• L'Eau des Collines, tome 1, Jean de Florette ; Marcel Pagnol

    « La force et l'endurance des rêveurs est parfois comparable à celle des aliénés. »

    L'Eau des Collines, tome 1, Jean de Florette ; Marcel Pagnol

    Publié en 2004

    Date de publication originale : 1962

    Editions du Fallois (collection Fortunio)

    280 pages

    Premier tome de la saga L'Eau des Collines

    Résumé :

    Au village des Bastides Blanches, on hait ceux de Crespin. C'est pourquoi lorsque Jean Cadoret, le Bossu, s'installe à la ferme des Romarins, on ne lui parle pas de la source cachée. Cela facilite les manœuvres des Soubeyran, le Papet et son neveu Ugolin, qui veulent lui racheter son domaine à bas prix...

    Jean de Florette (1962), premier volume de L'Eau des Collines, marque, trente ans après Pirouettes, le retour de Pagnol au roman. C'est l'épopée de l'eau nourricière sans laquelle rien n'est possible.                                                                                                                                                         Marcel Pagnol y développe l'histoire du père de Manon, évoquée sous forme de flash-back dans le film Manon des Sources (1952). Les dialogues sont savoureux, et la prose aussi limpide que dans les Souvenirs d'enfance. Quant au Papet et à Ugolin, à la fois drôles et terrifiants, ils sont parmi les créations les plus complexes de Pagnol. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Nous sommes dans les années 1920 -la date n'est pas précisée-, quelque part en Provence. Ugolin, qui revient du service militaire, fait part à son oncle, le Papet, de son projet : il aimerait cultiver les œillets à grande échelle pour les revendre ensuite à la ville, à Aubagne et pourquoi pas, jusqu'à Marseille. La famille Soubeyran, dont le Papet et après lui Ugolin sont les derniers représentants, est riche et possède de bonnes terres sur la commune des Bastides Blanches mais dans ces terres arides des contreforts de la Provence, l'eau devient vite problématique pour une exploitation massive. C'est alors que le Papet a l'idée de racheter le mas des Romarins, qui appartient à Marius, dit Pique-Bouffigue, mas qui possède une belle source dans ses terres. A la mort de celui-ci, pourtant, Ugolin et le Papet ne parviennent pourtant pas à mettre à exécution leur plan, car un étranger arrive alors de la ville, avec femme et enfant. Cet homme, Ugolin l'apprendra vite, est le fils de Florette, des Bastide, qui s'était mariée dans le bourg voisin et ennemi de Crespin. Alors, parce que c'est un étranger et parce que les Soubeyran n'ont pas cessé de convoiter le mas et ses champs, ils vont boucher la source. Le nouveau venu, trop optimiste, va alors se tuer à la tâche pour des chimères, sous les yeux de plus en plus coupables d'Ugolin, indifférents du Papet et des gens du village qui estiment que les histoires des autres ne les regardent pas.

    Gérard et Elizabeth Depardieu (Jean et Aimée Cadoret) et Daniel Auteuil (Ugolin) dans l'adaptation de Claude Berri (1986)


    Jean de Florette est le premier tome, écrit en 1962, d'une saga en deux volumes, L'Eau des Collines, qui comprendra également, un an plus tard, le célèbre Manon des Sources. Une fois n'est pas coutume, le cinéma n'a pas adapté la littérature, mais le contraire : en effet, Pagnol s'est inspiré des films, tournés dix ans plus tôt, pour écrire cette petite saga, qui reviendra ensuite au cinéma dans les années 1980 avec des interprètes marquants comme Daniel Auteuil dans le rôle d'Ugolin, Yves Montand dans celui du Papet et Emmanuelle Béart dans celui de Manon adulte.
    Il décrit l'histoire cruelle de deux hommes qui ont de l'argent et qui sont prêts à tout pour en avoir plus ( « Mais moi, Papet, je l'aime, l'or ». comme le confessera Ugolin dans Manon des Sources sans qu'il ait besoin de le mentionner tant cela se sent dès le début). Et comme le dit le résumé, Ugolin et le Papet sont aussi drôles que terrifiants. Drôles parce qu'ils font partie de ces personnages ciselés, hauts en couleur, truculents, sortis de tout temps de l'imaginaire de Pagnol. Ils sentent la Provence, les lavandes, le chant des cigales...mais ils sont en même temps terrifiants, de par leur rouerie, leurs basses manœuvres visant à ruiner un homme jusqu'à l'irréparable. Et pour autant, on ne les déteste pas, parce qu'à un moment ou un autre, l'humanité, flagrante, déniée par eux pendant leurs terribles manigances, refait surface dans sa plus criante vérité. Pour Ugolin, le tragique accident qui arrive au propriétaire des Romarins, Jean de Florette, est un détonateur. Pour le Papet, cela arrivera plus tard, à la fin de Manon des Sources.
    Autour de ces deux personnages tourne ensuite toute une pléiade d'autres personnages tout aussi intéressants quoique plus secondaires. Tous sont très drôles et on croit entendre siffler leur accent provençal sur une place ombragée de platanes, tant ils sont aboutis : ainsi de Philoxène, le maire, qui est maire justement parce qu'il ne va pas à l'église et parce qu'il a le téléphone, Anglade, le plus croyant de la bande, Ange, le fontainier, Pamphile, le menuisier marié à la gouailleuse et extravertie Amélie, Casimir, Pique-Bouffigue le « fada » etc...purs représentants de cette Provence séculaire et traditionnelle, dans laquelle la famille Cadoret -les propriétaires des Romarins- font figure d'étrangers voire d'extraterrestres, corrompus par la ville.

    César Soubeyran dit Le Papet, interprété par Yves Montand dans le film de 1986


    Comme tout le monde, j'avais découvert Pagnol à l'école, notamment avec ses fameux Souvenirs d'Enfance. Mais je n'avais jamais réitéré l'expérience et je dois dire que j'ai bien fait car je ne regrette pas ! ! Jean de Florette, comme sa suite, Manon des Sources, m'a emballée. Le style est irréprochable, toujours juste, avec la pointe d'humour bien comme il faut quand il faut, la gravité et l'émotion qui surviennent toujours au bon moment. Ce roman est complexe, ambivalent : on balance toujours entre une certaine admiration devant les coups fourrés des Soubeyran toujours renouvelés pour arriver à leurs fins mais aussi une certaine répulsion innée devant des hommes qui, pour atteindre leur but, n'hésitent pas à regarder se tuer à petit feu un homme que, au moins l'un d'eux -Ugolin, qui reste finalement le plus stupide et donc le plus prompt à s'attendrir, au contraire de son oncle qui agit froidement et avec calcul- manipule tout en l'appréciant. Et bien sûr, on est ému par le sort de la famille Cadoret qui, d'année en année connaît une descente aux enfers irrémédiable et terrible.
    Quand on referme le livre, on attend la suite avec beaucoup d'impatience.

    En Bref :

    Les + : un roman dynamique, rythmé, avec une intrigue aboutie et des personnages impeccables ; rien à dire également sur le style !
    Les - : mais aucun ! ! 


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  • Commentaires

    1
    swagdu24
    Mercredi 23 Mars 2016 à 15:41

    de quelles films s'est inspiré Pagnol ?

    2
    swagdu24
    Mercredi 23 Mars 2016 à 15:41

    ?

      • Mercredi 23 Mars 2016 à 16:59

        De ses propres films, sortis une dizaine d'années auparavant...

    3
    Jeudi 24 Mars 2016 à 11:35

    Très exactement, c'est de son film Manon des Sources dont Pagnol va s'inspirer pour écrire ensuite le diptyque L'Eau des Collines. Je ne me souviens jamais si c'est Manon des Sources ou Jean de Florette mais non...il s'agit bien du premier ! ! smile

    A la base d'ailleurs, l'histoire de Jean de Florette n'existait pas indépendamment, elle était insérée au cœur même de l'intrigue de Manon des Sources, en flash-backs. Le film date de 1952 et les romans ont été publiés dix ans plus tard. Pagnol va d'ailleurs modifier l'intrigue de Manon tandis qu'il choisit d'expliciter un peu plus l'histoire de Jean, le père de la jeune fille, dans un roman vraiment indépendant. 

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