• La Lanterne des Morts ; Frédéric H. Fajardie

    « Ainsi est la vie, si cruelle, parfois si déchirante de solitude qu'on ne résiste pas aux bras qui s'ouvrent pour accueillir votre détresse. »

    La Lanterne des Morts ; Frédéric H. Fajardie

     

    Publié en 2006

    Editions JC Lattès 

    426 pages 

    Deuxième tome de la saga Liberté, Liberté Chérie

     

    Résumé : 

    Héros de la guerre d'Amérique mais banni par Louis XVI, Joachim Valencey d'Adana et ses amis sont rappelés de leur exil par la Révolution aux abois attaquée sur toutes les frontières. Il sait qu'en France se trouve Victoire, celle dont il partageait l'amour. 
    Dans un Paris méconnaissable voué à la Révolution, Robespierre, qu'il a jadis sauvé, l'envoie en Vendée avec ses 714 compagnons. La Vendée où, justement, le comte de Blacfort, qui a tué son père et décimé presque tous ceux qu'il aimait, est devenu général royaliste. Il s'y déroule la plus horrible des guerres civiles. On se crucifie sur les portes d'églises, on achève les blessés, on torture, on mutile. 
    Valencey d'Adana essaie de ne pas trahir son esprit chevaleresque et tient tête aux royalistes. Il ignore que Victoire, tour à tour captive et chef de bande, tente, au milieu de mille dangers, de traverser les lignes des deux armés pour le rejoindre. Entre Valencey d'Adana et Blacfort, la lutte est d'autant plus vive qu'ils furent amis d'enfance. L'un se réclame de la liberté et des Lumières, l'autre est un féodal, cruel et cynique. 
    Et pourtant, ils se cherchent... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1794 - à quelques mois seulement de la chute de Robespierre-, alors que la République est menacée aux frontières et que les Guerres de Vendée font rage, Valencey d'Adana, commandant de La Terpsichore et ancien héros de la guerre d'Indépendance débarque discrètement à l'île d'Aix. Proche de la Convention et notamment de ses têtes pensantes, Robespierre et Saint-Just en tête, par lesquelles il a été investi d'une secrète mission, le prince, renié autrefois par Louis XVI et depuis furieusement républicain et anti-royaliste, s'enfonce avec ses hommes dans un pays ruiné, à feu et à sang, où s'affrontent avec l'énergie du désespoir les Bleus et les Blancs, autrement dit, les Républicains contre les royalistes. Là, Valencey d'Adana se lance aux trousses d'un capitaine de l'armée vendéenne, Nicolas de Blacfort, qui sème la désolation sur son passage et avec qui le prince a de vieux contentieux à régler.
    Dans un pays rongé par la guerre civile et menacé par les troupes étrangères et celles de l'émigration, dans une République qui n'a jamais été aussi fragile et guillotine à tour de bras pour conserver une illusion de grandeur et de pouvoir, tout n'est plus qu'apparence et la mauvaiseté et la noirceur d'âme ne se trouvent pas toujours là où on les attendrait... Valencey d'Adana et ses compagnons d'armes, souvent d'anciens nobles ralliés aux idées nouvelles vont devoir naviguer à vue et bien souvent au péril de leur vie pour mener à bien leur mission. Pour Valencey, revenir en France, c'est espérer aussi retrouver celle dont il a été séparé par un long exil, mais qu'il n'a jamais oubliée, la belle Victoire de la Chesnaie de Flers, ci-devant marquise.
    Ce roman historique ne vous laisse pas en paix un seul instant et vous plonge dans un contexte historique compliqué mais passionnant et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'auteur le fait avec brio. Pas facile pourtant, quand on n'est pas historien, de se frotter à la Révolution française, qui est un sujet ô combien casse-gueule...
    Ce pan de notre Histoire est peut-être celui qu'on a le plus instrumentalisé, notamment à des fins politiques. C'est celui que l'on exalte aussi le plus et que l'on convoque volontiers dès que quelque chose ne va pas : il n'y a qu'à voir les revendications sociales de ces derniers mois.
    Pourtant, bien malin celui qui peut se targuer de connaître parfaitement la Révolution française, à moins d'en être l'historien. Personnellement, il m'a fallu l'étudier en fac pour me rendre compte que l'image que l'on nous enseigne de la Révolution est clairement orientée et c'est un peu désolant parce que même si elle a façonné la République dans laquelle nous vivons aujourd'hui, l'étudier avec un tant soit peu d'objectivité et de nuance ne serait, à mon avis, pas de trop.
    L'historien François Furet a écrit ceci il y'a quelques années : «Il y a deux moyens sûrs pour ne rien comprendre à la Révolution française, c'est de la maudire ou de la célébrer. » et je pense qu'on ne peut mieux analyser la situation. Nier les apports de la Révolution est autant un non sens que de trop les exalter. Comme n'importe quel mouvement de cet ampleur et qui bouleversa si profondément une société millénaire, celle de la France chrétienne et monarchiste, la Révolution a eu son lot de héros mais aussi de tristes sires, de grands moments et d'autres nettement plus condamnables. Si humainement il est difficile de cautionner la mort en prison d'un enfant de dix ans, seul et sans soins (le petit Louis XVII) ou les massacres de Carrier à Nantes, on peut saluer cela dit la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'abolition des privilèges et de l'esclavage... La Révolution est une période que chacun se devrait de connaître pour mieux la comprendre et comprendre le système dans lequel nous vivons aujourd'hui et qui en découle et, peut-être, devrait-elle être mieux enseignée à l'école. Mon regret sera toujours d'avoir eu pendant longtemps une vision partisane de cette époque, influencée en cela par mes manuels de collège et de lycée, rachetée cependant par ces quelques heures de cours en fac d'Histoire qui m'ont permis d'y voir plus clair. Je ne me prétends pas spécialiste, loin de là, parce que je ne suis pas historienne. Pour autant, je ne crois pas avoir une trop mauvaise analyse de cette période et j'avais envie à l'occasion de cette chronique, de vous partager mon avis...

    Une scène des Guerres de Vendée : D'Elbée protégeant les prisonniers républicains après la bataille de Chemillé, Marie Félix Edmond de Boislecomte (1899)


    Justement, dans La Lanterne des Morts, Fajardie évite assez subtilement l'écueil du trop et du trop peu : si son héros est foncièrement républicain, évidemment c'est ce point de vue qui prévaut mais les Vendéens sont aussi bien représentés dans le roman. Royalistes et encore très chrétiens, portant un Sacré-Cœur brodé sur leurs vêtements, ils sont pour les Républicains l'incarnation de l'obscurantisme et de la superstition mais ne s'en battirent pas moins avec conviction et héroïsme, pour leurs idées et leur foi. Et si eux-mêmes considèrent les Républicains comme une abomination, ceux-ci furent des combattants galvanisés par les idées nouvelles, portés par la conviction de défendre la liberté et l'égalité, notions consubstantielles à la toute jeune nation française.
    Tous les personnages de La Lanterne des Morts sont grandioses, sauf peut-être Blacfort, mais pas parce qu'il est général vendéen, seulement parce qu'il fait partie de ces êtres humains sans pitié, sans scrupules et peut-être même sans âme.
    Ce serait mentir de dire que l'auteur ne laisse pas transparaître, dans son récit, ses propres idées : il n'y a qu'à voir la description qu'il fait des deux frères de Louis XVI pour s'en convaincre. Et si je n'ai pas toujours partagé ses idées, dans l'ensemble, j'ai trouvé que son récit, qui ne manque pas de teneur et de relief, donnait une image vivante et profonde de cette Révolution que l'on fantasme peut-être un peu trop pour la bien connaître.
    J'y ai tout aimé, des premières lignes jusqu'aux dernières. Comme Victoire, je n'ai pas été insensible au charme un peu froid de Valencey d'Adana et j'ai été admirative de son courage et de sa détermination. J'ai vibré au rythme des combats livrés sans relâche... J'ai aimé le petit bouledogue prénommé avec dérision La Fayette... Et j'ai aimé cette Vendée blanche qui meurt à genoux, exsangue, à bout, mais qui meurt tête haute et les yeux grands ouverts, pour des princes qui se montreront, effectivement, bien ingrats et peut-être pas à la hauteur de ces soldats paysans qui avaient pour eux une sincérité un peu naïve mais tellement authentique.
    Ce roman m'a fait passer par tout un tas d'émotions, j'ai parfois redouté la page suivante ou au contraire, j'ai trouvé le suspense insoutenable !
    Enfin et c'est sûrement le plus important, j'ai été bluffée par la maîtrise de son sujet par l'auteur. Fajardie a signé un roman que je qualifierais de parfait si je n'avais pas peur de l'hyperbole. Formidablement bien écrit, soucieux de restituer finement un contexte peu évident, La Lanterne des Morts est ce que l'on peut appeler un roman très abouti et je ne l'ai terminé qu'à regret, avec le sentiment d'avoir regardé une série ou un film qui a aucun moment ne nous laisse du répit ! Très visuel, dynamique et enlevé ce roman saura, je pense, ravir les amateurs du genre : si vous êtes amoureux des romans historiques comme moi, nul doute que La Lanterne des Morts saura vous séduire et faire battre votre cœur de lecteur, comme il a fait battre le mien.
    Pour terminer, une petite info : ce roman est précédé par un autre, La Tour des Demoiselles, qui se déroule dans les années 1780 mais les deux peuvent très bien être lus indépendamment.


    Alors, tentés ? J'ai essayé de mettre dans cette chronique tout l'enthousiasme que ce roman a suscité en moi et j'espère que cela vous convaincra.

     

     Henri de La Rochejaquelein au combat de Cholet, le 17 octobre 1793 (tableau de Paul-Émile Boutigny, XIXème siècle)

    En Bref :

    Les + : Formidable épopée historique, ce roman est l'un des meilleurs sur la Révolution que j'aie pu lire depuis longtemps. 
    Les - :
    Aucun. Ce roman est un coup de cœur !

     

     

    Coup de cœur 

     


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  • Commentaires

    1
    Mélissa
    Samedi 18 Mai à 13:54

    Salut miss,

    Bah pour le coup tu me vends encore du rêve en faisant la chronique de ce livre ( je ne connais pas du tout cet écrivain au passage ) puisque je vis à Cholet même et bah forcément je connais la Vendée depuis ma naissance. D'ailleurs le tableau que tu as mis à la fin de ton article on peut le voir au musée d'histoire et d'art à Cholet. On a toute une immense partie sur les guerres de Vendée et c'est très complet. 

    Je vois qu'en plus le livre en occasion coûte vraiment pas cher alors c'est vraiment tentant... ( Y a aussi Balzac qu'y a écrit sur le sujet et celui là je l'ai dans ma réserve depuis un bail ). On peut dire que tu y as mis ton coeur dans cette chronique. cool

    Concernant ma lecture d'Anna Karénine on en reparlera dans le sujet adéquat. 

    Bref une très belle chronique qui va faire augmenter ma wish list et depuis une heure j'hésite vraiment à me le prendre pour pas cher là .. cry lol

    Bonne fin de semaine et en te souhaitant ensuite un bon week end pour dévorer pleinement et calmement la biographie de Simone Bertière sur Marie Antoinette. 

    Mélissa.

      • Samedi 18 Mai à 16:49

        Bonjour Mélissa, 

        Oh là là, j'ai la pression, maintenant ! happy Un coup de cœur, c'est tellement subjectif que j'espère ne pas t'avoir trop de rêve, du coup... j'espère que tu ne seras pas déçue lorsque tu liras ce roman mais je ne peux que te le conseiller chaudement. ^^ Moi non plus je ne connaissais pas du tout Frédéric Fajardie et j'ai acheté ce roman par hasard : d'ailleurs, comme je le dis dans mon post Instagram, cette lecture, au départ, m'attirait autant qu'elle me rebutait et c'est sûrement pour cette raison que ça faisait plus d'un an que le livre prenait la poussière dans ma PAL. yes Au final, je ne regrette pas du tout et j'ai passé un excellent moment. Maintenant, j'ai très envie de lire La Tour des Demoiselles, qui précède en fait ce roman (d'ailleurs, si tu décides de te lancer, peut-être serait-il bon que tu le fasses dans l'ordre même si, réellement, ne pas avoir lu le premier tome ne m'a pas du tout gênée, je pense qu'ils peuvent être lus tout à fait indépendamment). 

        Etant de Vendée, j'imagine que c'est un pan de l'Histoire qui va te paraître familier. Cela dit, n'étant pas de cette région, je ne sais pas vraiment si le souvenir des guerres de Vendée y est encore très vivace ? J'imagine que oui, cela dit, parce que c'est un épisode assez noir de la Révolution française. Difficile de ne pas s'en souvenir. 

         

        Je te souhaite une bonne continuation avec Anna Karénine : cette lecture commence à remonter pour moi (presque cinq ans) mais j'avais beaucoup aimé. Peut-être même plus que Guerre et Paix ! Mais Tolstoï a une fâcheuse tendance à la digression et parfois, j'avoue que je me suis sévèrement ennuyée... Mais bon,  ce fut une bonne expérience quand même et j'en garde un bon souvenir, c'est l'essentiel. 

        Pour ma part, je vais effectivement aller me replonger dans Marie-Antoinette, l'insoumise, dont j'ai lu les 130 premières pages avec un plaisir évident. Je me doutais bien que j'allais aimer cette lecture et, en effet, je m'en délecte. tongue C'est le tout dernier tome de la grande saga sur les reines des temps modernes par Simone Bertière : ça fait un moment que cette saga m'accompagnait, ça me fait bizarre de me dire que c'est le dernier tome d'autant plus que Simone Bertière écrit très bien et a le don de rendre l'Histoire très vivante... mais maintenant, je vais me tourner vers ses autres livres : sa biographie du Grand Condé me tente pas mal, par exemple... happy

         

        A mon tour de te souhaiter une très bonne lecture (j'ai hâte de connaître ton avis complet sur Anna Karénine) et un bon weekend... Pour moi, il se termine déjà mais je vais profiter de ma soirée pour avancer encore dans mon livre. Tellement hâte de vous en parler ici... 

        A bientôt... wink2 kiss

    2
    Mercredi 29 Mai à 12:33

    Je vais me fier à ton coup de <3 et me noter cet ouvrage ! C'est justement la période historique que je connais le moins 

      • Mercredi 29 Mai à 18:21

        Du coup j'ai deux fois plus la pression ! sarcastic Franchement j'espère que tu aimeras et que tu passeras un aussi bon moment que moi. Je ne savais pas du tout où j'allais avec cette lecture et au final il s'est avéré que c'était un coup de poker gagnant ! smile J'avais ajouté ce livre a ma PAL un peu par hasard, je l'ai oublié et finalement en le sortant j'ai été plus que séduite. ^^ 

        J'ai fait une lecture commune avec une autre Bookstagrameuse qui a eu un avis plus modéré que moi. Évidemment ce coup de coeur est totalement subjectif mais je ne peux pas ne pas conseiller un roman historique aussi dense, maîtrisé et si bien écrit. cool

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