• La Fortune des Rougon ; Emile Zola

    « Les sanglots d'un homme ont des sécheresses navrantes. » 

    Publié en 2009

    Date de publication originale : 1871

    Editions Le Livre de Poche (collection Les Classiques de Poche)

    475 pages 

    Premier tome de la série Les Rougon-Macquart

    Résumé :

    Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d'Etat d'où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais, au-delà d'eux, c'est aussi la naissance d'une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s'ouvrir. 

    Premier roman de la longue série des Rougon-Macquart, La Fortune des Rougon que Zola fait paraître en 1871 est bien le roman des origines. Au moment où s'installe le régime impérial que l'écrivain pourfend, c'est ici que commence la patiente conquête du pouvoir et de l'argent, une lente ascension familiale qui doit faire oublier les commencements sordides dans la misère et dans le crime. 

    « Votre comédie est tragique», écrit Hugo juste après avoir lu le livre : « Vous avez le dessin ferme, la couleur franche, le relief, la vérité, la vie. Continuez ces études profondes. »

     Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Décembre 1851. A Paris, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la Deuxième République, effectue un coup d'Etat afin de rétablir l'Empire -ce qui sera effectif un an plus tard, le 2 décembre, date anniversaire d'Austerlitz. Alors que la France s'apprête à basculer de nouveau dans le régime impérial, le Midi se soulève et les républicains prennent les armes, s'insurgent, bien déterminés à sauver leur régime. A Plassans, petite ville proche de Marseille -il s'agit en fait d'Aix-en-Provence-, les ouvriers rejoignent les cohortes républicaines. Parmi eux, deux jeunes enfants, Miette et Silvère, deux déshérités, jeunes amoureux qui se rallient, peut-être sans trop savoir pourquoi, aux colonnes insurgées qui promettent de reprendre, un à un, les villages autour de Plassans.
    Miette, de son vrai nom Marie Chantegreil, est la fille d'un bagnard. Alors qu'elle était toute petite, elle a perdu sa mère puis son père a tué un gendarme et est parti au bagne, ce qui fait d'elle une paria, pauvre fille recueillie par la seule famille qui lui reste, les Rémusat, exploitants du Jas-Meiffren, mais qui sont tout sauf bienveillants envers elle. Silvère, lui, est un jeune charron d'à peine dix-sept ans. Né à Marseille, le jeune homme a perdu sa mère très jeune, à six ans, et il a été recueilli par sa grand-mère, Adélaïde Fouque, qu'il surnomme affectueusement Tante Dide, à Plassans. Par sa mère, Silvère fait partie de cette scandaleuse lignée de Plassans, les Rougon-Macquart, aux ramifications légitimes et bâtardes mais possédant la même racine : ladite grand-mère, Adélaïde, dont l'esprit malade et faible est sujet à la folie.
    Née en 1768, Adélaïde Fouque se trouve orpheline à dix-huit ans : elle est originaire de Plassans et a passé toute sa jeunesse sur la petite parcelle de ses parents, jouxtant le Jas-Meiffren et que l'on appelle l'enclos des Fouque. Elle se marie avec Marius Rougon, ancien employé de ses parents,  paysan mal dégrossi, qui lui donne un fils, Pierre. Après la mort de son époux, la jeune femme prend un amant, un certain Macquart, contrebandier à la plus mauvaise réputation, dont elle aura deux enfants : Ursule et Antoine, des bâtards qu'elle élèvera auprès de son unique fils légitime, Pierre Rougon. Celui-là même qui saura, le moment venu, lui faire payer sa vie passée, ses scandales et la naissance de son frère et de sa sœur.
    La Fortune des Rougon est le roman des origines et, en parallèle de l'histoire de Silvère et Miette, se met en place la trame familiale que va ensuite suivre le lecteur jusqu'au vingtième tome, Le Docteur Pascal. A la débauche et l'oisiveté de Macquart s'oppose l'ambition et la cupidité de Rougon, poussé par sa femme Félicité et qui décide que le coup d'Etat de Napoléon III sera son propre tremplin. Ancien marchand d'huile, Pierre Rougon aspire à une vie petite bourgeoise, à des responsabilités : bref, à se faire un nom à Plassans, après avoir dilapidé consciencieusement l'argent de sa mère. Et tandis que son neveu Mouret se lance sur les fatals sentiers de la guerre, aux côtés de Miette, non moins exaltée, Rougon, resté à Plassans, va trouver le moyen, tranquillement, de se tailler un costume à sa taille. Alors que l'aventure des insurgés républicains s'achève de bien triste manière -et préfigurant, en cela, la destinée tragique des Rougon comme des Macquart-, un jour nouveau se lève sur Plassans, qui verra bientôt la fortune des Rougon se parachever.

     

    La Fortune des Rougon ; Emile Zola

    La Liberté Guidant le Peuple, célèbre tableau de Delacroix : on peut supposer que Zola s'est inspiré de son allégorie de la République pour le personnage de Miette


    Malgré quelques longueurs nécessaires pour l'établissement des bases du récit, ce premier tome donne envie de se plonger dans les suivants : en tous cas, c'est avec émotion que je me suis replongée dans ce livre découvert il y'a déjà près de cinq ans. Nous y faisons la connaissance de personnages hauts en couleur et que l'on retrouvera, ensuite, au gré des volumes et qui sont tous, plus ou moins marqués par l'hérédité, sujet pivot de cette saga, Zola souhaitant étudier dans sa série les tares congénitales et les mauvais gènes qui se transmettent dans les familles -c'est le personnage du docteur Pascal, dans l'ultime tome de la saga, qui donnera d'ailleurs toutes les explications quant à l'importance de l'hérédité dans les tares d'une famille, en prenant les siens pour exemple dans des études approfondies -mais nous en reparlerons en temps voulu. En somme, si le destin de nos personnages est aussi tragique, c'est en grande partie à cause du sang délicat et fragile de Tante Dide, l'aïeule commune, qui transmet ensuite, par le biais de Pierre, pour les Rougon et par le biais d'Antoine et d'Ursule pour les Macquart et les Mouret, ces gènes de paresse et d'alcoolisme qui vont faire le malheur des différents membres de la famille -à quelques exceptions près, mais il y'a tout de même peu d'existences joyeuses chez les Rougon-Macquart, il faut bien le dire. Et, alors que Miette et Silvère, dans la fureur de la jeunesse, deviennent les égéries de la République agonisante -Miette, telle une nouvelle Marianne, arbore ainsi le grand drapeau rouge des insurgés-, Pierre Rougon, bien déterminé à laver son nom des scandales hérités de la conduite de sa mère, va se débrouiller pour débarrasser Plassans de son frère Antoine, pour devenir un tout-puissant notable.
    Si nous parlions, après avoir écrit quelques lignes sur les personnages, du style, je crois qu'il n'y a rien à dire. C'est du Zola. Un style fort, moins descriptif que celui de Hugo par exemple, percutant et drôle. Grave quand il le faut. Bref, savemment dosé. C'est un plaisir de lire les romans de Zola uniquement pour le style car il a une façon bien à lui et tout à fait géniale de tourner ses histoires. Il y'a du bon et du moins bon dans Les Rougon-Macquart mais, en général, ces classiques de notre littérature restent des romans d'une étonnante vigueur et qui se laissent dévorer avec un plaisir évident. Une relecture qui a tenu ses promesses : je me suis replongée dans La Fortune des Rougon avec beaucoup de satisfaction et, décidément, mon histoire d'amour avec cette formidable série n'est pas terminée.

    En Bref :

    Les + : un style puissant au service d'une belle intrigue.
    Les - : je ne me rappelais plus des longueurs au début du livre mais elles sont tout de même relativement nécessaires donc à demi négatives seulement.

     

    Coup de coeur


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  • Commentaires

    1
    Mardi 9 Décembre 2014 à 18:34
    Alison Mossharty

    Tu es motivée à lire toute la saga toi ^^ J'aimerais avoir le même courage que toi !

    En tout cas, ton avis me conforte dans l'idée qu'il faut vraiment que je le lise =) 

    2
    Mardi 9 Décembre 2014 à 19:46

    Je l'ai déjà lue une fois mais dans le désordre. Cette fois, je reprends dans l'ordre ! smile

    3
    Vendredi 19 Décembre 2014 à 15:21

    J'en ai lu 9 /20 et j'ai lu les plus connus dans l'urgence mais je compte les lire dans l'ordre. Ce premier tome a certaines longueurs, je m'en rappelle, mais si c'est lui qui plante le décor, ce n'est pas mon préféré...

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