• L’Énigme Fersen ; Françoise Wagener

    « Fidèle, chevaleresque, amoureux et favori d'une reine au destin tragique qu'il échoua à sauver, il échauffa bien des imaginations, suscita bien des rêveries et finit par s'inscrire au panthéon des amants légendaires aux côtés de Tristan, de Roméo ou du duc de Nemours. Sans le même relief, sans non plus une complète vraisemblance, disons-le. »

    L’Énigme Fersen ; Françoise Wagener

     

    Publié en 2016

    Editions Albin Michel 

    320 pages

    Résumé :

    Marie-Antoinette n'a eu qu'un grand sentiment et peut-être une faiblesse, note la comtesse de Boigne, élevée quasiment sur les genoux de la reine. L'objet de ce sentiment était l'énigmatique et très séduisant comte suédois Axel de Fersen. Alors que Versailles et Stockholm confortaient leur alliance séculaire, cet héritier de la première famille de son pays choisit très tôt, avec l'aval du brillant Gustave III, de servir la France. Cette allégeance ne se démentit jamais. Dès les premières heures de la Révolution, il épousa la cause des souverains français, ses bienfaiteurs, mais échoua à les sauver, ce qui le brisa. 
    Mais qui fut véritablement Fersen, dont le nom suscite encore tant de fantasmes et une éternelle question restée à ce jour sans réponse ? Françoise Wagener, à qui l'ont doit quelques biographies très remarquées sur cette époque,  a choisi de redonner à Fersen sa voix : grâce aux nombreux écrits intimes de son personnage, elle trace de l'intérieur un portrait en pied de celui qu'on disait froid et d'une réserve irritante, mais dont la nature profonde se révèle, au contraire, complexe autant que chaleureuse. Démarche inédite et originale qui permet de mieux évaluer la qualité de la relation, énigmatique elle aussi, de Fersen à la reine de France. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Le nom d'Axel de Fersen restera sans doute à jamais associé, dans l'Histoire, à celui, plus illustre et infortuné, de Marie-Antoinette. S'il fut certes un commensal de la reine et, très certainement, l'unique amour de sa vie, il n'est pas que cela non plus. On s'aperçoit, à la lecture de cette biographie que Fersen est aussi un reflet de son époque, puisqu'il fait partie de ces gentilshommes de l'Ancien Régime dont il est témoin de ses derniers feux et de son déclin.
    Fersen naît au moins de septembre 1755 en Suède. D'ascendances multiples, principalement allemandes par son père et françaises par sa mère, issue de la prestigieuse famille des La Gardie, d'origine languedocienne, Fersen grandit dans une monarchie du Nord, fortement imprégnée par la culture et la langue françaises. Sa famille est depuis longtemps très associée au service de la couronne suédoise mais c'est en France que Fersen va s'accomplir, notamment grâce à l'entremise de la reine, qui ne lui cachera pas longtemps l'inclination qu'elle nourrit pour lui.
    Mais avant d'être le favori de la reine, le colonel du Royal-Suédois et le soutien indéfectible du couple royal pendant les épreuves de la Révolution, Axel fut bien plus que cela. Sans occulter les nombreuses années qu'il passa en France, tant dans l'armée que dans les entours de la reine, car ce serait un contresens, l'auteure s'attache à montrer Fersen au-delà de ça, ce qu'il fut avant et ce qu'il fut après, jusqu'à sa mort tragique qui survient, ironie du sort, un 20 juin.
    Élevé comme n'importe quel enfant noble de l'époque, recevant une bonne éducation et évoluant, de part sa haute naissance, dans les sphères du pouvoir, découvrant l'Europe et se faisant connaître au cours de son fameux Grand Tour, puis militaire de talent, Fersen va s'illustrer durant la Guerre d'Indépendance américaine et se faire remarquer d'une jeune femme bien seule, Marie-Antoinette, reine de France dont la position, si elle est bien plus assurée qu'à son arrivée en France n'en est pas facile pour autant et l'isole. En Fersen, elle trouve une communion des cœurs et expérimente, pour la première fois, la délicieuse sensation que procurent les sentiments partagés.
    Cette liaison de la reine et de Fersen ne cessera sûrement jamais de faire couler de l'encre et certainement que nous n'en saurons jamais le fin mot. L'auteure, habilement, la décrit sans essayer de la prouver. Marie-Antoinette et Fersen furent-ils amants, dans le sens où on l'entend aujourd'hui, c'est-à-dire, leurs relations ont-elles dépassé le stade purement platonique ? Le doute persiste, rien ne peut être ni infirmé ni confirmé. Personnellement, à force de lire et de me documenter sur Marie-Antoinette, j'ai fini par me convaincre que si de réels sentiments ont existé entre eux, sentiments qu'ils se sont avoués, d'ailleurs, ils avaient tous deux trop conscience du rang occupé par la reine et de la fragilité de son influence pour la mettre en danger. Peut-être ont-ils sauté le pas alors qu'il n'y avait plus rien à perdre, au plus fort de la Révolution, après l'échec de Varennes ? Si c'est le cas, peut-on considérer cela comme un faux pas ou comme une dernière preuve d' amour ? Mon côté romantique -eh oui, on ne se refait pas- m'incite à penser que, si tel est le cas, la relation entre la reine et Fersen n'en est que magnifiée... Mon côté pragmatique lui, s'il ne m'a pas empêchée de fantasmer sur Jamie Dornan campant un très sexy comte de Fersen dans le film de Sofia Coppola, en 2006, se refuse à croire que la reine, comme cela est plus ou moins présenté dans le film, se paye un gigolo pour son bon plaisir ! ! 
    L'histoire d'amour entre Marie-Antoinette et Fersen est, à mon sens, l'une des plus belles de l'Histoire. Et n'allez pas me dire que je ne suis pas objective ! Bon, peut-être que je ne le suis pas, c'est vrai. Mais cette relation, pleine de sentiments sincères et partagés, d'entraide et d'abnégation, a quelque chose de romanesque et d'infiniment beau. Fersen n'en entretiendra pas moins des relations plus physiques et plus sensuelles avec d'autres femmes à qui, parfois, il restera d'ailleurs attaché de nombreuses années, mais il ne se départira jamais de sa fidélité envers la reine et en cela, je trouve cette relation amoureuse bien plus belle que beaucoup de romances imaginées de toutes pièces. La fidélité que Fersen conservera envers la reine jusqu'à la fin, l'expression de leurs sentiments mutuels et passionnés, loin de les salir tous deux, au contraire, est admirable et ne nous les fait apparaître que grandis.

    Le jeune et séduisant comte de Fersen, tel que Marie-Antoinette a pu le connaître...


    La manière dont Françoise Wagener décrit la proximité entre Fersen et la reine m'a beaucoup plu, m'a émue aussi, parce que ce sont des sentiments purs et grands que l'auteure nous décrit. Mais j'ai aimé aussi, paradoxalement, qu'elle ne se focalise pas que là-dessus, au contraire. J'ai aimé qu'elle appréhende le personnage de Fersen au sein même d'une époque, qu'elle le replace dans son contexte, qu'au-delà du portrait d'un homme, ce soit aussi le portrait de tout un siècle.
    Après un début qui ne m'a permis de savoir si j'allais aimer ou pas et qui m'a donné un sentiment de rapidité, j'ai eu l'impression de lire un roman et les pages se sont enchaînées sans que je m'en rende compte ! La passionnée, l'amoureuse inconditionnelle du XVIIIeme siècle que je suis, n'a pu que se sentir comblée à la lecture de cette biographie qui est la première que je lis du personnage. Certes, Fersen n'est pas un inconnu mais, comme je le déplore plus haut, il passe souvent en seconde position, sans qu'une réelle place lui soit faite. Lire cette biographie m'a permis de nuancer mes connaissances, de les enrichir, d'appréhender Fersen dans son existence suedoise comme française. J'ai lu cette biographie comme un roman, vraiment. La politique de l'époque y est présente, c'est difficile de faire autrement mais elle ne prend pas le pas sur le portrait plus intime du personnage et c'est vraiment ce que j'ai apprécié. Je ne connaissais pas Françoise Wagener avant de lire ce livre mais il est certain que j'ai aimé son approche franche et chaleureuse, qui n'hésite pas, parfois, à utiliser des références contemporaines, ce qui m'a surprise, fait sourire parfois, mais sans me gêner pour autant.
    Vous l'aurez compris, cette biographie est un incontournable, je pense, pour tous les amoureux du XVIIIème siècle : à mon sens, elle est tout à fait propice pour la découverte du personnage, avant d'aller plus loin. Ma copinaute de lecture, Natacha, passionnée elle aussi par cette époque, m'a souvent parlé d'une autre biographie de qualité, écrite par un auteur suédois et difficile à trouver qui est, paraît-il, un must. Je n'ai pas eu la chance de lire celle-ci mais je trouve que l'ouvrage de Françoise Wagener est déjà une bonne introduction, un bon moyen de connaître Fersen autrement que comme favori de la reine de France. C'est effectivement à ce pan de sa vie qu'on pense en premier quand on évoque Fersen et certes, ce n'est pas le moindre, mais il n'est pas que ça. J'ai aimé que l'auteure s'attarde sur les années d'apprentissage, très importantes à l'époque pour les garçons de la noblesse. J'ai aimé découvrir aussi les années d'après la Révolution, quand Fersen, vieilli et usé par les épreuves et les deuils des premières années de la décennie 1790, revient en Suède se mettre au service de Gustave IV Adolphe, le fils de son ami, l'extravagant toi Gustave III. Je connaissais déjà sa fin tragique survenue ironiquement un 20 juin, date anniversaire de l'échec de la fuite à Varennes dont Fersen, en tant qu'instigateur, portera le poids toute sa vie. Il fut un héros jusqu'au bout et l'auteure parvient vraiment à nous le rendre palpable, à nous le faire comprendre. Un peu de son mystère s'est envolé, sans que le voile ne se lève totalement : la question de ses relations avec Marie-Antoinette perdurera toujours, par exemple et l'absence de sources sûres nous empêche de nous prononcer réellement. Chacun peut penser ce qu'il veut. Fersen reste un personnage complexe et fascinant, qui ne cessera sûrement jamais d'intéresser. Et quand des auteurs lui rendent sa vraie place, on ne peut alors que louer leur travail

    Jamie Dornan et Kristen Dunst dans le film de Sofia Coppola (2006)

    En Bref :

    Les + : une biographie intéressante, pas trop longue, une bonne introduction avant d'aller vers quelque chose de plus important, peut-être...
    Les - : un style que je n'ai pas réussi à apprécier au départ puis qui a su me séduire par sa chaleur, donc rien de grave ! 

     

     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 7 Août à 20:15
    Voilà qui donne envie. Je m'en doutais déjà étant donné ce que tu en disais sur L@.
      • Mardi 8 Août à 11:02

        Oui, j'ai beaucoup aimé ! 

        J'ai lu ce livre en LC avec Natacha (Tachas) qui est aussi une amoureuse du XVIIIème siècle et j'attends son avis avec impatience mais oui, pour ma part, j'ai appris pas mal de choses et je ressors de cette lecture convaincue avec, cependant, l'envie d'approfondir un peu les connaissances dispensées par ce livre ! 

    2
    Scarlatiine
    Jeudi 10 Août à 13:05
    Scarlatiine

    Marrant, je suis tombée sur cette biographie à la médiathèque l'autre jour, je l'ai prise entre mes mains, puis je l'ai reposée. Dommage, apparemment tongue J'aime pourtant beaucoup cette période de l'Histoire de France et Marie-Antoinette (et son entourage) est un personnage assez fascinant, mais je n'aurais pas eu l'idée de lire une biographie de Fersen. Il faudra que j'y remédie... 

    (Et j'avais complètement oublié que c'était Jamie Dornan qui l'interprétait dans le film de Sofia Coppola ^^)

      • Mardi 15 Août à 11:11

        Oh oui, dommage, tu aurais dû ! ^^ Mais si mon article te donne envie de retourner à la bibliothèque et emprunter enfin cette biographie, c'est cool ! cool Si tu aimes la période, je ne peux que t'inciter à lire cette biographie...cela m'a fait bizarre de voir Marie-Antoinette passer en second plan parce que je lis en général des livres dont elle est le centre ! Mais c'est sympa aussi, ce changement de prisme ! Et j'en ai beaucoup appris sur Fersen, même si j'ai envie d'approfondir avec une biographie peut-être un peu plus longue, maintenant et plus étoffée... 

    3
    Kitsy
    Mardi 15 Août à 15:16

    Coucou, c'est Kitsy ! J'espère que tu vas bien ! Ca me fait plaisir de pouvoir enfin venir faire un tour sur ton blog ! Ton article sur Awel de Fersen est génial ! Moi aussi je suis fascinée par ce personnage et par sa relation avec la reine Marie-Antoinette. Mon coeur de romantique ne peut que flancher devant une si belle histoire. Le fait qu'il y ait encore tellement de zones de mystère quant à leur relation est aussi ce qui fait tout son charme. Je suis allée à Stockholm pendant les vacances et dans l'église où sont enterrés tous les rois de Suède, j'ai vu une crypte dédiée à la famille de Fersen ! Du coup je me demandais où Axel de Fersen est enterré? Peut être que je suis passée tout près ! J'avoue que j'ai eu un doute, c'est une question que je ne me suis jamais posée ! 

      • Mardi 15 Août à 20:46

        Coucou Kisty, 

        Oui ça va très bien et toi ? Je suis contente d'avoir de tes nouvelles ! ^^ 

        Merci ! J'ai écrit cette lecture à chaud et j'avais plein de choses à dire ! Moi aussi, l'histoire entre Fersen et Marie-Antoinette m'a toujours touchée, elle a une résonance assez particulière, peut-être à cause de son caractère assez tragique, qu'elle prendra au moment de la Révolution. 

        Un peu comme l' histoire entre Heloïse et Abélard, ce qui me fascine autant c'est aussi parce que c'est une histoire véridique... on peut inventer la plus belle des histoires, celle-ci restera toujours fictive. Mais quand l'Histoire, avec un grand H, nous en offre de si jolies qu'il n'y a même pas besoin d'aller chercher dans les romans ! happy

         

        Je crois, à part ça, que Fersen est enterré à Stockholm, où tu te trouvais il n'y a pas si longtemps je crois bien ? cool Ou si ce n'est pas Stockholm, peut-être dans une demeure de la famille. Je l'ai bien lu pourtant mais je ne m'en souviens plus. Oups eek

    4
    Dimanche 24 Septembre à 15:41

    Une énigme qui m'amuse autant qu'elle m'agace. Je veux dire que j'aimerai tellement savoir la vérité ! Ce qui m'attire dans cet ouvrage serait de découvrir - comme tu le dis - Fersen autre que comme l'amant de Marie-Antoinette. Je ne peux donc pas passer à côté de ce livre !

      • Dimanche 24 Septembre à 16:23

        Moi aussi, j'aimerais tellement savoir, mais...je pense que nous ne saurons jamais ! ! Un peu comme l’historienne Evelyne Lever, parfois, je me dis que oui, Marie-Antoinette et Fersen ont pu être amants. D'autres fois, je suis convaincue du contraire... à force de lire sur eux, je me dis que, peut-être ils le sont devenus sur la fin, au début des années 1790, quand il n'avait plus rien à perdre... 

        Malgré ça, je trouve que ce qui les lie est très beau. Marie-Antoinette était peut-être volage et écervelée mais elle ne fut certainement pas heureuse. Je ne pense pas qu'on puisse la rendre coupable d'avoir aimé Fersen. Ils restent définitivement des personnages que j'aime énormément. 

         

        Et je te conseille L’Énigme Fersen ! C'est la première fois que je lis un livre vraiment consacré à la personne de Fersen et je l'ai vraiment savouré. wink2

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