• La Dame de Vaugirard ; Jacqueline Duchêne

    « Malgré ses réceptions, ses affaires savoyardes, elle écrivait à nouveau. La seule façon pour elle d'apaiser son insatisfaction permanente de soi et des autres. »

     

    La Dame de Vaugirard ; Jacqueline Duchêne

     

     

     Publié en 1997

     Editions JC Lattès

     242 pages 

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé : 

    Madame de la Fayette, première en date des romancières françaises, auteur du plus célèbre roman d'amour, La princesse de Clèves, est l'héroïne de La dame de Vaugirard.


    Dans ce roman biographique tout est vrai : tourbillon des fêtes, la façon de se soigner, de s'habiller, de se nourrir, la vie quotidienne en province et dans les salons de la rue de Vaugirard au temps du Roi-Soleil, l'attachement à la manière de la Carte du Tendre pour un poète, la passion pour le duc de la Rochefoucauld, les préjugés qui l'empêchent de s'affirmer à la fois comtesse et écrivain, ses succès littéraires, le vol d'un de ses manuscrits par un académicien français, la fabuleuse campagne de presse du Mercure galant, la première de l'histoire de la littérature. Tout est imaginaire aussi, car le destin de cette femme de lettres fascinante est depuis des siècles entré dans la légende.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1650, la jeune Madeleine de La Vergne voit sa mère se remarier avec l'homme qu'elle croyait aimer, Renaud de Sévigné. A partir de cet instant, la jeune fille se promet que jamais elle ne dépendra d'aucun homme. Le destin de la future Madame de La Fayette est en marche.
    Il ne sera pourtant pas tout rose ce destin et si Madame de La Fayette est aujourd'hui une auteure lue, reconnue, étudiée, dont les œuvres ont été maintes fois adaptées au cinéma ou à la télévision, de son vivant, peu de gens sauront qu'elle est celle qui a tenu la plume et rédigé La Princesse de Clèves ou encore, La Princesse de Montpensier, La Comtesse de Tende ou Zaïde. Au XVIIème siècle, quand on est noble et femme qui plus est, devenir écrivain de profession, c'est déroger. Et pourtant, Madame de La Fayette, qui prend la plume d'abord pour contrer son ennui et ses déconvenues, devient une des femmes de lettres incontournables de la littérature française, au même titre que Mlle de Scudéry, Mme Leprince de Beaumont (auteure de La Belle et la Bête) ou encore Mme de Staël.
    Issue de la petite noblesse parisienne, proche du cardinal de Richelieu -son père, Marc de la Vergne sera gouverneur de son neveu Jean-Armand de Maillé-Brézé-, Madeleine voit le jour en 1634. Proche de son père qui l'éveille à la culture et aux lettres, elle le perd avec beaucoup de souffrance en 1649. Jeune fille timide et naïve, délaissée par une mère riche et qui ne se préoccupe que de sa vie mondaine, Madeleine épouse à vingt-et-un ans un seigneur auvergnat désargenté, François Motier, comte de La Fayette, propre frère de la fameuse Louise-Angélique de La Fayette qui, avant d'entrer au couvent, fut le grand et chaste amour du roi Louis XIII. Elle en aura deux fils dont elle ne s'occupera pas vraiment.
    La grande affaire de sa vie, ce seront les lettres et la culture. Et dans un Paris en pleine émulation, où voisinent de grands talents et des petits écrivains qui n'en auront jamais, Madeleine se fait un nom : elle tiendra un salon dans sa maison rue de Vaugirard, sans jamais pour autant se revendiquer de ce mouvement dit des Précieuses, qui lui décerneront pourtant le surnom de Féliciane. Elle sera la grande amie du poète Gilles Ménage, avec lequel elle entretiendra une relation d'amour-amitié un peu houleuse et cahotique, enfin, elle sera la maîtresse du duc de La Rochefoucauld, célèbre auteur des Maximes et la chère amie de Madame de Sévigné, nièce par alliance de son beau-père Renaud, grande épistolière. On dirait que, pour Madeleine, tout tourne autour des livres et des lettres et qu'elle y articule sa vie, peut-être pour fuir les déconvenues de sa vie personnelle : la désillusion d'adolescente de se voir préférer sa mère par le premier homme qui lui a plu, le mariage mal accordé avec un homme rustique aimant se terrer dans ses terres désolées d'Auvergne que Madeleine déteste, la maternité qui ne lui apporte nul réconfort ou équilibre et dont elle se désintéresse, ses malaises et fièvres récurrentes -la comtesse de La Fayette souffrait de migraines récurrentes notamment. Dans les livres et dans l'écriture, elle trouve un palliatif et une échappatoire à une vie qui ne lui convient pas, à l'amertume de ne pas pouvoir signer ses propres œuvres, de s'en voir dépossédée parfois, d'être comtesse sur le papier et de se voir méprisée par les grands nobles, à commencer par les proches de son amant La Rochefoucauld qui dénigrent sa petite noblesse de naissance : comme sa grande amie, Madame de Sévigné, née Marie de Coulanges, Madeleine est issue de la noblesse de robe et souffre donc de cette naissance que les familles nanties d'anciens quartiers de noblesse ne se privent pas de lui faire sentir, à elle comme à d'autres d'ailleurs.

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Madeleine de La Vergne, comtesse de La Fayette (gravure du XIXème siècle d'après Desrochers)


    Si, aujourd'hui, on pense volontiers que le destin de cette femme a dû être grandiose, en lisant La Dame de Vaugirard, on se rend compte qu'il n'en est rien et que Madeleine de La Fayette n'a jamais vraiment été heureuse et n'a connu que quelques embellies dans une vie qui n'a jamais tenu ses promesses. La jeune fille aux yeux brutalement dessillés est devenue une femme sans illusions mais durablement déçue et jamais vraiment satisfaite, cherchant sans cesse la reconnaissance et l'affection, passant sans arrêt du baume sur de vieilles blessures d'orgueil mal cicatrisées.
    Mais on ne peut qu'être admiratif devant cette jeune femme qui, s'ennuyant ferme dans les terres de son mari en Auvergne, prendra un jour la plume pour coucher ses premiers mots sur le papier. On assiste aux mécanismes qui se mettent en place petit à petit et feront de Madame de La Fayette une grande auteure : en somme on assiste à la naissance d'un grand écrivain. Il n'y aucune volonté de sa part d'écrire, au départ...comme Madame de Sévigné, qui n'a jamais écrit dans le but d'être publiée et lue hormis par ceux à qui elle destinait ses lettres, Madeleine de La Fayette commence par écrire pour elle, pour exorciser ses propres démons, en puisant dans sa propre expérience la trame et le contenu de ses récits. Petit à petit, l'envie d'être lue sera la plus forte, même si elle ne pourra pas se dévoiler. Elle profitera de l'essor propice du début du règne de Louis XIV pour les arts, les sciences et les lettres pour se faire un nom, même si la reconnaissance viendra tardivement et de façon posthume.
    Pour moi qui ne connaissais pas la vie de Madame de La Fayette en dehors de son existence de femme de lettres, sa vie personnelle et privée disons, j'ai trouvé que ce roman était une bonne introduction. Il se lit vite et peut-être trop, d'ailleurs, mais c'est souvent le cas avec les romans de Jacqueline Duchêne : j'aimerais parfois que l'auteure approfondisse un peu parce qu'on dévore les chapitres très vite. Mais ça reste malgré tout bien écrit et les recherches sont sûres et solides, témoins du travail de l'historienne qui se cache derrière la romancière.
    Comme le dit Jacqueline Duchêne elle-même, dans ce roman tout est vrai et tout est faux et c'est finalement une bonne description de ce que doit être une biographie romancée : en s'appuyant sur des faits, des événements incontestables, l'auteure s'attache à redonner vie à un personnage figé par les années. Madeleine revit sous nos yeux et redevient un être de chair et de sang, doué de sentiments.
    Si vous aimez les romans historiques et le Grand Siècle, La Dame de Vaugirard vous plaira certainement. Pour moi, c'est un bon tremplin pour une lecture peut-être un peu plus poussée, une biographie moins romancée afin d'en apprendre encore un peu plus sur cette Madeleine de La Vergne, devenue comtesse de La Fayette et qui a vécu à une époque formidable, où la culture bouillonne comme un geysers dans les salons des précieuses et des poètes et sur les scènes de théâtre. Le règne de Louis XIV vu depuis la ville et non depuis la Cour nous laisse l'impression d'une époque qui n'a pas usurpé son surnom : à bien des égards on peut dire que le XVIIème français fut grand et si c'est le cas, Madame de La Fayette en fut sans nul doute l'un des artisans.

    En Bref :

    Les + : une biographie romancée agréable à lire, qui redonne vie à Madame de La Fayette et nous la rend proche. 
    Les - :
    peut-être le roman aurait-il mérité d'être quelque peu approfondi ce qui n'aurait pas été pour me déplaire, dans la mesure où Jacqueline Duchêne écrit très bien et sait concilier la rigueur de l'historien à la chaleur du romancier.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 11 Avril à 17:29

    Oh Madame de Lafayette ! :-)) C'est sans doute l'une de mes auteures préférés ! J'ai tellement adoré étudier "La Princesse de Clèves" en deuxième année à la faculté ! J'en garde un excellent souvenir. J'ai aussi lu ses autres oeuvres et je ne peux déplorer qu'il n'y en ait pas plus. Alors, évidemment, cette biographie romancée me tente TERRIBLEMENT !

      • Samedi 11 Avril à 19:31

        Étrangement, je n'ai pas aimé La princesse de Clèves. happy Enfin, disons que j'ai trouvé cette lecture trop laborieuse pour qu'elle me passionne entièrement mais j'en ai beaucoup aimé le style : lire des classiques de cette époque ou du XVIIIème siècle, c'est plonger entièrement dans l'époque, la langue est si belle. Il faudrait peut-être que je relise La princesse de Clèves d'ailleurs, comme j'avais fait avec Les liaisons dangereuses par exemple, que j'ai bien plus apprécié en relecture. yes

        Quoi qu'il en soit, je trouve Madame de Lafayette assez fascinante...cette femme écrivain en plein XVIIème siècle, c'est quelque chose, quand même...et surtout, ses œuvres restent très actuelles, comparées à celles de Mlle de Scudéry, par exemple, moins lue aujourd'hui, moins connue aujourd'hui alors qu'elle fut une "star" si je puis dire, des salons précieux. ^^ Ce que raconte Madame de Lafayette, ses histoires d'amours contrariées, c'est toujours actuel, c'est très universel. Je ne connaissais pas du tout l'envers du décor, la femme tout court derrière la femme de lettres et au final, elle n'a pas été si heureuse que ça, même si elle a pu se livrer à sa passion : les lettres. J'ai trouvé ce roman assez intéressant et c'est un bon point de départ pour, peut-être me diriger ensuite vers une lecture un peu plus approfondie...en tout cas, je te le conseille. ^^

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