• L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

    «Autrefois, elle avait eu des rêves ; à présent elle n'avait plus que des cauchemars. »

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

    Publié en 2002 aux Etats-Unis ; en 2007 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Tea Rose

    Editions Pocket (collection Romans Étrangers)

    819 pages

    Premier tome de la saga The Rose Saga

     

    Résumé : 

    A la fin du XIXe siècle, à Londres, dans le quartier populaire de Whitechapel, près des docks où s'organise la grève des ouvriers, la jeune Fiona travaille dur à la fabrique de thé. Son projet ? Économiser assez d'argent pour ouvrir une petite épicerie avec son fiancé, Joe.                               Mais son rêve s'évanouit le jour où Joe la quitte, séduit par la fille d'un riche marchand. Après cette trahison et la mort tragique de ses parents, Fiona décide d'embarquer pour New York où la révolution industrielle autorise les espoirs les plus fous. Et sur le paquebot qui l'emmène vers un monde en plein essor, elle se promet de revenir un jour en Angleterre, auréolée de succès...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1888, le quartier de Whitechapel, dans l'East End, est ensanglanté par les horribles crimes d'un mystérieux homme en noir, Jack l’Éventreur, qui s'en prend aux prostituées qui hantent les ruelles populeuses des docks. C'est là, dans ces ruelles miteuses, de l'autre côté de la Tamise, loin des belles demeures de Belgravia et Pimlico, dans le West End, que survivent des familles entières, ouvrières et souvent miséreuses. Les hommes travaillent dans les docks et les femmes tentent tant bien que mal de faire survivre leurs enfants.
    Les Finnegan sont d'origine irlandaise : le père, Paddy Finnegan, travaille dans les docks, la mère, Kate, s'occupe des cadets, Seamie et Eileen tandis que les aînés, Fiona et Charlie, tentent de gagner tant bien que mal leur vie. La jeune fille, âgée de dix-sept ans, travaille dur à la fabrique de thé Burton et nourrit un rêve : ouvrir avec Joe, son petit ami, une petite boutique.
    Mais voilà qu'en quelques mois, la vie de Fiona Finnegan, pas forcément facile, mais heureuse, bascule dans le plus horrible des cauchemars. Son père, membre du Syndicat des dockers, meurt dans des circonstances troubles puis c'est au tour de sa mère et de sa petite sœur de disparaître, tandis que Charlie, son frère cadet, part un jour sans jamais revenir. Et, pour couronner le tout, Joe, qui a trouvé du travail chez un grossiste enrichi, Peterson, est séduit par la fille unique de ce dernier et décide de quitter Fiona. La jeune fille, à même pas dix-huit ans se trouve soudain livrée à elle-même, sans famille, si ce n'est le petit Seamie, qui a quatre ans et besoin d'elle. Alors elle va se battre, pour lui. Pour elle, même si elle est brisée.
    En cette fin de XIXème siècle, l'industrialisation bat son plein dans les pays anglo-saxons et Fiona, déterminée, décide alors de partir aux Etats-Unis pour y faire fortune. Emportant son petit frère et les maigres effets qui lui restent, elle embarque à Southampton sans se retourner, mais toujours la rage au cœur, décidée à se venger un jour, tôt ou tard, de la société Burton, qui employait son père et qui ne semble pas toute blanche en ce qui concerne la mort de Paddy Finnegan. A New-York, où elle retrouve son oncle paternel, Michael, Fiona va tenter de se reconstruire et de faire de son vieux rêve une réalité : ouvrir une boutique et faire tout ce qui est en son possible pour ruiner Burton.

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

     La découverte d'une prostituée assassinée par Jack l’Éventreur 


    Voilà, en quelques lignes, comment on pourrait résumer ce premier tome de la saga The Rose Saga. L'Insoumise est un roman-fleuve, sympathique à lire, plutôt accrocheur -il est en effet difficile à lâcher et le style, particulièrement fluide, permet d'enchaîner les pages sans même s'en rendre compte-, mais qui a les défauts de ses qualités...Je m'explique : le roman aurait en effet tendance à tomber dans la romance un peu bluette, un peu fleur bleue et, parfois, j'ai aussi eu un gros, gros sentiment d'irréalisme. Un manque de chronologie claire, également, peut parfois susciter un peu de confusion chez le lecteur mais c'est un défaut relativement mineur par rapport aux autres.
    Donc, je disais, irréalisme...pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que l'ascension sociale fulgurante de Fiona sonne faux. Il est vrai qu'il était très facile de faire fortune aux Etats-Unis à cette époque-là et ce n'était d'ailleurs pas pour rien si tant d'émigrés débarquaient chaque année à New York pour tenter leur chance en Amérique et vivre à leur façon l'« american dream ». Mais enfin, en cinq mois, la jeune fille parvient à redresser la boutique de son oncle Michael, à faire sortir ce dernier d'un alcoolisme particulièrement sévère, à se faire une place sur le marché new-yorkais et à devenir une négociante en thé bientôt réputée jusqu'en Angleterre ! Et, pour fignoler le tableau, voilà qu'un multi-millionnaire américain, à l'origine d'un projet de métro, s'entiche d'elle et lui propose le mariage... Et, dix années plus tard, la voilà millionnaire, vivant dans une sublime maison de la Cinquième Avenue et à la tête d'une société particulièrement prospère. Gros coups de chance ? Oui, peut-être, mais du coup, je n'ai pas pu m'empêcher, en tant que lectrice, de me dire que tout cela était bien trop facile. Bien trop facile parce que trop rapide, les portes s'ouvrant brusquement devant elle sans même qu'elle ait à batailler. Certes, il y'en a eu, des destins fulgurants, des gens partis de rien ou qui connurent une enfance malheureuse et miséreuse et devinrent des personnages riches et influents et, même si on se réjouit de voir Fiona heureuse dans sa vie après avoir connu bien des soucis et des malheurs, on ne peut s'empêcher de se dire que, décidément, tout cela va trop vite. « Rome ne s'est pas faite en un jour », comme on dit et il me semble qu'il faut, même pour quelqu'un de déterminé, un peu plus que quelques mois pour parvenir à faire fortune ! Pour ce qui est de la romance entre Fiona et Joe, plutôt intéressante au début, parce que faite de hauts et de bas et pas forcément toute rose, elle se termine bien sûr par un happy end que l'on sent venir cent pages avant la fin ! Fin, qui par certains aspects, m'a paru également ne pas trop coller avec l'ambiance du bouquin...on a l'impression de basculer tout bonnement dans un film d'action en costumes, ce que j'ai un peu regretté parce qu'il y'aurait certainement eu moyen de la rendre un peu plus réaliste.

     

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly 

    Une rue de l'East End au début du XXème siècle


    Voilà donc les points négatifs que je soulèverai après terminé L'Insoumise mais il y'a, heureusement, beaucoup de positif dans ce roman et, d'ailleurs, malgré ces quelques critiques, je dois même dire que je l'ai trouvé tout à fait sympa à lire, très agréable, parce que les personnages sont très attachants, surtout Fiona, l'héroïne et que L'Insoumise brosse un portrait relativement exhaustif et bien documenté de cette époque victorienne et des dernières décennies du XIXème siècle, particulièrement tourmentées et émaillées par l'ascension rapide des mouvements contestataires et syndicaux ouvriers, en Angleterre comme ailleurs en Europe, d'ailleurs. Pour ce qui est du personnage principal, Fiona donc, je m'y suis attachée tout de suite, l'ai trouvée touchante, émouvante mais, en même temps, malgré ses fragilités, cette jeune fille qui n'abandonne pas ses rêves et se montre déterminée malgré les embûches et les malheurs, ne peut que forcer le respect. Alors, on se réjouit pour elle de sa bonne fortune même si, comme je le mentionne plus haut, elle semble parfois acquise un peu trop rapidement pour paraître vraie.
    Le roman est assez long -un plus plus de huit cents pages-, mais on ne s'ennuie jamais parce que le style est dynamique et l'univers de l'auteure est relativement bien restitué par la traduction. L'Insoumise est un roman abouti, bien écrit, avec des personnages attachants, une intrigue qui tient plutôt bien la route, si ce n'est les quelques petits dérapages cités plus haut et qui m'empêchent d'accorder la totalité des étoiles à ce roman -d'ailleurs, je crois que je suis vraiment, vraiment passée à deux doigts du coup de cœur !  Je ressors donc de cette lecture tout à fait satisfaite, heureuse de l'avoir découverte, et prête à le conseiller à tous ceux qui hésiteraient à le lire. Ma chronique n'a, bien sûr, pas pour but de vous faire hésiter, bien au contraire ! Je vous livre simplement mon avis à chaud après l'avoir terminé il n'y a même pas une journée ! Mais si vous souhaitez découvrir la saga The Rose Saga, je ne pourrais que vous y encourager et j'ai d'ailleurs, pour ma part, très envie de découvrir les deux tomes qui font suite à L'Insoumise : L'Ange de Whitechapel et L'Indomptable.

     

    L'Insoumise ; Jennifer Donnelly

    Ellis Island, à New-York, porte d'entrée des Etats-Unis pour beaucoup d'émigrés

    En Bref :

    Les + : l'intrigue, bien menée, les personnages aboutis, le contexte historique bien restitué ; un roman touchant et plutôt sympathique à lire.
    Les - :
    un gros sentiment d'irréalisme par moment, ainsi que la fin qui m'a un peu déçue. 


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 21 Juin à 10:59
    totorosworld

    c'est vrai que ce n'est pas forcément archi crédible tout le temps mais j'ai quand même adoré :) 

      • Mercredi 21 Juin à 20:45

        Oh oui, moi aussi j'ai trouvé cette lecture sympathique. Je n'ai pas adoré mais j'ai beaucoup aimé : la preuve, à l'issue de ma lecture de L'Insoumise, j'ai ajouté les deux autres tomes de la saga à ma PAL et j'ai même lu L'Ange de Whitechapel en décembre dernier et je l'ai quasiment dévoré ! Je l'ai même préféré à L'Insoumise, mais j'ai aimé y retrouver les personnages de Fiona et Joe. happy

        Merci pour ton passage par ici ! ! 

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