• L'Eté avant la Guerre ; Helen Simonson

    « Ici, nous faisons notre devoir, c'est tout ; et quand le devoir est incapable de détourner la balle égarée d'un tireur isolé, on abandonne l'idée présomptueuse que l'homme peut contrôler son destin. »

     

    Publié en 2016 en Angleterre ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Summer Before the War

    Editions 10/18 (collection Domaine Etranger)

    664 pages

    « Cette pute me fera mourir », Mémoires du duc de Saint-Simon, Extraits ; Saint-Simon

    Résumé :

    Été 1914. Beatrice Nash, jeune professeure, découvre le village de Rye et sa gentry locale. Elle a fait vœu de célibat et se rêve écrivain - des choix audacieux dans la société conservatrice de ce début de siècle, que l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne vient bouleverser. Les hommes s'engagent et Beatrice voit partir Hugh, le neveu de sa chaperonne, avec un étrange sentiment...
    Helen Simonson signe un roman pétillant et mordant, entre comédie de mœurs, tableau romantique et portrait féministe, Downton Abbey et Jane Austen. Lumineux et...so british

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1914, Beatrice Nash arrive à Rye, Sussex, pour devenir répétitrice de latin. C'est un bel été et, dans cette petite ville côtière, où il fait si chaud, les réceptions succèdent aux garden-parties... Pendant ce temps, Beatrice fait la connaissance de sa bienfaitrice, Agatha Kent et des neveux de celle-ci, Hugh et Daniel, si différents l'un de l'autre. Hugh, le scientifique, futur médecin, aussi calme et posé que son cousin est exubérant, n'est pas sans laisser indifférente la jeune professeur de latin et c'est d'ailleurs avec un léger pincement au cœur qu'elle le voit partir à la guerre...
    Car L’Été avant la Guerre, c'est ça : les derniers moments d'insouciance avant l'horreur, avant que tout ne bascule... Avant que l'assassinat d'un archiduc autrichien, faisant jouer les alliances, ne fasse se jeter les puissances européennes les unes contre les autres...Les dernières semaines où la vie, pour la dernière fois, se déroule à peu près normalement ou avec un semblant de normalité, avant que l'inquiétude ne prenne le dessus...
    Voilà l'idée de départ qui, en soi, est plutôt bonne. Faire découvrir la guerre autrement, le avant, quand rien encore n'est certain, quand l'espoir est encore là et le dispute à l'inquiétude... La Première guerre mondiale est un tragédie à nul autre pareil, un véritable cataclysme mais qui, malgré tout, ne fut pas réellement envisagée, avant qu'elle n'éclate comme un coup de tonnerre... C'est du moins le cas en Angleterre : j'ai été très surprise que la guerre soit totalement absente des premiers chapitres avant de comprendre que l'Angleterre, du fait de son insularité, est restée épargnée plus longtemps que le continent. La guerre est restée plus longtemps une abstraction au Royaume-Uni et la vie n'a pas été bouleversée tout de suite : voilà pourquoi les personnages n'en parlent pas ou si peu, continuent de vivre normalement, se recevant mutuellement, planifiant leur avenir, faisant des projets. Et puis, comme partout ailleurs, on va assister à des mouvements d'enthousiasme, des enrôlements spontanés, avec l'idée que le conflit ne va durer que quelques semaines ou quelques mois. Enfin, c'est l'arrivée des réfugiés belges, traumatisés, ayant tout perdu, qui jette brutalement la guerre à la figure des habitants de Rye... Et les premiers enrôlements arrivent puis les premiers morts et les soldats anglais se retrouvent, comme les autres, pris dans la tourmente et l'horreur de la guerre des tranchées.
    L’Été avant la Guerre est un roman intéressant avec une idée de départ originale. Mais qu'est-ce que c'est long ! Les trois quarts du roman m'ont fait l'effet d'une platitude sans nom. Waterloo, morne plaine, vous voyez ? C'était exactement ça ! Une histoire qui, sans être complètement dépourvue d'intérêt est ennuyeuse... Une histoire que je retrouvais à chaque reprise de lecture avec un plaisir mêlé d'ennui et de lassitude. Il a fallu que j'attende les derniers chapitres pour me sentir vraiment investie dans cette lecture mais malheureusement, cela n'a pas réussi à tempérer ce léger sentiment de déconvenue ressenti quasiment dès les premières pages.
    Surtout, je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages... Peut-être Hugh et Daniel, les deux cousins, m'ont-ils plu... J'ai aussi aimé le couple formé par Agatha et John Kent. Mais l'héroïne de ce récit, c'est Beatrice... Et je n'ai pas du tout réussi à me sentir proche de Beatrice, trop froide, trop distante et très cynique... C'est très rare qu'un personnage ne me plaise vraiment pas mais c'est arrivé ici. Sans la détester non plus, disons que je n'ai pas réussi à m'identifier à elle ce qui me paraît pourtant important dans une oeuvre de fiction. Quant au duo qui se forme progressivement entre Beatrice et Hugh, il est prévisible à vingt mètres mais au final assez cohérent car unissant deux personnages complémentaires. Ce n'est peut-être qu'à partir de ce moment que j'ai pu me sentir un peu plus proche de Beatrice...
    Ceci dit, L’Été avant la Guerre est un roman qui a aussi des qualités, bien sûr. Et des qualités certaines. J'ai aimé les descriptions pleines de nuances que fait l'auteure de la société de cette époque, moralisatrice et condamnant volontiers, une société condescendante et facilement encline au mépris et à la mesquinerie, se perdant en vaines et futiles querelles de préséance alors que, au front, de jeunes soldats se battent pour la nation. L'éclatement de la guerre de Quatorze, c'est aussi l'émancipation des femmes, qui se sentent le droit de jouer un rôle, enfin, qui osent et qui, pendant les longues années du conflit, remplaceront les hommes à l'arrière.
    Enfin, les derniers chapitres qui nous transportent justement sur le théâtre des opérations, au milieu des tranchées anglaises, dans le sang et la boue, sont criants de vérité et on entend presque le bruit sourd des canons au dessus des villages en ruine.
    Mais c'est si dommage que tout cela arrive tard...trop tard pour moi. Ces ultimes chapitres plus enlevés n'ont vraiment pas pu rattraper leurs prédécesseurs... Le roman est plutôt imposant et le dynamisme de la fin n'est pas suffisant pour palier aux longueurs du début. J'ai vraiment eu le sentiment de voir se dérouler devant moi un récit monotone où il ne se passe pas grand chose et où les repères chronologiques sont tellement absents qu'on ne sait même plus à quelle période de l'année on se trouve...
    Mention cependant aux descriptions fines et réalistes, au récit nuancé et au style d'écriture maîtrisé.
    L’Été avant la Guerre ne me laissera pas un extraordinaire souvenir. C'est loin d'être un coup de coeur mais ce n'est pas une déception non plus. Après avoir tourné la dernière page, c'est juste un léger sentiment de frustration livresque qui reste... Rien de grave en soi et une lecture qui, je n'en doute pas, saura sûrement trouver son lectorat. 

    En Bref : 

    Les + : une idée de départ intéressante, un récit nuancé et un style d'écriture précis et maîtrisé...
    Les - : ...mais beaucoup trop de longueurs pour que le roman soit réellement convaincant. Dommage, il y'avait là matière à faire un somptueux roman historique. 


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  • Commentaires

    1
    Nath
    Jeudi 26 Juillet à 18:46
    Oh la la je n’ai pas trop envie d’une lecture laborieuse. Pourtant le résumé était prometteur
      • Jeudi 26 Juillet à 21:03

        Oui, le résumé correspondait totalement à mes attentes : un contexte historique intéressant (bien que tragique et pas forcément très gai), des personnages qui, semble-t-il, allaient l'être aussi (et ils le sont mais je déplore de m'être plus attachée aux personnages secondaires qu'à l'héroïne, Beatrice)... Et puis, boum, voilà ces longueurs qui apparaissent... On dirait que l'auteure a tourné autour du pot pour en venir au fait, qu'elle a écrit des lignes et des lignes qui au final s'avèrent superflues et qui n'aident pas le récit. erf C'est dommage mais pas catastrophique non plus. Maintenant que j'ai terminé ma lecture et que j'ai du coup un avis un peu plus global, je me dis que j'aurais pu être plus déçue... mais j'aurais aussi pu plus aimer, c'est vraiment dommage... Lecture en demi-teinte pour moi, donc... 

        Mais peut-être que si tu le lis, tu auras un tout autre ressenti, c'est en tous cas ce que je te souhaite. En espérant que mon avis ne t'ait pas trop dégoûtée ! wink2

    2
    Vendredi 27 Juillet à 09:31
    J'avais assez apprécié ma lecture il y a 2 ans. J'avais ressenti ça comme une lecture tranquille, toute douce et où, d'un coup, c'est la guerre. C'est froid et morne.
    C'est vrai cependant que c'était parfois long... Je reconnais mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier. Dans le même style, j'avais lu Belgravia (guerre mais à l'époque napoléonienne et l'après...). :)

    Par contre j'ai apprécié la justesse historique : les Belges qui arrivent, les enrôlés volontaires... C'est souvent "oublié" dans ce type de roman. :)
      • Vendredi 27 Juillet à 12:16

        Oui, j'ai lu aussi Belgravia où, en soi, il ne se passe pas grand chose, mais je me suis sentie plus investie dans cette lecture-là et j'ai moins ressenti de longueurs que dans le roman de Helen Simonson. Cependant, je ne peux pas dire que ce soit un mauvais roman et que je ne l'ai pas aimé. La justesse historique, dont tu parles dans ton commentaire, m'a aussi sauté aux yeux, j'ai trouvé ça très intéressant et finalement, si les deux guerres mondiales sont des tragédies assez universelles, chaque pays qui a été touché a réagi de différentes manières et a connu aussi des événements différents. Et en même temps, certaines choses se retrouvent partout : la peur, l'inquiétude, l'organisation à l'arrière, la place prépondérante que les femmes prennent à ce moment-là, les mariages rapides, les enrôlements volontaires etc... Les derniers chapitres m'ont énormément plu, au point que je ne me suis pas rendu compte du nombre de pages que j'avalais et j'en suis arrivée à la page 650 sans savoir comment ! wink2 Mais c'est dommage que le début ait été si long... 

        Cela dit, je ne déconseille pas et, rien que pour le contexte historique et la manière dont l'auteure l'utilise, ce roman mérite d'être connu. smile

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