• L'Enfant du Lac ; Kate Morton

    « Les criminels peuvent échapper au tribunal des hommes, ils tombent toujours sous le coup d'une plus haute justice. »

    L'Enfant du Lac ; Kate Morton

    Publié en 2015 en France ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Lake House

    Editions Pocket

    737 pages

    L'Enfant du Lac ; Kate Morton

    Résumé :

    1933, Cornouailles. Un soir de fête chez les Edevane, le petit Théo, adorable poupon de onze mois, disparaît. Les enquêteurs remuent ciel et terre, mais l'enfant demeure introuvable. Pour les parents comme pour la famille Edevane, la vie ne sera plus jamais la même après ce drame. La maison du lac, la propriété tant aimée, est fermée et laissée à l'abandon.
    Soixante-dix ans plus tard, Sadie Sparrow, jeune inspectrice londonienne en vacances dans la région, s'intéresse à cette mystérieuse disparition. Elle reprend l'enquête et rouvre le dossier, les portes et les plaies, forçant les derniers secrets de la maison du lac...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Retrouver Kate Morton, c'est l'assurance de savourer un roman comme un bonbon.
    Depuis que j'ai découvert l'auteure en 2012, je n'ai été déçue par aucun de ses romans ni par son univers. Il y'a quelque chose de très attachant et d'assez addictif chez Kate Morton et si, évidemment, il y'a certains romans que j'ai plus aimés que d'autres, dans l'ensemble, j'ai toujours passé un très bon moment. Quelle prouesse d'arriver à se renouveler et à garder intact l'intérêt de son public en gardant toujours le même déroulement et aussi, pourrait-on dire, les mêmes personnages ! Car tous les romans de Kate Morton sont assis sur des bases identiques : l'Angleterre, une grande demeure un peu mystérieuse, une famille, entre hier et aujourd'hui, rongée par un secret qu'un personnage, parfois un peu perdu dans sa propre vie ou en pleine remise en question, va élucider, parfois, plusieurs décennies après qu'un événement -souvent tragique- soit arrivé. On pourrait ainsi craindre de lire du réchauffé, du déjà-vu, mais non. L'auteure parvient toujours à nous donner autre chose et à créer un véritable suspense qui capte le lecteur. Et, en même temps, se replonger dans un roman de Kate Morton, c'est retrouver un univers familier et vaguement sécurisant.
    Il y'avait plusieurs années que je ne m'étais plus plongée dans l'un de ses romans et pourtant, j'avais repéré L'Enfant du Lac depuis sa sortie. Quel plaisir donc, lorsqu'il y'a quelques jours, j'ai décidé de le sortir de ma PAL... D'ailleurs, il n'y sera pas resté très longtemps, impatiente que j'étais de le lire enfin ! Ma curiosité ne s'est pas émoussée et L'Enfant du Lac faisait vraiment partie de ces romans qui dormaient dans mes bibliothèques mais qui restaient malgré tout prioritaires.
    En fait, je ne me faisais aucun souci et je savais, avant même d'ouvrir le livre, que je l'aimerais. Mais je ne sais pas si je m'attendais à ça ! A mon sens, L'Enfant du Lac est, de toute l’œuvre de Kate Morton, le roman le plus abouti, mené d'une main de maître de bout en bout et, si j'ai une affection certaine pour chacun de ses romans, je crois pouvoir dire que, à ce jour, L'Enfant du Lac est mon préféré. Pourquoi ? C'est justement ce que je vais essayer de vous expliquer dans cette chronique...
    Commençons déjà par situer l'histoire... Comme d'habitude, Kate Morton nous emmène à la découverte de personnages multiples, dont les histoires vont se dérouler parallèlement tout au long du récit. Ici, nous sommes en 20003. Sadie Sparrow a une trentaine d'années, elle est inspectrice de police, à Londres. A la suite d'une maladresse, elle est écartée quelques temps et part en vacances en Cornouailles, où vit son grand-père, Bertie. Un jour, alors qu'elle est allée se promener dans la forêt, elle tombe sur un domaine abandonné, Loeanneth. Entouré d'un grand lac et d'un superbe jardin, un manoir se dresse devant elle, inhabité mais encore meublé, plein des traces de ceux qui l'ont brutalement déserté, quelques soixante-dix ans plus tôt. Que s'est-il passé à Loeanneth, dans les années 1930 ? C'est ce que Sadie va s'employer à découvrir et, avec elle, nous partons alors au début des années 1930, à la rencontre de la famille Edevane, propriétaire du domaine à cette époque-là. En juin 1933, alors qu'une fête bat son plein, le benjamin de la famille, le petit Theo, onze mois, disparaît. Malgré l'enquête de police, les battues, l'enfant reste introuvable. A-t-il était enlevé ? A-t-il été tué ? Rien ne permet d'infirmer ou de confirmer aucune de ces possibilités et, bientôt, les Edevane et leurs trois filles aînées, Deborah, Alice et Clemmie, quittent les Cornouailles pour Londres. Ils ne reviendront jamais et, sur le domaine, la nature reprend peu à peu ses droits. Alors ? Qu'est-il arrivé cette fatale nuit ? Sadie va tenter d'élucider ce mystère, qui n'est pas sans lui rappeler la dernière enquête qu'elle a menée, prise trop à coeur et qui a contraint son supérieur à l'écarter un temps de la police.
    Entre deux époques, Kate Morton nous promène dans les tréfonds et l'intimité d'une grande maison britannique, pendant l'entre-deux-guerres. Sur la quatrième de couverture, c'est une critique du magazine Elle qui est citée et dans laquelle on peut lire très justement que le personnage principal de ce roman est un manoir. Et c'est vrai... Peut-être plus que Sadie, peut-être même plus que les Edevane, ce qui nous capte très vite, c'est l'aura mystérieuse qui entoure Loeanneth, le domaine du lac où se sont noués et dénoués des destins, des drames, des joies et des déceptions. Le lecteur se fait petite souris et arpente les pièces feutrées du domaine alors qu'il joue le bel endormi ou pendant ses heures de gloire, alors qu'il est peuplé des cris de joie des enfants Edevane. Mais si tout était trop beau pour être vrai ? Que cache réellement la mystérieuse Alice, adolescente de seize ans qui semble porter un fardeau bien trop lourd pour ses jeunes épaules ? L'entente parfaite entre les parents, Eleanor et Anthony, n'est-elle pas que de façade ? Qu'est-il arrivé au père, pendant la Grande Guerre, que les parents répugnent même à confier aux enfants ? Plein de questionnements qui vont et viennent au cours de notre lecture et que Sadie, avec son esprit logique de flic, va s'employer à expliquer méthodiquement. Plusieurs fois, avec elle, on croira toucher au but et comprendre enfin ce qui est arrivé à Theo, avant qu'un nouvel indice ne vienne faire s'effondrer le château de cartes et les certitudes. Theo est-il un enfant illégitime adopté par les Edevane ? A-t-il été enlevé contre rançon et le rapt a-t-il mal tourné, le ravisseur tuant l'enfant ? Successivement, on se persuade que le bébé est mort, en 1933 et parfois, on croit fermement en sa survivance. Et en étudiant méthodiquement cette blessure qui n'a jamais cicatrisé et marqué durablement les Edevane, Sadie se répare aussi d'une certaine manière, car il n'y a pas que les gens du passé qui cachent des secrets, des regrets et des blessures.
    Ce roman m'a captivée de bout en bout, non seulement de part son aspect historique mais aussi parce que l'intrigue est d'une qualité et d'une ambition certaines. Les événements sont ficelés entre eux avec brio et j'ai réellement eu l'impression, parfois, de lire un roman policier, qui apparaît parfois un peu comme un écheveau un peu confus, un monceau de faits qui n'ont que peu de choses, voire rien du tout en commun mais finissent finalement par s'imbriquer parfaitement. Et quand la lumière se fait, on se dit : mais bon sang, mais c'est bien sûr !
    Kate Morton a l'art de nous faire plonger dans l'intimité d'une famille, au plus profond, car qu'y a-t-il de plus personnel qu'un secret que l'on tait soigneusement pendant des dizaines d'années ? Et c'est ça finalement qui fait que ses romans sont si captivants : car tous les personnages qu'elle imagine sont proches de nous, si délicatement imparfaits, si sûrement englués dans leurs doutes, leurs mauvaises décisions ou leurs regrets, qu'on ne peut pas ne pas s'identifier. Qui peut se targuer de toujours prendre les bonnes décisions, de ne jamais douter, de ne jamais regretter, de ne jamais souffrir ? Serions-nous humains si nous faisions tout bien ? De toute façon, la perfection n'existe pas et, même dans ce qui parfois peut nous apparaître monstrueux ou inexplicable, il y'a souvent une cause rationnelle et logique. Pas forcément excusable mais malgré tout compréhensible. Et même les personnages les plus détestables finissent par attirer un peu de compassion.
    Pas un instant je ne me suis ennuyée au cours de cette lecture et, même si j'ai deviné certaines choses avant la fin -j'étais fière de moi d'ailleurs parce que, en général, ma capacité de déduction est proche de zéro-, à aucun moment mon intérêt n'est retombé. Je suis devenue une occupante à part entière de Loeanneth et j'ai adoré découvrir le domaine au travers des yeux de Sadie, soixante-dix ans après son abandon : j'ai toujours eu un faible pour les vieilles maisons, les ruines, pour ce qu'elles racontent, pour ce qu'elles recèlent encore d'histoires entre leurs murs. Que ce doit être étrange et en même temps passionnant de découvrir une demeure où le temps s'est arrêté, une demeure qui n'est pas vide mais encore remplie, non seulement du souvenir impalpable de ses occupants mais aussi de tout ce qu'ils y ont laissé de concret.
    Enfin, dans ce roman, j'ai aussi eu un coup de cœur pour le style de l'auteure ! Vous me direz que je connais Kate Morton depuis suffisamment longtemps pour ne plus être surprise par son style. Et je vous répondrai que si ! Le fait de ne pas l'avoir lue depuis longtemps m'a donné l'impression de faire, réellement, une découverte et surtout, la qualité du style, sa finesse, m'ont peut-être plus sauté aux yeux dans ce roman que dans les autres - mais rassurez-vous, vous pouvez lire tous ses romans sans crainte, car Kate Morton écrit très bien. Et c'est avec beaucoup de justesse que l'auteure aborde plein de sujets, du traumatisme engendré par la guerre et ses ravages jusqu'à la lente et silencieuse destruction d'une famille, brisée et empoisonnée par les non-dits et qui, sur le papier, avait tout pour être heureuse : on ne peut s'empêcher, en lisant ce roman, de ressentir le goût amer du gâchis et de se dire que, partout en Europe, la Grande Guerre, car c'est elle aussi qui plane en arrière-fond, a laissé des plaies béantes qui ont conditionné par la suite des générations entières.
    Quant à Sadie, si Anthony Edevane est hanté par ce qui s'est passé au front et qu'il ne peut pas dire et Eleanor par un faux-pas qu'elle regrette mais dont elle a sans cesse la preuve tangible sous les yeux, c'est un drame extrêmement intime dans sa vie de femme qu'elle a vécu et avec lequel elle tente de cohabiter en se demandant sans cesse si elle a bien agi et si elle a fait ce qu'il fallait.
    Bref, si je dois conclure cette chronique en deux mots, ils sont tous trouvés : lisez-le ! Lisez L'Enfant du Lac et je suis d'ores et déjà persuadée que vous en ressortirez aussi enthousiaste que moi. Si ce roman n'est pas un coup de cœur, il n'en est pas moins une très très très bonne lecture et fait partie des meilleures découvertes de cette année, c'est indéniable.

    En Bref :

    Les + : un roman plein de secrets, qui a pour cadre un domaine mystérieux des Cornouailles, bien ficelé, mené de main de maître.
    Les - : Aucun !


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dimanche 11 Novembre à 07:21
    Je suis d’accord avec toi, on n’est jamais déçu avec Kate Morton. Je dois lire celui-ci en Decembre:)
      • Dimanche 11 Novembre à 11:33

        Peut-être cela arrivera-t-il un jour et dans ce cas je serais bien embêtée ! Mais pour le moment Kate Morton me séduit à chaque fois ! smile J'espère qu'il en sera de même pour toi ! En tous cas je compte sûr toi pour venir me dire ce que tu en as pensé ! smile

    2
    Audrey
    Dimanche 11 Novembre à 17:25
    Audrey

    Je n'ai pas tout lu de l'auteure mais c'est fait exprès : j'en garde un peu pour plus tard ! J'ai hâte d'avoir son petit dernier entre les mains mais bon, je n'ai pas l'impression qu'il y ait encore de date de prévue pour une sortie française. Je suis en tous cas d'accord, même si je n'ai pas tout lu d'elle, pour dire que celui là est le plus abouti de tous. Un vrai plaisir à lire de A à Z.

      • Dimanche 11 Novembre à 19:21

        J'ai découvert Kate Morton en 2012 avec Les Brumes de Riverton et après ça, j'ai fait comme toi ! happy J'ai espacé mes lectures pour faire durer le plaisir... Ma dernière lecture remontait à 2015 avec Le Jardin des Secrets qui est d'ailleurs une bonne lecture ! ! J'avais beaucoup aimé Les Heures Lointaines aussi mais franchement, L'Enfant du Lac est mon petit chouchou ! Il est tellement dense et en même temps, tellement bien mené, on sent que l'auteur a fait un travail énorme en amont pour que son roman soit cohérent. Franchement, même si on peut parfois penser que le hasard fait trop bien les choses et qu'il n'y a bien que dans un roman qu'il peut arriver de telles choses, au final, je n'ai été gênée par rien, bien au contraire... J'ai passé un super moment et je recommande vraiment ce roman. yes

      • Audrey
        Lundi 12 Novembre à 10:35
        Audrey

        Oui Le jardin des secrets était très bien ! Je l'ai lu sur la plage, en Crète et j'en garde un excellent souvenir ! Je n'ai toujours pas lu Les heures lointaines, il faudrait que je me l'achète.

      • Lundi 12 Novembre à 20:00

        En écrivant ce commentaire, je me dis que j'aimerais bien relire Les Heures Lointaines ! happy Peut-être que je le ferai un de ces jours, je ne sais pas quand, vu que j'ai pas mal de bouquins dans ma PAL - comme noise toutes en fait ! tongue Bref... Je te le conseille en tous cas en espérant que tu l'aimeras ! Ce n'est pas mon préféré mais j'en garde un bon souvenir ! 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :