• La Femme du Roi-Soleil ; Jacqueline Duchêne

    «  Mais elle, Thérèse, quoi qu'il arrive, elle est à jamais la femme du Roi-Soleil, la reine de France. Cette place, personne ne la lui ravira. »

    La Femme du Roi-Soleil ; Jacqueline Duchêne

    Publié en 2005

    Editions JC Lattès 

    300 pages 

    La Femme du Roi-Soleil ; Jacqueline Duchêne

    Résumé :

    Comment sortir de l'ombre et adoucir sa souffrance quand on est marié au plus brillant, au plus conquérant, au plus séducteur des rois de France ? L'infante d'Espagne, Marie-Thérèse, va pourtant réussir cette gageure. Follement éprise de Louis XIV, vivante, sensible, inattendue, elle va déjouer les complots de la cour et des maîtresses rivales. Ni la Mancini, ni la Vallière, ni même la Montespan ne remettront jamais en question sa place dans le royaume et dans le lit du Roi. Car toujours, elle lui inspira un immense respect et un intense désir. Voilà le destin riche de passions que Jacqueline Duchêne fait revivre sous nos yeux grâce à un roman aux mille descriptions et anecdotes tirées de sources historiques peu connues, tels les mémoires ou lettres de la confidente d'Anne d'Autriche, de l'ambassadeur de Savoie, du Grand Prévôt de Sourches. Elle nous éclaire aussi sur le rôle et la place des femmes - mère, épouse ou maîtresse - en cette apogée du grand siècle.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Imaginez, vous êtes promise, à vingt ans à peine, au plus grand roi d'Europe... Quel destin peut-on espérer avoir auprès d'un homme comme celui-ci qui éclipse tout et tous ? Comment briller à côté d'un souverain au charisme immense, se faire une place quand on a été élevée dans le carcan de la monarchie espagnole, presque ignorante du monde ?
    Marie-Thérèse d'Autriche épouse Louis XIV en juin 1660 : ils vont avoir vingt-deux ans tous les deux et aucun sentiment n'entre en ligne de compte dans ce mariage. L'union du roi de France et de la fille du roi d'Espagne, négociée par Mazarin, est censée garantir la jeune paix des Pyrénées qui met fin à plus d'une décennie de guerre entre les deux pays. Ils sont deux fois cousins germains, puisque le frère et la sœur d'Espagne, Philippe et Anne, ont épousé le frère et la soeur de France, Louis et Élisabeth. En plus de garantir la paix, leur mariage mêle étroitement les sangs royaux les plus prestigieux de l'époque et Louis et son épouse s'acheminent, vraisemblablement, vers un destin glorieux. Plutôt lui que elle, d'ailleurs, parce que Marie-Thérèse, qui a été reine pendant vingt ans, est une grande oubliée de l'Histoire et une image pâle, terne, lui colle à la peau. Discrète, vivant dans l'ombre du soleil, parlant mal le français, pas très jolie... Marie-Thérèse se traîne une réputation de banalité depuis le XVIIème siècle et son image a été supplantée par celles de reine aux caractères plus affirmés, comme Anne d'Autriche, qui assura la régence pendant la minorité de son fils, ou plus tard, Marie-Antoinette, véritable icône. 
    Qu'en est-il réellement de cette infante d'Espagne projetée à vingt-deux ans sur le plus beau trône d'Europe ? Tout n'est pas faux dans le portrait que j'ai dressé plus haut et qui ne fait que reprendre l'image historique de Marie-Thérèse... La plupart des biographes de Louis XIV s'accordent pour dire que sa première épouse n'a pas vraiment brillé : aujourd'hui elle est peu connue et certainement, si elle n'a pas marqué l'Histoire, c'est que déjà, elle n'a pas marqué son temps.
    Cela en fait-il pour autant une pauvre sotte, une bonne poire qui se fait tromper allègrement et sans rien voir, retirée dans ses appartements avec ses dames espagnoles et se gavant de friandises et de chocolat toute la journée ? A-t-elle eu des opinions, des avis ? Ce n'est pas parce qu'ils ne nous sont pas tous parvenus qu'elle n'en a pas eus : ainsi, s'était - elle émue, sincèrement, du durcissement de la politique envers les huguenots français ; ainsi avait-elle fait part de son opinion concernant le mariage de la cousine du roi, la Grande Mademoiselle, osant ne pas la cautionner malgré toute son estime pour sa parente.
    Mère attentionnée enfin, envers le seul fils que le destin a bien voulu lui laisser, mère blessée par les morts successives de ses rejetons, épouse bafouée mais lucide, et si Marie-Thérèse n'était pas qu'un bibelot silencieux et qui se contente de rester là où on l'a posé ?
    Peut-être. Pourquoi pas, après tout ? Il est sûr que cette biographie romancée de la reine nous donne d'elle une image qui prend le contre-pied de celle que l'on connaît et que l'on admet généralement. Si j'ai trouvé intéressant que l'auteure réhabilite cette reine oubliée, malgré tout, ce roman me laisse perplexe et même maintenant que je l'ai terminé, je n'arrive pas à me défaire de ce sentiment.

    Illustration.

    Marie-Thérèse, reine de France par Henri et Charles Beaubrun (XVIIème siècle)


    Je m'explique. Si le roman est très fiable historiquement et se déroule sur une chronologie parfaitement restituée, de juin 1660, date du mariage avec Louis XIV jusqu'à sa mort en juillet 1683, j'ai été très surprise que l'auteure insiste, tout au long du roman, sur l'aspect réciproque de l'amour entre le roi et la reine. On sait que Marie-Thérèse a beaucoup aimé son mari et souffert de le voir s'afficher avec ses innombrables favorites et légitimer ses bâtards. Elle l'a aimé jusqu'au bout et lui a toujours été fidèle et loyale. Du côté de Louis XIV, on sait que le roi, dès qu'il a été marié, a mis un point d'honneur à rejoindre chaque nuit sa femme dans son lit et à accomplir son devoir conjugal, ce que les nombreuses -et rapprochées- grossesses de la reine attestent. Cela veut-il dire pour autant qu'il l'a réellement aimée ? D'un véritable amour d'un mari à son épouse ? J'avoue que j'en doute un peu et que ses nombreuses aventures et son mariage très rapide avec Madame de Maintenon après la mort de la reine ne plaide pas vraiment en sa faveur mais bon, à la limite, passons : l'auteure nous montre un Roi-Soleil sous un autre jour, tendre avec sa femme et respectueux, malgré ses liaisons et les naissances régulières d'enfants illégitimes qu'il ne cache pas.
    On sent chez Jacqueline Duchêne un véritable intérêt pour Marie-Thérèse et une grande chaleur. Beaucoup de tendresse aussi : peut-être la chaleur instinctive d'une femme envers une de ses consœurs infortunée, je ne sais pas... Peut-être aussi un intérêt d'historien pour un personnage oublié mais qui a beaucoup de choses à révéler, car après tout, la reine Marie-Thérèse est un témoin de premier plan de la première moitié du règne de Louis XIV : on dirait d'ailleurs que s'opère une fracture entre la jeunesse et la maturité au moment du décès de la reine. 1683 est une année clef qui fait basculer le règne de la flamboyance des débuts à l'ombre d'un crépuscule qui durera près de trente ans.
    Je ne peux pas dire que cette lecture ait été une complète réussite pour moi : elle est fiable historiquement comme je le dis plus haut et on ne peut enlever à l'auteure que sa formation historique lui a permis de dresser un récit solide, crédible et vraisemblable. Mais cette romance entre le roi et la reine m'a vraiment surprise, je ne m'attendais pas à ça, tellement c'est à l'opposé de ce qu'on peut lire sur le couple royal. Marie-Thérèse n'est jamais présentée comme une épouse heureuse, loin s'en faut.
    Alors je ne sais pas... C'est le genre de lectures qui me fait réfléchir, qui me fait dire : est-ce que l'historiographie a raison ? Peut-elle, d'ailleurs, dans un domaine aussi intime, avoir raison et affirmer détenir une vérité vraie ? Est-ce qu'on peut se permettre aujourd'hui, au vu de ce que l'on sait, de dire que Louis XIV et sa première femme, la mère de son fils unique le Dauphin, ont formé un couple harmonieux ? J'aurais presque aimé que l'auteure nous explique sa démarche, pour y voir plus clair, comprendre pourquoi. Ce récit m'a désarçonnée en fait parce que j'étais si sûre d'y trouver quelque chose que j'ai au final cherché en vain.
    La Femme du Roi-Soleil n'est pas un mauvais roman cela dit, loin s'en faut. Peut-être les trois cents pages qui le composent en auraient mérité un peu plus... J'ai trouvé que l'auteure s' appesantissait beaucoup sur les premières années et balayait rapidement les dernières... Mais dans l'ensemble c'est un bon roman historique, fiable, sans erreur. C'est une belle restitution du début du règne de Louis XIV, tellement brillant, dynamique et enlevé ! C'est une époque tellement passionnante : grâce à Jacqueline Duchêne, on la redécouvre à travers ses personnages hauts en couleur et incontournables. 

     

    Mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche (juin 1660)

    En Bref :

    Les + : un roman très fiable historiquement, pas trop long, plutôt bien écrit et intéressant parce que Marie-Thérèse reste, malgré tout, un témoin de choix d'une époque flamboyante et ô combien importante. 
    Les - : un roman très centré sur l'intime, la vie conjugale de Marie-Thérèse et Louis et qui, surtout, contredit beaucoup l'image couramment admise du couple formé par eux. J'aurais presque aimé que l'auteure nous explique sa démarche et son parti-pris pour mieux comprendre pourquoi elle fait d'eux des amoureux alors que la plupart des historiens s'accordent pour affirmer le contraire. 


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