• « Je meurs d'amour pour toi... » Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine, 1760-1763 ; Isabelle de Bourbon-Parme

    « A quoi nous servirait de nous être aimées en ce monde si nous devions être séparées toute une éternité ? »

    « Je meurs d'amour pour toi... » Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine, 1760-1763 ; Isabelle de Bourbon-Parme

    Publié en 2010

    Editions Le Livre de Poche (collection La Lettre et à la Plume)

    256 pages

    Résumé :

    Isabelle de Bourbon-Parme, petite-fille de Louis XV, épousa en 1760 le futur empereur Joseph II. Cette jeune femme d'une intelligence exceptionnelle séduisit la cour de Vienne et tomba éperdument amoureuse de...sa belle-sœur, l'archiduchesse Marie-Christine.
    Ses lettres et billets, découverts par Elisabeth Badinter -qui les présente ici dans une passionnante introduction-, révèlent une personnalité hors du commun, douée d'un véritable talent d'écriture. Et l'on suit jour après jour les tourments de la passion de cette princesse pleine d'esprit qui mourra à vingt-deux ans. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Née le 31 décembre 1741 à Madrid, Isabelle est la fille de don Philippe, fils du roi d'Espagne Philippe V et d'Elisabeth de France, fille aînée de Louis XV -pour la petite anecdote, elle est le premier petit-enfant du roi de France qui devient ainsi grand-père à l'âge surréaliste de...trente-et-un ans ! !
    Espagnole par la naissance, doublement française par le sang -elle est Bourbon par son père comme par sa mère et descend deux fois de Louis XIV-, italienne et allemande par la culture, Isabelle de Bourbon-Parme est une princesse surprenante à bien des égards. Cosmopolite, polyglotte, européenne avant la lettre, elle est mariée à dix-neuf ans au futur empereur Joseph II, qui, contre toute attente, va tomber follement amoureux de sa jeune épouse, qui lui donnera une fille. Elle-même, prônant un féminisme presque violent, ne sera jamais amoureuse de son époux mais le fut sans aucun doute -ou du moins eut-elle une très forte amitié pour elle-, de Marie-Christine, sa belle-sœur.
    Sa correspondance qui, jusqu'ici n'avait été que peu exploitée voire censurée, pour la liberté de ton adoptée dans certaines lettres, est donc ici redécouverte et très bien présentée par Elisabeth Badinter, dans une excellente préface. Très endommagée par le naufrage du bateau qui la transportait et qui quitta les Pays-Bas en 1792, lors du soulèvement contre Marie-Christine et son époux Albert de Saxe-Teschen, gouverneurs de la province au nom de l'Autriche, la correspondance d'Isabelle de Bourbon-Parme est très incomplète, souvent non datée et archivée de façon tout à fait fantaisiste, ce qui conduit donc à un véritable casse-tête lorsqu'il s'agit de la publier. Les tâches et l'encre fanée ainsi que l'aisance d'Isabelle dans plusieurs langues qui la font ainsi passer de l'une à l'autre dans un même billet ou utiliser des tournures d'une langue dans une autre, n'ont pas non plus aidé au travail des personnes ayant travaillé à l'élaboration de cette édition moderne. Rafraîchie, ponctuée -ce qui n'était pas forcément évident au XVIIIème siècle-, et corrigée -l'orthographe de l'époque était en effet souvent assez fantaisiste voire phonétique malgré l'évident talent d'écriture de la jeune femme-, la collection La Lettre et la Plume nous livre donc ici un document rare et qui nous permet, sans voyeurisme aucun, d'entrer dans l'intimité d'une princesse qui mériterait d'être mieux connue. Très intelligente, dotée d'un sens critique acéré et de convictions tout aussi assurées, Isabelle eut un destin tragique mais elle aurait assurément, si elle avait vécu, été un digne successeur de Marie-Thérèse et une représentante irréprochable de l'Empire. Mais cette princesse que l'on pourrait presque penser maudite, mourut à vingt-deux ans. Elle laissa une famille adoptive inconsolable et un veuf éploré qui reporta toute son attention et son amour sur l'unique enfant que l'unique femme qu'il eût jamais aimé, lui donna. Cette mélancolie morbide qui transparaît sans arrêt sous la gaieté et l'humour apparents des lettres d'Isabelle sont peut-être un héritage de son grand-père maternel, Louis XV, connu pour avoir été un grand dépressif devant l’Éternel.

    L'Archiduchesse Marie-Christine (1742-1798), peinte en 1765, peintre anonyme


    Pour le reste, ses lettres sont relativement redondantes, des déclarations toujours très enflammées envers sa belle-sœur Marie-Christine à qui, on le sent, Isabelle s'était très attachée. De celle-ci, nous ne savons que peu de choses, du moins pour ce qui est de sa psychologie, il est donc difficile de savoir si les deux jeunes femmes, qui n'avaient que cinq mois de différence, se sont retrouvées dans une analogie de caractères et de pensées. Mais on sait que Marie-Thérèse s'attacha très vite à sa petite belle-fille, comme elle l'était aussi de sa fille Marie-Christine, dont elle était proche. La preuve s'il en est, elle fut la seule archiduchesse à pouvoir se marier selon son corps tandis que toutes ses autres sœurs -à commencer par la petite Marie-Antoinette-, n'étaient, malgré l'affection de leur mère, considérées que comme des pions politiques et des moyens d'arracher des alliances aux puissances voisines. Y'avait-il donc chez les deux jeunes femmes une certaine ressemblance qui les a réunies dans l'affection et l'estime de l'Impératrice et, tout naturellement, à fait d'elles des amies ? Car malgré la présentation, qui fait d'Isabelle une femme amoureuse d'une autre femme, je pense qu'il faut plutôt voir dans cette relation entre Isabelle et sa belle-sœur une grande amitié, peut-être mâtinée d'humour et de joutes sexuelles épistolaires -certaines lettres d'Isabelle sont en effet assez lestes- et l'absence des réponses de Marie-Christine, méconnues à ce jour et certainement perdues, ne permet malheureusement pas de mettre les lettres et les billets d'Isabelle en exergue et de les analyser ainsi à travers un prisme différent. Alors Isabelle et Marie-Christine ont-elles réellement entretenu une relation saphique, ont-elle passé le pas de la simple correspondance ? On sait que Marie-Christine fut amoureuse deux fois au cours de sa vie et deux fois d'hommes. Le premier, dont elle fut très éprise, Louis de Wurtemberg, fut éconduit par ses parents mais elle parvint à arracher à l'Impératrice la promesse de pouvoir choisir son mari et ce fut donc certainement par affection, par inclination, que Marie-Christine choisit finalement, en 1766, d'épouser Albert de Saxe-Teschen. Il est donc difficile de voir en Marie-Christine une femme attirée par une de ses semblables. Pour ce qui est d'Isabelle, par contre, le doute peut effectivement subsister. Victime d'un mariage arrangé, comme beaucoup de princesses du temps, elle n'a pas de mots assez durs pour dénoncer ce sacrifice et surtout, après sa mort, dans ses papiers, furent découverts de violentes diatribes comme les hommes, papiers dont l'Impératrice prit connaissance mais qu'elle refusa toujours de montrer à Joseph II tant ils recelaient de violence contre les hommes. Alors la princesse Isabelle, une lesbienne ? Pourquoi pas. Même si le mot n'existait pas encore et que l'on avait du mal à l'époque à imaginer deux femmes se livrant ensemble à la sexualité, le saphisme n'était pas nouveau pour autant et l'on en accusera plus tard Marie-Antoinette dans des pamphlets ce qui prouve que, même si l'on croyait la chose inconcevable, on n'y pensait pas moins pour autant. Le doute perdurera sans doute toujours mais, malgré cela, ce sont de belles lettres qui nous est donné de lire, de belles preuves d'amitié, de gaieté et d'un certain optimisme, malgré l'ombre omniprésente de la mort qui plane au-dessus d'Isabelle...Cette correspondance apporte encore une autre facette à un siècle qui n'en est donc que plus riche.

    Isabelle de Bourbon-Parme par Jean-Marc Nattier

    En Bref :

    Les + : une correspondance presque inédite et intéressante, marquée par le réel talent d'écriture d'Isabelle.
    Les - :
    des lacunes qui rendent parfois la lecture laborieuse ; des redondances.


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