• L'Eté des Quatre Rois ; Camille Pascal

    « Alors retentissaient ces "Vive le roué"  qui avaient sonné aux oreilles de Louis XVI lors de son propre voyage à Cherbourg et c'était une autre France, une France oubliée, une France ancienne, une France perdue, fidèle à son Dieu et à son roi, qui surgissait de derrière les haies pour y disparaître tout aussi soudainement lorsque l'ordre de marche résonnait de nouveau. »

     

    Couverture L'Été des Quatre Rois

     

     

     

       Publié en 2019

      Editions Pocket

      752 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Juillet 1830. Le peuple est dans la rue et l'Histoire se répète. Les Parisiens veulent du pain et la Révolution. Depuis Saint-Cloud, Charles X s'accroche à une couronne qu'il croit tenir de Dieu. On muselle la presse ? Cele-ci se déchaîne. On envoie l'armée ? Les émeutiers redoublent d'ardeur. Abdiquer ? Mais pour qui ? Talleyrand louvoie, Chateaubriand déçoit, Stendhal court le guilledou. Personne n'y comprend rien. En quelques jours d'un été caniculaire -l'hiver des Bourbons- quatre rois vont se succéder, jusqu'au prochain printemps... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En juillet 1830, dans la touffeur caniculaire d'un été qui n'en finit pas, Paris s'embrase, à la suite de la publication des ordonnances de Saint-Cloud par le roi Charles X. La ville se couvre de barricades (celles-là même qu'immortaliseront Victor Hugo dans Les Misérables ou encore Eugène Delacroix sur son monumental tableau La liberté guidant le peuple) et fait vaciller sur ses bases le trône des Bourbons.
    Charles X ne le sait pas encore mais ces trois journées de juillet qui resteront dans l'Histoire sous le nom de Trois Glorieuses vont lui coûter sa couronne et enterrer définitivement le règne des Bourbons en France. En prenant la décision d'abdiquer, en son nom mais aussi en celui de ses héritiers, le dernier frère de Louis XVI cède le trône à la branche cadette des Orléans (qui restera au pouvoir dix-huit ans durant avant d'être elle-même détrônée par une révolution en 1848).
    Ce sont ces journées décisives que l'historien Camille Pascal se propose de nous raconter dans ce livre où le souffle romanesque n'empêche pas la rigueur historique. Récit presque jour par jour et heure par heure de ce milieu d'été 1830 qui change à jamais la face du royaume, L'été des quatre rois nous fait pénétrer l'intimité du dernier Bourbon, des ministres, des révolutionnaires et des grandes figures de ce début du XIXème siècle (on croise ainsi la comtesse de Boigne, Chateaubriand et Mme Récamier, Odilon Barrot, Thiers, Victor Hugo, Stendhal, Alfred de Vigny ou encore Alexandre Dumas), que l'on croise au détour des chapitres et qui, on le verra, auront tous un rôle à jouer. Entre les tenants irréductibles de la légitimité, les républicains acharnés ou les modérés, le Paris de 1830 prend des airs de 1789 et réveille les fantômes de la grande Révolution. Dans les miroirs de Saint-Cloud apparaissent aux côtés de Charles X et des siens les spectres de Louis XVI et Marie-Antoinette et leur fille, seule survivante du Temple et qui a épousé le duc d'Angoulême, fils aîné du roi, revit avec horreur les journées d'octobre, la prise des Tuileries, la fuite à Varennes, l'exécution de ses parents et de sa tante et la longue détention dans le froid du Temple où mourra son jeune frère tandis que sa belle-sœur, la bouillante petite duchesse de Berry est prête à se battre pour conserver le trône de son fils de dix ans, le duc de Bordeaux.
    Rien ne nous est épargné dans ce roman à l'exactitude d'horloge qui déroule l'Histoire comme un écheveau : l'hébétude d'un roi âgé et qui se raccroche au peu de pouvoir qui lui reste encore, les louvoiements du duc d'Orléans faisant mine d'affermir le trône de son cousin d'une main tout en lui prenant la couronne de l'autre, l'indifférence du petit duc de Bordeaux pour qui devenir roi compte autant que gagner ou perdre à un jeu de billes, le délire des combats et des pillages parisiens, à l'évêché ou au Louvre et aux Tuileries où les pièces sont mises à sac et les vitres des fenêtres trouées de balles.

     

    Combat devant l'Hôtel de Ville, le 28 juillet 1830 par Jean-Victor Schnetz 


    Un tel événement révèle les personnalités : ceux pour qui fidélité et loyauté restent des maîtres mots quelles que soient les circonstances ou ceux qui, au contraire, vont profiter des soubresauts et des convulsions de l'Histoire pour s'emparer d'une petite poignée de gloire.
    Et tandis que Paris s'embrase et se hérisse de fusils, de barricades et macule ses pavés de sang, la Cour des derniers Bourbons s'enivre une dernière fois de jeux, de bals, de réceptions comme si de rien n'était. La révolution de 1830 rappelle à bien des égards celle de 1789, notamment de part l'aveuglement de ceux qui en seront les principales victimes. Dans les derniers jours de juillet 1830, Charles X, sa famille et ses courtisans vivent encore sous les ors de Saint-Cloud comme si tout allait bien et que rien ne se délitait autour d'eux, comme Louis XVI et Marie-Antoinette avant 1789. Et puis la Révolution est évidemment présente à l'esprit de tous ceux qui l'ont connue, à commencer par la Dauphine, l'ancienne orpheline du Temple. On ressent aussi beaucoup de nostalgie, comme si 1830 sonnait réellement le glas de ce XVIIIème siècle qui n'était pas vraiment terminé : on dit adieu aux lieux dans lesquels les fantômes des anciens souverains semblent encore flotter, on s'arrête un moment à Trianon, dans les jardins de Versailles, lieux où se sont déroulées la jeunesse et l'enfance de Charles X et de sa nièce la Dauphine. On tourne définitivement le dos aux souvenirs et même si on ne le sait pas encore, cette fois, l'exil a un goût d'éternité.
    L'Été des Quatre Rois est un excellent roman historique. Ambitieux et riche, je pense cependant qu'il s'adresse à tous les publics...si vous n'êtes pas totalement réfractaires à l'Histoire et que vous aimez les livres qui ne privilégient pas l'intrigue romanesque au profit de la rigueur historique alors ce roman est fait pour vous. Il se lit lentement, parfois vous serez peut-être obligé de vous arrêter de lire et de faire deux, trois recherches mais dans l'ensemble c'est suffisamment bien écrit et bien expliqué pour que le propos se suffise à lui-même. Étayé par une bibliographie conséquente, L'Été des Quatre Rois est à classer dans la catégorie des très bons romans historiques et à mettre entre toutes les mains ! Si vous avez un minimum d'intérêt pour l'Histoire certainement vous vous délecterez sans nul doute de cette lecture. 

    En Bref :

    Les + : Un grand roman historique, je m'en suis délectée. Oui, il faut de la concentration, oui, il ne faut pas avoir peur de passer du temps et d'avoir l'impression parfois, de ne pas avancer. Au final, vous lirez un roman d'une qualité certaine, qui ne délaisse pas la rigueur et la précision historiques au profit du style narratif. Pour moi, Camille Pascal a tout bon. 
    Les - :
    Aucun ! Même si le roman était ardu par moments et qu'il fallait s'accrocher, je l'ai aimé de bout en bout !


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