• L'Île aux Mille Sources ; Sarah Lark

    «  Il y a des choses qu'un être humain ne devrait pas faire. C'est une question de bien et de mal, pas de Noir et de Blanc. »

    Publié en 2011 en Allemagne ; en 2019 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Die Insel der Tausend Quellen 

    Editions de l'Archipel 

    464 pages 

    Résumé : 

    Londres, 1732. Nora, la fille d’un riche négociant, a perdu Simon, son premier amour, avec qui elle rêvait d’horizons lointains. Pour satisfaire ses envies d’exotisme, la jeune femme accepte d’épouser un veuf bien plus âgé qui possède une plantation en Jamaïque.
    Nora embarque alors pour les Caraïbes, à la découverte d’une île enchanteresse. Mais, bien vite, elle déchante : les conditions de vie des esclaves dans les champs de canne la révoltent.
    Décidée à faire évoluer les mentalités, Nora pourra compter sur le soutien de Douglas, le fils d’Elias. Mais la révolte gronde, qui pourrait bouleverser à jamais la vie de Nora.
    Avec cette nouvelle saga, Sarah Lark nous entraîne sur les pas d’une héroïne forte et attachante, à la découverte de contrées lointaines où tout reste à inventer, à commencer par sa propre destinée.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans sa nouvelle saga, Sarah Lark, qui nous a habitués à des voyages enlevés et dynamiques en Océanie, nous emmène cette fois dans les Caraïbes du XVIIIème siècle, mais une chose est sûre : avec ce nouveau roman, l'auteure allemande conforte sa position de reine du roman d'évasion historique ! !
    Nous sommes au début des années 1730, à Londres. Nora Reed, la fille d'un riche négociant, est tombée amoureuse d'un jeune lord dans le sous, Simon, obligé de vivre pauvrement dans l'East End et qui occupe un poste de secrétaire dans l'entreprise de Thomas Reed, le père de Nora. Malade, le jeune homme meurt avant que Nora n'ait pu convaincre son père de les laisser se marier, mais non sans avoir transmis à la jeune femme l'un de ses rêves les plus fous, celui d'aller vivre dans les Caraïbes et de tout recommencer à zéro à ses côtés.
    Alors, quand Thomas Reed reçoit une proposition de mariage pour sa fille, de la part d'Elias Fortnam, un riche planteur de Jamaïque, il ne s'oppose pas à cette union et Nora, persuadée de vivre le rêve de Simon, accepte d'épouser Elias, bien plus âgé qu'elle. Et si, à son arrivée en Jamaïque, elle découvre émerveillée une île telle qu'elle a pu en rêver avec Simon, Nora est aussi confrontée à une vérité à laquelle elle n'était pas préparée : propriétaire d'une plantation florissante de canne à sucre, Elias est aussi le maître de dizaines d'esclaves, ce qui ne manque pas de choquer la jeune femme. Nora va devoir s'habituer à un nouveau mode de vie, à un nouveau monde même et à être servie par d'autres êtres humains qui ne sont pas libres mais la propriété de leurs maîtres, simplement à cause de leur couleur de peau et ont à peine plus de droits que les animaux.
    Après nous avoir emmenés, avec Le Pays du Nuage Blanc ou Les Rives de la Terrre Lointaine, en Nouvelle-Zélande et Australie, dans le sillage d'héroïnes aussi vives qu'attachantes, telles que Gwyneira, Helen ou encore Lizzie et Kathleen, Sarah Lark change radicalement d'époque et de lieu et cette fois, c'est en plein cœur des Caraïbes coloniales qu'elle se propose de nous faire voyager, dans les pas de ces femmes de planteurs dont la trace subsiste encore sur toutes ces îles.
    Nora est une héroïne douce, humaine, mais déterminée et courageuse, dans la veine de celles que l'on avait pu côtoyer dans Le Pays du Nuage Blanc. Mal mariée et confrontée à un mode de vie qu'elle ne cautionne pas et qui la révulse, Nora saura le faire savoir, aidera les esclaves et les domestiques de la plantation, saura s'en faire apprécier et poussera son époux à faire preuve de plus d'humanité envers eux. Mais en Jamaïque, la situation est complexe et les Blancs ne sont pas les seuls à exercer la traite : les marrons, éparpillés dans les montagnes et qui se sont organisés en véritable petites villes imprenables, n'hésitent pas à réduire en esclavage les Blancs qui ont le malheur de tomber entre leurs mains et à dénoncer contre rétributions les esclaves qui se sont enfuis, tandis que les Ashantis, une tribu africaine originaire de l'actuel Ghana pratiquait déjà la traite des autres peuples en Afrique. Nora ne manquera pas d'ailleurs de s'en rendre compte par elle-même, sans jamais abandonner sa conviction profonde : l'égalité entre les humains, la reconnaissance des Noirs de Jamaïque, leur liberté et l'abolition de l'esclavage.
    On ne peut qu'être bouleversé et écœuré en lisant les descriptions des conditions de vie dans les plantations : l'absence de repos, le travail harassant dans les champs en plein soleil sous la férule sans pitié des contremaîtres, parfois même plus féroces que les maîtres mais toujours soutenus par eux, les punitions disproportionnées, l'impossibilité pour les couples de se marier, les femmes réduites aux avortements dangereux, l'indifférence de l'Eglise et les sermons des pasteurs, qui, ne reconnaissant pas aux Noirs une âme, nient ainsi leur essence humaine...

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    Paysages de Jamaïque


    Fort heureusement, il existe déjà, en cette première moitié du XVIIIème siècle, des personnes comme Nora ou son beau-fils, Doug Fortnam, pour s'élever contre ce qu'ils considèrent comme une abomination. On suivra leur combat pour accorder aux esclaves une meilleure existence, des conditions de travail plus décentes, une considération de la part des Blancs qui devraient cesser de se considérer comme supérieurs, ce qui est malgré tout difficile, puisque les planteurs sont soutenus en ce sens par le système et même par les hommes d'Eglise. Le mépris et la haine sont omniprésents dans le livre et il est difficile de ne pas se sentir révolté et en même temps assez admiratif de personnages portés par leurs idéaux, comme Nora et Doug.
    A nouveau, Sarah Lark jette les bases d'une saga vraiment prometteuse. C'est toujours aussi agréable à lire, dépaysant, exotique. Cette Jamaïque du XVIIIème siècle, encore sauvage mais déjà colonisée est d'ailleurs un personnage à part entière du roman. On découvre ses paysages variés : des montagnes aux superbes plages en passant par les sublimes maisons des planteurs, qui vivent à l'occidentale. L'ambiance et l'univers du roman m'ont rappelé un peu le téléfilm Tropiques Amers, diffusé il y'a quelques années et qui se passait à peu près à la même époque mais dans les Antilles françaises. Deux mondes se rencontrent dans ce roman, s'opposent souvent et ne se comprennent pas avant de finir par s'unir par la force des choses et grâce à des idées progressistes portées par des Blancs exaltés et qui refusent un système qui va à l'encontre de leurs convictions et souvent, de leur coeur.
    Sarah Lark a le don, en peu de mots, de créer des personnages extrêmement attachants et dont on garde un souvenir ému. Il y'a plusieurs années que j'ai découvert Le Pays du Nuage Blanc et pourtant, je garde un souvenir tenace de Gwyneira et Helen et de leurs descendantes, toutes différentes mais toujours si agréables à découvrir et à suivre, justement dans toute leur diversité.
    Dans L'Île aux Mille Sources, la jeune Nora, petite londonienne pleine de fougue, se révèle dès le début comme une femme pleine de ressources, ne rechignant pas à s'exposer au scandale pour porter secours au jeune homme qu'elle aime et qui vit dans le dénuement. On retrouve ensuite son don de soi dans son combat pour les esclaves de Jamaïque : elle ne sera pas toujours remerciée à la hauteur de son combat et connaîtra même des épisodes peu évidents dans sa vie mais elle ne fléchira pas, portée par l'amour de son prochain et d'un homme en particulier qui la soutient contre vents et marées.
    Je ne sais pas si ce roman aura une suite mais j'imagine que oui...Il pourrait se suffire à lui-même car il est déjà très complet. L'Île aux Mille Sources est une grande fresque, une grande saga à lui tout seul mais Sarah Lark nous a accoutumés à des sagas très étoffées et composées de plusieurs romans et, je ne sais pas si c'est à cause de ça, mais j'ai eu l'impression que la fin s'ouvrait sur quelque chose et appelait une suite. Une chose est sûre en tout cas : si j'ai aimé Le Pays du Nuage Blanc et plus récemment Les Rives de la Terre Lointaine -j'ai lu le premier tome en mars dernier-, je crois que j'ai encore plus aimé ce roman, qui m'a portée, transportée, dépaysée et même rafraîchie, ce qui n'était pas de trop en cette période caniculaire ! Oui, j'ai eu l'impression de voyager et de découvrir cette Jamaïque du XVIIIème siècle, colonie britannique florissante, assise cependant sur un système inique et révoltant. Je n'ai refermé le livre qu'à regret et je suis passée par tout un tas d'émotions avec ce roman. Sarah Lark confirme qu'elle est bien, actuellement, l'une des meilleures auteures de romans historiques teintés d'exotisme et de romance. L'Île aux Mille Sources est un roman auquel je n'ai pas grand chose à reprocher et si je n'ai pas éprouvé de coup de cœur, je ne suis cependant pas passée loin !

    Merci à Mylène des éditions de l'Archipel pour cet envoi ! Encore une fois, ce fut une excellente lecture. 

    En Bref :

    Les + : une saga très complète et dépaysante, j'ai passé un très bon moment. 
    Les - :
    mais aucun, comme d'habitude en fait !


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  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Juillet à 12:59

    Ton avis me donne très envie de faire connaissance avec l'héroïne, Nora. Je ne connais pas du tout l'autrice en plus alors c'est le meilleur moyen d'y remédier :-))

      • Dimanche 7 Juillet à 20:00

        Tous les romans de Sarah Lark sont à conseiller mais je ne sais pas, je dirais qu'une véritable alchimie s'est installée à la lecture de ce roman, ce qui fait que je s'en suis ressortie ravie. J'ai vraiment aimé Le Pays du Nuage Blanc et plus récemment Les Rives de la Terre Lointaine mais plus encore L'Île aux Mille Sources peut-être parce que j'adore les romans qui se passent aux XVIIIème siècle dans les Caraïbes. Et Sarah Lark a choisi d'aborder l'esclavage et le système des plantations, ce que j'ai trouvé intéressant, surtout parce qu'elle le dénonce vivement au travers de Nora, une héroïne passionnée. happy

    2
    Dimanche 14 Juillet à 01:24

    j'ai adoré les 2 premières sagas de l'auteure, j'ai trop hâte de commencer celle-là ^^ il faut juste qu'elle sorte en poche lol

      • Dimanche 14 Juillet à 13:04

        J'étais tellement impatiente de le lire que, étant donné que j'ai déjà fait quelques partenariats avec les éditions de l'Archipel, j'ai pris mon courage de blogueuse à deux mains et je l'ai demandé, en échange d'une chronique sur le blog  et je suis ravie de cette lecture ! Je l'ai vraiment dévorée et je l'ai même trouvée trop courte j'en aurais presque voulu un peu plus.

        Sans révolutionner le genre et sans forcément nous surprendre parce que malgré la sortie du cadre spatio-temporel auquel Sarah Lark nous a habitués dans ses précédentes sagas, elle parvient malgré tout à nous faire nous évader. Le sujet du roman tournant autour des plantations et de l'esclavage n'est pas des plus évidents mais L'île aux Mille Sources est vraiment un roman captivant de bout en bout ! happy

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