• La Délicatesse ; David Foenkinos

    « Les soirées peuvent être extraordinaires, les nuits inoubliables, et pourtant elles aboutissent toujours à des matins comme les autres. »

    La Délicatesse ; David Foenkinos

    Publié en 2009

    Editions Folio

    210 pages


    Résumé :

    « François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse.
    _Je vais prendre un jus...Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie.
    Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

    La Délicatesse a obtenu dix prix littéraires et été traduit dans plus de quinze langues.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Nathalie est encore étudiante quand elle rencontre François, d'une façon peu banale. Il est un peu plus âgé qu'elle et, très vite, elle va trouver dans leur vie de couple une stabilité et une douceur qui lui correspondent bien. Engagée dans une entreprise suédoise où elle fait du bon travail, Nathalie aurait tout pour être heureuse : pas encore d'enfant, mais un bel appartement, un mari aimant et attentionné, un travail qui lui plaît. Jusqu'à ce jour tragique où, alors qu'ils sont mariés depuis sept ans, François disparaît à la suite d'un accident.
    Nathalie est encore jeune mais confronté à un bouleversement terrible : la voilà désormais veuve, devant affronter l'effondrement brutal et total de ce qui faisait son existence depuis près de dix ans, la fin d'une époque et surtout, la perte d'une personne tendrement aimée. La voilà désormais seule pour faire face, isolée dans une vie qu'elle n'avait jamais envisagé de cette façon. Confrontée aux soutiens obséquieux et parfois un peu hypocrites et à la sollicitude, pour le coup sincère mais parfois aussi pesante, de sa famille et de ses amis, la jeune femme va devoir réapprendre à vivre, pour elle-même et surtout, en essayant de se débarrasser de la culpabilité qui s'est emparée d'elle après la disparition de son mari. C'est dans son contexte qu'elle va faire la connaissance de l'un de ses collègues qui pourrait bien changer sa vie à jamais.
    Le sujet de La Délicatesse est finalement assez lambda et ce qui sauve le roman, à mon avis, c'est surtout la façon dont David Foenkinos aborde le sujet, plutôt que le sujet lui-même. L'histoire d'une femme confrontée au deuil est finalement assez basique, ce qui compte, c'est, au fond, la façon dont on aborde un tel sujet, pas drôle et qui peut même s'avérer un peu plombant. Il faut bien avouer que l'auteur s'en tire très bien, en quelques pages, puisque le roman est assez court et qu'il parvient d'ailleurs à nous intéresser très rapidement à son intrigue, même si une certaine distance est instaurée d'emblée avec les personnages. Bien qu'attachante, Nathalie a une certaine froideur qui empêche le lecteur de s'identifier totalement à elle mais pas de ressentir une certaine chaleur et même une véritable sollicitude pour elle. Le personnage qui s'avère au final le plus attachant et le plus jovial dès le départ, c'est François, qui disparaît cependant rapidement, après quelques pages, certainement pour faire sentir au lecteur avec plus d'acuité la brutalité et la violence du deuil auquel Nathalie est confrontée.
    En effet, plus que sur leur histoire d'amour, qui n'est qu'un prétexte au développement du propos, c'est au reste de l'existence de la jeune femme que David Foenkinos s'intéresse, avec, en trame cette question que l'on peut tous se poser : que reste-t-il quand on perd son conjoint à un âge où l'on a encore tout à construire ? Ce qui, avec l'âge devient malheureusement la force des choses est plus difficile à accepter quand on est encore jeune et que l'on nourrit des projets.
    C'est finalement avec beaucoup de chaleur -et de délicatesse- et avec un style tout doux que l'auteur nous décrit l'éveil, à nouveau, de Nathalie, à une vie heureuse et dans laquelle un homme pourra de nouveau prendre une place importante. C'est finalement la capacité foncièrement humaine et naturelle de surmonter toujours, un jour ou l'autre, l'adversité, qui nourrit le récit de La Délicatesse. Foenkinos nous dépeint aussi l'atmosphère malsaine qui découle parfois d'un deuil, la curiosité mal placée des uns, les gestes entreprenants des autres, plus opportunistes, qui ont fait leur l'adage le malheur des uns fait le bonheur des autres. A travers le monde du travail, connu justement pour ce manque d'intimité et la confusion rapide, sous prétexte que l'on s'entend bien, de la vie privée et de la sphère professionnelle, La Délicatesse nous montre aussi comme les relations humaines peuvent parfois être pesantes et mal avisées, surtout quand on a besoin de se reconstruire doucement, en silence et en secret.
    Bref, j'ai apprécié ce roman même si je n'ai pas été complètement transcendée comme certains autres lecteurs ont pu l'être. Oui, j'ai vraiment été très rapidement happée par cette lecture pour autant, La Délicatesse n'a pas été un coup de cœur. Mais il restera sans nul doute une histoire que je garderai en tête, notamment pour sa douceur et son propos, certes basique, mais traité avec justesse, sans lourdeur et sans pathos.

    En Bref :

    Les + : le sujet, assez lambda, mais traité avec justesse, le style de l'auteur.
    Les - : Aucun. 

     

    La Délicatesse, c'est aussi un roman plein de jolies phrases :

    « Soumis à la dictature de la sensualité, il n'en était pas moins un homme romantique, pensant que le monde des femmes pouvait se réduire à une femme. » (page 14)

    « Mais ce n'est jamais simple de passer du regard à la conversation, de l’œil au mot. Après une longue journée de travail, il se sentait dans cet état de délassement qui parfois vous pousse à oser. La fatigue est souvent au cœur de toute audace. » (page 69)

    « Peut-être même avait-il tout simplement renoncée à l'idée de vivre à deux ? Il arrivait à ne plus y voir d'intérêt. Après tout, il y'avait des millions de célibataires. Il pourrait se passer d'une femme. Mais il se disait cela pour se rassurer, pour ne pas penser à quel point il était malheureux de cette situation. Il rêvait d'un corps féminin, et il en crevait parfois de se dire que tout cela lui serait interdit désormais. Qu'il n'aurait plus jamais de visa pour la beauté. » (page 93)

    «Mais il faut avoir vécu des années dans le rien pour comprendre comment on peut être subitement effrayé par une possibilité. » (pages 123-124)

    « Mais c'est ainsi : on a toujours cinq minutes de retard sur nos conversations amoureuses. » (page 147)

     


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Septembre 2015 à 18:46
    Mypianocanta

    J'ai aussi trouvé le style tout doux et joli … mais à côté de cela j'ai tout oublié de ce livre qui, si il m'a fait passer un bon moment, ne m'a pas marquée plus que cela.
    Jolie chronique !

      • Samedi 17 Octobre 2015 à 20:51

        Merci ! yes Personnellement, je ne sais pas si j'en garderais encore un souvenir impérissable dans quelques années mais je suis tout de même contente de l'avoir lu, ne serait-ce que pour ces petites citations qui ont fait écho et que j'ai trouvé très vraies ! ^^

    2
    Samedi 17 Octobre 2015 à 16:39

    J'ai vu le film alors je ne sais pas si je lirai le livre... de sitôt

      • Samedi 17 Octobre 2015 à 20:52

        Et moi c'est le contraire ! ^^ Je n'ai pas encore vu le film, ceci dit, je n'ai pas pu m'empêcher, pendant ma lecture, de voir Nathalie avec la tête d'Audrey Tautou ! tongue

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