• L'Eau des Collines, tome 2, Manon des Sources ; Marcel Pagnol

    « Les plus grands crimes ne sont pas ceux que l'on voit dans les journaux...Beaucoup restent ignorés de la justice mais Dieu les connaît tous. »

    L'Eau des Collines, tome 2, Manon des Sources ; Marcel Pagnol

     

    Publié en 2009

    Date de parution originale : 1963

    Editions du Fallois (collection Fortunio)

    279 pages

    Second tome de la saga L'Eau des Collines

    Résumé :

    Après la mort du Bossu, et la vente des Romarins, Manon et sa mère s'installent dans la grotte de Baptistine. Quelques années plus tard, Manon trouve l'occasion de se venger...

    Pagnol s'est souvent adapté lui-même, passant aisément du théâtre au cinéma. Ici, il fait le chemin inverse, et adapte un film en roman : Manon des Sources (1963), deuxième partie de L'Eau des Collines, est la mise en roman du film éponyme, tourné dix ans plus tôt. On en retrouve tous les personnages, et on est émerveillé de voir que les dialogues,  qui sont souvent, mot à mot, les mêmes, s'entendent aussi bien sur la page que sur l'écran. Manon des Sources sera une sorte de testament : Pagnol ne réalisera jamais Jean de Florette, et n'écrira plus de fiction. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quelques années ont passé depuis la mort de Jean Cadoret, le père de Manon. César Soubeyran, sous couvert de charité, a racheté à la ferme à sa veuve quelques temps après le terrible accident de son époux et la source des Romarins, bouchée par ses soins et celle de son neveu a été rouverte, afin de permettre d'irriguer les cultures d'oeillets d'Ugolin. Aimée Cadoret et sa fille, Manon, sont allées se réfugier au Plantier auprès de Baptistine, la vieille piémontaise un peu sorcière qui, avec son époux Giuseppe, avait aidé Jean de Florette dans sa course à l'eau désespérée. Manon a grandi, elle est devenue une très belle jeune femme, mais un peu sauvage, qui vit dans les collines avec son chien et son troupeau de chèvres. Au même moment, aux Bastides est arrivé un jeune instituteur, Bernard Olivier, qui apporte un peu de modernité au village.
    Ugolin a tout pour être heureux mais son oncle le presse de prendre une épouse, pour continuer la lignée des Soubeyran. Un jour, alors qu'il chasse dans les collines, il surprend la jeune Manon, nue, près d'un trou d'eau où elle se baigne. Il en tombe immédiatement fou amoureux mais la jeune fille, qui se souvient de ses manœuvres et de celles du Papet, après la mort de son père, le fuit. Et son aversion se transforme en véritable haine quand, un jour, dissimulée dans un taillis, elle surprend une conversation entre deux hommes du village qui parlent clairement de la source bouchée par les deux Soubeyran avant l'arrivée de la famille Cadoret aux Romarins, ce qui plonge le pauvre Ugolin dans les affres d'un amour passionné mais non partagé. Dans le même temps, Manon fait la connaissance du jeune instituteur qui cherche dans les collines des pierres afin de constituer une petite collection pour ses élèves et s'il se montre tout sauf indifférent à son charme, la jeune femme, elle non plus, ne semble pas désintéressée. Son esprit est cependant tout entier tourné vers la vengeance qu'elle pourrait faire peser sur ceux qui ont brisé son bonheur et son enfance. Alors qu'elle trouve par hasard la nappe souterraine qui alimente le village en eau, elle va à son tour la boucher pour priver les Bastides de sa denrée la plus précieuse.
    Puis le roman monte en intensité. Le secret des Soubeyran, déjà connu de beaucoup mais tu, sous le prétexte qu'en Provence, on ne se mêle pas des affaires des autres et qu'on ne va pas donner raison à un étranger venu de Crespin, est sur le point d'être révélé et la disparition de l'eau n'est pas sans échauffer les esprits, qui deviennent de plus en plus difficiles à maîtriser. Et la révélation d'un secret en entraînant un autre, le Papet apprend aussi de la bouche d'une vieille des Bastides mariée ailleurs et revenue au village y finir ses jours, que l'histoire d'amour qui a marqué sa jeunesse n'a peut-être pas eu la finalité qu'il croyait depuis tout ce temps.
    Tandis que Manon, auprès de l'instituteur, goûte enfin à un bonheur bien mérité, les Soubeyran, après avoir triomphé, boivent la coupe jusqu'à la lie.

    Manon, interprétée par Emmanuelle Béart dans le film de 1986


    Ce deuxième et ultime tome de L'Eau des Collines m'a vraiment emballée, peut-être plus encore que Jean de Florette, que j'ai cela dit beaucoup aimé ! ! Ce tome-là, bien plus sauvage encore que le premier, est marqué d'une forte idendité provençale ! Le langage est châtié et on se surprend presque à le lire avec l'accent ensoleillé des Provençaux ! ! On retrouve les personnages tellement drôles et ciselés de Pagnol...et même s'ils sont moins connus que Marius, Fanny, Panisse ou César, ceux qui émaillent L'Eau des Collines de leur présence, sont forts et bien aboutis.
    Mais surtout, dans ce tome-là, comme le titre l'indique, l'intrigue va essentiellement tourner autour de la figure de Manon. La petite fille qui apparaît dans Jean de Florette, en compagnie de ses parents, Jean et Aimée Cadoret, est devenue une très belle jeune femme. Elle n'a pas encore vingt ans mais elle fait parler d'elle ! Devenue bergère dans la garrigue, elle est convoitée par les jeunes hommes du village et même l'instituteur, nouvellement arrivé, n'est pas indifférent, au charme brutal et absolument pas policé de l'ancienne petite fille des villes. Mais Manon est aussi un sujet de discorde au village parce que, dans sa sauvagerie, elle semble fière et surtout, elle attise la curiosité des femmes qui ont vu leurs maris poser leurs yeux sur elle voire en parler de façon gaillarde. Et pour les Soubeyran, Ugolin et son oncle, le Papet, elle est celle qui représente et représentera jusqu'au bout l'acquisition peu orthodoxe des Romarins, parce qu'elle est la fille de Jean de Florette, celui qu'ils ont traîtreusement manipulé et ruiné pour lui prendre ses terres.
    Le personnage, à peine esquissé dans Jean de Florette, prend ici une teneur certaine puisque, même si l'intrigue reste assez souvent centrée sur Ugolin et le Papet, elle glisse souvent jusqu'à Manon, dont le pauvre Ugolin est tombé amoureux fou, comme pour expier cent fois plus fort son ancien forfait, qui a coûté la vie à un homme qu'il avait appris à apprécier. Manon est tout aussi aboutie et ciselée que les autres personnages, touchante dans sa rage et son désir de vengeance vifs et spontanés. A bien des égards, peut-être parce que l'ambiance s'y prête, que les lieux se ressemblent, elle m'a fait penser à Albine, la petite sauvageonne née de l'imagination de Zola dans La Faute de l'Abbé Mouret. Elles ont toutes les deux ce côté très animal, de belles filles grandies à l'ombre de la nature, où elles se sont créé un nid réconfortant, à l'abri des hommes et de la société. Face à ceux qui, civilisés, se montrent en fait corrompus et remplis de bas instincts, des personnages comme Albine ou Manon, presque virginaux, opposent en quelque sorte l'homme en son état de nature et donc, encore pur.
    Ce roman, comme le premier d'ailleurs, n'est pas qu'un vibrant hommage de Pagnol à sa région de naissance. C'est aussi un ouvrage qui explore à fond et avec beaucoup de justesse les relations entre les hommes, la beauté comme la laideur de l'humanité. C'est une belle histoire, touchante, effrayante par moments mais dans laquelle l'émotion gagne en intensité. Une vraie belle lecture, comme on en fait pas souvent.

     

    En Bref :

    Les + : l'intrigue est parfaite, le style également ; cette histoire émouvante et effrayante en même temps est un hommage à la Provence mais aussi un portait sans concession de l'humanité.
    Les -
    : que le roman n'ait pas été plus long de quelques pages ! ! 


    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :