l'apportera à son propre fils, Alexis.
    La perte de sa mère et de sa jeune soeur provoque un choc terrible chez l'enfant. Plus jamais la petite Sunny ne sera comme avant et le drame va profondément modifier son rapport aux autres. Désormais, la petite fille pétillante et enjouée n'est plus. Alix grandit et devient une jeune fille triste, timide et méfiante. Elle se réfugie dans l'étude et s'éloigne des autres. Après la mort de sa mère, Alix sera élevée en Angleterre, auprès de sa grand-mère Victoria, qui va s'attacher profondément à elle.

    Le tsarévitch Nicolas et la princesse Alix en 1894


    La petite-fille de la reine Victoria va bientôt susciter l'intérêt masculin mais la jeune fille refuse systématiquement les demandes : ainsi, elle repousse son cousin Albert Victor, duc de Clarence et deuxième dans l'ordre de succession au trône britannique. Il faut dire que, à l'âge de douze ans, dans le courant de l'année 1884, sa sœur aîné Elizabeth, surnommée Ella, s'en va se marier en Russie avec Serge Alexandrovitch Romanov, frère cadet du tsar Alexandre III. Alix est conviée à la cérémonie et, pour la première fois, elle pose les yeux sur l'héritier du trône impérial russe, Nicolas, le tsarévitch, fils d'Alexandre III et de la princesse Dagmar de Danemark, devenue l'impératrice Maria Fedorovna. Par le jeu des alliances, Nicolas est devenu le neveu d'Ella, la sœur d'Alix. Il est âgé de seize ans, quatre ans de plus que la jeune Alix et pourtant, un sentiment très fort va naître entre les deux jeunes gens. Cette jeune allemande lui plaît au-delà de ce qui est imaginable, il en va de même pour la petite-fille de la reine Victoria, qui tombe sous le charme du jeune héritier russe...ce sentiment si fort qui va les unir perdurera toute leur vie, sera couronné par un mariage et la naissance de cinq enfants et ne disparaîtra qu'avec eux, tragiquement, en 1918...en attendant, Alix reprend goût à la vie.
    Pourtant, le couple impérial russe, Alexandre III et l'impératrice Marie refusent de voir leur fils épouser une princesse allemande. En effet, en Russie, on estimait que les noces avec des allemandes et surtout des allemandes de Hesse portaient malheur : par exemple, Alexandre II, grand-père de Nicolas, avait épousé une princesse de Hesse et du Rhin, Marie, par ailleurs grand-tante d'Alix. Il mourut atrocement lors d'un attentat perpétré contre sa personne. Un peu plus tôt, le fils de la grande Catherine, Paul Ier, lui aussi époux d'une princesse issue de la maison de Hesse-Darmstadt est mort assassiné lors d'un complot...
    Et puis, cette princesse a été élevée dans la religion luthérienne, elle n'est pas orthodoxe et, décidément, si elle plaît à Nicolas, elle ne plaît pas du tout à ses parents. Ne pouvant faire la cour à sa princesse allemande, le jeune tsarévitch va entretenir une relation avec une danseuse, Mathilde Kchessinskaïa.
    Mais la santé du tsar Alexandre III se dégrade vite en cette fin de XIXème siècle et le couple va finalement se résigner à accorder à son fils aîné ce qu'il veut, d'autant plus que la jeune princesse de Hesse, aussi éprise que l'héritier russe, se dit prête à renoncer à sa religion de baptême pour devenir orthodoxe si telle est la condition pour qu'elle épouse celui qu'elle aime. Il semble aussi que la princesse Elizabeth, dite Ella, jeune belle-sœur d'Alexandre III ait intercédé auprès de lui en faveur de sa sœur. C'est à l'occasion du mariage du frère d'Alix, Ernest-Louis, en 1894, que les deux jeunes gens vont se fiancer.
    Le 26 novembre 1894, le mariage est finalement célébré, à Saint-Pétersbourg, quelques semaines seulement après la disparation du tsar Alexandre III, emporté par une néphrite, à Livadia. Pour épouser l'héritier russe, la jeune princesse allemande a dû abandonner la religion luthérienne pour devenir orthodoxe et prend le nom d'Alexandra Feodorovna. Sur son passage, la foule murmure. Cette princesse allemande va apporter le malheur à la Russie, dit-on, puisqu'elle est arrivée « derrière un cercueil ! ». Pour couronner le tout, durant les fêtes qui célèbrent l'union du nouvel empereur, un accident va se produire sur le champ de foire et causer de nombreuses victimes : un peu plus d'un siècle auparavant, il était arrivé la même chose lors des réjouissances données pour les noces de Marie-Antoinette et Louis XVI...les deux couples finiront leur vie dans la même tragédie...
    Le 14 mai 1896, Nicolas et Alexandra sont couronnés souverains de Russie.
    Les premières années de règne des jeunes Nicolas et Alexandra vont être marquées du sceau du conservatisme. Le jeune tsar se refuse à envisager les changements nécessaires pour faire de la Russie un pays moderne et la sortir de l'obscurantisme. Le couple va rapidement devenir impopulaire pour cette raison mais aussi, parce que l'impératrice se montre incapable de donner un héritier au trône. En effet, entre 1895 et 1901, elle donnera naissance à quatre filles, les grande-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. La personnalité d'Alexandra déroute aussi les russes puisqu'elle se montre névrosée et antipathique, peut-être du fait d'une grande timidité qui l'empêche d'être spontanée. Belle et fière, Alexandra, par sa trop grande froideur, éloigne l'amour de son peuple et suscite l'inimitié.
    En 1904, le 12 août précisément, l'impératrice accouche d'un fils, le tsarévitch Alexis, au palais de Peterhof et, pour la première fois, le peuple russe communie dans la joie avec ses souverains. Mais, comble de l'horreur, on se rend vite compte que cet enfant tant espéré est porteur du gène de l'hémophilie, transmis par les femmes à leurs enfants mâles. De nombreux descendants de la reine Victoria, à commencer par le propre frère d'Alexandra, sont morts de cette terrible maladie. Horrifiée, se sentant coupable d'avoir transmis cette maladie à son fils, Alexandra, qui s'était jetée avant autant de ferveur dans l'orthodoxie que dans le luthérianisme, va verser dans un mysticisme de plus en plus important, qui va encore plus la discréditer auprès du peuple, notamment à cause la présence de l'influent Raspoutine dans son entourage, présenté à elle par une dame d'honneur particulièrement impopulaire, Anna Vyroubova. Autre erreur commise par le couple, la dissimulation de la maladie de l'héritier, qui va être vue comme une trahison par les Russes.

    L'impératrice photographiée avec ses filles : de gauche à droite, Olga, Tatiana, Anastasia et Maria (1913)


    La Russie est en train de traverser des heures sombres, d'autant plus que le spectre de la Grande Guerre s'approche de plus en plus et plane sur l'Europe entière. Le pouvoir va devoir affronter une défaite contre le Japon, des manifestations étudiantes et ouvrières qui tournent à l'émeute...Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, Nicolas II prend lui-même le commandement de ses troupes et Alexandra, soutenue par ses deux filles aînées, Olga et Tatiana, transforme les palais du pouvoir en hôpitaux du pouvoir tandis qu'elle-même et ses filles s'improvisent infirmières pour apporter leur secours aux soldats russes blessés au front. Mais c'est déjà trop tard : la Russie en a plus qu'assez de ce souverain hésitant qui sait parfois se montrer cruel -le Dimanche sanglant est dans tous les esprits- et qui ne répond pas aux aspirations du peuple et de cette impératrice étrangère -elle est encore plus détestée, en tant qu'allemande, depuis que la Russie se bat contre l'Allemagne-, manipulée par un moujik venu des confins de la Russie rurale et détesté par la noblesse. La contestation politique devient de plus en plus importantes, le pays est paralysé par des grèves et le mécontentement populaire grandit. Lorsque Raspoutine est assassiné par le prince Félix Youssoupov et d'autres conjurés, le 31 décembre 1916, le régime tsariste vit ses derniers mois...Montée sur le trône en 1613, la dynastie Romanov s'apprête à en descendre, dans la violence.
    La famille du tsar va d'abord être emprisonnée à Tsarskoïe Selo, puis transférée par les bolcheviques à Tobolsk, avant de rallier la sinistre maison Ipatiev, à Iekaterinebourg. Jusqu'au bout, l'impératrice déchue va se consacrer à son fils, son unique raison de vivre. Dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918, toute la famille ainsi que son personnel est réveillée par les gardes bolcheviques qui la font descendre dans la cave de la maison. Là, sans aucun jugement, Nicolas II et les siens sont passés méthodiquement par les armes. Les corps, évacués de la maison seront passés à la chaux et jetés dans un puits mine situé au cœur de la forêt de Koptiaki, proche de Iekaterinebourg. La même nuit, la soeur d'Alexandra, Ella, veuve du grand-duc Serge est assassinée par les bolcheviques avec d'autres membres de la famille impériale, à Alapaveïsk, dans la province de Perm, non loin de Iekaterinebourg.
    Certains historiens défendent une possible survivance des femmes de la famille impériale : ainsi, seuls Nicolas II et son fils auraient été assassinés dans la cave de la maison Ipatiev, la maison à destination spéciale tandis que l'impératrice et ses filles auraient été discrètement remises aux Allemands, par exemple. D'autres légendes, plus tenaces, voudraient qu'Anastasia fut la seule survivante et prit le nom d'Anna Anderson -hypothèse aujourd'hui infirmée. Depuis quelques années, on suppose également que la grande-duchesse Olga, âgée de vingt-deux ans en 1918, aurait survécu et coulé des jours paisibles dans un couvent italien.

    Alexandra et son fils Alexis, en 1911


    Dès le début des années 1990, alors que l'URSS n'existe plus et que le pouvoir en Russie s'assouplit, les autorités ordonnent des fouilles dans les bois autour de Iekaterinebourg. En 1991, les restes des Romanov suppliciés en 1918 sont retrouvés dans une fosse commune, au milieu des bois. Mais, une fois la tombe ouverte, les archéologues convoqués pour mener les fouilles se rendent compte que sur les onze corps qui auraient dû se trouver dans cette fosse -en comptant la famille plus des membres du personnel-, il n'y en avait que neuf. En effet, il manquait le corps du petit tsarévitch et de l'une de ses soeurs, Maria ou Anastasia.
    Finalement, le 16 juillet 1998, les corps de Nicolas II et d'Alexandra, de leur trois filles et des membres de leur suite son inhumés dans un caveau de la cathédrale Pierre-et-Paule de Saint-Pétersbourg, en présence de descendants de la famille Romanov : parmi eux, Nicolas Romanov, chef de la maison impériale. Le 14 août 2000, le dernier tsar et sa famille sont canonisés par l'église orthodoxe.
    En 2007, les recherches n'ayant pas été abandonnées, les deux corps manquant sont finalement retrouvés, non loin de l'endroit où le premier charnier avait été mis au jour. Voici ce que déclare officiellement, à cette occasion, le gouverneur de Sverdlovsk, en avril 2008 : « Le plus grand laboratoire génétique des États-Unis a confirmé leur identité, les corps retrouvés en août 2007, sont bien les corps des deux enfants d'Alexandra et du tsar Nicolas II, la grande-duchesse Anastasia et le tsarévitch Alexis [...] Nous avons à présent retrouvé la famille au grand complet. »
    Aujourd'hui, la malheureuse impératrice repose donc avec les siens dans la sérénité de la cathédrale de Saint-Pétersbourg.

     

    Le couronnement de Nicolas II et Alexandra Fedorovna en mai 1896

     

     © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

     

    Pour en savoir plus :

    - Nicolas II et Alexandra de Russie. Une tragédie impériale, Jean des Cars. Biographie.
    - La Saga des Romanov, Jean des Cars. Biographie.
    - Les Romanov, une dynastie sous le règne du sang, Hélène Carrère d'Encausse. Biographie.
    - Nicolas II, Hélène Carrère d'Encausse. Biographie.
    - La Fin Tragique des Romanov, Pierre Lorrain. Biographie.

     

     


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