• INTERMEDE XXIV

    INTERMEDE XXIV

     

    Marie-Caroline vers 1770, portrait de Georg Weikert

     

    La jeune archiduchesse Marie-Caroline (Maria Karolina Luise Josepha Johanna Antonia von Osterreich est son nom de naissance) voit le jour le 13 août 1752 au château de Schönbrunn, palais d'été de la famille d'Autriche, aux abords de Vienne. Elle est le treizième enfant du couple formé par Marie-Thérèse, archiduchesse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, régente des possessions des Habsbourg et de son époux, François Ier de Lorraine, empereur du Saint-Empire. Le couple est connu pour sa généreuse progéniture et, trois ans plus tard, naîtra celle qui reste certainement la plus célèbre -et celle qui possède sans nul doute le destin le plus tragique-, Marie-Antoinette, la future reine de France.
    La petite Marie-Caroline reçoit le prénom de deux ses soeurs décédées en bas-âge : l'une était morte deux semaines seulement après son premier anniversaire ; la seconde quelques heures seulement après avoir été baptisée. Cette nouvelle petite Marie-Caroline sera plus chanceuse que ses soeurs puisqu'elle est promise à une vie relativement longue pour l'époque : la future reine de Naples s'éteindra à l'âge de soixante-deux ans au début du XIXème siècle.
    La petite fille reçoit pour parrain et marraine les souverains français, Louis XV et son épouse, Marie Leszczynska. En grandissant, Marie-Caroline sera certainement la fille de Marie-Thérèse qui lui ressemblera le plus, tant sur le plan physique que sur le plan moral. La jeune archiduchesse formera également un duo très uni avc sa petite soeur, de trois ans sa cadette, la future Marie-Antoinette, encore appelée à l'époque Maria Antonia et couramment surnommée Antoine. Les deux petites filles ont d'ailleurs partagé très tôt la même gouvernante, la comtesse Lerchenfeld et on se plaisait à voir une preuve de leur attachement mutuel dans les maladies infantiles que les petites princesse ne manquèrent pas d'attraper dans leurs premières années : quand une était malade, l'autre ne manquait jamais d'attraper la maladie de sa soeur, tant elles étaient toujours fourrées l'une avec l'autre ! Cette relation privilégiée entre les deux soeurs prendra fin en août 1767, quand leur mère, Marie-Thérèse, décide de les séparer, du fait de leur mauvaise conduite : Marie-Caroline a quinze ans, la jeune Antoine, douze.
    Cette même année, le destin de Marie-Caroline se précipite...Sa soeur aînée Marie-Josèphe, d'un an de plus qu'elle, décède subitement, alors qu'elle était promise à Ferdinand IV de Naples -nommé à tort de Naples puisqu'il est en fait roi de Sicile péninsulaire. Marie-Josèphe avait remplacé sa jeune sœur Marie-Jeanne, initialement promise au souverain napolitain, mais qui était morte en 1762 de la variole, à l'âge de douze ans. Marie-Caroline se retrouve donc propulsée sur le devant de la scène matrimoniale...ses parents, soucieux de protéger l'alliance avec Naples, proposent donc successivement trois de leurs filles au roi Ferdinand et, le 12 mai 1768, Marie-Caroline, âgée de seize ans, convole en justes noces. Elle devient Sa Majesté Marie Caroline Luise Josephe Johanna Antonie de Naples et de Sicile, archiduchesse d'Autriche, princesse royale de Hongrie et de Bohême, princesse de Toscane.
    La jeune princesse est dotée d'un caractère fort et dominant qui contraste en tous points avec celui de son époux. Né en 1751, Ferdinand est le fils de Charles III d'Espagne, connu sous le nom de Charles VII de Naples et de Marie-Amélie de Saxe. Par son père, il a du sang Bourbon qui coule dans ses veines puisqu'il est un descendant direct de Louis XIV. Le jeune prince n'a que huit ans quand son père, le roi Charles VII, est appelé à ceindre la couronne d'Espagne, en 1759. L'année suivante, sa mère décède en Espagne. Successivement fiancé, on l'a vu, à deux archiduchesses autrichiennes qui moururent avant que le mariage ne fut conclu, c'est finalement Marie-Caroline qui devient son épouse, alors qu'ils n'ont que dix-sept et seize ans. Leur mariage n'est pas très heureux et le couple, bien trop différent pour s'entendre et s'accorder. Ferdinand IV est un roi au caractère hésitant qui contraste avec celui, déterminé et fort, de sa jeune épouse, qui ne tarde pas à s'imposer et à gouverner, littéralement, le roi, avec le favori Joseph Acton. Ce fut véritablement Marie-Caroline qui gouverna Naples à la place de son époux, qui n'aimait rien tant que se mêler au peuple et mener sa vie simple.
    Malgré un mariage peu heureux, le couple se trouva rapidement pourvu d'une nombreuse progéniture et, à l'instar de sa propre mère, Marie-Caroline passa de nombreuses années en grossesses et couches successives. Marie-Caroline et Ferdinand seront ainsi les parents de dix-huit enfants. Certains mourront en bas âge mais la plupart atteignirent l'âge adulte. En 1772 naît Marie-Thérèse de Bourbon-Naples ; l'année suivante, une nouvelle fille voit le jour et reçoit le prénom de Louise ; en 1775 c'est un fils, Charles, qui vient au monde mais décède trois ans plus tard ; ce fils a une jumelle, Marie-Anne, qui vivra cinq ans ; en 1777 naît François, le futur François Ier des Deux-Siciles, qui reçoit ce prénom en hommage à son grand-père maternel ; en 1779 naissent des jumelles, Marie-Christine et Marie-Christine-Amélie ; Janvier, en 1780 ; Joseph en 1781 ; Marie-Amélie en 1782 ; Marie-Christina en 1783 est mort-née ; Marie-Antoinette, en 1784 et qui sera reine d'Espagne ; Marie-Clotilde, en 1786 ; Marie-Henriette en 1787 ; Charles, en 1788 ; Léopold en 1790 ; Albert Louis, en 1792 et, enfin, Marie-Isabelle, en 1793. En tout, la reine Marie-Caroline passa donc vingt-et-un ans de sa vie dans la maternité, donnant naissance, à des dates rapprochées à dix-huit enfants dont une seule sera morte à la naissance. A la naissance de son dernier enfant, la princesse Marie-Isabelle, sa soeur aînée, Marie-Thérèse, avait vingt-et-un ans et était déjà pourvue d'une descendance. Ainsi, Marie-Caroline eut des petit-enfants plus vieux que ses derniers enfants !!
    Politiquement, Marie-Caroline continuera la politique de rapprochement des Habsbourg et des Bourbons que sa propre mère avait menée dans ses Etats et dont son mariage était la conséquence directe. Comme sa mère également, elle veillera notamment à marier le plus avantageusement sa nombreuses progéniture : sa fille aînée, Marie-Thérèse sera ainsi mariée à François, le futur François Ier d'Autriche, fils de son oncle Léopold II. L'une de ses filles ceindra la couronne d'Espagne tandis que son fils François sera, lui, marié à la princesse Marie-Isabelle d'Espagne. Ainsi, bien avant la reine Victoria, qui appliqua elle aussi à sa nombreuse descendance -cependant bien moins importante que celle de Marie-Caroline- cette même politique matrimoniale, Marie-Caroline peut être considérée comme la grand-mère de l'Europe.

    La famille royale de Naples en 1783 (Marie-Caroline, Ferdinand Ier et leurs enfants) par Angelica Kauffmann


    Depuis son royaume, elle assiste, sidérée, au soulèvement révolutionnaire français, qui, éclaté en 1789 va emporter la royauté avec lui et éliminer sans état d'âme ses souverains. La reine de Naples, on s'en souvient, était la sœur de l'infortunée reine de France, sœur qui, malgré l'éloignement, n'avait sûrement pas oublié les liens privilégiés qui les avaient unies dans leur jeunesse -un mariage entre le petit Dauphin et une des princesses napolitaine avait même été envisagé avant que la Révolution n'éclate. Marie-Caroline se montre révoltée par l'exécution de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793 et, avec le soutien de son favori Joseph Acton mais aussi de l'ambassadeur britannique à Naples, Hamilton, elle déclara, en 1798, les hostilités à la France révolutionnaire. Cependant, cette même année, les armées du roi de Naples sont vaincues et le souverain se trouve privé de ses possessions continentales. Les victoires successives des armées révolutionnaires poussent la reine à se réfugier en Sicile, une terre que Marie-Caroline connaît mal et où la vie va s'avérer particulièrement pénible, notamment à cause du climat auquel elle a du mal à s'habituer. Des chroniqueurs ont d'ailleurs rapporté que la reine aurait alors usé d'opium...Ne décolérant pas, la reine Marie-Caroline observe, impuissante, depuis la Sicile, ce nouveau gouvernement républicain qui se met en place à Naples et qui ressemble tant à cette Révolution Francaise qui lui a pris sa soeur...En 1799, les souverains récupèrent leurs possessions péninsulaires et Ferdinand et Marie-Caroline se livrent alors à une véritable vengeance, une cruelle répression : le célèbre amiral Nelson devient le bras armée de la reine et celle-ci n'hésitera pas à faire exécuter certains de ses anciens amis et se livre toute entière à une sanglante répression contre les républicains vaincus. On dit que, sur quelques 8000 prisonniers, les souverains ne pardonnèrent qu'à six d'entre eux...les autres furent exécutés, condamnés à un emprisonnement à vie à la déportation ou bien encore, à des peines moins importantes, comme l'exil...Ferdinand IV perdra de nouveaux ses Etats en 1806 après avoir violé le serment de neutralité qu'il avait juré : le royaume passera successivement à Joseph Bonaparte, frère de Napoléon Ier puis à Joachim Murat, maréchal d'Empire et beau-frère de l'Empereur.
    Désormais, une réputation de cruauté colle à la peau de la reine mais elle s'en moque et est bien déterminée à continuer de tenir tête à Napoléon et à l'Empire. Ainsi, la reine de Naples ne respecte pas le traité de paix signé avec la France napoléonienne...mais, à Trafalgar, Nelson décède et Marie-Caroline perd l'un de ses plus importants soutiens. En France, malgré la défaite, Napoléon est en train de préparer Austerlitz et se retourne donc contre l'Autriche...après la brillante victoire de l'Empereur, les Napolitains sont sommés de se soumettre mais la reine refuse et commet en cela une grave erreur. En 1804, Napoléon Ier la force à se séparer de son favori, annexe le nord de son royaume et fait de son frère, Joseph Bonaparte, le roi de Naples. Pour la seconde fois, Marie-Caroline est contrainte de se réfugier en Sicile où elle s'installe à Palerme, pour un second exil. En 1806, Ferdinand IV, son époux est déchu du royaume de Naples par Bonaparte. Marie-Caroline profite de son exil forcé pour marier deux de ses filles, en passe de rester célibataires : Marie-Christine, âgée de vingt-huit ans, épouse Charles Félix de Sardaigne en 1807 et Marie-Amélie épouse, en 1809, le duc d'Orléans, tous deux princes en exil. En 1808, la reine, toujours aussi déterminée, tente de placer, avec l'aide de l'Angleterre, son plus jeune fils Léopold-Michel, sur le trône d'Espagne mais l'intervention de la France fait finalement capoter son projet. En 1810, c'est pleine de fureur qu'elle apprend le remariage de Bonaparte, divorcé de Joséphine, avec Marie-Louise d'Autriche, qui est sa petite-fille et sa petite-nièce -la jeune fille est en effet la fille de Marie-Thérèse, première fille de Marie-Caroline et de Ferdinand et de François Ier, fils de Léopold II, le frère de Marie-Caroline. Elle accueillera également avec beaucoup de mécontentement la naissance de l'Aiglon, le petit prince né de l'union de Napoléon Ier et de Marie-Louise et qui est, par conséquent -ironie de l'Histoire-, arrière-petit-fils de la reine de Naples déchue. Cela dit, après l'abdication de Napoléon en mars 1814, la vieille reine, qui fait toujours preuve d'un caractère très déterminé, critiquera vertement la mollesse de l'impératrice Marie-Louise.
    En Sicile, elle est étroitement surveillée par les Anglais, qui tiennent l'île contre Murat, et ils ne cessent de l'empêcher d'agir comme elle le souhaiterait. En 1813, elle est finalement chassée par eux de son exil insulaire et doit se réfugier à Vienne. La reine est désormais une vieille femme et elle trouvera un peu de réconfort auprès de Marie-Louise, sa petite-fille, rentrée en Autriche avec son petit garçon, l'Aiglon.
    En septembre 1814, une femme de chambre découvre le corps inanimé de la reine, âgée de soixante-deux ans. Elle avait la main tendue vers la sonnette, qu'elle n'a pu atteindre. Il semble que Marie-Caroline soit morte d'une crise d'apoplexie. Elle est enterrée auprès de sa mère Marie-Thérèse, à Vienne. Elle meurt avant d'avoir pu voir les Bourbons rétablis à Naples, après la victoire autrichienne de Tolentino, qui contraint Murat à fuir. Son époux se remariera avant la fin de cette même année 1814 avec Lucia Migliaccio, sa maîtresse de longue date et règne encore dix années sous le nom de Ferdinand Ier des Deux-Siciles -le royaume, connu depuis sous ce nom, avait reçu cette nouvelle dénomination en 1816.

     

    La reine Marie-Caroline par Anton Raphael Mengs

     

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus : 

    - Jaune de Naples, Jean-Paul Desprat. Roman. 
    - Les Couples Royaux dans l'Histoire, Jean-François Solnon. Essai. 
    - La Duchesse de Berry, l'Oiseau Rebelle des Bourbons, Laure Hillerin. Biographie. 
    - Le Journal d'une Reine : Marie-Caroline de Naples dans l'Italie des Lumières, Mélanie Traversier. Biographie. 


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