• « Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui » ; Anne-Prospère de Launay et Donatien de Sade

    « Oh ! puisqu'on me rend le chemin de la vertu si difficile, puisqu'on ne me l'offre qu'avec des épines, il faudra donc que je reste dans le vice ! »

    « Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui » ; Anne-Prospère de Launay et Donatien de Sade

    Publié en 2011

    Editions Le Livre de Poche (collection La Lettre et la Plume) 

    124 pages

    Résumé : 

    Cet ouvrage met en lumière l'un des aspects les plus scandaleux et les plus mystérieux de la vie du marquis de Sade : sa liaison avec sa jeune belle-soeur, Anne-Prospère de Launay, âgée de dix-sept ans et chanoinesse bénédictine. 
    Après de longues recherches, Maurice Lever a découvert, enfouies dans les archives familiales, les lettres échangées entre les deux amants. Liaison scandaleuse, orageuse, où se jouent les aspirations du marquis à la rédemption par l'amour. Espoir brisé par sa propre infidélité, que la jeune femme ne pourra pardonner et qui entraînera la rupture définitive. On trouvera également ici six lettres du marquis à sa femme. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1824, dix ans après la mort du marquis de Sade à Charenton, à l'âge de soixante-quinze ans, le publiciste Louis-Gabriel Michaud, qui s'est lancé dans un vaste projet de Biographie universelle, souhaite y insérer une note concernant le marquis, personnage ô combien scandaleux du siècle précédent, libertin invétéré, qui fut emprisonné plusieurs fois et même condamné à mort.
    C'est l'un des collaborateurs de Michaud, Pierre-Hyacinthe d'Audiffret, qui est chargé de faire les recherches nécessaires à la rédaction de la notice biographique. Tout naturellement, c'est auprès de la famille qu'il va commencer à chercher ces informations, famille d'abord hostile puis qui va finir par se laisser convaincre, au point que de vrais liens de confiance vont se tisser entre Audiffret et Donatien Claude Armand, le fils du divin marquis. Plusieurs cartons de documents familiaux vont être confiés à Audiffret et c'est ainsi que des lettres de Sade à sa jeune belle-soeur, Anne-Prospère, sont découvertes et copiées par Audiffret.
    Ces documents ont ensuite été restitués à la famille et mis sous les yeux de Maurice Lever, biographe de Sade, chargé de mettre en forme ce petit recueil, qui a pour titre la première phrase d'une lettre d'Anne-Prospère à son amant.
    Pour remettre un peu le tout dans son contexte, rappelons qu'en 1763, le marquis de Sade, de bonne noblesse provençale mais à la réputation sulfureuse, épouse Renée-Pelagie de Montreuil. Cette dernière, fille de Claude René de Cordier de Launay de Montreuil, issu de la noblesse de robe et titré baron d'Echauffour et de Marie-Madeleine Masson de Plissay, a une jeune sœur, née en 1751, de dix ans sa cadette, la fameuse Anne-Prospère : la fratrie est bien plus importante mais ici, c'est cette jeune fille qui nous intéresse. Celle-ci a dix-sept ans et est alors chanoinesse séculière chez les Bénédictines d'Alix, près de Lyon, quand elle rencontre son beau-frère. Celui-ci a vingt-neuf ans et une force irrépressible va les pousser l'un vers l' autre. Une longue relation va alors se tisser entre eux, entrecoupée de ruptures, d’infidélités, de séjours en prison du marquis pendant lesquels la jeune fille se meurt d'inquiétude.
    « Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n' être jamais qu'à lui » ne contient cependant pas que la correspondance échangée entre le marquis et sa jeune maîtresse, mais aussi quelques épîtres de Madame de Sade à sa sœur ou à son mari et des lettres du marquis à sa femme, écrites lors de ses séjours en détention.

    Anne-Prospère de Launay 


    J'ai cependant été surprise que le livre ne contienne pas uniquement la correspondance entre Anne-Prospère et son beau-frère et ce sont presque d'ailleurs les lettres de ce dernier à son épouse qui prennent le pas sur les autres. Petite déception de ce côté-là mais ça n'a heureusement eu aucune incidence négative sur mon intérêt à découvrir ce recueil, au contraire ! Je trouve l'idée de cette collection vraiment intéressante et, en publiant en majorité des inédits, La Lettre et la Plume nous permet de découvrir des textes que l'on aurait peut-être pas eu l'occasion de lire autrement et c'est le cas de cette correspondance. Avec elle, je découvre la manière d'écrire de Sade, que je ne connais pas du tout, n'ayant pas lu ses œuvres. Par contre, c'est avec plaisir que je retrouve cette langue du XVIIIeme siecle, qui est si belle, tellement pleine de fougue et d'allant ! Étrangement, même si j'ai été un peu déçue de ne lire que quelques lettres d'Anne-Prospère, j'ai été très agréablement surprise par l'échange de lettres entre Sade et son épouse. Que Renée-Pélagie ait été très amoureuse de son mari, c'est un fait ; mais on aurait pu penser, au vu du comportement de Sade, qu'il n'en allait pas de même pour lui or ces lettres, écrites lorsqu'il était en prison, montre une facette de lui assez insoupçonnée, celle d'un mari aimant et même... jaloux (là on peut dire quand même que c'est l'hôpital qui se fout de la charité !)... en tous cas, c'est avec beaucoup de douceur qu'il dit à son épouse qu'il l'aime ce qui nous pousse, nous lecteurs, à le croire sur parole. Les lettres de Renée-Pélagie à sa jeune sœur sont édifiantes également : leur mère étant au courant de la relation de sa jeune fille avec son gendre dépravé, fit un tapage monstre pour les séparer ; on peut donc se douter que l'épouse légitime fut au courant de cette aventure, sans jamais témoigner aucune jalousie ni animosité à sa sœur...la marquise de Sade avait donc beaucoup d'abnégation et peut-être lui en fallait-il beaucoup, au vu du mari qu'elle avait, en effet... ! 
    Ce recueil est aussi un bon éclairage du XVIIIeme siècle, cette époque tellement riche et en même temps, tellement contradictoire. Ce siècle où un libertin peut pervertir une jeune chanoinesse mais risque au même moment la prison pour fornication ! On se rend compte que le XVIIIeme siècle, avant d’être celui de Valmont et de Madame de Merteuil est aussi celui de Cécile de Volanges et de Madame de Tourvel... un siècle où rigueur religieuse et innocence se disputent la part belle avec le libertinage -qui induit aussi une certaine liberté religieuse- et la dépravation et où parfois ceux-ci gagnent... mais à leurs risques et périls toutefois ! La société, bien qu’éclairée, notamment sous l'influence des philosophes des Lumières n'en reste pas moins encore très conservatrice.
    Ce livre, bien que court, est donc révélateur, tant du personnage que de l'époque où il est évolue et qui est toute une histoire à elle toute seule ! Bref, encore une fois une assez bonne découverte par le biais de La Lettre et la Plume

    En Bref :

    Les + : l'éclairage que ce recueil donne sur les relations d'une famille mais aussi sur tout un siècle ; le style de Sade, loin de l'érotisme de ses romans et que je découvrais à cette occasion. 
    Les - : que le recueil soit présenté avant tout comme un échange de correspondance entre Sade et sa belle-sœur parce que c'est loin d'être le cas. 


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 8 Décembre 2016 à 18:48

    Je me répète encore une fois mais ton blog est rempli de trésors livresques pour moi ! J'adorerais me trouver devant ta bibliothèque XD. Je vais lire tes chroniques au fur et à mesure, dès que j'ai un peu de temps :) En tout cas j'ai déjà envie de découvrir ce recueil. Comme toi le fait qu'il y ait des lettres du marquis à son épouse ne me gêne pas vraiment, j'aime tellement lire la correspondance de ce siècle, d'autant plus quand cela provient d'un personnage aussi fascinant. J'aime beaucoup ta manière d'écrire tes chroniques, ton blog est une belle découverte ! 

      • Jeudi 8 Décembre 2016 à 19:27

        Merci encore pour tes compliments, ça fait toujours plaisir d'avoir des lecteurs aussi investis et qui manifestement prennent du plaisir à parcourir le blog, à lire et à commenter les articles ! ! 

        Je passe pas mal de temps à la rédaction de mes chroniques, surtout quand je suis dispo...quand je travaille (je suis dans le tourisme donc, pendant la période de la saison touristique c'est difficile pour moi de me consacrer au blog même si j'essaie de prendre le moins de retard possible sarcastic ) c'est plus compliqué mais j'essaie vraiment de soigner mes chroniques, autant par plaisir personnel, parce que j'aime écrire et que j'essaie de trouver les mots justes pour transcrire mes émotions et ce que j'ai ressenti en lisant le bouquin mais aussi pour le plaisir de mes lecteurs, fidèles ou pas ! happy Je ne suis pas satisfaite de toutes mes chroniques et parfois je n'ai pas vraiment d'inspiration mais j'essaie toujours de les détailler au maximum...

         

        Pour en revenir à cette correspondance du marquis de Sade, j'ai été très agréablement surprise même si, effectivement, je ne l'aurais pas présentée comme la correspondance de Sade et de sa maîtresse parce que ça n'est pas vraiment le cas...on ne lit que quelques lettres d'Anne-Prospère mais c'est surtout à des échanges épistolaires entre Renée-Pélagie et Sade qu'on lit ! Ca reste quand même une lecture intéressante : la langue du XVIIIème siècle est très belle et assez difficile à retranscrire par les auteurs contemporains qui s'y essaient... le côté épistolaire rappelle aussi un peu Les Liaisons Dangereuses... quant au personnage, Sade était peut-être un pervers mais pas dénué pourtant d'une certaine humanité... 

    2
    Mardi 20 Décembre 2016 à 19:22

    J'ai tellement aimé Les liaisons dangereuses, alors ça me donne encore plus envie de découvrir ce recueil. Je regrette parfois que les portables aient remplacé les échanges épistolaires ! Ecrire une belle lettre, je trouve ça tellement plus touchant (même s'il faut avouer que ça prend du temps !)

    Et pour ton blog et tes chroniques, de rien, c'est normal, j'aime vraiment beaucoup ton style. Et surtout, tu as l'air d'être une véritable passionnée d'histoire comme moi, alors je ne peux que aimer tes choix de lecture :D. Pour le boulot je comprend, je viens de commencer fin novembre et c'est assez difficile de tout concilier. Et quand je fais des chroniques j'aime aussi qu'elles soient bien construites, j'essaie toujours de faire au mieux par plaisir parce que j'aime écrire et aussi pour ceux qui me lisent. 

      • Mardi 20 Décembre 2016 à 20:48

        J'ai vraiment eu l'impression de replonger dans cette atmosphère particulière, propre aux Liaisons Dangereuses (même si ça fait longtemps maintenant que j'ai lu ce roman winktongue ) ! ! Si tu es une amoureuse du XVIIIème siècle, comme moi (quoique, moi, ça deviendrait plutôt une obsession, quand j'y pense objectivement oops ) ou même d'Histoire, en général, je pense que ce livre pourrait te plaire ! En général, les livres de cette collection sont assez frustrants parce que trop courts mais en même temps très intéressants et peuvent donner envie d'en savoir plus ou de se replonger dans un grand classique...par exemple, ce livre m'a vraiment donné envie de relire le roman de Laclos ! ^^

         

        Je dois dire que ton blog n'est pas mal non plus ! J'adore son design, assez sobre et tes chroniques sont très plaisantes à lire...nous avons sensiblement les mêmes goûts donc c'est sympa aussi d'aller y fureter de temps en temps ! Ca me change des blogs où il n'y a que de la fantasy ou de la romance : je n'ai rien contre ces genres-là, au contraire, mais disons qu'ils ne me parlent pas vraiment ! C'est donc très sympa de rencontrer une lectrice qui a les mêmes goûts et les mêmes centres d'intérêt... ! ! cool yes

        Je te rejoins totalement quant aux chroniques, d'ailleurs ! ! Pendant un temps, j'avoue que les faire était devenu une corvée, ce que je ne veux absolument pas ! J'ai donc fait en sorte de pouvoir y travailler plus souvent, plus facilement, pour que ça redevienne un plaisir...tenir un blog, même sans avoir aucune vocation professionnelle, c'est quand même du travail mais il faut avant tout que ça reste de la passion... ^^ Celle de partager avec des lecteurs fidèles mais aussi pour soi-même... En tous cas, je suis ravie que ce que je fais te plaise...tu fais maintenant partie des visiteurs fidèles du Salon et c'est un plaisir d'écrire ses chroniques en sachant qu'elles seront lues, appréciées et qu'elles auront un certain écho chez les personnes qui en prendront connaissance.  

    3
    Samedi 14 Janvier à 17:16

    Tu me rappelles que je n'ai toujours pas cherché à me procurer cette collection chez Gibert jeune (librairie de livres neufs et d'occasions à Paris). C'est comme un rêve de la découvrir car j'adore l'épistolaire des siècles passés mais je fais parfois le constat navrant d'avoir lu tous les classiques et ceux qui sont disponibles : Laclos, "La paysanne pervertie", "Le paysan parvenu" de Marivaux... Je note évidemment ce titre. J'ai déjà lu un livre de Sade mais j'espère en lire plein d'autres à l'avenir !

      • Samedi 14 Janvier à 17:28

        Lance-toi, je suis sûre que tu aimeras ! Cette collection est vraiment géniale et bravo à ceux qui ont pensé à la mettre en place parce qu'elle permet ainsi de découvrir des textes qu'on aurait peut-être pas pu avoir entre les mains autrement ! cool

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