• La Curée ; Emile Zola

    « Ses baisers fleurissaient et se fanaient, comme les fleurs rouges de la grande mauve, qui durent à peine quelques heures, et qui renaissent sans cesse, pareilles aux lèvres meurtries et insatiables d'une Messaline géante. »

    La Curée ; Emile Zola

    Publié en 2009 

    Date de parution originale : 1872

    Editions Le Livre de Poche ( collection Les Classiques de Poche) 

    416 pages

    Deuxième tome de la série Les Rougon-Macquart

    Résumé :

    A la fin d'une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola, qui déteste son époque, c'est le cœur de Paris, entaillé par les larges avenues de Napoléon III, que des spéculateurs véreux s'arrachent. Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, est l'un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d'attelages élégants, de toilette de Worms et de bijoux éclatants. Aristide Saccard a réussi. Mais tout s'est dénaturé autour de lui : son épouse, Renée, la femme qui se conduit en homme, si belle et désœuvrée ; son fils, Maxime, l'amant efféminé de sa belle-mère. On accusa Zola d'obscénité. Il répliqua : « Une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous la grande lumière du soleil. »

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après la pose des fondations dans La Fortune des Rougon, premier tome de la série et qui montre la lente ascension, à Plassans, de la famille Rougon au détriment de sa branche bâtarde, les Macquart, nous voici maintenant à Paris, quelques mois, quelques années après ce fameux coup d'Etat de Napoléon III qui se trouvait au centre du récit dans le premier tome. Aristide Rougon, fils de Pierre et Félicité -qui ont profité des troubles dans leur ville provençale pour se tailler une belle part dans la nouvelle administration et, ainsi, s'assurer une belle petite fortune-, est arrivé à Paris avec femme et enfants. Frère d'un ministre de Napoléon III, cela ne l'empêche pas pour autant de...galérer pas mal à son arrivée dans la capitale. Et puis, doucement, la roue va tourner parce qu'Aristide, qui se rebaptise en Saccard, un nom qui sent l'argent, que dis-je, la fortune - « il y a de l’argent dans ce nom là ; on dirait que l’on compte les pièces de cent sous » -, perd sa première femme, Angèle Sicardot, Provençale comme lui et mère de ses deux enfants, Maxime, resté au collège à Plassans et la petite Clotilde, toute jeune encore et qui va être confiée à son oncle, le docteur Pascal -on la retrouvera, adulte, dans Le Docteur Pascal, le dernier tome de la série. C'est alors que sa sœur Sidonie va lui parler des Béraud du Châtel...Le père, veuf depuis de nombreuses années, a deux filles, Renée et Christine. Il se trouve que l'aînée, la jeune Renée a été, aux portes de l'âge adulte, outragée par un homme et laissée enceinte de ses oeuvres. L'homme, marié, ne peut réparer et c'est finalement le rôle de doublure que Sidonie Rougon propose à son frère. Aristide va endosser le rôle de l'agresseur et épouser la jeune Renée : non seulement il la sauve, elle, du déshonneur, mais fait une affaire car les Béraud du Châtel sont fort riches. Commence alors une vie de spéculations et de magouilles financières pour Saccard, qui poursuit son vieux rêve de devenir riche, immensément riche. Et, pendant qu'il court la capitale, ce vieux Paris qui n'en a plus pour longtemps et qu'il va joyeusement dépecer pour s'y tailler, comme ses parents l'ont fait à Plassans, la part du lion, sa jeune épouse, Renée, jeune femme à la tête un peu fragile et qui s'ennuie, va tomber entre les bras du fils de Saccard, Maxime, arrivé de sa province et qui devient bientôt la coqueluche de ces dames, marquises, comtesses ou cocottes qui peuplent le Paris du Second Empire et les entours du couple impérial. Mais surtout, Maxime, avec son tempérament de fille languissante, va devenir l'amant de sa belle-mère, à peine plus vieille que lui, très belle mais qui se conduit exactement comme le ferait un homme.

    La Curée ; Emile Zola

    Une réception aux Tuileries sous le Second Empire


    C'est l'histoire de cet inceste, mais aussi celle des dernières années du vieux Paris que Zola se propose de nous raconter dans ce roman. La Curée est, et restera, parmi les romans de la série, de ceux qui m'ont le moins emballée lors de ma première lecture et qui ne fait pas partie de mes préférés de la série. Mais attention, je ne dirais pas que je ne l'ai pas aimé car ce n'est pas le cas, bien au contraire, et, rien que pour le style, c'est toujours un plaisir que de se plonger dans un roman de Zola. Si je veux être juste, je dois dire que j'ai même pris plus de plaisir à cette seconde lecture mais il est vrai que je préfère ses romans plus populaires -si je puis dire-, comme Le Ventre de Paris, L'Assommoir, Germinal ou bien encore La Terre, des romans forts, percutants, qui m'ont complètement happée lorsque je les ai lus et dont j'ai encore des images bien imprimées dans ma mémoire. Zola excelle en effet dans la description du peuple et je pense que c'est pour cela que je garde encore de très forts souvenirs de ces romans-là. Pour autant, j'ai pris cette fois le temps de redécouvrir La Curée voire de découvrir certains aspects qui auraient pu m'échapper lors de cette première lecture que j'avais effectuée alors que j'étais beaucoup plus jeune. Il est sûr que ce roman est particulièrement complexe et assez difficile à analyser...la notion de déchéance, de fin, y est très présente, ce qui peut parfois déranger, dans le sens où cela donne au récit une lourdeur quelque peu sinistre -mais qui, paradoxalement, fait aussi son charme. Dérangeant aussi, l'inceste qui unit Renée et Maxime même si, à mon sens, Zola décrit là l'une des plus fortes histoires d'amour de notre répertoire littéraire. Histoire amoureuse qui n'a pas peur d'être charnelle, même si l'acte sexuel en lui-même n'est pas vraiment décrit mais que l'on voit transparaître à travers les lignes. Dérangeante, cette histoire, pour nous, lecteurs du XXIème siècle car l'inceste est un acte que nous condamnons fermement -à raison bien sûr-, mais il ne faut pas perdre de vue que ce ne fut pas toujours le cas et, en cela, l'histoire entre la belle-mère et son beau-fils s'inscrit dans une sorte d'intemporalité, d'universalité qui rapproche ces amants du Second Empire des affres des protagonistes de Phèdre ou d'autres tragédies antiques. Les deux personnages principaux, Renée et Maxime, sont finalement très complexes, malgré leur superficialité de façade. Renée s'avère être un personnage particulièrement tourmenté, fragile, presque fou, qui se dissimule sous les froufrous et les crinolines d'une dame de la bonne société tandis que Maxime, sous ses airs efféminés, s'avère être un personnage très fin, qui sait ce qu'il fait et n'agit jamais vraiment au hasard, cherchant toujours son intérêt. Sur la quatrième de couverture de cette édition, il est dit que La Curée est l'un des romans les plus violents de la série...Rien à voir avec la violence physique que l'on peut retrouver dans Germinal ou dans La Terre, un peu plus loin dans la série, mais une violence latente, une violence psychologique, oui, peut-être, en effet. Les personnages se détruisent en s'aimant, se détruisent à force de chercher la fortune et, par là, détruisent aussi leur ville, perçant dans ses anciennes rues des grands boulevards et avenues...Période de destruction que ce Second Empire sous la plume de Zola et qui est bien plus efficace, à mon avis, qu'une diatribe enflammée contre le régime. Zola s'indigne, pas directement mais au contraire avec beaucoup de pudeur, il s'indigne de la déréliction de la société dans laquelle il vit et dont il est un spectateur objectif et plutôt éclairé, il s'indigne de ce que Napoléon III a fait de son pays, de sa capitale, il s'en inquiète aussi, certainement et c'est comme si, dans La Curée, le pressentiment de la chute honteuse de l'Empire, advenue un avant la publication du roman, prenait corps dans cette société pervertie et qui se dévore et se consume lentement. Zola n'en livre un roman que plus fort et percutant qui peut, aujourd'hui, résonner encore à nos oreilles contemporaines et nous amener à nous interroger sur la fragilité de la civilisation et donc, de la société.

     

    La Curée ; Emile Zola

    Percement d'une nouvelle artère entre la Rue de l'Echelle et la Rue Saint-Augustin 

    En Bref :

    Les + : un récit complexe, des descriptions riches, un style inimitable.
    Les - :
    je cherche...et même si La Curée ne fait pas partie de mes favoris, je n'en ai pas trouvé.

     


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Janvier 2015 à 17:44
    Alison Mossharty

    L'histoire entre ces deux personnages semble être très prenante... En tout cas, bravo pour ton rythme dans cette saga de Zola. 

    2
    Dimanche 25 Janvier 2015 à 20:12

    Je vois que tu es décidée à relire tous les Rougon-Macquart (je me rappelle que sur ton blog précédent, j'adorais déjà t'y suivre, tu les avais tous lus et tu faisais partie d'un cas extraordinaire car je ne connaissais personne qui les ai vraiment tous lu) !

     

    C'est étrange mais je me rappelais d'une histoire d'amour mais pas d'un inceste. Pourtant j'ai lu ce livre il y a 2 ou 3 ans. Mais comme toi c'est une série que je relirai avec grand plaisir, même si "La Curée" n'est pas mon préféré non plus

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