• La Marquise ; Mireille Calmel

    « Maîtriser le désir conduisait au pouvoir. Le pouvoir procurait du plaisir. »

    La Marquise ; Mireille Calmel

    Publié en 2015

    Titre original : La Marquise de Sade

    Editions Pocket 

    221 pages


    Résumé : 

    En cet été 1763, Renée Pélagie de Montreuil est depuis quelques mois la marquise de Sade. Une marquise très éprise mais très chaste qui reçoit une mystérieuse lettre l'informant de l'inconduite de son époux, et l'invitant à la constater par elle-même. Un premier billet anonyme qui ouvre à la belle des horizons merveilleusement interdits...Une plongée piquante et voluptueuse dans le Paris licencieux des Lumières. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Celle qui devait, en 1763, devenir l'épouse du marquis de Sade, est née en décembre 1741 à Paris. Elle se nomme Renée Pélagie de Launay de Montreuil et est issue d'une famille de la noblesse de robe, relativement bien installée cependant et à la bonne réputation. Son père, Claude-René de Montreuil est président honoraire de la Cour des Aides de Paris, en 1763 et sa mère, Marie-Madeleine Masson de Plissay est elle-même fille d'un secrétaire royal, Antoine Masson. Elle a vingt-deux ans quand elle épouse, le 17 mai 1763 Donation Alphonse François de Sade, de bonne noblesse provençale, union qui fait la fierté des siens, avant qu'ils ne déchantent cruellement.
    De Renée Pélagie de Launay de Montreuil, on ne sait que peu de choses et si elle est entrée dans l'histoire, c'est bien à cause de son mariage et pas d'autre chose. Elle est, finalement, une femme du XVIIIème parmi d'autres, à l'exception de son mari qui, lui, est entré dans les annales et a défrayé la chronique en son temps. En général, elle est posée en antonyme de son époux : là où le marquis n'est que débauche et luxure, Renée Pélagie incarne la piété sincère, la fidélité et l'amour conjugal sans faille, au point de même recopier de sa main les œuvres licencieuses de son époux et de lui pardonner les frasques qui l'emmenèrent jusqu'en prison.
    Du coup -en brodant un peu certainement-, Mireille Calmel a eu l'idée de nous livrer un récit érotique dans lequel cette femme aurait la première place, au détriment même de son époux, dont la réputation licencieuse n'est plus à faire. Et l'idée n'est finalement pas mal, même si, a priori cet aspect-là de la vie de la marquise de Sade est romancé et uniquement romancé -aucune piste historique ne nous permet en effet de la considérer comme une libertine, au contraire.
    Tout commence, quelques semaines après son mariage -et une nuit de noces ratée-, par la réception d'une lettre anonyme. Son mystérieux expéditeur y expose, dans un style plein de verve, le ridicule de la situation de la jeune marquise, confite en dévotion, amourachée à l'aveuglement d'un mari qui se moque d'elle car continuant, sous leur propre toit et ailleurs, à entretenir des relations, certaines des plus sulfureuses. Et le corbeau incite Renée Pélagie à s'en rendre compte par elle-même... petit à petit, un jeu de séduction va se mettre en place par lettres interposées, Renée se confiant et s'épanchant auprès de cet homme qui lui témoigne de l'amitié et va finalement progressivement lui faire découvrir l'amour, ses jeux et surtout...son plaisir.
    J'ai aimé l'aspect érotique du roman, parce que je trouve que Mireille Calmel s'en sort très bien : elle qu'on connaissait essentiellement pour ses romans historiques mâtinés de fantastique, on la retrouve donc ici dans un registre complètement inédit et original et ça marche ! Le roman est chaud sans être vulgaire et même si le vocabulaire est percutant et évocateur, il n'en est pas pour autant choquant. La langue est belle, même si pas vraiment d'époque : le style reste cependant suffisamment clair et bien maîtrisé pour être plaisant à découvrir. J'ai aussi aimé que l'auteure confie sa plume et ses mots à la marquise de Sade, Renée Pélagie, qui nous immerge ainsi complètement dans son aventure, faisant de nous, en quelque sorte, ses confidents.

    La Marquise ; Mireille Calmel

    Renée Pélagie de Launay de Montreuil et Alphonse Donatien François, marquis de Sade


    J'ai peut-être été un peu plus gênée par le terme de roman libertin apposé sur la couverture des éditions Pocket, dans la mesure où libertinage et érotisme, bien que se télescopant souvent, ne sont pas non plus la même chose. La vision du couple dans le roman est aussi très actuelle et il est bourré de codes contemporains : la recherche et la conquête du plaisir, d'une relation décomplexée et d'égal à égal, la prétention des femmes à jouir comme les hommes avec tout ce que cela comporte bien sûr de pratiques, solitaires pour la plupart, mais aussi de connaissance de soi-même et de son corps pour savoir ce qu'il est prêt à supporter ou non. Je ne sais pas réellement si ces idées-là sont applicables aux femmes de l'époque, du moins à celles que l'on considérait alors comme respectables, dans la mesure où on ne leur laissait certainement pas la possibilité de réfléchir à de tels sujets, conditionnées qu'elles étaient depuis l'enfance par une éducation qui diabolisait l'acte sexuel ou du moins tout ce qui pouvait en découler et qui n'avait pas pour première nécessité la procréation. Peut-être certaines ont-elles trouvé plaisir et accomplissement dans le sexe mais je ne crois pas que ça ait été pour autant quelque chose de forcément répandu, au contraire, j'aurais plutôt tendance à considérer cela comme relativement marginal à une époque très paradoxale où la liberté des mœurs est érigée en mode de vie alors que, dans le même temps, on n'hésite pas à condamner, et sévèrement, ceux dont la débauche devient trop visible et où, de toute façon, la religion régente encore l'existence d'une majorité de la population. Et si le personnage de Renée Pélagie de Sade est très attachant, j'ai eu du mal à comprendre son brusque revirement : de prude devenir une experte en amour et tout ceci en quelques mois ! Pourquoi pas, après tout, mais cela m'a paru bien rapide. Pour autant, le côté un peu sulfureux et libertaire du roman n'est pas non plus inadéquat, dans la mesure où le XVIIIème siècle est aussi connu pour être une époque quelque peu scandaleuse...que Renée Pélagie de Sade ait été une épouse traditionnelle ou bien une jeune femme à l'aise avec le fait de faire l'amour et se connaissant suffisamment elle-même pour savoir ce qu'elle voulait ou non, nous ne le saurons certainement jamais...mais le caractère licencieux de son époux nous permet alors toutes les extrapolations. Pourquoi, après tout, l'idée de Mireille Calmel serait-elle plus farfelue qu'une autre ? Peut-on réellement savoir ce qui se passait dans l'intimité des alcôves et des courtines des lits, une fois tirées ?
    Je n'ai donc pas détesté le roman, bien au contraire ! Si je connaissais assez bien son aspect historique parce que je suis une fan du XVIIIème siècle, je dois dire que l'autre, l'aspect érotique, m'était totalement mystérieux et j'ai vraiment plongé dans un monde méconnu de moi mais qui ne m'a pas déplu, dans le sens où l'auteure évite assez subtilement l'écueil du vulgaire. Certaines scènes sont très évocatrices et suggestives mais toujours bien traitées par Mireille Calmel.
    Je dois dire que j'ai donc été surprise par ce roman...au départ, je crois que je ne m'attendais pas à un propos aussi...direct, mais ça n'est finalement pas gênant, au contraire. Si vous aimez le XVIIIème siècle et que l'érotisme ne vous rebute pas ou que vous êtes curieux, n'hésitez pas...

    En Bref : 

    Les + : un contexte historique intéressant, un personnage masculin charismatique, un style sympa et un aspect érotique plutôt bien traité.
    Les - : une vision peut-être un peu trop contemporaine du couple et du plaisir.


    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    Mardi 7 Juin 2016 à 18:10

    ça alors, un roman érotique au salon ? hihi ! Belle idée car j'aime la plume de Mireille Calmel et le lirai si je le trouve à la médiathèque. je te confie une étude qui montre que le XVIII°S fut le siècle de nombreux changements qui induisent de nouveaux comportements sexuels : https://clio.revues.org/9683

    A bientôt pour une autre chronique sulfureuse :)

      • Mercredi 8 Juin 2016 à 19:58

        Eh oui, tu vois, Nath, je me diversifie... j'avoue que le côté érotique du roman m'a interpellée piqué ma curiosité et c'est en partie à cause de ça que j'ai lu le roman... sarcastic C'est un genre que je ne connais pas du tout mais j'étais presque sûre, avant même de l'avoir dans ma PAL, que la plume de Mireille Calmel allait être pour beaucoup et effectivement, ce fut le cas ! 

        Malgré quelques petits points qui m'ont gênée, tu as pu voir que le livre m'a globalement bien plu et je te remercie pour le lien au fait ! ! cool

        A bientôt par ici ! ! 

    2
    Mardi 26 Juillet 2016 à 15:09

    Ce titre me tente beaucoup. Je souhaiterai lire des romans libertins du XVIIIe siècle, je viens d'ailleurs de m'en procurer quelques-uns. Ce sera nouveau pour moi aussi !

      • Mardi 26 Juillet 2016 à 19:38

        C'est un genre que je ne connaissais absolument pas ! smile Certains lecteurs ont reproché à Mireille Calmel de ne faire que du réchauffé et de ne pas atteindre le niveau des auteurs du XVIIIème siècle...il est difficile d'atteindre le niveau de nos auteurs classiques de toute façon ! La seule chose qui m'ait gênée un peu dans le roman (et pas du tout le langage un peu contemporain par moments au contraire, je n'y ai presque pas fait attention) c'est la vision un peu trop moderne, là par contre, de la femme ! Mais dans l'ensemble, j'ai bien aimé ! Je ne lis pas de romans libertins ou érotiques et ce fut une première plutôt réussie, après le fiasco d'Histoire d'O, de Pauline Réage, roman dont je n'ai pas réussi à saisir l'intérêt... ^^

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :