• L'Enfant de l'Etranger ; Alan Hollinghurst

    « Il y'avait des moments dans la vie qu'on ne reconnaissait qu'au moment de les vivre, les moments décisifs, quand on s'apercevait que les décisions avaient déjà été prises pour nous.  »

    L'Enfant de l'Etranger ; Alan Hollinghurst

    Publié en 2013 en Angleterre ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Stranger's Child

    Editions Le Livre de Poche

    765 pages 

    Résumé : 

    Tout commence en 1913, dans le jardin de la maison de campagne des Sawle dans le Middlesex. Etudiant à Cambridge, le timide George Sawle a invité aux Deux Arpents un de ses camarades, l'aristocratique et énigmatique Cecil Valance. Ces jours dans la maison familiale et le poème qu'ils inspirent à Cecil vont changer leur destin. Et plus encore celui de Daphné, la sœur de George. En ce printemps où rien n'annonce les proches bouleversements de l'Histoire, un pacte se noue secrètement entre les trois jeunes gens, point de départ d'une fresque saisissante à travers le XXe siècle, par l'un des plus grands romanciers anglais contemporains. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    À la fin du printemps 1913, George Sawle présente à sa famille un camarade de Cambridge, le mystérieux et distingué Cecil Valence, poète à ses heures.
    Ce week-end aux Deux Arpents, la demeure familiale des Sawle dans le Middlesex, va changer à jamais l'existence de George, de Cecil et surtout de Daphné, la jeune sœur de George, alors âgée de seize ans. À l'aube de la Première Guerre Mondiale et à la charnière des époques victorienne et édouardienne, alors que la société britannique est en plein bouleversements et vit en même temps ses dernières années de paix avant de n'être plus jamais pareille, ces trois destins vont se trouver liés à jamais et ce week-end n'aura de cesse de se répercuter dans leur vie future.
    L'Enfant de l'Étranger est un roman fleuve, un bon pavé et surtout, il fait partie de ces livres que l'on commence avec un petit sursaut d'appréhension. Je vous explique : il m'a été prêté et ce livre dort dans ma PAL depuis plusieurs mois maintenant. Une amie l'a lu au printemps dernier et en est ressortie un peu surprise, un peu déroutée par cette lecture. Et je dois dire que je ne suis pas loin de penser comme elle.
    L'Enfant de l'Étranger fait partie de ces romans aux qualités narratives et littéraires et indéniables. Le style de l'auteur, bien restitué par la traduction, m'a beaucoup plu et Alan Hollinghurst est un très bon romancier, il a beaucoup de talent, ça, on ne peut pas le lui enlever. On sent aussi que l'auteur maîtrise son sujet, que son histoire est ambitieuse, mais, malheureusement, peut-être l'est-elle un peu trop, un peu trop personnelle aussi...
    En effet, ce roman est particulièrement surprenant et nous perd rapidement... malheureusement, pour ne pas nous retrouver. En tant que lecteur, on ne sait pas exactement comme se positionner face à une telle lecture ! Du moins est-ce ce que j'ai ressenti. Ce roman a au moins le mérite d'être original, ça, c'est sûr ! !
    Le début avait bien commencé pourtant et j' avais retrouvé cette ambiance anglaise qui me plait tant et qui me donne l'impression de replonger dans Downton Abbey : on y retrouve par exemple cette préoccupation de la noblesse et de la gentry qui, à la suite de la Première Guerre Mondiale se voient dans l'obligation d'évoluer et de changer leur mode de vie séculaire pour ne pas disparaître.

    Downton Abbey, donc, mais un Downton Abbey gay en l'occurrence -comment ça, la comparaison est hasardeuse ?- , puisqu'on comprend rapidement que le roman tourne essentiellement autour de l'homosexualité masculine dans les milieux privilégiés de l'Angleterre du XXème siècle. Et ce sujet, souvent peu traité dans les romans, devient vite une trame, une réelle colonne vertébrale pour le récit. Cet aspect ne me dérangeait pas, bien au contraire et j'avais hâte de voir comment l'auteur abordait ce thème somme toute assez délicat à maîtriser, loin des clichés et idées reçues. Alan Hollinghurst ne se débrouille pas trop mal et le fait que son couple central soit un couple d'hommes apporte sans aucun doute un plus au récit. Mais quel intérêt, ensuite, de retrouver des personnages homos à chaque génération et dans chaque nouvelle partie du roman ? Je n'ai pas réellement compris pourquoi l'auteur s'est obstiné à nous mettre à chaque fois sous les yeux des couples gay. Le fait que l' histoire soit, au départ, abordée au travers de l'homosexualité masculine au XXème siècle, qui plus est dans la gentry, était intéressant parce qu'il permettait justement d'aborder la manière dont on se positionnait à l'époque face à une pratique sexuelle relativement secrète, à plus forte raison dans les milieux les plus privilégiés où un voile pudique recouvrait en général les actes de ses membres, les apparences devant être préservées, par tous les moyens. 
    Par la suite, je n'ai pas compris pourquoi il était important pour le récit que les différents personnages principaux soient homos, cela n'apporte rien au récit et le parfum délicatement scandaleux qui entoure le beau, charismatique et mystérieux Cecil au début du roman disparaît entièrement par la suite
    Autre chose que je reprocherais au roman, c'est le fait qu'il suscite énormément de questionnements, tout au long de sa lecture. En presque 800 pages, il est indéniable que des questions surgissent dans l'esprit du lecteur : et par exemple, la plus cruciale, qui est ce fameux enfant de l'étranger qui a donné son nom au roman ? Ou bien encore, quelles est la véritable nature des relations entre Daphné et Cecil ? Des questions qui, on l'espère, trouveront une réponse en fin de roman. Je n'ai rien contre les romans qui, savamment, nous perdent pour mieux nous retrouver et nous apporter finalement, dans les ultimes chapitres, un éclairage qui nous permet alors de saisir toute la portée et les enjeux du roman. Malheureusement, ça n'est pas le cas ici et j'ai eu l'impression que le roman restait relativement hermétique, comme s'il nous manquait des clés pour réellement en saisir toute la portée. 
    Le fait que l'on saute d'une époque à une autre sans avoir forcément de repères spatio-temporels m'a gênée aussi, parce que cela a encore participé à me faire me sentir relativement étrangère à ma lecture, comme extrêmement distanciée
    Quant aux personnages, s'ils m'ont intéressée, je ne sais pas si je peux dire que je m'y suis attachée... j'ai plutôt bien aimé Daphné, l'un des rares personnages féminins du roman, que l'on suit presque du début jusqu'à la fin. À travers elle est abordé aussi un autre sujet : l'importance du souvenir et la décrépitude terrible de la vieillesse. Elle est aussi le dernier lien avec Cecil, certainement le personnage le plus important du roman, même s'il n'apparaît brièvement que dans les premiers chapitres. Il est assurément celui qui retient le plus l'intérêt, son côté mystérieux donne envie de gratter un peu le vernis qui l'entoure. Sa liaison avec George est certainement le seul aspect du roman qui m'a vraiment intéressée, parce que j'ai trouvé que l'auteur parvenait à nous brosser un portrait exhaustif et crédible de ce que devait être le quotidien des jeunes homosexuels au début du XXème siècle, contraints de se cacher et parfois de renoncer à leur amour pour se marier, fonder une famille, afin que l'honneur soit sauf. 
    L'Enfant de l'Étranger est un roman vraiment étrange et qui me laisse totalement dubitative. Honnêtement, alors même que je rédige cette chronique, je n'arrive pas à me faire une réelle opinion. Ai-je aimé ? Assurément pas. Enfin, disons plutôt : pas complètement. Certains aspects du roman m'ont plu, d'autres beaucoup moins. Ai-je détesté ? Sûrement pas, non plus. Il est rare, d'ailleurs, que je ne trouve aucun point positif à un livre, quel qu'il soit. 
    Pour autant, j'avoue que cette absence de réponse, la chronologie confuse et la profusion de personnages, bien trop nombreux et souvent, présents de façon bien trop fugace pour qu'on daigne s'y intéresser et donc s'y attacher, m'a beaucoup trop gênée pour que les aspects positifs du roman prennent le pas sur les aspects plus décevants.
    Une lecture qui ne manquera cependant pas de me tourner pendant encore un moment dans la tête : peut-être pas pour le meilleur

    En Bref :

    Les + : un style plutôt agréable, le sentiment que l'auteur maîtrise son sujet, mais...
    Les - : ...beaucoup de longueurs, des chapitres aux fins abruptes, beaucoup de questionnements restés sans réponse, à la plus grand frustration du lecteur ! 

    L'Enfant de l'Etranger ; Alan Hollinghurst

    Bingo littéraire du printemps


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 2 Juin à 11:17

    Ce livre est dans ma pile à lire depuis bien longtemps. Ta chronique me conforte dans mon envie de le lire même si j'ai un peu peur de mon ressenti.

      • Vendredi 2 Juin à 16:25

        Contente de voir que ma chronique, loin de te rebuter, te donne au contraire envie de sortir ce roman de ta PAL. ^^ J'avoue que les avis très mitigés que j'avais pu lire avant de me lancer m'ont un peu refroidie et ont même suscité une certaine appréhension mais au final je ne regrette pas ! C'est vrai que je n'ai pas vraiment aimé et que je ressors de cette lecture avec plein de questions en suspens. Mais rien ne vaut l'avis personnel ! 

    2
    Dimanche 4 Juin à 23:34

    Je dirai que pour une fois nous sommes en "désaccord" si je puis dire. J'ai trouvé cette lecture bien menée. L'ambiance "Downton Abbey" m'en a que davantage plu ;-) 

      • Lundi 5 Juin à 11:17

        Oui, en effet, tu m'avais laissé un commentaire sur Instagram et j'avais cru comprendre que cette lecture t'avait plu ! ! ^^ Personnellement, je ne peux pas dire que j'ai été déçue, j'ai trouvé quelques points très positifs, notamment le style de l'auteur, que je trouve précis et bien retranscrit par la traduction. On a aussi le sentiment que L'Enfant de l'Etranger est un roman ambitieux. Mais il m'a quand même manqué quelques réponses, pour bien appréhender ce roman ! ! J'ai eu énormément de questions qui ont germé dans mon esprit durant toute la lecture de ce gros roman... cool Et j'aurais au moins aimé entrevoir un début d'explication à la fin ! ! Disons que L'Enfant de l'Etranger m'a plus déroutée et surprise que déçue... Mais je comprends tout à fait que tu aies apprécié, c'est un roman assez atypique et tant mieux s'il arrive à toucher des lecteurs ! Peut-être ne l'ai-je pas lu au bon moment ou bien cette lecture ne me correspondait-elle pas au final ? ^^

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