• La Commode aux tiroirs de couleurs ; Olivia Ruiz

    « A viser l'impossible on peut au moins atteindre le merveilleux. »

     

     

     

         Publié en 2021

      Editions Le Livre de Poche

      182 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Parce que c'est ça que je veux que tu retiennes. Nos couleurs. Chaudes, franches, je veux que ces femmes si différentes, si vivantes, si complexes qui composent ton arbre généalogique puissent t'inspirer et t'aider à savoir qui tu es, le fruit de quels voyages et de quelles passions. »

    A la mort de Rita, surnommée l'Abuela, sa petite-fille hérite de l'intrigante commode qui avait jadis nourri toute sa curiosité et son imagination enfantines. Le temps d'une nuit, ouvrant ses dix tiroirs, elle découvre les secrets qui ont scellé le destin de plusieurs générations de femmes, entre l'Espagne et la France, de la dictature franquiste à nos jours. Dans ce brillant premier roman, Olivia Ruiz révèle son formidable talent de conteuse et nous offre une fresque flamboyante sur l'exil. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A la mort de sa grand-mère, surnommée « l'Abuela », une jeune femme (la narratrice) apprend qu'elle hérite de la commode de son aïeule, une commode à laquelle elle n'a jamais eu le droit de toucher enfant et qui a nourri son imaginaire et ses fantasmes. Qu'y avait-il dedans ? Qu'est-ce que Rita, sa grand-mère, pouvait bien y cacher pour souhaiter que personne ne s'approche du petit meuble aux tiroirs colorés ?
    Après en avoir hérité, la narratrice, le temps d'une nuit, va ouvrir les tiroirs de la commode : elle va découvrir ce qu'ils renferment. Elle va surtout découvrir le véritable héritage que Rita lui a laissé, celui des racines et de l'histoire familiale.
    Car le moins que l'on puisse dire, c'est que Rita n'a pas eu un destin banal mais surtout, elle n'a pas eu une vie facile : à la fin des années 1930, alors que la guerre civile fait rage en Espagne, les parents de Rita décident de l'envoyer, avec ses sœurs, de l'autre côté de la frontière, où elles seront en sécurité. Rita a dix ans, sa sœur aînée seize, la benjamine, seulement six. Jamais leur vie ne retrouvera un cours normal : cette fracture dans leur vie, ce déracinement, les accompagnera toujours. Elles essaieront de se reconstruire tant bien que mal, dans un pays où les immigrés espagnols ont été tout juste tolérés et où ils ont souvent été parqués dans de véritables camps, comme à Collioure ou Cerbère. Ni d'ici ni de là-bas, Rita et ses sœurs Leonor et Carmen connaîtront le même sentiment étrange que bien des immigrés ou des déplacés, en cette période trouble de notre Histoire, alors que les guerres se succèdent et ensanglantent l'Europe.
    Avant d'avoir été l'aïeule de la narratrice (dont on ne connaît pas le nom), Rita a donc été une enfant, dont la terrible blessure de la séparation parentale ne guérira jamais vraiment parce que les questions resteront irrémédiablement sans réponse, puis une jeune femme dans le sud de la France dans les années 1940. Rita est une amoureuse, une amante, une épouse, une mère aussi. Au fur et à mesure, elle dévoile son passé et explique ses choix. Rita est une femme haute en couleurs et au langage fleuri, qui ne semble rien regretter et parle des coups durs infligés par la vie avec beaucoup de résignation, de pudeur et ne se laisse jamais au découragement mais au contraire ne manque pas d'appuyer sur tous les bonheurs qu'elle a connus au cours de sa longue vie. Rita est lumineuse et émouvante et l'histoire de cette famille de femmes m'a beaucoup plu. Grande Histoire et petites histoires se mêlent dans ce tout petit roman qui, pourtant, en a des choses à dire.
    Pour un premier roman, il est vraiment bon. Je n'y ai pas tout aimé et j'ai été un peu gênée par l'absence de repères temporels tangibles. Si les lieux se succèdent, bien marqués (l'Espagne puis le Sud de la France, Narbonne, Toulouse, Marseillette, Paris), aucune date n'est réellement mentionnée et j'ai eu un peu de mal à me situer. Mais peut-être cela a-t-il été fait à dessein par l'auteure et ce sentiment n'est évidemment que très subjectif : j'aime bien avoir au moins une date précise pour me situer dans un récit mais peut-être au contraire ce mystère qui plane sur le récit ne vous gênera-t-il pas. Il s'agit là d'une remarque toute personnelle. Je m'attendais aussi à être un peu plus touchée et émue et je ne l'ai pas vraiment été, même si l'histoire de Rita m'a touchée par moments. Cette grand-mère qui a le courage de s'ouvrir à sa petite-fille, de lui confier ses bonheurs, ses amours de jeunesse force l'admiration. Elle a été courageuse et personnifie bien cette époque cruelle des années 1930/1940 où des gens normaux sont devenus des héros bien malgré eux. Je pense que l'auteure n'a pas voulu tomber dans le sensiblerie, qui est un peu l'écueil quand on se lance dans un récit de ce genre et a contraire montré l'aspect le plus fort, le plus tenace de Rita. Cette femme, c'est vraiment le roseau qui ploie dans la tempête mais ne rompt jamais, à force de ténacité.
    Je me suis demandé si, à la place de la narratrice, j'aurais aimé découvrir ce qu'elle découvre sur sa grand-mère. Peut-être pas. Il y'a certains aspects de la vie de ses parents ou de ses grands-parents qu'on n'a pas forcément envie de connaître, en tout cas. En même temps, cette confession sans fards a quelque chose de profondément aimant, c'est une belle preuve d'amour et de confiance que fait cette femme à une autre femme, sa descendante, désormais dépositaire de l'histoire familiale plutôt compliquée et cabossée.
    Je crois que l'auteure, à la sortie de son roman, a expliqué qu'il n'était pas autobiographique. Malgré tout, j'imagine qu'elle a mis beaucoup d'elle-même dans ce roman, ça se ressent : en effet, sa grand-mère paternelle comme la famille du côté de sa mère sont d'origine espagnole et, comme Rita, ont fui la guerre civile (1936 - 1939) et la dictature franquiste dont c'est un épisode de l'Histoire qu'elle doit bien connaître et qui fait partie de la sienne. Le bar-tabac qui fait aussi hôtel et restaurant de Marseillette, que Rita achète un jour sur un coup de tête pour quitter Narbonne et s'installer à la campagne, où elle sera particulièrement heureuse au milieu de la famille qu'elle s'est recréée, existe aussi bel et bien : il a appartenu à la famille d'Olivia Ruiz et elle le mentionne d'ailleurs dans l'une de ses chansons, J'traîne les pieds.
    Peut-être parce qu'il ne triche pas, parce qu'il est sincère et authentique, ce roman parlera à tout le monde. Le souvenir n'est-il pas universel, après tout ? Peu importe que nos ancêtres aient connu ce qu'a connu Rita, ou non. Aucune vie n'est complètement linéaire, personne ne peut se débarrasser des secrets de famille ou des blessures traînées génération après génération. Ce roman est un bel hommage à la famille, à la transmission, pas la transmission génétique, non, mais l'autre, celle des souvenirs, des traditions, de l'essence familiale qui font de nous ce que nous sommes, parfois malgré nous. Oui je n'y ai pas tout aimé, malgré tout je salue l'idée de départ qui est vraiment bonne et même si la commode sert un peu de prétexte et disparaît derrière le récit de la vie de Rita, le roman est cohérent et bien mené. Il se déroule comme un écheveau qui délivrerait progressivement les informations. On se prend au jeu et c'est avec plaisir que passent ces cent-quatre-vingt pages. A lire si vous aimez les histoires féminines et les sagas familiales teintées d'un peu de secret et d'Histoire.

    En Bref :

    Les + : une histoire de femmes, sincère, authentique, servie par une plume fluide et simple, sans artifice. Une belle réflexion sur le souvenir, la filiation et la transmission. 
    Les - : l'absence de repères temporels clairs (dates, âges) m'a un peu gênée.

     


    La Commode aux tiroirs de couleurs ; Olivia Ruiz

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 24 Septembre à 22:40

    Adepte des histoires de femmes et aussi d'histoires de familles, je pense que ce livre pourrait me plaire. Je serai assez curieuse de découvrir la plume d'Olivia Ruiz aussi :-)

      • Samedi 25 Septembre à 10:13

        Ce sont exactement les mêmes choses qui m'ont motivée pour lire ce roman...j'ai été surprise en le recevant, je m'attendais à quelque chose de plus conséquent. Peut-être pas un pavé, quand même, mais je me suis demandé comment l'auteure avait pu raconter l'histoire de toute une vie en moins de 300 pages...En fait, Rita ne raconte pas tout, mais l'essentiel disons. sarcastic On découvre une vraie belle histoire de transmission, des souvenirs, une histoire compliquée entre deux pays, un peu comme dans Les Déracinés de Catherine Bardon, par exemple... Il m'a manqué quelque chose pour être pleinement satisfaite, je vais être honnête. Malgré tout, j'ai passé un bon moment et je suis ravie d'avoir découvert la Olivia romancière, après la chanteuse et l'actrice. Et il y'a aussi beaucoup de simplicité et d'authenticité qui m'ont plu, dans ce roman : un petit autobiographique malgré tout qui donne au roman toute sa teneur et un petit plus, parce qu'on sent qu'on ne triche pas. 

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